‹ Histoire générale de l'ÉgliseChapitre 172 sur 413 · I. S. Jlsti:», I Apol · texte numérisé non relu

I. S. Jlsti:», I Apol

igS

HISTOIRE GÉNÉRALE DE l'iÏGLISB

L'esclave sainte Marie.

Sainte

Symphorose

et ses sept fils.

lielle véracité et de la réalité de certains détails caractéristiques *.

L'esclave Marie, au service d'un décurion, fut accusée d'être chrétienne. Un peuple frémissant demandait sa mort en criant : « Qu'un feu terrible la dévore toute vive ! » Le juge lui dit : « Pourquoi, étant esclave, ne suis-tu pas la religion de ton maître ? » « Question bien romaine », ajoute l'historien des persécutions. Telle est l'idée que les Romains se faisaient de la conscience d'un esclave. « L'esclave, avait écrit Sénèque, n'a jamais le droit de dire non '^. »

Symphorose était la veuve du martyr Getulius, mis à mort, au début du règne d'Hadrien, pour avoir évangélisé le pays sabin. « Sacrifie aux dieux tout-puissants, lui dit l'empereur, ou je te sacrifierai avec tes enfants. — D'où me vient ce bonheur, répondit-elle, que je sois digne d'être offerte en hostie à Dieu, avec mes fils ? — Choisis, de sacrifier à nos dieux ou de mourir. — Je ne désire, reprit Symphorose, que me reposer avec mon époux Getulius, que tu as tué pour le nom du Christ. » Hadrien, après lui avoir fait subir plusieurs tortures, ordonna de la précipiter dans l'Anio avec une pierre au cou. Le lendemain, l'empereur fit périr, par des supplices variés, ses sept enfants ^.

Les premières

apologies

de la religion

chrétienne.

Qiiadratus.

Sur un point, le sceptique empereur semble avoir rendu la condition des chrétiens meilleure. Il les poursuivit et les fit condamner aux derniers supplices, mais il les laissa parler. Sous son règne, les plaidoyers en faveur de la religion chrétienne se multiplièrent. Ces plaidoyers ou apologies étaient adressés tantôt à l'empereur, tantôt au sénat, tantôt à l'opinion publique. Eusèbe nous a conservé ce fragment de l'apologie qu'un disciple des apôtres en Asie Mineure, Quadratus, présenta à l'empereur Hadrien : « Les œuvres de notre Sauveur n'ont jamais cessé d'être visibles, parce qu'elles étaient vraies. Les malades qu'il a guéris, les morts qu'il a ressuscites, ne

1. Voir la critique de chacun de ces Actes dans P. Allahd, Ilist. des pers., l, 303-a34, a66-a8o.

9 Servus non habel negandi polestatem, SiJnèqub, De benejiciis, m, 19. Sur l'authenticité substantielle des Actes de sainte Murio, voir Ed. Lk BtiiNT, les Actes de$ Martyrs, p. i8/|.

3. KoiRART, Acla sincera, p. i8-ao; Dom Lbclbrcq, les Martyrs, t. 1, p. 307- aoy.

LA LUTTE

Ariston de Pells,

se sont pas montrés seulement au moment de leur guérison ou de leur résurrection, lîien longtemps après son passage sur cette terre, ils vivaient encore ; plusieurs même ont vécu jusqu'à nos jours *. » Quelques années plus tard, peu de temps après i35. parut une autre apologie, plus célèbre parmi les Pères, et qui semble même avoir servi de base à l'œuvre apologétique de saint Justin. C'est le Dialogue de Jason et de Papiskos, par Ariston de Pella. L'auteur, personnifiant dans un juif, Jason, toute la série des objections que les païens faisaient à la religion chrétienne, parait avoir conçu le plan d'une apologétique complète. Eusèbe, Origène, Celse et saint Jérôme parlent de cette œuvre importante d' Ariston. Mal». heureusement ni l'original grec du livre ni aucune traduction ne sont parvenus jusqu'à nous ^.

L'artifice qui consistait à mettre dans la bouche d'un juif toutes les calomnies colportées par le peuple contre le christianisme se comprend à cette époque. Les chrétiens se souvenaient que les plus terribles des persécutions contre leur foi avaient été déchaînées par ks dénonciations des Juifs. D'autre part, les Israélites venaient de se rendre odieux à l'empire, et les montrer comme les ennemis jurés du nom chrétien pouvait être une heureuse tactique. En 182, un mouvement de fanatisme désespéré avait soulevé la Judée. Un certain Bar-Cozbad (fils du menteur), qui changea son nom peu glorieux en celui de .Bar-Cochébas, ou fils de l'étoile, prétendit être l'étoile annoncée par Balaam, c'est-à-dire le Messie. Les quatre- Bar-Gochébas. vingt-cinq jubilés d'Elie, suivant le calcul des rabbins, touchaient à leur terme. Le plus illustre de ceux-ci, le savant Akiba, depuis vénéré parmi les Juifs comme un second Moïse, donna l'onction royale à Bar-Cochébas et le plaça sur un cheval dont lui-même tint l'étrier. Toute la race juive, en dehors de ceux qui avaient reconnu le vrai Messie en Jésus, bondit d'espérance. Le danger de l'empire appsTut si grave, qu'Hadrien appela du fond de la Bretagne le plus habile de ses généraux, Julius Severus. La répression de la révolte fut sans pitié. La Palestine fut soumise et dévastée avec une froide Répression

terrible.

