‹ Histoire générale de l'ÉgliseChapitre 178 sur 413 · DucHESNE, Lib. pont., t, I, Introduction, p. cii-civ · texte numérisé non relu

DucHESNE, Lib. pont., t, I, Introduction, p. cii-civ

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a\aient affronté les risques d'une situation périlleuse ^ ; mais rien n'est plus vraisemblable que la mise à mort des pontifes de Rome en un temps où le glaive de la persécution menaçait quiconque ne prati quait pas la religion des empereurs, et le silence des documents écrits n'est point une raison de denier, au nom de l'histoire, à ces pontifes vénérés de l'Eglise romaine, le titre glorieux que l'Eglise catholique leur donne dans sa liturgie.

Marivre La Providence a, du moins, laissé parvenir jusqu'à nous les actes

Polycarpe authentiques - du martyre de saint Polycarpe, évêque de Smyrne, <i55). disciple de saint Jean l'apôtre. Ce vénérable témoin des temps apostoliques fut victime, en i55, sous le proconsulat de Statius Quadratus et sous le gouvernement d'Antonin le Pieux, d'une de ces agitations populaires que provoquaient les ennemis des chrétiens. Il avait atteint l'âge de quatre-vingt-six ans. La foule l'escorta jusqu'au stade, où se tenait le proconsul, avec un tumulte indescriptible, au milieu duquel on distinguait surtout ce cri : (( Mort aux athées 1 » Mais laissons ici la parole au précieux document.

Son (( Polycarpe, dit le proconsul, au nom du respect que tu dois à

inlerrogaloire. . , ^ . ^ ^ ' • j r" ,. • T^^

° ton âge, repens-toi. Jure par le génie de Lesar, et crie : « Plus

d'athées ! » Polycarpe alors, promenant un regard grave sur la foule qui couvrait les gradins, la montra de la main : « Oui, certes, dil-il, plus d'athées 1 « Et il leva les yeux au ciei. en poussant un profond soupir. Statius Quadratus lui dit : « Jure, et je te renvoie. Insulte le Christ. » Polycarpe répondit : « Il y a quatre-vingtsix ans que je le sers, et il ne m'a jamais fait de mal. Comment pourrais-je insulter mon Sauveur et mon Roi ? — Jure par le génie de César. — Tu feins d'oublier qui je suis. Ecoute : Je suis chrétien. — J'ai des betes féroces... — Fais-les venir. Il m'est bon de passer des maux de cette vie à la justice suprême. — Puisque tu méprises les bètes, je te ferai brûler. — Tu me menaces d'un feu qui dure uue heure. Ne sais-tu pas qu'il y a le feu de la peine éternelle, réservé aux impies ? »

« Pendant que Polycarpe disait ces choses et d'autres encore, la grâce divine illuminait son visage. On remarqua alors que celui qui

I. Saint Cyprien donne au pape Corneille le nom de martyr pour le seul fait d'avoir « accepté de siéger à Rome dans la chaire apostolique, au moment où h tyran lançait les plus terribles menaces ». (P. L., t. 111, col. 774-77^.)

a. « Cks actes, dit Dom Leclercq, défient la critique. Ils furent écrili moins d'un en après l'événement. » Don Lbclrkuq, les Martyrs, I, GG.

LA LUTTE

paraissait le plus troublé par l'interrogatoire, ce n'était pas l'accusé, mais le proconsul.

« Au feu ! » criait la foule, qui se répandit dans les boutiques et Sa mort» ks bains, pour y chercher des fagots. Le bûcher fut préparé... On lia Polycarpe à un poteau, debout, et les mains derrière le dos. Il leva les yeux au ciel et dit : « Seigneur, je te bénis et te rends gloire pour tous les bienfaits que j'ai reçus de toi, par le Pontife éternel, Jésus-Christ, ton Fils bieu-aimé, par lequel à Toi avec h\it et l'Esprit-Saint, soit la gloire, maintenant et dans les siècles futurs. Amen. »

« Après qu'il eut dit Amen, les valets du bourreau mirent le feu au bois. Et nous fûmes alors témoins d'un prodige. La flamme, en montant, sembla s'arrondir en voûte au-dessus de la tête du martyr et présenter l'aspect d'une voile de navire gonflée par le vent.

M Un bourreau s'avança et frappa le saint vieillard d'un coup de couteau. Puis on brûla son cadavre.

