CHAPITRE II
jérusalem.
l'Église naissante et le monde juif
Le peuple juif,
peuple
de la
promesse.
La grandeur
de sa mission
dans
le monde.
Sa situation
politique et religiouse.
Plus d'une fois, dans ses discours et dans ses paraboles, Jésus avait annoncé que le Royaume de Dieu, repoussé par les Juifs, serait accepté par les Gentils. Mais le peuple d'Israël n'en restait pas moins le peuple élu, la nation « de la promesse ». C'est à Jérusalem, dans un groupe de Juifs de race, que l'Eglise devait avoir son berceau. Les premiers disciples de Jésus-Christ devaient conserver avec religion la plupart des observances juives, et ne s'en détacher que peu à peu, avec infiniment de respect. La Synagogue, même après les défections et les trahisons de ses fils, devait être ensevelie avec honneur.
Elles avaient été si grandes, devant Dieu et devant les hommes, les destinées des enfants d'Abraham et de Jacob ! Le Seigneur, par l'alliance qu'il avait contractée avec eux, par les prophètes qu'il avait suscités au milieu de leur nation, par les prodiges qu'il avait multipliés en leur faveur le long des siècles, avait fait pour eux ce qu'il n'avait accompli pour aucun autre peuple. De leur côté, dispersés au miUeu des nations, ils y avaient porté leur fidélité aux deux grands dogmes dont le Seigneur leur avait confié le dépôt : la croyance à l'unité de Dieu et l'espérance messianique. Athènes pouvait revendiquer pour elle la gloire d'un art sans pareil ; Rome, celle d'une science politique incomparable ; Jérusalem était le centre du culte le plus pur qui eût été olTcrt à la Divinité.
La domination romaine, établie en Judée l'an 63 avant Jésus- Christ, n'avait pas eu pour effet d'enlever au peuple juif toute indtvpendance. Sous la domination des Hérode, les fils d'Israël avaitut
LA PREMIERE EXPANSION
gardé une semi-autonomie, qui leur permettait de rester fidèles h la religion révélée à leurs pères, de célébrer dans leur temple de Jérusalem leô grandes cérémonies reçues par la tradition de leurs ancêtres. Mais de funestes divisions intestines avaient jeté le trouble dans la nation. Le parti le plus prépondérant, par le nombre comme par le prestige de ses adeptes, restait toujours le parti des pharisiens^. Minutieux observateurs de la Loi, parfois hypocrites, comme ceux qu'avait maudits le Christ, ils étaient aussi parfois purs et droits, comme ceux qui le suivirent en bravant tout respect humain. A côté d'eux, les voluptueux sadducéens, les ambitieux hérodiens, amis de la vie facile, acceptaient volontiers les mœurs de la Grèce et de Rome ^. Tout à l'opposé, les esséniens, rêveurs, exaltés, fanatiques, superbement dédaigneux de toutes les autres sectes, se regardaient comme les seuls héritiers des promesses célestes, et poursuivaient la réalisation d'une pureté surhumaine ^. Les plus rigides de ces derniers affectaient de ne point fréquenter le temple de Jérusalem, qu'ils regardaient comme souillé par leurs compatriotes dégénérés ; mais ils n'étaient point suivis en ceci par le corps de la nation. Pour le peuple d'Israël, le temple était resté, malgré tout, le lieu sacré où la nation juive prenait conscience, en offrant ses traditionnels sacrifices, de la grandeur de sa surnaturelle mission. Il était fier de ce grand édifice, dont la reconstruction, commencée par Hérode le Grand, devait être achevée, l'an 6^, par Agrippa II. Quand, du sommet du mont des Oliviers, le fils d'Israël contemplait, par delà la muraille gigantesque, qui donnait au monument l'aspect d'une énorme forteresse, toute la série des terrasses, communiquant entre elles, puis, au sommet, le sanctuaire, dont la toiture, couverte de lames dorées, étincelait au soleil *, son orgueil national s'exaltait ; une sourde irritation fermentait en son âme contre l'usurpateur étranger ; le souvenir des héroïques Macchabées, qui, un siècle plus tôt, avaient reconquis le temple et la liberté religieuse en Palestine, ravivait en lui, à la fois, le patriotisme et la religion.
Pharisiens,
sadducéens,
hérodiens
et esséniens.
Le temple de Jérusalem.
Le patriotisme juif.
1. E. Beurlier, le Monde juif au temps de Jésus -Christ et des apôtres, t. I, p. 44- 47. Cf. E. Stapfetv, la Palestine au temps de Jésus-Christ, p. 371 ; Dcellinger, Puyanisme et judaïsme, trad. française, t. IV, p. 128.