Ibid., 1. II
LA LUTTE
viduelle une doctrine de tradition et d'autorité, est-ce lui rester fidèle ? Et quand cette autorité et cette tradition, qu'il a si magnifiquement glorifiées dans son Apologétique et dans son traité de la Prescription, s'opposeront à lui par la voix des pontifes de Rome, pourra-t-il se dire encore fils soumis de l'Eglise du Christ ? Au fond, chacune de ses nouvelles doctrines a été une atteinte au dogme traditionnel. D'une manière générale, par sa conception d'une Eglise recevant son inspiration du Paraclet, il a ébranlé l'autorité de la loi et du Christ, ouvert la voie aux inspirations individuelles, « substitué à l'Eglise visible et hiérarchique, héritière de l'enseignement et du pouvoir des apôtres, une Eglise où il n'y aura plus de sacerdoce, ni d'autre investiture que celle de l'Esprit * ». Ce dernier pas sera franchi dans les derniers de ses ouvrages, notamment dans son traité De /3ac?iaù'a. L'Eglise à laquelle il reconnaîtra encore le droit de remettre les péchés ne sera plus qu'une Eglise insaisissable : « l'Eglise de l'Esprit, agissant par l'homme spirituel, et non par une agglomération d'évêques^ ».
Ainsi le montanisme, après s'être donné comme un pur réveil de l'esprit chrétien, aboutissait à la négation de toute Eglise visible. L'adhésion du grand polémiste africain lui avait donné un nouveau regain de vitalité et de prosélytisme. La secte se répandit en Orient et en Occident. En Afrique, ses adeptes se glorifièrent du nom de tertullianistes. Ils portaient encore ce nom au temps de saint Augustin, qui ramena à l'Eglise leurs derniers survivants ^.
Les chefs de l'Eglise, secondés par de vigoureux apologistes, n'avaient pas attendu ces derniers temps pour combattre l'erreur montaniste. Eusèbe cite, parmi ces lutteurs de la bonne cause, Appollinaire d'Hiérapolis, Miltiade, Sérapion d'Antioche, Apollonius, et enfin un anonyme, qui écrivit vers 211. Apollinaire, évêque d'Hiérapolis, soutint pendant plusieurs jours une lutte contradictoire et publique contre les adeptes de Montan. Il les réfuta si victorieusement qu'ils se retirèrent confondus et que « les prêtres de la région lui demandèrent de rédiger le mémoire de ce qui avait été dit contre eux * ». Nous apprenons par les fragments précieux qu'Eusèbe nous a conservés de ces apologistes, que les montanistes se glorifiaient sur-
II ne reconnaît
plus
qu'une Eglise
spirituelle.
Le
montanisme
est combattu
en Orient
par les
apologistes
et les évêques.
I. A. d'Alès, la Théol. de TertulUen, p ^ga. a. Tertullien, De pudicitia, xxiii.