I. Tertullien, Contre Marcion, 1. IV, ch. xxiv
3. Sur le millénarisme voir Léon Gry, le Millénarisme, dans ses origines et son développement, Paris, 1904. Cette question du millénarisme a passionné bon nombre d'historiens et de théologiens. Harnack s'est plu à émettre à ce sujet des théories plus brillantes que fond(':es. Suivant lui, le millénarisme, expression de l'enthousiasme primitif, était originairement partie essentielle et officielle du christianisme, surtout dans l'esprit du peuple ; son déclin fut causé par l'infiltration, « l'embourgeoisement » de la doctrine du Logos, et son extirpation est peut-être « le fait le plus importantqui se soilpassédaiis lechristianisme en Orient ». ( Harnack, Dogmen geschichle, t. I. p. 639, 6i3 et passim.) Il résulte, au contraire, des faits : lO que le Diillénarisme n'a pas son fondement dans l'Evangile ni dans les Epîlres (Grt, ep. cit., p. 43, 46, 61) ; 20 que l'opinion des écrivains millénaristes ne reflète pas nécessairement celle du peuple chrétien au milieu duquel ils vivaient. C'est, ce qui ressort, par exemple, de la manière de parler de Tryphon dans son dialogue avec Justin « Seriez-vous donc millénariste ? )) s'écrie en substance Tryphon. Une telle exclamation, mise dans la bouche de Tryphon par saint Justin, ne se comprendrait pas si l'opinion millénariste avait été commune de son temps. (Voir Revue d'hisl. ecclés.i t. VI, 1906, p. 6o4.)
La
condamnation de la fuite devant les
persécuteurs.
La
condamnation
des secondes
noces.
Tertullien
montaniste
déclaré.
ment que par Montan *. Tertullien fut séduit par cette étrange théorie : il s'y précipita en quelque sorte. Vers 207, il écrivit, dans son traité Du voile des Vierges : « Tout vient en son temps... Voyez comme la fleur sort de l'arbre, et le fruit de la fleur... La loi fut l'enfance de l'humanité ; l'Evangile lui apporta les ardeurs de la jeunesse ; aujourd'hui le Paraclct signale la maturité : il a succédé au Christ 2. » Quoique, au cours de ce traité, Tertullien manifeste une ferme volonté de ne point se séparer de l'Eglise ^, il est impossible de ne point voir dans ce passage le pas décisif, quoique inconscient, vers l'hérésie de Montan. Celte conception d^unc phase nouvelle de l'humanité, 'supérieure à celle que le Christ a inaugurée, inspirera presque toutes les erreurs subséquentes du fougueux apologiste, particulièremejit celle qui concerne la fuite devant les persécutions et celle qui concerne les secondes noces.
Peut-on fuir les persécuteurs ? Telle est la question que se posent bien des chrétiens sous le règne de Septime-Sévère. Montan, dans son désir de surenchérir sur tous let points de la morale chrét^jnne, a répondu hardiment par la négative. Tertullien embrasse cette opinion. Le Christ a bien dit : « Fuyez de ville en ville » ; mais il parlait, déclare-t-on, pour ses contemporains. Les temps sont changés. L'Esprit-Saint, qui soufilesur le monde, ne permet plus de telles lâchetés. C'est en 212 et 2i3, dans le Scorpiace et dans le traité de la Fuite pendant la persécution, que Tertullien proclame ces maximes. De même, si le Christ a pu substituer la monogamie à la polygamie des temps antiques, et louer la continence, pourquoi le Paraclet, cent soixante ans après les apôtres, n'aurait-il pu apporter à la loi de chasteté son dernier couronnement, et, sinon condamner le mariage comme un mal, tout au moins réprouver les secondes noces comme un adultère ? C'est la théorie que Tertullien soutient, après 2i3, dans son traité de la Monogamie.
A partir de ce moment, le montanisme de Tertullien s'affirme et ne cesse plus de s'accuser de jour en jour. Croit-il toujoiu-s qu'il est strictement catholique, plus catholique même que la masse des autres fidèles, parce qu'il prétend porter le christianisme à une plus haute perfection ? Mais aspirer à perfectionner par une interprétation iiuli-
I. Quelques-uns même distinguaient le Saint-Esprit du Paraclet, plaçant celui-ci bien plus haut dans la hiérarchie divine, a. Du voile des vicryes, 1. 1.