EusÈBE, H. E., 1. VI, ch. xiv
Hist, gén. de l'Eglise. — I
II est blâmé par son évêque
et privé
du ministère
pastoral.
Le
Péri Archon
ou Livre des Principes.
Sa règle de foi.
Ses principes d'exégèse.
usurpé des fonctions réservées aux ecclésiastiques. Vers 228. ses amis, les évêques Théoctiste et Alexandre, l'ordonnèrent prêtre. Peu après, vers 280, il publia son grand ouvrage de théologie, le Péri Archon, ou Les Principes. Mais alors son évêque, Démélrius, l'accusa, non plus seulement d'infractions aux lois de l'Eglise, mais d'hérésie. Deux synodes, réunis à Alexandrie en 281, lui ôtèrent la charge de l'enseignement et lui interdirent le ministère sacerdotal. Un concile romain, réuni sous le pontificat de Pontien, vers 282, adhéra à ce jugement.
Les condamnations portées contre Origène étaient-elles uniquement inspirées par le souci de l'orthodoxie et de la discipline ? Des passions moins avouables ne s'y mêlèrent-elles pas ? Saint Jérôme l'a cru, et l'a déclaré en termes énergiques * . Il faut reconnaître cependant que le livre des Principes, d'une orthodoxie parfaite en ses grandes lignes, et plein de grandes vues dont la postérité devait tirer profit, contenait bien des assertions téméraires et dangereuses.
Comme Irénée au début de son livre sur les Hérésies, comme TertuUien en tête de son traité de la Prescription, Origène commence par poser la règle de foi à laquelle il déclare ne vouloir jamais se soustraire. Cette règle, elle est dans la prédication ecclésiastique, se rattachant à l'enseignement des apôtres et du Christ^ ; et l'auteur, dès le début de son ouvrage, énumère les vérités certaines que nous tenons de cet enseignement ; ce sont à peu près celles que nous professons aujourd'hui en récitant le Symbole des Apôtres. Mais, à côté de ces vérités définitivement acquises, et qui sont imposées à tous, se trouvent celles que Dieu a laissées à la libre recherche des savants ; elles forment le domaine où s'exercera la sagacité du théologien.
Dans cette étude, dit-il, le théologien puisera à deux sources : l'Ecriture sainte et la philosophie. L'Ecriture sainte doit être l'objet de toute notre vénération, parce qu'elle contient les paroles de Dieu ; mais elle peut avoir trois sens : un sens somatique ou littéral, un sens psychique ou moral, un sens pneumatique ou spirituel : il est
i. Damnatur a Demetrio... Roma ipsa contra eum cogit tenatum ; non propler dogmalum novitatem, nec propter haresim, ut iiunc adversus eumrabidi ctuies simuUmt, sed quia gloriam eloqueniix ejus et scientix ferre non poteranl et illo dicente omnes muti putabantur. (S. JéR<^MB. Rujîn, Apol., 11, ao.)
a. Les Principes, Préface, 3. A part quelques fragments conservés en grec, nous n'avons de ce traité que la traduction latine do Rufui, oCi colui-ci s'est ell'orcé de pallier les erreurs d'Origène, surtout au point do vue Iriaitairo. Une traduction littérale de saint Jérôme a presque entièrement péri.
LA LUTTE
même quelques passages, très rares, qui n'ont qu'un sens spirituel ; on reconnaît ces passages par l'impossibilité pratique de les prendre à la lettre ; alors le chrétien, traversant hardiment la figure ou l'allégorie, ira droit au mystère qu'elle recouvre *. Origène, et surtout ses disciples, devaient abuser de cette dernière règle, et, sous prétexte de chercher un sens plus profond, substituer trop facilement l'allégorie à la lettre, la fantaisie à la règle de foi.
Quant à la philosophie, Origène tenait de son maître Clément qu'elle est une chose très haute et très grande, et « qu'il est vraisemblable qu'avant la vocation des Grecs au salut, Dieu lui-même avait donné aux Grecs la philosophie ^ » ; il croyait aussi, comme son maître, que la philosophie n'est pas tel ou tel système, qu'elle est surtout une méthode et un esprit ^. Mais celui dont la jeunesse enthousiaste avait reçu les enseignements d'Ammonius Saccas, celui qui s'était assis sur les bancs de l'école à côté de Plotin, devait plus d'une fois, malgré lui, laisser la doctrine néo-platonicienne pénétrer sa théologie, et parfois la vicier d'une manière dangereuse.
Sa philosophie.
Origène groupe tous les problèmes de philosophie religieuse que Dieu a abandonnés à la discussion des hommes autour de deux grandes questions : celle des rapports de Dieu avec le monde matériel, celle de l'origine du mal et de sa guérison.
Pour lui, la matière est créée, véritablement créée, c'est-à-dire tirée du néant, mais éternelle; car si Dieu, dit-il, avait pu un instant n'être pas créateur, il eût acquis à un moment donné une perfection nouvelle ; il ne serait pas l'Eternel Tout-Puissant. Par la même raison, Dieu a créé tous les êtres qu'il pouvait tirer du néant ; notre monde n'est qu'un moment au milieu d'une infinité de mondes qui l'ont précédé et qui le suivront. Entre le monde et Dieu se trouve un ordre ascendant de créatures de plus en plus parfaites, de plus en plus dégagées de la matière, sans qu'aucune cependant soit absolument dénuée d'un corps, plus ou moins subtil. Du côté de Dieu, il
Doctrine
théologique
d' Origène
d'après le Péri
Archon.
Cosmologie et théodicée.