‹ Histoire générale de l'ÉgliseChapitre 187 sur 413 · Leclercq, op. cit., p · texte numérisé non relu

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Uist. gén. de l'Eglise. — 1 ij

Influence On cilc cncoïc, parmi les chrétiens qui subirent le martyre sous

faveur^ Commode, le pliilosophe Apollonius ', le sénateur Jules *, et un des chrétiens, grand nombre d'autres confesseurs de la foi 3. Mais les chrétiens, de plus en plus répandus dans tous les rangs de la société, devenaient nombreux à la cour impériale. On connaît parmi eux le vieil eunuque Hyacinthe, prêtre de l'Eglise de Rome. Il fut le père nourricier de cette Marcia qui, ancienne esclave d'un neveu de Mnrc- Aurèle, entra dans le palais de Commode au même titre, en i83, pai suite de la confiscation des biens de son maître. Elle devint promplement la favorite de l'empereur, qui l'éleva au rang et aux honneurs d'une véritable épouse, à l'exception du titre d'impératrice. « On raconte, dit le contemporain Dion Cassius, que Marcia eut une vive sympathie pour les chrétiens, et se servit de sa toute-puissance sur Conmiode pour leur faire beaucoup de bien *. »

L'auteur des Philosophoumena rapporte qu'un jour Marcia, « voulant faire une bonne œuvre », appela près d'elle le pape Victor, et lui demanda le nom des martyrs qui travaillaient aux mines de Saidaigne. Elle obtint alors des lettres de grâce, et les confia à son vieil ami, le prêtre Hyacinthe, en lui donnant de pleins pouvoirs pour les faire exécuter.

n y avait quelque chose de changé dans les relations de l'empire avec l'Eglise. Sans doute, ce n'était pas encore la reconnaissance officielle du christianisme, mais ce pape, mandé au Palatin pour y recevoir une communication relative à son Eglise, cette mission donnée à un prêtre chrétien auprès du Procurateur de Sardaigne, sont des faits qui montrent l'importance sociale acquise par l'Eglise et le cas que les pouvoirs publics étaient amenés à faire d'elle et de son organisation hiérarchique.

, , . , Les chrétiens, pendant la seconde moitié du ii* siècle, ne

Les apologistes , , .

du ne siècle, s'étaient pas contentés de mourir avec courage. La simple lecture de leurs interrogatoires nous montre en eux un prosélytisme confiant

1. DtcHESNE, Hist. aitr. de l'KtjUse, t. I, p. a5i-a5a et note, a. Allard, op. cit., p. 4^a ; Acta Sanctoruin, août, III, 700. 3. Saint iRbNÉE, llieres., iv, 3o.

A. Dion, lxxii 4-

LA LUTTE

et généreux. Parmi eux, et à côté d'eux, des apologistes, des théologiens, des catéchistes, s'étaient efîorcés, non seulement de disculper le christianisme des accusations qu'on lui jetait à la face, mais encore d'en faire connaître l'harmonie, la beauté, la valeur morale, de le dégager des sectes hérétiques dont le mauvais renom le compromettait, d'en promouvoir l'action bienfaisante et sanctificatrice. Ce fut l'œuvre d'un groupe de chrétiens instruits, dont les plus illustres furent le martyr Justin, les philosophes Aristide, Tatien, Théophile d'Antioche, Athénagore, l'illustre évêque de Lyon, Irénée, l'auteur du Pasteur, Hermas, l'auteur inconnu de VEpître à Diognète, et enfin le grand polémiste dont le u" siècle ne devait connaître que les vaillantes luttes pour la défense de la foi, et que le siècle suivant allait voir tomber dans les pièges de l'erreur, Tertullien.

Différents par le style, par le tempérament, par léducation, par le point de vue particulier où les circonstances les ont placés, tous ces défenseurs de la foi chrétienne sont mus par une même inspiration. Ils sentent que la lutte qui se livre entre le monde païen et le monde chrétien n'est pas seulement une lutte entre deux puissances qui se heurtent, mais qu'elle est surtout une lutte entre deux pensées qui se contredisent, entre deux attitudes morales qui s'opposent. C'est pour justifier la pensée et l'attitude morale des chrétiens, c'est pour les faire triompher parmi leurs contemporains, qu'ils prennent la parole.

