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I. Apol.y XLV, XLVI, ILVII

24o HISTOIRE GÉNÉRALE DE l'ÉGLïSE

mêmes du Sauveur, le changement du pain et du vin au corps et au sang de Jésus-Christ, de nouvelles actions de grâces entrecoupc-os par l'acclamation du peuple, qui exprime d'un mot sa participation à l'acte accompli par le célébrant, le baiser de paix, signe public de la fraternité chrétienne, la communion distribuée aux assistants et portée par les diacres aux infirmes et aux absents, une quête ou collecte faite au profit des pauvres : tout ce tableau de la liturgie chrétienne au milieu du ii* siècle est évidemment celui du sacrifice de la Messe tel qu'il est célébré aujourd'hui dans l'univers entier ; la description de saint Justin répond trait pour trait à la grande action qui fait le centre du culte catholique, et l'on imaginerait difficilement une condamnation plus éclatante du protestantisme que ce témoignage d'un des premiers apologistes de la religion chrétienne *. »

I. Freppel, les Apologistes chrétiens du II" siècle. Saint Justin, 3" édit., p. 3o4-3o5. De savants travaux sont venus compléter la description donnée par saint Justin. En comparant cette description soit avec les quelques indications données par la Didachè et l'Epitrede saint Clément, soit avec les divers monuments archéologiques et liturgiques que la science a mis au jour, on . pu reconstituer, dans ses grandes lignes, l'iiisloire de la formation des cérémonies de la Messe. Le court récit tiré de l'Evangile, qui s'étend, au rite romain, des mots Qui pridie à Hoc facile in meam commémoration em, c'est-à-dire le récit de la première consécration faite par Jésus-Christ à sa dernière Cène, a formé ce qu'on pourrait appeler le noyau de la Messe et même le noyau de tonte la liturgie. Pour se préparer à renouveler le grand acte du Sauveur, les premiers chéliens, à l'exemple de Notre-Seigneur lui-même, adoplirenk le rituel qui présidait aux réunions juives, et qui consistait en lectures choisies de la Bible, chant de psaumes, prédication et prière finale. Ils \ ajoutèrent seulement la lecture des Epîtres apostoliques et des Evangiles quand ils furent écrits. Ce fut l'origine de la partie que les liturgistes ont appelée l'Avant-Messe, ou la messe des catéchumènes Après le renvoi de ceux-ci, la Alesse proprement dite commençait. Le prêtre louait d'abord Dieu le Père, Créateur de toutes choses. Ce fut l'origine de la Préface et du Saiiclus. Le récit de la Cène rappelait ensuite l'Incarnation de Dieu le Fils, et sa Passion suivie de sa Résurrection glorieuse. Une invocation à rEs|)rit sanctificateur ou Ëpiclèse acheva le rite d'hommage à la Sainte Trinité. Restait la communion des tidèles. On la fit précéder de l'Oraison dominicale et suivre d'una action de grâces. Toute la trame de la Messe lut ainsi fixée. Mais il faut bien remarquer que dans la messe primiti^'e deux parties seulement étaient immuables : le récit de la Cène et le Pater. En dehors de ces deux parties, le prêtre se livrait aux improvisations de sa piété. Cette liberté ne tarda pas à faire place dans chaque Eglise à des rites déterminés. Ces rites prirent en Orient un t\pe fixe ; I Occident présenta, au contraire, une grande variété, qui se manifesta par les liturgies n;ilanaisc, africaine, hispano-gothique ou mozarabe, celtique et gallicane ; mais de toute cette variété liturgique, le récit de la Cène restait toujours le novau. De tous les développements tpie la liturgie de la messe a pris au cours des âges, s'il faut en croire les liturgistes, il n'y en aurait pas un seul qui ne se rattachât à ce premier récit ; en d'autres termes, suivant la pittoresque expression de M. \ igourel, k toute la complexité delà Messe se réduirait à projeter, agrandi sur l'écran des siècles, nu des éléments de la photographie minuscule que nous olFro le récit liturgique du la Cène. )i A. N iGOf REL, un Essiii de syntlièse Ulurijiijiu-, dans la lievue du cleryé Jrw.çais du i5 mai iç)o6, p. 679. Cf. ViuouHbL, Cours syntltétiiiue de liturgie, 1 vol., Parii, igoi, et la Liturgie et la vie chrétienne, Paris, 1909.

