P. Allard, loc. cit., p
5. Alri!;, les Chrétiens dans l'empire romain, p. aa4 ; Doulcet, Essai sur les rapports de l'Eglise chrétienne avec l'Etat romain, p. 1/49.
LA LUTTE
même, deux esclaves, Revocatus et Félicité, dettx jeunes gens, Saturninus et Secundus, et une jeune femme mariée, de bonne famille, Vibia Perpétua. Tous étaient catéchumènes, et suivaient les leçons d'un chrétien nommé Saturus. Ce dernier, absent lorsqu'on les arrêta, se livra lui-même, pour ne pas séparer son sort de ceux dont il s'était fait le catéchiste, ou plutôt pour achever, dans une captivité commune, l'œuvre de leur initiation à l'Eglise^. Ceux-ci, en efifet, d'abord gardés à vue dans des maisons, sous le régime de lâcustodia privata -, purent bientôt être baptisés. Au moment où elle était plongée dans l'eau, Perpétue demanda à l'Esprit-Saint une seule chose : que sa chair pût supporter les souffrances.
Elle fut pleinement exaucée. Rien ne nous apparaît plus nettement dessiné, dans les Actes, que le caractère franc, alerte, joyeux, tout d'une pièce, de la jeune et noble femme. Au moment de mourir, elle s'écriera : « Vivante, j'ai toujours été gaie ; je serai plus gaie encore dans l'autre vie ^. » Son vieux père, seul païen de sa famille, essaya d'abord de la ramener au culte des dieux. « Mon père, lui ditelle, vois-tu à terre ce vase? — Je le vois. — Peux-tu lui donner un autre nom que celui de vase? — Je ne le puis. — De même, moi, je ne puis me dire autre chose que chrétienne *. «
Les nouveaux baptisés durent bientôt échanger leur liberté relative L'emprisonne pour un ténébreux cachot. L'épaisse chaleur de la prison et la grossière promiscuité de nombreux prisonniers furent pour Perpétue un odieux supplice, moins dur cependant que la séparation brusque de son enfant, qu'elle nourrissait. Peu de temps après, son enfant lui fut rendu. « Alors, dit Perpétue, je ne souffris plus. Mon cachot devint pour moi un séjour aimé, que je préférais à tout autre. »
Quand le moment du jugement approcha, son père accourut. Accablé de douleur, il renouvela ses instances, m Souviens-toi de ton vieux père, lui disait-il. Je t'ai préférée, ma fille, à tous tes frères. Ne fais pas de moi un objet de honte. Songe à ton fils, qui sans toi ne pourra pas vivre. » « Ainsi, dit Perpétue, me parlait mon père. Il se jetait à mes pieds, m'appelant, non plus sa fille, mais sa dame. Et
ment.
La
comparution
devant le tribunal.
I. RuiNART, Préface à la Passion de sainte Perpétue, Sa et 7, p. 83 ; Pillet, Histoire de sainte Perpétue, i885, p. 68-67.
3. Rambaud, le Droit criminel romain dans les Actes des martyrs, p. 3o.