.Le plan de l'apologie d'Aristide, philosophe athénien, est bien simple. Il est en même temps très hardi. L'injure que la populace lance aux disciples de Jésus, c'est le nom d'athées ; le grief que les tribunaux relèvent contre eux est celui d'athéisme et d'impiété ; Aristide veut prouver, à l'encontre de ces accusations, que seuls les chrétiens se font une juste idée de la Divinité et lui rendent des hommages dignes d'elle. Les hommes, dit-il, se partagent, au point de vue religieux, en quatre classes : les Barbares, les Grecs, les Juifs et les chrétiens. Les Barbares adorent les forces de la nature, le soleil et les vents. Les Grecs ont divinisé les énergies et les passions de l'homme. Les Juifs ont le culte des esprits supérieurs, des anges, mais ils ont le tort de les honorer plus que Dieu lui-même et de trop se confiner dans des pratiques rituelles tout extérieures. Les chrétiens seuls adorent Dieu en esprit et en vérité, non seulement par la pureté de leur foi, mais encore par la pureté de leur vie. L'écrit d'Aristide se termine, comme la Didachh, par un tableau touchant de la vie des chrétiens.

Inspiration

commune-

de tous

ces apologiste»

Aristide,

Idée de soa Apologie.

HISTOIUE GÉNÉRALE DE l'ÉGLISE

Tatien.

Athénagore.

Cette apologie, qui parut sous Antonin le Pieux *, produisit sans doute chez les esprits droits une impression profonde-. Malgré la gravité des accusations contre les fausses religions, le ton de l'ouvrage était calme et digne, respectueux des philosophes et des poètes de la Grèce. Tout autre fut l'apologie que le philosophe assyrien, Tatien, publia peu après. On a appelé Tatien « le fondateur de l'apologétique virulente ^ )>.« Tatien, dit Bardenhewer, montre partout une raideur, une partialité, qui vont jusqu'à la passion. Il ne veut voir aucun des bons côtés de la culture hellénique. Toutes les vulgaires calomnies qui courent contre les philosophes grecs, il les répète sans examen. Autant il entraîne par la chaleur du discours et par la force de la conviction, autant il repousse par l'amertume de l'attaque*. » Le fougueux apologiste, précurseur de Tertullien, finit, comme lui, par se séparer brusquement de l'Eglise. Vers 172, il retourna en Orient, pour y fonder la secte gnostique des Encratites, qui interdisaient le mariage, ainsi que l'usage du vin et de la viande, et qui, dans la célébration de l'Eucharistie, substituaient l'eau au vin; d'où le nom d'Aquarierts qu'on leur donna.

Athénagore, philosophe chrétien d'Athènes, répudie franchement l'apologétique d'inveclives, pour revenir à l'apologétique de simple exposition. « Ce qu'il faut, dit-il, à tous ceux qui ont souci de la vérité et de leur propre salut, c'est l'exposé direct de la vérité s. » Il convient, d'ailleurs, que cette exposition ne peut convertir que les âmes bien disposées ®. L'apologiste aborde un grand nombre de preuves : innocence des chrétiens, perfection de leurs doctrines et de leur morale, infériorité dogmatique et morale du paganisme. Il admet la possibilité pour toute intelligence de trouver en elle-même des vestiges de connaissance qui la rendront docile à l'enseignement chrétien. Athénagore est familier avec les poètes grecs, qu'il aime à citer. Par la pureté et la beauté de la langue, il est bien au-dessus

I. Elsèbe place cette apologie au temps d'Hadrien. Ou n'en possédait, jusqu'en 1889, qu'un fragment arménien. A cette époque, un Américain, Renilel tlarris, en a découvert, au couvent de Sainte-Catherine du Sinaï, une fidèle traduction sjriaque, qui a conduit les savants à placer sa comj)usilion à l'époque d'Antonin.

a. L'apologie d'.\rislide a laissé des traces dans l'ancienne littérature arménienne; elle a été reproduite dans la fameuse Vie de Barlaam etJoasaph. Voir Bakoeshbw-kr, les Pères de iRyli^e, 1, p. i4a.

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