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II. Dial., trad Archambault, t. II, p

5. M. A. PuECH, dans son savant ouvrage sur les Apologistes grecs du II' siècle, I vol. in-So, Paris, 1912, a démontré que si saint Justin et les autres apologistes de cette époque cherchent à exprimer le dogme chrétien dans le langage philosophique de leur temps, ils ne sont point pour cela des philosophes à la manière des païens. Ce sont des chrétiens avant tout, des disciples de Jésus, allant d'abord chercher la vérité dans les Evangiles. M. Puech conclut ainsi son étude : « C'est une révélation interprétée par la raison qu'ils nous invitent à accepter; mais c'est d'abord une révélation. » (Puech, op. cit., p. 807.) Le travail le plus important sur la théologie de saint Justin est celui du P. Feder, S. J., Justins des Martyrers von Jésus Christus, dem Messias and dem Menschgewordenen SohneGottes, Fribourg-en-Br., Herder, 1906.

inSTOIUE GÉNÉRAr.E DE i/ÉGI.ISE

Saint Justin

révèle

le mystère

de

l'Eucharistie.

Description du Sacrifice

de la Messe,

tel qu'il se célébrait

au lit siècle.

lies avec la plus grande vénération lorsqu'il s'exprime en qualité de témoin de la foi de l'Ej^'llse. Ace titre, son témoignage au sujet du Sacrifice de l'Eucharistie est un des plus précieux que nous ait légués l'antiquité chrétienne.

Jusqu'à lui, nous l'avons vu, la mesure de haute prudence qu'on a appelée plus tard la « loi du secret » n'avait point permis la divulgation du plus saint des mystères. Mais Justin ayant cru nécessaire de montrer aux païens le christianisme avec toute l'économie de ses dogmes, de ses rites et de ses pratiques morales, ne pouvait dissimuler que l'Eucharistie est le centre des uns comme des autres. Trop longtemps d'ailleurs le peuple et les philosophes eux-mêmes avaient cru ou feint de croire que le secret des chrétiens cachait des ignominies. Justin jugea que le moment était venu de tout dévoiler.

Voici, dans leur intégrité, les deux célèbres passages où le philosophe chrétien révéla pour la première fois au grand public les rites sacrés du sacrifice eucharistique.

({ Quand les prières sont terminées, nous nous donnons le baiser de paix. Ensuite on apporte à celui qui préside l'assemblée des frères du pain et une coupe de vin trempé d'eau. Il les prend, et glorifie le Père de l'univers par le nom du Fils et du Saint-Esprit, puis il fait une longue eucharistie ou action de grâces pour tous les biens que nous avons reçus de lui. Quand il a terminé ces prières, tout le peuple présent s'écrie : Amen. Lorsque celui qui préside a fait l'eucharistie, et que tout le peuple a répondu, les ministres que nous appelons diacres distribuent à tous les assistants le pain, le vin et l'eau consacrés, et ils en portent aux absents. Nous appelons cet aliment Eucharistie, et personne ne peut y prendre part s'il ne croit à la vérité de notre doctrine, s'il n'a reçu dans le baptrme une seconde naissance avec le pardon des fautes, et s'il ne vit pas selon les préceptes du Christ. Car nous ne prenons pas ces dons comme un pain ou comme un breuvage ordinaire ; mais de même que, par la parole de Dieu, Jésus-Clirist notre Sauveur a été fait chair, a pris un corps et du sang pour notre salut, ainsi l'aliment consacré par

A la suite de Petau, de Newman et de Mgr Ducbesne, le R. P. Feder « ne peut sa refuser, nous dit-il, avoir dans les expressions de Justin des traces de ce subdrdinationisme moyen qui, tout en rejetant l'arianisnic, apporte des restrictions à l'égalité parfaite de nature ou comporte une dépi'inl;iiuo do la personne ». I.e silcficc relatif de Justiu sur la nature de la troisiiine personne de la Trinité •'explique, nous dit lo P. Feder, par le but de sus écrits.

la prière formée des paroles du Christ, cet aliment qui doit nourrir par assimilation notre sang et notre chair, est la chair et le Sang de Jésus incarné. Telle est notre doctrine. En effet, les apôtres, dans leurs Mémoires, qu'on appelle Evangiles^ nous rapportent que Jésus leur fit ces recommandations : il prit du pain, et, ayant rendu grâces, il leur dit : « Ceci est mon corps ; il prit ensuite du vin et dit : Ceci est mon sang. » Et il les leur donna à eux seuls. » Telle est la première description de la sainte Messe que fait l'apologiste ; mais, comme s'il craignait de ne pas avoir suffisamment décrit cet acte capital de la religion, il revient, quelques lignes plus loin, sur le même sujet : « Le jour qu'on est convenu d'appeler le jour du soleil, dit-il, tous ceux qui habitent les villes ou les campagnes se réunissent en un même lieu. On lit les Mémoires des apôtres et les écrits des prophètes dans la mesure que le temps permet. Après que le lecteur a terminé, celui qui préside l'assemblée adresse une exhortation aux frères pour les porter à imiter ces belles choses. Ensuite nous nous levons tous et nous faisons la prière ; après quoi l'on présente le pain et le vin mêlé d'eau, comme je le disais tout à l'heure. Le chef de l'assemblée adresse à Dieu des actions de grâces de toute l'ardeur de son âme, et le peuple répond Amen. Chaque assistant participe aux dons consacrés que les diacres vont porter aux absents. On fait une quête, à laquelle contribuent tous ceux qui en ont le désir et les moyens. Cette collecte est remise au chef de l'assemblée, qui vient au secours des veuves et des orphelins, des pauvres et des malades, des prisonniers et des étrangers ; en un mot, il prend soin de tous les indigents. Or nous nous réunissons le jour (du soleil, parce que c'est le premier jour de la création et celui où Jésus-Christ notre Sauveur est ressuscité d'entre les morts *. »

« Il est facile de reconnaître là le sacrifice de la Messe dans toutes ses parties essentielles ou intégrantes : l'offertoire, la consécration et la communion. Un seul officiant avec des diacres, la lecture d'un fragment de l'Ancien et d'un fragment du Nouveau Testament, une exhortation aux fidèles sur ce thème, l'oblation du pain et du vin mêlé d'eau comme matière du sacrifice, des actions de grâces rendues à Dieu par celui qui préside et des hymnes de louanges auxquelles toute l'assemblée mêle sa voix, une longue prière faite par le célébrant seul et pendant laquelle il consacre les dons par les paroles

Analyse

du texte de

saint Justin.

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