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2/il

Nous savons que le courageux plaidoyer de Justin n'arrêta point le cours de la persécution et ne le préserva pas lui-même de la mort. Son œuvre n'en fut pas moins très féconde, certaines calomnies ne purent plus être répétées contre les chrétiens que par les gens de mauvaise foi ; il fut aussi avéré désormais que la pensée chrétienne pouvait sans crainte aborder le terrain philosophique et y figurer avec honneur * ,

La philosophie païenne, qui attaquait en face le christianisme, Le problème était un des grands périls de l'Eglise à la fin du ii* siècle. Les dogmaiique. sectes gnostiques, qui, en empruntant les dehors et les formules de l'esprit chrétien, ne tendaient à rien moins qu'à le dissoudre, n'étaient pas un danger moins grave. Un nouvel apologiste vit le péril et le conjura. Ce fut l'évêque de Lyon, saint Irénée.

Le prêtre qui avait été choisi, en 177, pour succéder au glorieux g .^j. jj.^„ég martyr saint Pothin sur le siège de Lyon, était né à Smyrne ou dans évêque les environs de cette ville, vers i3o. Les relations qu'il avait eues , 3 » 303 ?\ dans sa jeunesse avec l'illustre évêque de Smyrne, Polycarpe, et avec le vénérable Papias, sa vaste culture littéraire, sa haute vertu, lui avaient fait de bonne heure, dans le clergé lyonnais, une situation très en vue. Déjà, sous le pontificat de saint Pothin, le clergé de Lyon et de Vienne l'avait député à Rome, auprès du pape Eleuthère, pour traiter de graves affaires, en le recommandant comme un « zélateur du testament du Christ ^ ». Nous ne savons presque rien de son ministère épiscopal et de sa mort. Saint Jérôme lui donn€ une fois le titre de martyr. Sa mort dut avoir lieu pendant la persécution de Septime Sévère, en 202. Mais sa lutte contre la fausse Gnose, objet capital de son zèle, suffirait à le rendre illustre et vénérable entre? tous les évêques de la vieille Gaule. Son traité : Contre les hérésies est un monument impérissable ^. Tout le mouvement hérétique du

I, J. Rivière, Saint Justin et les apologistes du II* siècle, 1 vol, in-16, Paris, 191 1.

a. EusÈBE, H. E., 1. V, ch. IV, n. 2.

3. Le vrai titre de l'ouvrage est celui-ci : la Fausse science [gnose) démasquée et réfutée ; mais il est ordinairement cité sous ce titre plus bref : Adversus hxreses. L'ouvrage de saint Irénée a été écrit en grec, mais nous ne l'avons que dans une vieille traduction latine.

Ilisl. gén. de l'Eglise. — 1 iG

Le gnosticisme pendant la secondephase lie son histoire.

O phi tes et Caïnites.

Marcion.

ij° siècle revit dans ce livre, comme toute la révolution protestante revit dans V Histoire des variations de Bossuet.

Le gnosticisme, en passant des écoles de Basilide, de Carpocrate et de Valentin à celles de leurs premiers disciples, avait bien dégénéré. Ou plutôt, ces derniers avaient logiquement tiré des doctrines primitives leurs conséquences fatales. Les rêveries d'une métaphysique imaginée à plaisir avaient enfanté les excentricités d'une morale livrée au caprice. Secundus, en cherchant l'origine du mal, ne s'était pas arrêté à Achamoth, il était remonté jusqu'au sein même du Plérôme. Marcus avait fait entrer dans son système les spéculations de la Kabbale. Les Ophites, en une doctrine complexe, qui devait absorber toutes les autres au m* siècle, avaient prétendu expliquer tout le système du monde par la lutte d'un mystérieux serpent (Ophis), contre le Créateur, laldabaoth, à l'effet de rapprocher l'homme du Dieu inaccessible et bon. Les Caïnites, exaltant l'énergie, même dans le mal, avaient composé leur Olympe de tous les scélérats qui avaient déshonoré l'espèce humaine, depuis Caïn jusqu'à Judas. Quelques gnostiques avaient essayé, il est vrai, d'arrêter le mouvement qui emportait la nouvelle secte vers toutes les révoltes et toutes les dépravations. Mais les efforts tentés en ce sens, soit par Ptolémée, philosophe à l'esprit clair et précis, soit par Théodote et Alexandre, âmes vraiment éprises de purification morale et d'ascétisme, javaient été sans grand résultat. Dne branche importante de la secte gnostique « s'était montrée, suivant l'expression de Mgr Duchesne, favorable aux plus dégoûtantes aberrations * » .

