liENAN, Marc-Aurèle, p. 34o
■2. A. DE Bartiiiîilkmy, les AssembU'es nationales dans les Gaules, dans la Rev. des quest. /iia<., de juillet 18G8, p i4-aa.
3. Il Liait appelé sacerdus trium provinciarum Galtix. OaKLU, i84.
4. Hui3su;u. Inscriptions antiiptes de Lyon, p. 407: Aug. Hkh-MaiU). le Temple d'Auyusle ti la nationalité yauloisey Ljron, i8ti3, p. 3u.
LA LUTTE
d'autre part, des rapports, sinon de filiation proprement dite, au moins de quelque dépendance religieuse^.
La colonie romaine avait son centre à Fourvières ; le fameux autel où se célébrait le grand culte de Rome et d'Auguste se trouvait au confluent du Rhône et de la Saône ^. Le centre de la population chrétienne était probablement dans les îles du confluent, vers Athanacum, aujourd'hui Ainai. Entre les deux cultes, chrétien et païen, le choc était inévitable . llparaissait d'autant plus imminent, qu'une population flottante d'ouvriers, d'employés, de gens tour à tour riches et indigents, oisifs et affairés, suivant les fluctuations du commerce, s'agitait dans la grande ville, toujours prête à soulever des émeutes. En 177, une cause inconnue, peut-être un mot d'ordre, venu on ne sait d'où, tourna tout à coup contre les chrétiens cette agitation populaire. On les insulta. Dans les rues, dans les chemins, dans tous les lieux publics, on les assaillait, on leur jetait des pierres. La population d'origine lyonnaise confondit aussi peut-être les chrétiens et leur mystérieuse liturgie, avec ces sectateurs d'un grossier gnosticisme, que le mouvement commercial de l'Asie avait jetés en grand nombre dans la grande ville des Gaules. Malheureusement, l'autorité romaine ne se préoccupa ni de réprimer ces haines ni de dissiper ces malentendus. En l'absence du légat impérial, le tribun et les duumvirs cherchèrent seulement à mettre fin à l'agitation, en arrêtant un certain nombre de ceux que la voix publique désignait comme chrétiens.
C'est ainsi que furent emprisonnés le vénérable évêque Pothin, le prêtre Zacharie, le diacre Sanctus, le néophyte Maturus, Attale, de Pergame, la jeune esclave Blandine, et plusieurs autres chrétiens. L'un d'eux fut mis en état d'arrestation à la première séance du tribunal. C'était un jeune homme de noble famille et de grande vertu, Vettius Epagathus. Indigné des tortures que l'on faisait subir aux accusés, il s'avança vers le juge. « Je demande, s'écria-t-il, à plaider la cause de mes frères. Je prouverai qu'ils ne sont ni athées ni impies. » Le juge se contenta de lui dire : « Es-tu chrétien ? », et, sur sa réponse affirmative, il le fit saisir et mettre au nombre des accusés.
Imminence d'un conflit.
Soulèvement
populaire
contre
les chrétiens.
Arrestation d'un certain
nombre de chrétiens.
I. TiLLEMoirr, Mémoires, t. ITI, p. 35 et s., 38 et s. Cf. Bulliot, Essai historique sur l'abbaye de Saint-Martin d'Autan, p. 47-5o.
a. A. l'endroit où la pente de la Croix-Rousse devient abrupte, vers l'ancien Jardin des Plantes.
O. lieuse [iroccdure.
Les chrétiens i la torture.
L'esclave Blandine.
Charité
cl humilité
des martyrs.
Sublime
r(^|)oiiso de
saint Polhin.
Le légat impôrial revint à Lyon sur ces entrclaitcs. L'Instruction se poursuivit. Ou fit d'abord comparaître les esclaves des accusés et on les mit à la torture. On leur fit déclarer, presque sous la dictée, que les chrétiens commettaient, dans leurs réunions, les crimes les plus infâmes, « les repas de Thyeste, dit la lettre des Eglises, les incestes d'OËdipe, et d'autres choses qu'il ne nous est permis ni de dire ni de penser * ».
