‹ Histoire générale de l'ÉgliseChapitre 207 sur 413 · I. De prsscr,, xxxvii · texte numérisé non relu

I. De prsscr,, xxxvii

Dureté

tics

apostrophes

de Tertullieii

aux païens

de son temps.

L'Oclavius

de Minutius

Félix.

Caractère de l'ouvrage.

VEpilre à Diognète.

montrera l'avenir. Quel plus beau spectacle que l'arrivée triomphante, superbe, du Seigneur! Quelle plus belle scène que celle du dernier jugement ! Quels sujets d'admiration, de sourire, de joie ! Voir tous ces rois expier dans les ténèbres la gloire de leur apothéose! Voir tous ces proconsuls dévorés par des flammes plus cruelles que celles des bûchers qu'ils ont allumés pour les chrétiens ! ces sages, ces philosophes, confondus ! ces poètes frissonnant de terreur devant le tribunal de Jésus-Christ ! ces tragédiens, dont les hurlements seront autrement dramatiques qu'ils ne l'étaient sur la scène, et ces histrions, si souples, dont les corps s'assoupliront encore en se tordant au milieu des flammes * !... »

L'apologétique chrétienne faisait entendre une note plus douce avec VOclavius de Minutius Félix et VEpîlre à Diognète.

La publication de VOclavius a-t-elle prccédé ou suivi la publication de V Apologétique de ïertuUien ? La critique n'a point encore donné une réponse définitive à cette question, mais elle n fixé la composition de l'ouvrage aux dernières années du ii' siècle. L'auteur de cet opuscule, écrit en forme de dialogue, était avocat comme TertuUien, et peut-être aussi Africain. Mais le contraste entre les deux apologistes est frappant. Minutius Félix évite tout ce qui pourrait choquer les préjugés des lettrés païens à qui il s'adresse. Il relève toutes les turpitudes du polythéisme et venge le christianisme des calomnies amassées contre lui ; mais il fait appel, pour établir ses arguments, aux sages de la Grèce et de Rome, plutôt qu'aux écrivains sacrés. Les mystères de la foi chrétienne sont laissés dans l'ombre. Le but de l'auteur n'est pas d'introduire son lecteur dans l'intérieur du temple, mais d'en faciliter les abords. Même lorsqu'il critique le plus vivement les horreurs païennes, son langage respire une douceur communicative. L'art de la composition et l'élégance du style ont fait appeler ce petit dialogue w la perle de l'apologétique chrétienne ». Les meilleurs écrivains profanes du u' siècle, un Fronton, un Aulu-Gelle et un Apulée ne sauraient contester le premier rang à l'auteur de VOclavius *.

Le même charme de style et la même douceur de sentiment se trouvent dans un autre opuscule, écrit en grec, dont l'auteur est inconnu et dont la date ne peut être fixée avec précision, mais

ï. De speetac, \x\.

a. Une savante édition critique do VOclavius par l*. Wai.tzimo a paru à f-eip/ig en 191a. Une traduction fraii^uiso a été publice par F. Ulcord, Paris, liloud, iijii.

LA LUTTE

qu'on peut vraisemblablement placer, avec Zeller et Funk, à la fin Ju u^ siècle ou aux premières années du m* : VEpîire à Diognète ^.

Le principal argument de l'auteur consiste à décrire la vie toute surnaturelle que mènent les vrais chrétiens, puis à montrer comment l'Eglise, dépositaire du trésor de la Révélation et dispensatrice delà grâce parles sacrements, n'est pas seulement r« économie » divinement organisée pour la sanctification d'une société choisie, mais qu'elle est aussi, soit par l'influence rayonnante de ses vertus, soit par les bénédictions qu'elle attire sur le monde, un instrument de salut pour l'humanité tout entière. Rien de plus profond que les paroles suivantes : <( A parler simplement, ce que l'âme est dans le corps, les chrétiens le sont dans le monde... La chair déteste l'âme et lui fait la guerre, parce iju'elle est empêchée par l'âme de se livrer aux plaisirs ; le monde à son tour, et pour la même raison, déteste les chrétiens... L'âme est enfermée dans le corps, et ellemême contient le corps ; les chrétiens sont dans le monde comme dans une prison, et eux-mêmes contiennent le monde 2. »

La société

des chrétiens,

âme

du monde.

1. Le manuscrit qui nous a conservé l'Epître à Dlogiièle, et, que le bombardement de Strasbourg a détruit en 1870, ne datait que du xiiie siècle. Sur la date de sa compositien, voir Funi, Patres apostoliei, t. I, p. cxiii. Cf. Bardekhewer, t. I, p. i3o-i38.

a. Ep. à Diognète, vi, 1, 5-7.

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