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(le Pâques d de 5ioël.

Noël. La pensée des souffrances et de la mort du Sauveur est inséparable

de la pensée de son Incarnation, qui lui a donné une nature capable de souffrir et de mourir. Le souvenir de sa naissance à la vie glorieuse rappelle aussi le souvenir de sa naissance à la vie terrestre. La fête dite de Noël ne tarde pas à être instituée. '

« Noël et Pâques deviennent alors comme les deux pôles de l'an- I es deux cycles née liturgique. Noël a sa préparation, comme Pâques : c'est l'Avent. Le reste de l'année sera attiré dans l'orbite de ces deux fêtes*.»» Toutes les autres fêtes, tous les autres dimanches de l'année se rattachent soit au cycle de Noël, soit au cycle de Pâques. Chaque fidèle peut désormais, en s'unissant simplement aux prières liturgiques de la communauté chrétienne, « suivre les voies » de Jésus, « s'unir à ses vertus et communier à ses mystères », c'est-à-dire réaliser toute la religion, et « le cycle liturgique devient à la fois la joie des peuples, la lumière des doctes et le livre des humbles - ».

L'Eglise du ii* siècle ne célèbre pas d'autres fêtes d'une manière universelle. Mais chaque Eglise particulière fête pieusement l'anniversaire de la mort de ses plus illustres martyrs. Dès l'an i55, les fidèles de Smyrne, dans la lettre où ils racontent le martyre de saint Polycarpe, annoncent le dessein de célébrer la fête du martyr par une réunion au lieu même où repose son corps. Vers la fin du siècle, Tertullien mentionne l'usage de commémorer le souvenir des défunts par l'oblation eucharistique. Ces fêtes ne deviendront universelles dans l'Eglise que plus tard 3.

Les commémorations des martyrs et des confesseurs.

La controverse pascale.

L'œuvre liturgique, lentement élaborée au ii* siècle, devait devenir, en se développant, une des bases les plus solides et un des signes les plus marquants de l'unité de l'Eglise. Mais il est peutêtre dans les desseins providentiels de faire conquérir les plus grands bienfaits au prix des plus grandes épreuves : la fixation même de

I. Dom Cabrol, op. cit., p. aSS. Dans cet exposé de la liturgie, noua nous sommes beaucoup servi des idées et souvent des expressions mêmes du savant bénédictin.

a. Dom GuÉRAHGER, l'Aiim'e liturgique, l'Avent, p. xvii,

3. Pour plus de développement, voir Dom Cadrol, op. cit., p. ago-Soi, et II. Uelehaye, s. J., bollaiidisto, les Origines du culte des mart/rs, l vol. in-S^. Bruxelles, igia.

LA LUTTE

la fête de Pâques, centre de toute la liturgie, devint, vers la fin du n* siècle, l'occasion d'un des conflits les plus douloureux qui aient affligé l'Eglise

D'un commun accord, toutes les Eglises de l'Orient et de l'Occident avaient acclamé la fête de Pâques comme la grande solennité de l'année chrétienne. Mais on ne s'était pas concerté sur la date de sa célébration, et la fixation de cette date n'allait pas sans difficulté. On convenait généralement que le Sauveur avait mangé la pâque le ik" jour du mois juif de nisan, correspondant au i4* jour de la lune de mars. Les chrétiens d'Asie s'en tenaient à cette date, et, en somme, ne faisaient que substituer, ce jour-là, la cène eucharistique au repas rituel des Juifs. Ils célébraient d'ailleurs leur fête de Pâques à quelque jour de la semaine que cette date tombât. C'est ainsi, disaient-ils, que les apôtres Jean et Philippe, et, depuis eux, toutes les Eglises d'Asie avaient célébré la grande fête. Les chrétiens d'Occident avaient fait un autre calcul. Pour eux, la grande fête chrétienne avait surtout pour but de commémorer la résurrection du Christ. Or le Christ était ressuscité le dimanche. N'était-ce pas précisément pour célébrer ce mystère que le dimanche de chaque semaine était devenu un jour saint ? La fête commémorative annuelle leur parut donc ne pouvoir se célébrer qu'un dimanche. Ils la fixèrent au dimanche qui venait après le i4 de nisan. Leur fête ne correspondait pas toujours à la date où le Christ était sorti du tombeau, mais elle correspondait au moins au jour de la semaine où s'était accompli le mystère. Le dimanche gardait sa solennité, et par là on accentuait la séparation du christianisme d'avec le judaïsme. Les Occidentaux, du reste, opposaient à la tradition de saint Jean et de saint Philippe celle de saint Pierre et de saint Paul. Ils reprochaient aux Asiates, aux « quartodécimans », comme on les appela, de sembler suivre la loi ancienne, de donner à leur fête une teinte juive. Au fond de cette simple question de date, la vieille opposition entre l'esprit judaïsant et l'esprit universaliste réapparaissait.

Sous le pape Anicet, le vénérable évêque de Smyrne, Polycarpe, avait essayé en vain de faire prévaloir dans l'Eglise universelle l'usage quartodéciman. Le pontife de Rome, à son tour, avait été impuissant à faire adopter au vieil évêque l'usage romain. Les deux vénérables représentants de l'Eglise avaient inutilement conféré entre eux sur cette question. Cependant la concorde n'avait nullement été rompue. La diversité des pratiques causait seulement un malaise

Diverses

manières de

fixer le jour

de Pâques,

Opposition entre l'usage

ronaain et l'usage des Eglises d'Asie.