Les anciens Pères, et saint Irénée tout le premier, rapprochent des maîtres du gnosticisme, un homme qui, parti d'un point de vue tout opposé, était venu rejoindre leurs théories et avait même émis la prétention d'en dégager un système plus précis et plus clair. Cet homme, c'est Marcion.

Marcion était né à Synope, sur le Pont-Euxiu. Enrichi dans la navigation, il était venu à Rome vers i4o, et avait même fait don à l'Eglise romaine d'une assez forte somme, 200 sesterces (environ ^0.000 fr.) *. La première idée de Marcion fut de réagir contre ce mélange de christianisme et de grossier judaïsme, que les fonda-

I. DucHBSNB, Hisl. anc. de l'Eglise, l, 19a. Le chapitre de Mgr Duchesne sur le gnosticisme a été reproduit par le R. P. d'Alès dans son Dictionnaire apologi'tiqu» de la foi catholique, au mot Gnosticisme,

a. Ibid., p. i83.

LA LUTTE

tours du gnosticisme avaient professé. « Mais, parce que la rectitude (!e son jugement était loin d'égaler la chaleur de ses convictions, son /cle l'emporta au delà des limites de la modération et de la vérité, (lomme Luther, dont il est une ébauche frappante, il finit par attai[uer le dogme, sous prétexte de vouloir corriger un abus ^. » L'aniilhèse signalée par saint Paul entre la foi et la loi, entre l'Ancien Testament et la Nouvelle Alliance, devint pour lui un antagonisme radical. Il résulte de cette opposition, disait Marcion dans un livre publié par lui sous le titre à' Antithèses, que le Dieu de l'Evangile, i*ère des miséricordes, ne peut être que l'ennemi du Dieu des Juifs, auteur de la création et de la loi. Ainsi, par une voie toute différente, Marcion aboutissait au dualisme des gnostiques. Sans doute, disait-il, ia Rédemption a eu pour but d'arracher les hommes de l'œuvre jnauvaise de la création ; mais le Dieu bon qui s'est incarné n'a rien voulu devoir au Créateur. Voilà pourquoi il n'a eu qu'une apparence d'humanité. Par cette seconde idée, Marcion, après avoir maudit le créateur et la loi, arrivait, comme on l'a dit, « à volatil'isor l'histoire évangélique en un docétisme absolu ^ ».

Telles sont les doctrines que l'évêque de Lyon entreprit de démas- •uer et de réfuter. Nous n'essaierons pas de suivre, dans tous les ô tours de ses investigations et de ses raisonnements, celui que Ter- ; diien a appelé « un explorateur très curieux de toutes les doctrines 3 ». Contentons-nous de donner, d'après un de ses plus sagaces interprètes, un résumé succinct de son grand traité. Avec une logi- (jue à la fois très souple et très serrée, Irénée m'ontre que les gnostiques sont acculés à deux explications suprêmes : le dualisme ou le panthéisme. « Il les poursuit dans ces deux retranchements. Ou NOUS séparez Dieu du monde, leur dit-il, ou vous confondez Dieu avec le monde, et, dans l'un et l'autre cas, vous détruisez la vraie notion de Dieu. Si vous placez la création hors de Dieu, quelque nom que vous donniez à la matière éternelle, Vide, Chaos ou Ténèbres, peu importe, vous limitez l'être divin. Ce qui revient à le nier. Vous avez beau dire que le monde a pu être formé par des anges. Ou ils ont agi contre la volonté du Dieu suprême, ou d'après son commandement. Dans la première hypothèse, vous accusez Dieu

Sa doctrine.

Son dualisme

et son

docétisme.

Le traité

Contre les hérésiet

par saint Irénée,

Résumé de l'argumentation de saint Irénée contre le gnosticisme.

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