(fOnze chrétiens périrent martyrs comme lui. Daigne le Seigneur nous faire les. compagnons de leur sort et de leur félicité *. »

Rien, on le voit, n'avait été changé dans la politique religieuse Antonin de l'empire sous Antonin le Pieux. Il avait succédé à l'empereur /^oJ^'^^'^^ Hadrien en i38 et devait garder lepouvoir jusqu'en i6i. Le surnom que le peuple romain lui donna et que l'histoire lui a conservé est fondé sur la vénération qu'il montra pour son père adoptif Hadrien, sur le culte qu'il professa pour les vieux souvenirs de Rome et sur la modération dont il lit preuve dans le gouvernement de l'empire. Antonin le Pieux conduisit la civilisation et la puissance de Rome à son apogée ; mais il partagea malheureusement le préjugé funeste de ses prédécesseurs, voyant dans la religion chrétienne l'ennemie de gon attitude la civihsation romaine, et se borna à prescrire, sans les obtenir àl'égarJ toujours, l'ordre et la régularité dans les poursuites exercées contre les disciples du Christ ^.

I. FuNK, Patres apostqlici, t. I, p. 3i4-*345. Sur l'authenticité de ce récit, voir ibid., p. ci-cv.

a. EusÈBE, H. E., 1. IV, ch. xiii, cite un édit par lequel Antonin aurait interdit de poursuivre et de punir un chrétien sous la seule inculpation de christianisme. Tillemont n'avait pas hésité à admettre l'authenticité de cette pièce ; mais elle était généralement abandonnée de nos jours, et M. Paul Allard croyait pouvoir écrire, en i885, Hisl. des pers., I, 298 : « Le caractère apocryphe de cette pièce n'a pas besoin d'être démontré. Il est évident. » M. Harnack, en iSgS, a soumis le document à un nouvel examen, et, de son étude, il a cru pouvoir conclure que le document est composé de plusieurs fragments, les uns authentiques et les autres interpolés. Le

ai 1

Marc-\urt'lo (i6i-i8o;.

Son caractère.

Causes

de la

recrudescence

des persécutions

sous son règne :

lo Le péril l'empire ;

2° La rivalité

philosophique

de la

doctrine

chrétienne ;

Son successeur, Marc-Aurcle, plus digne dans sa vie privée et publique que ses trois prédécesseurs, fut un esprit élevé, un cœur bon jusqu'à la faiblesse et tendre jusqu'à l'illusion. Il ne fit cependant qu'aggraver la situation des chrétiens dans l'empire. « Les dix-neuf années de son règne furent les plus troublées et les plus cruelles que l'Eglise eût traversées ^. » Cette anomalie apparente s'explique, si l'on réfléchit à trois faits, constatés par tous les historiens. Le premier, c'est la désagrégation du monde antique qui s'opéra sous le gouvernement du nouvel empereur. Des hommes nouveaux, des aventuriers venus on ne sait d'où et subitement populaires, menaçaient à chaque instant cette succession héréditaire au trône, qui, par la filiation naturelle ou adoptive 2, semblait être le plus solide fondement du gouvernement impérial. En môme temps, le lien le plus puissant de l'unité de l'empire, le vieux culte national, paraissait se détendre et se dissoudre au contact des cultes orientaux, de plus en plus envahissants. Un pouvoir en péril devient facilement un pouvoir tyrannique. Rien n'est plus commun dans l'histoire que les soubresauts de violence des institutions qui vont périr. L'empire romain n'échappait point à cette loi. La vieille société se souleva par une sorte d'instinct de conservation contre toutes le6 puissances où elle crut apercevoir un ennemi. Ce ne fut pas tout. Marc-Aurèle n'était pas seulement un empereur, c'était un philosophe. De toutes les forces religieuses ambiantes, du vieux culte national de Rome, si austère et si fort, de ce besoin de purification qui pénétrait les cultes d'Orient, de ce christianisme lui-même, qu'il détestait, en subissant en secret l'influence de sa morale pure, il s'était fait une philosophie très noble et très haute, toute faite d'emprunts, plus ou moins conscients, mais qu'il croyait autonome, et qu'il voulait défendre jalousement contre toute autre doctrine comme son bien propre. Le christianisme, à qui ses apologistes commençaient précisément à donner la forme d'une philosophie, lui apparut comme la plus redoutable de ces concurrences. Troisième

savant critique s'est appliqué ensuite à reconstituer le texte authentique sous les remaniements que nous possédons. Il en résulterait que l'empereur ne permettait pas de poursuivre un chrétien sous l'inculpation de christianisme, mais qu'on pouvait le faire sous celle d'athéisme, laquelle aurait été une inculp.ilion de droit coiumun. Sur cette opinion du savant allemand, voir Louis SKLtET,l'EdU d'Antonin, dans la Hevue d'hist. et délit, rel., t. I, iSgt), p. 383-39a.

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