Lib. pontif., t. J, p. iSg
a. DôLLinGER, dans son livre Hippolyte et Calliste, Ratisbonne, i853, a vengé le pape Zéphyrin des accusations portées contre lui par Hippolyte et Tertullien. 3 Lib. pontif., I, i/Ji.
aga histoire générale de l'église
Sa vie tionnaîre du palais de l'empereur Commode et chargé par son maître à son ^® certains maniements de fonds, il perd, dans ses opérations
pontificat. financières, non seulement l'argent de son maître, mais des sommes que des frères chrétiens lui avaient confiées. La crainte de son maître lui fiiit prendre la fuite. Celui-ci parvient à s'emparer de lui, le fait emprisonner dans un dur cachot ; puis, réfléchissant que le plus sûr moyen de rentrer dans ses fonds est de libérer son esclave, dont il connaît l'habileté et la probité, il le fait relâcher. Calliste, en effet, est bientôt en voie de tout récupérer en faisant rendre gorge à des Juifs qui l'ont odieusement trompé. Mais ceux-ci se vengent en le dénonçant comme chrétien. L'infortuné est condamné à travailler aux mines de Sardaigne. Lorsque le pape Victor sollicite la haute intervention de Marcia pour la libération des confesseurs de Sardaigne, le nom du pauvre esclave ne se trouve pas sur la liste ; mais le procurateur l'accorde aux prières du légat pontifical, Hyacinthe. Calliste revient à Rome, où le pape Victor lui fournit une pension annuelle. La fermeté que cet v;sclave a montrée dans le malheur, l'intelligence dont il a fait preuve, la considération qu'il s'est attirée parmi ses compagnons de captivité, le désignent au choix du clergé pour les importantes fonctions de diacre. La conscience avec laquelle il remplit les devoirs de cette charge décide Zéphyrin à l'appeler auprès de lui comme son principal auxiliaire. A la mort de Zéphyrin, il n'y a qu'une voix à Rome pour appeler Calliste à la succession du pontife défunt. Sur le siège de Pierre, cet ancien esclave ne montre Son pontificat, pas seulement d'éminentes qualités d'activité pratique ; il révèle, dans les questions difficiles qu'il est appelé à trancher, un esprit éclairé et prudent, un tact sûr et délicat. Dans les difficultés ardues de la controverse trinitaire, nous le verrons repousser à la fois les deux opinions excessives de Sabellius et d'Hippolyte. Dans la question, alors si brûlante, de la pénitence, il revendiquera énergiquemcnt pour l'autorité hiérarchique le pouvoir de remettre les péchés de la chair, mais en se montrant disposé à tenir compte, dans l'appréciation de la peine, de l'intercession des confesseurs de la foi *.
I. Au fond, c'est celte modération, ce prudent équilibre dans le gouvernement de l'Eglise, qu'Hippoljte et Tertullien, esprits absolus ot intransigeants, n'ont jamais
(>ardonné à Calliste. « Equilibristu » est l'injure dont ils prétendent l'aiiablor dans eurs pamphlets. « Dis-moi, s'écrie Tertullien, funambule do la pureté, toi qui, sur la corde mince d'une telle discipline, t'avances d'un pas hésitant, l>alani,unt l'esprit par la chair, contenant l'&nio par la foi, qu'as-tu besoin de tant surveiller ta
LA LUTTE 293
Bref, ainsi que le déclare le savant critique qui a publié la première étude approfondie sur l'œuvre de ce pape, presque tous les reproches gu'on lui a adressés tournent à son honneur^.
Des pontificats d'URBAiN I'% qui gouverna l'Eglise de 222 à 280, Saint
et de PoNTiEN, qui lui succéda de 280 à 235, nous savons peu de pape
chose. Eusèbe mentionne à peine ces deux pontifes 2, et les courtes (aaa-aSo) notices que leur consacre le Liber pontificalis ne sont pas très sûres, pontien pane Nous les verrons seulement soutenir la lutte contre l'antipape Hippo- (a3o-a35). lyte, dont Pontien, déporté avec lui aux mines de Sardaigne, recevra le repentir et l'abjuration. En somme, le conflit pénible qu'eurent à supporter les quatre pontifes que nous venons de nommer, fut celui de la modération contre la violence, de la miséricorde contre le rigorisme intransigeant, de la sagesse contre l'enthousiasme inconsidéré.
On a parfois cherché à expliquer le courage des martyrs par un enthousiasme factice, et, comme on l'a dit, par « l'ivresse de l'amphithéâtre ». Les actes authentiques des martyrs chrétiens, — on a pu déjà s'en convaincre, — apportent à cette prétendue explication le plus formel démenti. Cen'était point seulement devant des foules que les chrétiens avaient àdéfendre leur foi; c'était aussi dans l'intimité de leur famille ; c'était en présence de leurs proches encore païens; c'était dans des circonstances qui ne pouvaient leur conférer aucune renommée devant les hommes, que des fidèles, de tout âge, de tout pays et de toute condition, confessaient leur foi avec un calme d'esprit et une précision de paroles qui excluait toute hypothèse d'exaltation morbide. Mais le reproche porté contre les martyrs de l'Eglise s'applique de toute sa force à la secte issue de Mon tan. Dans certains interrogatoires apocryphes, où d'ailleurs l'amplification légendaire est visible et dont les personnages n'ont rien qui les rattache au mond^
démarche ?... Si tu perds l'équilibre, Dieu est bon, une seconde pénitence t'accueillera. » (Tertullien, De pudicUia, x, 9-1 1 .
