Ibid., I. V,ch
LA LUTTE
grande place reconnue par saint Irénée, dans l'économie rédemptrice, à la Sainte Vierge Marie. Saint Justin avait déjà mentionné la participation effective et volontaire de la Sainte Vierge à l'œuvre de la Rédemption. Saint Irénée insiste avec force sur ce rôle. De même que saint Paul avait opposé à l'œuvre du premier Adam celle du second Adam, Jésus-Christ, l'évêque de Lyon oppose à la première Eve, qui a perdu le genre humain, la seconde Eve, Marie, qui l'a sauvé. « Marie, dit-il, a dénoué les nœuds formés par la faute d'Eve. L'une avait résisté aux ordres de Dieu, l'autre s'y soumet. Eve écoute la parole du démon, Marie prête l'oreille à la voix de l'ange. Le genre humain, voué à la mort par une vierge, a été sauvé par une autre Vierge ^ . »
On ne saurait trop insister sur l'importance du rôle rempli par saint Irénée dans l'histoire de l'Eglise. Le premier des théologiens catholiques est le dernier élève des propres disciples des apôtres ; celui qui a fait la première synthèse raisonnée de notre foi avait encore dans l'oreille les derniers échos de l'enseignement apostolique ; son œuvre est comme l'anneau d'or qui relie l'esprit de l'Evangile à la doctrine des Pères 2.
Place de
saint Irénoe
dans l'histoire
de l'Eglise,
Le traité de saint Irénée avait porté un coup mortel à l'hérésie Le problème gnostique. Le valentinianisme, le marcionisme et l'ophitisme apologétique, ne survécurent à une pareille attaque qu'en se transformant. Héracléon. Appelle et, pour ce qui regarde l'ophitisme, un théologien inconnu ^, furent les auteurs de ces transformations, qui retardèrent quelque temps la ruine définitive de ces sectes. Mais l'Eglise avait encore en face d'elle le judaïsmeet le paganisme, toujours menaçants, toujours prêts à lui disputer les âmes, toujours prêts à s'unir aux débris du gnosticisme pour leur communiquer une nouvelle vie.
I. Hœr., 1. III, cil. sxii; 1. V, ch. xix. Sur celte conception de la dévotionà Marie et les origines de la dévotion à la Sainte Vierge, voir Newman, du Culte de la Sainte Vierge, lettre au Dr Pusey, trad. Dupré de Saint-Maur, Paris, i866, p. 36-5i.
3. Voir A. DuFOURCQ, Saint Irénée, collection des « Saints », p. i84, et Saint Irénée, collection de la « Pensée chrétienne ».
3. De Faye, Introduction à l'étude du gnosticisme dans la Revue de l'histoire des religions, t. XLVI, igoSjp. 166-167.
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Tertullien (160 ?-a/jO ?).
Son caractère.
Ses premières
ouvres apologétiques.
Les défenseurs du clmstianisme se rendirent compte qu'il ne snfïisait pas de repousser les attaques de l'adversaire. Une tAchc plus importante s'imposait à l'apologétique : ruiner à fond la barrière de préjugés que le juif et le païen opposaient à l'Eglise catholique ; pénétrer sur le terrain de l'ennemi ; s'imposer aux masses par des oeuvres fortes, alertes et vivantes ; employer la langue de Cicéron, en même temps que celle d'Homère ; viser le juriste et le lettré de culture latine, aussi bien que le philosophe nourri de Platon. En un mot, l'apologétique nouvelle devait être conquérante, sous peine de rester inefficace. Tertullien, Minutius Félix et l'auteur grec de VEpitre à Diognète furent les principaux représentants de cette apologétique.
Tertullien, fils d'un centurion romain encore païen, était né ;\ Carthage vers 160. Il reçut une éducation soignée, étudia à fond la langue grecque et le droit, et exerça pendant quelques années la profession d'avocat *. Peu avant 197, il se convertit au christianisme. fut bientôt après ordonné prêtre, et commença aussitôt à déployer contre les ennemis de l'Eglise une activité incroyable.
Tertullien est avant tout un polémiste. Esprit vigoureux, d'une érudition peu commune, parfaitement maître de sa langue, à laquelle il donne des mots et des tours nouveaux, il a la riposte prompte et la phrase incisive ; mais sa dialectique est plus éblouissante que sûre, et son argumentation est souvent inspirée par la passion. « Malheureux, s'écrie-t-il quelque part, je suis toujours dominé par la fièvre de l'impatience - I » « Comme saint Justin, Tertullien a éprouvé le fort et le faible de bien des philosophics avant de se fixer dans la foi chrétienne ^. Mais, tandis que Justin se retournait avec quelque sympathie vers les systèmes qu'il avait quittés, Tertullien n'a point assez de sarcasmes pour les philosophes païens, ces bateleurs, ces contempteurs de Dieu et des hommes *, ces patriarches de toutes les hérésies 5, ces animaux de gloire ®. »
Le dernier historien de la philosophie de Tertullien ' a pu, en
I. Il est douteux qu'on doive lui attribuer les passages introduits dans les Pandectes sous le nom de Tertullien, a. Tertullikb, De patientia, ch. i.