Ces abominables mensonges portèrent à son comble la fureur populaire. Mais il s'agissait d'obtenir des accusés eux-mêmes l'aveu de ces crimes.
Les bourreaux se surpassèrent. Dans l'amphithéâtre, en présence , d'une foule immense, indignée, furieuse, avide d'émotions sanguinaires, les chrétiens furent battus à coups de fouet, assis sur des chaises de fer rougi, livrés aux morsures de bêtes féroces, qui les traînèrent dans l'arène, livrés à tous les supplices que les caprices d'une foule insensée réclamait par ses cris. Le diacre Sanctus, à qui l'on voulait arracher la révélation des secrets de l'Eglise, se contenta de dire : « Je suis chrétien. » On n'obtint pas de lui une autre parole. Les bourreaux s'acharnèrent alors sur l'esclave Blandine. Elle était petite de taille et faible de corps. Les chrétiens ses frères, et en particulier sa maîtresse, arrêtée comme elle, tremblaient de la voir faiblir. Elle fut héroïque. Pendant une journée entière, elle brava les tortures les plus atroces, en disant : « Je suis chrétienne. On ne fait rien de mal parmi nous. »
La plus grande angoisse des accusés n'était pas la pensée des supplices, c'était la crainte que quelques-uns, trop faibles, ne se laissassent aller à renier le Christ. Une dizaine de malheureux eurent cette faiblesse. Mais les arrestations continuaient tous les jours. Des chrétiens plus fidèles venaient prendre les places vides laissées par les apostats. « Ceux qui résistaient, dit la lettre des Eglises, étaient sans hauteur, sans dédain à l'égard de ces pauvres frères... Ils ne condamnaient personne. Ils se contentaient de pleurer et de prier. Ils s'humiliaient sous la main de Dieu, à qui ils devaient leur constance, et si quelqu'un les appelait martyrs, ils refusaient ce titre, disant : « Ceux-là seuls sont martyrs qui ont confessé le Christ jusqu'au bout. »
L'altitude du vénérable chef de l'Eglise de Lyon, Pothiu, fut
i. Eisfene, 1. V, ch. i, n. i3.
LA LUTTE
sublime. Le légat lui demanda quel était le Dieu des chrétiens. « Tu le connaîtras si tu en es digne », répondit le vieil évoque. On le roua de coups, la populace lui lança tout ce qui lui tombait sous la main. Il fut jeté demi-mort dans un cachot, où il expira deux jours plus tard.
Finalement, ceux qui se trouvaient être citoyens romains furent condamnés à avoir la tête tranchée ; les autres furent destinés aux bêtes.
On réserva pour être immolés les derniers un jeune homme de quinze ans, nommé Ponticus, et l'esclave Blandine. On espérait qu'après avoir été témoins de tous les supplices de leurs frères, leur courage fléchirait. Ils furent l'un et l'autre admirables d'énergie. On épuisa sur l'enfant toute la série des supplices les plus raffinés. La douce parole de sa sœur Blandine l'aida, avec la grâce de Dieu, à tenir ferme jusqu'au bout.
Blandine restait seule. « Après avoir souffert les fouets, les bêtes, la chaise de feu, elle fut enfermée dans un filet, et on amena un taureau. La bête la lança plusieurs fois en l'air avec ses cornes. Elle ne paraissait rien sentir, tout entière à son espoir, et poursuivant un entretien intérieur avec le Christ. Pour finir, on i'égorgea. « En vérité, disaient les Gaulois en sortant, on n'avait jamais vu, dans nos pays, tant souffrir une femme *. »
Quarante-huit martyrs périrent ainsi dans la métropole des Gaules ^.
La
condamnation.
L'exécution.
Saint Ponticus.
Sainte Blandine.
La lettre des Eglises de Lyon et de Vienne ^, à laquelle nous avons emprunté tous les détails de ce martyre, se termine par ces mots : « La grâce divine ne manquait pas aux martyrs ; l'Esprit-Saint