I. DôLLiNGER, Op. cit. Voir aussi la savante étude de A. d'Alès, Tertullien et Calliste, dans la Revue d'histoire ecclésiastique, 191a, t. XIII, p. 5-33; aai-a56; 441-^^9 ; 621-639.
a. Eusèbe, H. E., 1. VI, ch, m et xxiii.
inSTOmE GtNF.nAI.E DE L EOMSE
n)ontani8inc eu Afrique.
romain, on voit juges et accusés se renvoyer des ripostes oij respire Tine égale fureur. La plupart de ces documents imaginés sont d'origine montaniste *.
En passant d'Orient en Afrique, après un détour probable à Rome, l'hérésie montaniste avait dépouillé ses extravagances primitives et l'esprit de révolte qui l'avait signalée dès son berceau. Du moins on ne la trouve en Afrique, au début du m" siècle, qu'à l'état d'infiltralion lente dans quelques communautés catholiques. Mais, en renonçant à leurs entreprises schismatiques, les montanistes n'avaient pas renoncé à leur projet de purifier l'Eglise de ses prétendues faiblesses. Par leur affectation d'une morale plus austère, d'un dogme plus intransigeant, d'un héroïsme plus dédaigneux de tout calcul humain et de toute crainte, ils se posaient toujours comme les réformateurs d'une société déchue.
C'est par là que TertuUien se laissa séduire. Son esprit exalté, son
de TertuUien caractère absolu l'inclinaient vers une pareille doctrine. Au début
l'hérésie ^^ ^^ carrière, rien n'entachait l'orthodoxie de l'ardent Africain.
moiiianiste. Comme chrétien, comme prêtre, comme défenseur de la doctrine, il
s'attachait à l'Evangile commenté par la pratique de l'Eglise. Une
seule tendance troublait l'harmonie de ce grand caractère et de ce pur
génie : c'est celle qui le portait à tout exagérer dans la morale
comme dans le dogme, dans la pratique comme dans la théorie, à
tout grandir outre mesure, dans le bien comme dans le mal. Quand,
dans son Exhortation aux martyrs'^, écrite en 197, il les comparaît
aux gladiateurs, « d'autant plus beaux qu'ils sont plus sillonnés de
Evolution
I. Quelques auteurs, entre anlreUe protestant Rasnage. s'appu\ant sur quelques expressions du prologue et do l'épilogue qui accompagiicnl les actes do sainte Perpétue et de ses conipagnons, tels qu'ils nous sont parvenus, ont prétendu contester l'orthodoxie de ces illustres martyrs. Il est fort probahle que l'auteur <ie< deux passages en question ait appartenu à la secte de Monlan, mais l'orthodoxie t!.sainte Perpétue et de ses compagnons ne peut faire aucun doute. Les témoignag( s internes et externes s'accordent admiraMeinent sur ce point. Voir Freppel, Terlullien, I, 347-3/19. L'arguracnlation do Mgr l"'re|)pel est reproduite par M. P. All\ki., op. cit., t. 11, p. 99-101. Le P. .\. d'Alès l'a reprise et renouvelée contre l- %gume'nls présentés par Noeldechen et autres criti(|ues : A. d'Alès. la TMo/oj/jV </e TerluUien,iK /iVj-,'iA4. Voir aussi, du même P. d'Alès, V Auteur de la Passio l^erpetuœ, dans la Hcvue d'hist. eccUs., t. VIII. 1907, p. /i-iS. Voici les dernicros lignes de cette étude : « Pour conclure notre travail, nous redirons que la Passio Perpet rr présente un grand nombre de traits où nous croyons reconnaître avec évidence U main de TertuUien.. Quant au monlanisme impu"té,\ Perpétue et à ses conqiagnoii^, à nos yeux, ce n'est qu'une légende. La légende a (li\ naître de ce fait presijuo certain, que les martyrs de l'an 2o3 (Mirent pour liagiogropho Terliillion montani«ant. »
a 'ri;riTrM.n:N, l\.ih. iid iiutiijns, 5.
L\ LUTTE
morsures et de cicatrices », il était déjà dans le faux et sur la pente qui le conduisit au montanisme avoué.
Une autre erreur des disciples de Montan ne devait pas moins tenter Tertullien : le millénarisme.
Le Seigneur, en comparant la petitesse et la fragilité des choses de ce monde à la grandeur des choses éternelles, s'était appliqué à tenir les yeux de ses auditeurs fixés sur l'avènement du royaume à venir, avènement imminent à bien des points de vue, ne fût-ce que par la mort individuelle de chacun, ou encore par les manifestations extraordinaires de la divine Puissance, telles que la ruine du peuple juif et l'inauguration d'une ère de "grâce. Beaucoup de chrétiens, au début du m* siècle, croyaient à l'approche des derniers temps. Gela ne suffit pas à l'imagination de Tertullien. Dans un passage de son livre Contre Marcion, paru vers 207, la venue triomphale de Jésus-Christ revêt la forme d'un mirage oriental ^ : à la gloire d'un règne céleste se joignent les splendeurs d'un règne terrestre de mille ans. Ce millénarisme, non encore condamné, mais vivement combattu déjà par le prêtre Caïus et par l'école d'Alexandrie, fut comme un second pas de Tertullien hors des confins d'une prudente orthodoxie ^. Il en fît un troisième. Jésus avait promis à ses apôtres de leur envoyer le Saint-Esprit, le Paraclet. Les montanistes ne se contentaient pas de voir une première réalisation de cette parole dans la descente du Saint-Esprit sur les apôtres ; ils opposaient le règne du Paraclet au règne de l'Evangile et proclamaient que ce troisième règne ne s'était manifesté pleine-
Le
millénarisme.
L'avènement
du Paraclei.