Intervention

du pape saint Victor

Menace d'excommunication 'Je la province d'Asie.

dans l'Eglise. Telle communauté était plongée dans le deuil, au moment môme où telle autre chantait l'alleluia de la Résurrection. Le contraste était plus choquant quand on vo}'ait dans la même ville, à Rome, des Asiates rester fidèles à leurs coutumes, célébrer la Pâque, au milieu des chrétiens, le même jour que les Juifs. Sous le pape Solcr, les rapports entre Occidentaux et Orientaux fuient particulièrement tendus. Des troubles, sur lesquels nous sommes vaguement renseignés, se produisirent à ce sujet à Laodicée de Phrygie. Les esprits se passionnèrent. Vers 191, le pape Victor prit le parti d'intervenir directement. Il demanda àrévêque d'Ephèse, Polycrate, de réunir à Ephèse les évêques d'Asie et de les amener à se rallier à l'usage de Rome. Polycrate réunit les évoques, mais, en leur nom comme au sien, il crut devoir répondre au pape que ni lui ni ses frères ne pouvaient abandonner une tradition apostolique ^. La tradition apostolique n'étail-elle point la suprême règle, le dernier « canon de la foi « ? Les adversaires invoquaient un argument identique.

Le conflit entre les deux traditions apostoliques se fût trouvé sans issue, ou du moins la seule issue eût été le schisme, si une autorité supérieure, interprétative de la tradition, n'eût été, dès lors, universellement reconnue. Le pape Victor était le titulaire de cette autorité suprême. Il crut le moment venu de l'exercer à l'égard de l'Eglise entière. En vertu du pouvoir qu'il tenait de Jésus-Christ par l'apôtre saint Pierre, le pape Victor donna l'ordre à tous les évêques de la chrétienté de célébrer la fêle de Pâques le jour du dimanche. De tous les points de l'univers chrétien, de Jérusalem comme d'Alexandrie, des Eglises du Pont comme de celles des Gaules, les adhésions arrivèrent au Pontife de Rome -. Mais la province d'Asie résistait toujours. Victor crut pouvoir aller jusqu'au bout de ses pouvoirs. Il écrivit à toutes les Eglises que les frères insoumis, sans exception, seraient séparés de la communion catholique.

Pas une voix ne s'éleva dans l'Eglise pour prétendre que lévêque de Rome outrepassait ses droits, s'arrogeait uu pouvoir nouveau ; mais une voix vénérable se fit entendre, respectueuse et pacifique. C'était celle du vieil évêque de Lyon. Irénée, amené providentiellement en Occident, avait accepté sans hésiter pour sou Eglise la cou-

I. Sur les conciles concernant lu l'iUo de l'âquoi, voir ilKiELK-LBCLKncQ, Ilistoirt: des vonriles, l. 1, !•« partio, p. i3j-i5l. a. EusùuE, //. t.,l. V, ch. xiv.

LA. LUTTE

observations

de saint Irén^ë.

lume occidentale ; mais il vit avec peine ces vieilles Eglises d'Asie, où il avait passé sa jeunesse, et cette grande Eglise d'Ephèse, dont il aimait tant à invoquer les traditions contre les hérétiques, sur le point d'être séparées du corps de l'Eglise universelle. Il écrivit à Respectueuses l'évêque de Rome une lettre dont Eusèbe nous a conservé un fragment célèbre. En substance, Irénée rappelait au pape Victor que la non-observance de la pâque dominicale ne lui semblait pas être un de ces faits pour lesquels on doit repousser personne dans l'Eglise, et il lui remémorait l'entrevue du saint évêque Polycarpe, disciple de Jean, avec son prédécesseur Anicet : « Quoique suivant des coutumes différentes, lui disait-il, ces deux grands hommes restèrent unis l'un à l'autre, ils se quittèrent Tun et l'autre en paix ; et dans l'Eglise tous avaient la paix, quoique n'ayant pas la même observance *. »

Comme autrefois saint Pierre s'était rendu aux justes observations de saint Paul, le pontife romain se rendit à l'avis que lui donnait, « au nom de tous les frères qu'il gouvernait ^ », le vieil évêque des Gaules. Aucune suite ne fut donnée à l'excommunication des Eglises d'Asie. « Et l'on vit par là, dit Eusèbe, qu'Irénée portait vraiment son nom, qui signifie paix, car il fut le pacificateur de la controverse 3. » Peu à peu les Eglises d'Asie finirent par adopter l'usage romain, que le concile de Nicée n'eut plus qu'à consacrer.

A mesure que l'autorité de l'Eglise se fortifiait à tous les degrés de sa hiérarchie, elle multipliait ses œuvres de charité, d'enseignement et d'apostolat.

Depuis l'origine, l'Eglise avait son trésor de la charité. Les prémices, les dîmes et les offrandes spontanées des fidèles en avaient été les premières sources.

Les œuvres de charité.

I, Eusèbe, H. E., 1. V, ch. xxiv, n. 17-18.

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