Vvvt., Paires uposlolici, t. 1, p. i3a
LA LUTTE
pas l'idée d'une délimitation de ce genre. D'ailleurs y avait-il alors en Italie des communautés chrétiennes distinctes, dans leur organisation, de la communauté romaine ? Le sens naturel de ce langage, c'est que l'Eglise romaine préside à l'ensemble des Eglises ^. »
Ce siège de Rome, dont le martyr parle avec une telle magnificence, était alors occupé par le second successeur de saint Clément, saint Alexandre, Son premier successeur avait été saint Evaristk. Sur ces deux papes, nous n'avons aucun document contemporain. Le Liber pontificalis, rédigé au vi* siècle ^, fait naître saint Evariste à Bethléem, d'un père juif. Ce pape aurait ordonné quinze évêques, dix-sept prêtres, deux diacres, et aurait divisé administra tivement la ville de Rome en titres ou paroisses. Il ne faudrait pas s'imaginer, d'après ces expressions, que le successeur de saint Clément ait fait construire ou consacré dans Rome des églises paroissiales proprement dites. Il s'agissait probablement de maisons particulières, telles que celle du sénateur Pudens, dont saint Pierre avait fait, dit-on, le centre de réunion des premiers fidèles, ou celles de quelques autres
Lessuccesseurî
de saint
Clément !•='.
Saint Evariste le* (97 ?-io5 ?).
Origines
des paroisse»
ou litres.
I. Duchesse, Eglises séparées, p. 127-138. Cf. Dom Chapma^n, Saint Ignace d'Antioche et l'Eglise romaine, dans la Revue bénédictine, t. XIII, 1896, p. 385-4oo. Non est dubium, dit Funk, Ignatiunx, hoc loco de Eeclesiœ primalu loqui. Patres apost., t. I, p. 353. Plusieurs protestants admettent cette interprétation, entre autre» Lightfoot, Jûlicher etHarnack. Harnack essaie seulement de prouver que la prééminence de l'Eglise de Rome viendrait uniquement de la prééminence de sa charité. (Voir la réfutation de cette explication dans Batiffol, l'Eglise naissante, 2^ édition, p. 168-170.) La netteté des affirmations de saint Ignace sur les dogmes essentiels de l'Eglise catholique a porté depuis longtemps les protestants et les rationalistes à suspecter l'authenticité de ses lettres. Bardenhewer, après avoir fait l'histoire des controverses qui se sont élevées à ce sujet, conclut ainsi : « L'authenticité des sept lettres de saint Ignace, attestée par une chaîne ininterrompue de témoignages qui remontent aux premières années du ii® siècle, ne saurait, pour un esprit impartial, être mise en question. » (Bardkkhewkr, /es Pères de l'Eglise, trad. Godet et Verschaffel, t. I,p. 109-110.)
3. Les trois premiers siècles sont les plus pauvres de documents sur les papes. Les quelques lignes que le Liber pontificalis consacre à chacun d'eux ne sont pas à l'ahri de toute critique. La dernière persécution de Dioclétien détruisit systématiquement les livres des chrétiens, leurs registres, les actes des martyrs, et ce fut une perte irréparable. Il ne reste de ces documents que quelques débris sans suite et sans ordre. Dans ces conditions, le champ des conjectures et des vraisemblances est forcément plus vaste que celui de la vérité pleinement démontrée. Nous recueillerons néanmoins avec soin, par respect pour la part de vérité qu'elles peuvent contenir, ces conjectures précieuses ; et les donnant comme telles, nous aurons conscience de ne rien trahir de la vérité historique.
Hist. gén. de l'Eglise. — I
ig^ HISTOIRE GÉNÉRALE DE l/ÉGLISE
chrétiens dont rEcriture ou la tradition nous ont conservé les noms : Piisque et Aquila, Lucine, Eiidoxie, Parnniachiiis, Fasciola '. Par le fait qu'une maison ou une pièce de la maison était consacrée au culte liturgique, on la marquait par un signe ou titre (titulus), analogue aux signes ou titres par lesquels les agents du fisc marquaient les domaines réservés au service de l'empereur. Telle est l'explication la plus vraisemblable de ce terme, destiné à passer dans la langue de l'Eglise et aujourd'hui réservé aux églises dont les cardinaux sont titulaires ^. Selon le Liber pontljîcalis, on devrait encore au pape Evariste la loi d'après laquelle l'évêque devait être, dans sa prédication, assisté de sept diacres, chargés d'attester la formule authentique de sa parole contre les allégations possibles des hérétiques ^. On a conjecturé que la prédication dont il est ici question ne serait autre chose que la récitation de la Préface et du Canon. Les Préfaces, en effet, variaient alors à chaque messe ; on y introduisait parfois, outre le souvenir de la fête, des exhortations adaptées aux circonstances *. Evariste aurait occupé le siège de saint Pierre pendant huit ans et serait mort martyr *, mais la tradition, pas plus que l'histoire écrite, ne donne aucun détail sur son martyre ^. Saiut Son successeur, Alexandre, aurait gouverné l'Eglise pendant dix
^pape"^^' ^'^^^ de io5 à II 5. Le Liber pontificalis lui attribue l'insertion dans (io5?-ii5?) la liturgie ^ de la formule Qui pridiequam paterelur qui ^réchde les paroles commémoratives de l'institution de l'Eucharistie, et fait remonter jusqu'à lui l'usage de bénir l'eau mêlée au sel pour en asperger les maisons ''. La notice officielle qui lui donne le titre de martyr paraîtdépendre d'une Passio Atexandri^qni n'est pascontemporaine des événements et ne mérite qu'une confiance relative. D'après ce document, Alexandre aurait été décapité et enseveli dans une catacombe de la voie salarienne s. Ce pape put être témoin des
1. Mahïigjcy, Dict. des antiquités chrétiennes, au mot titre.
a C'est le sens vraisemblable de l'eipression obscure : propter stylum vtritatis. {LU>. pont., I, ia6.)