Soulèvement de la Judée

I. Eusèbe, liisl. eccles.. 1. III, ck. m ; Funk, Paires apostolici, Tubingue, 1901, p. 371 Funk, loc. cit,, fixe la date de la composition de cette apologie en 126 ou 129. Il est évident que les mots « jusqu'à nos jours » ne visent pas la date même de l'apologie, mais l'époque de l'enfance de l'auteur, Ifis années de 80 à 100, par exemple. Cf. Duchesne, Hisl. anc. de l'Eglise, t. I, p. 3o3.

a. Sur Ariston, voir Batiffol, Anciennes liUéralures chrétiennes, la littérature grecque, p. 89-90.

aoo

ConstruQtion

d-.Elia

Capilolina

sur

l'emplacement

de

Jérusalem.

et inexorable rigueur. Tout ce qui avait échappé à la mort sur les champs de bataille l'ut mis en vente comme esclave aux marchés de Térébinthe et de Gaza. L'homme, dit-on, s'y vendit au prix du cheval. Ceux qui ne trouvèrent pas d'acheteurs furent emmenés en Egypte comme esclaves *. Ce qui restait de Jérusalem fut détruit ; l'emplacement du temple, labouré à la charrue et semé de sel, en signe de malédiction et de stérilité. A la place de la Ville sainte s'éleva la ville toute païenne d'Hadrien, yElia Capitolina, portant sur le sol même jadis occupé par le temple la statue de l'empereur à côté de celle de Jupiter *.

^ Pendant celte terrible campagne, de nombreux chrétiens convertis du judaïsme avaient subi le martyre de la part de leurs compatriotes pour avoir refusé de prendre part à leur révolte. Ces impitoyables rigueurs avaient profondément ému leurs frères issus de la gentilité, et l'on comprend que leur malédiction se soit un moment rencontrée avec celle des païens de Rome à l'égard du peuple déicide et fratricide qui les poursuivait depuis si longtemps de sa haine.

Vitalité

de l'esprit

juif.

Les uns et les autres se seraient trompés cependant s'ils avaient cru que la Synagogue était morte. Au lendemain même de la grande catastrophe, elle allait faire preuve de vitalité. Le savant Aquila, en livrant à ses compatriotes une traduction nouvelle de la Bible, destinée à remplacer celle des Septante, allait donner un nouvel élan à l'étude de la loi juive ; et l'union de l'esprit juif avec l'esprit grec allait déterminer le gigantesque mouvement de la Gnose.

La nation juive venait d'être cruellement châtiée, mais la synagogue juive était libre. Sa foi n'était pas proscrite dans l'empire romain, ses lieux de prière restaient debout, ses assemblées licites 3.

Parmi les païens qui avaient travaillé, sous Hadrien, à la cons-

1. Saint Jékôme, In Zacliariam, ii ; Ohiuènb, conlra Celsum, vu, i.i fine.

a. Comte DE CuAMPAOKT, les Antonins, t. H, p. 71-7/1.

3. Champagnt, op. cit., 11,85. Des sépultures jiulôo-roniaincs do celte époque nous sont reslces, avec la palme, le candélabre, les litres de « père » cl de « mura delà synagogue ».

LA LUTTE

truction d'^îllia Capitolina, se trouvait, dit-on, un Grec, originaire de la province du Pont, et parent de l'empereur. Il s'appelait Aquila. L'étendue de sa science et l'énergie de son caractère l'avaient désigné au choix de l'empereur pour la direction des immenses travaux projetés. La vue des vertus et des miracles qui se produisaient parmi les chrétiens le frappa. Il demanda et reçut le baptême *. Mais son cœur n'était point purifié par l'humilité. La science semblait restée son dieu suprême. On le reprit de la passion qu'il avait pour l'astrologie. Il s'irrita. On l'excommunia. Chrétien, il ne voulait plus l'être ; païen, il aurait eu honte de le redevenir ; il se fit juif ; et il rêva d'un judaïsme qui, brisant tous les liens qui rattachaient la religion de Moïse à la religion du Christ, opposerait la loi ancienne à la loi nouvelle. C'est pour cela, dit saint Epiphane, qu'il composa une version grecque de la Bible, « en supprimant des saintes Lettres les témoignages favorables à Jésus- Christ - ». Le savant rabbin Akiba l'aida dans son entreprise 3. Telle fut l'origine de la fameuse Bible grecque d'Aquila, œuvre importante, soignée, ingénieuse, dénotant une connaissance approfondie de la langue hébraïque, mais d'une littéralité généralement trop servile, et ouvertement tendancieuse dans les passages messianiques, comme l'ont remarqué saint Justin, saint Irénée, Origène et saint Jérôme ^. Les Juifs l'opposèrent à la traduction des Septante et s'en servirent pour répandre leurs doctrines dans le monde grec. Ils l'utilisèrent aussi pour corrompre le christianisme et alimenter, dans l'Eghse, cet esprit judaïsant, qui, sous les formes de l'ébionisme et de l'elkésaïsme, ne tendait à rien de moins qu'à ramener la religion du Christ à une interprétation très grossière de l'Ancien Testament.

La secte ébionite, que nous avons vue naître dès le début duchristianisme, avait pris, par sa fusion avec la secte essénienne, vers l'an loo, un nouveau développement. On trouve l'exposé de sa doctrine dans la série des homélies et des récits d'aventures publiés sous le nom de saint Clément de Rome ^. Suivant l'ébionitisme essénien,

Aquila,

Il traduit la Bible en gfrec

(i35 Pj.

Caractère

tendancieux

de cette

traduction.

secte ébionite.

I. Saint Epiphane, De mensuris et ponderibus, ch. xiv, P. G., l. XLIII, col. 36i.

a. Saint Epiphane, loc. cit.

Page 1