Vis., III
Eglise unique, catholique, se superpose aux Eglises locales et les comprend toutes. Cette Eglise a un chef suprême. Quand la femme âgée qui figure l'Eglise apparaît à Hermas, elle lui remet un livre ; or, ce livre, Hermas a mission de le remettre à Clément, le chef de l'Eglise de Rome, qui le fera parvenir « aux villes du dehors * ».
Le Pasteur d'Hermas se répandit rapidement parmi les fidèles. Sa diffusion est attestée par saint Iréuée, par TcrtuUien, par saint Cyprien, par plusieurs versions latines et par une version éthiopienne. Certaines Eglises allèrent jusqu'à le faire figurer, avec l'Epître de saint Clément aux Corinthiens, dans le canon de leurs livres sacrés.
Le problème Les angoisses morales qui avaient torturé les âmes des fidèles se p 1 osop ique. calmèrent peu à peu ; mais les esprits cultivés se posaient avec anxiété un autre problème. Les contemporains lettrés de Marc- Aurèle se piquaient presque tous de philosophie. Quelques apologistes crurent pouvoir présenter hardiment le christianisme comme une « philosophie nouvelle ». Mais en quoi cette nouvelle philosophie se rattachait-elle aux anciennes ? En quoi s'en séparait-elle ? Quels étaient ses éléments constitutifs et ses doctrines ? Pouvait-on en présenter une synthèse intelligible à l'esprit d'un disciple des philosophes grecs? Donner. une réponse à ces questions était une tâche redoutable. Justin le Philosophe S'y donna comme à un devoir.
Hermas était probablement prêtre. Justin n'était pas sorti des rangs des laïques ^. Mais il avait approfondi les dogmes. On l'avait même vu ouvrir à Rome une sorte d'école ihéologique. Son admirable effort de synthèse ne devait pas être exempt d'inexactitudes et même d'erreurs, mais ce premier essai de philosophie religieuse
1. Vis., II, 3. Pourf|iioi cette mention do Clément de Rome, alors qu'IIcriiias écrivait sous le poulilicat de Pie, son frère ? Les uns ont supposé qu'Hormas n'avait lait que reprendre et amplilier une œtivre ancienne, remontant au pontificat do saint Clément, et depuis plusieurs fois rééditée et rctoucliée. D'autres pensent qu'il a simplement voulu donner « son œuvre un usjioct archaïque. Clément Jo Home, grand Pape, ne nersonnifiail-il pas la Papauté ? On a remarqué, d'autre part, que la description ae la hiérarcliie romaine donnée dans lu Pasteur se rciùra pareillement à une époque ancieunr.
a. BAnuiiNiiKWEH, les Pères de ilùjHse, I, i^"].
LA LUTTE
devait exercer une immense influence sur les esprits de son temps el sur ceux du siècle suivant.
On place généralement vers l'an i5o la publication de sa pre- L'œuvre mière apologie. La seconde parut quelques années après, vers i55*, «po oge iqu et le Dialogue avec Tryphon quelques années plus tard, vers i6o ^. saint Justin.
Si l'on dégage la doctrine philosophique de ces documents de tout ce qui y est discussion proprement dite, argument ad hominem, revendication de droits actuels, on peut la réduire à ceci : Le christianisme est la vraie religion, parce qu'il est la religion universelle Idées générales
et absolue. Si le Verbe s'est manifesté pleinement dans le Christ, le ^. ®
■•■ cette œuvre.
monde ancien, en tout temps et partout, en a possédé la semence ^. Le grand jour de l'Incarnation a été précédé d'une aurore immense et grandissante.
Justin prend pour base de sa thèse deux paroles sacrées. L'une est de saint Paul : « Quand les Gentils, qui n'ont pas la loi, font naturellement les choses que la loi commande, ils sont à eux-mêmes la loi..., car leur conscience leur rend témoignage *. » L'autre parole est de saint Jean : « (Le Verbe est) la lumière qui éclaire tout homme ^. »
« Tous les hommes, dit Justin, participent au Verbe divin, dont Le Verbe
la semence est implantée dans leur âme ^. » « C'est en vertu de cette ou Logos dan»
•^ , saint Justin,
raison séminale dérivant du Verbe que les anciens sages ont pu, de
temps à autre, enseigner de belles vérités... Car, tout ce que les
philosophes et les législateurs ont dit ou trouvé de bon, ils le
devaient à une vue ou connaissance partielle du Verbe... Socrate,
par exemple, connaissait le Christ d'une certaine manière, parce
que le Verbe pénètre toute chose de son influence... Voilà pourquoi
les doctrines de Platon ne sont pas tout à fait contraires à celles du
Christ ; bien qu'elles ne leur soient pas absolument semblables, non
plus que celles des stoïciens, des poètes et des historien»... Aussi
I. Pautigmt, Justin, Apologies, texte et traduction, Paris, 1904, p. xu-mi.
a. Archambault, Justin, Dialogue, texte et traduction, Paris, 1909, t. I,
p. LXXXIV.
3. C'est ce que saint Justin appelle "ké-^oi; (jTtepfiaxixôç, dTcépfia toù \6^oo. II Apol., VIII.