I. Ilebr., vu, 'i
Praxéas
el le monar-
chianisme
ou patri-
passianlsme.
Attitude du
pape
Zéphjrin.
que celle qu'elle devait aux talents, aux intrigues, à rinduence sociale de SCS chefs. Elle s'attaquait à un dogme trop bien établi pour troubler profondément les fidèles. Elle rencontra un adversaire acharné dans Hippolyte, qui, cette fois, mit au service de la tradition et du Saint-Siège la vigueur de son talent et son érudition consommée.
Mais déjà une erreur opposée s'était fait jour. Nous avons vu, dans la querelle monlaniste, un mystérieux personnage, connu sous le nom de Praxéas ^ venir à Rome pour éclairer le pape Zéphyrin sur le vrai caractère de la secte, et en particulier sur les excès auxquels donnait lieu le culte du Paraclet. Ce Praxéas en était venu à faire si peu de cas du Saint-Esprit, qu'il absorbait sa personnalité, ainsi que celle du Fils, dans l'unique Personnalité divine. En d'autres termes, il renouvelait l'erreur modaliste, qui ne voyait dans les trois Personnes de la Trinité que des modes, des aspects d'une seule Substance. Les partisans de cette opinion aimaient à s'appeler monarchie ns, à cause de leur désir de maintenir, disaient-ils, la monarchie dans le gouvernement du monde. Leurs adversaires les appelèrent plus ironiquement patripassiens, parce qu'il résultait de leur théorie qu'au Calvaire, le Père avait été crucifié avec le Fils. Tertuliien, qui ne pardonna jamais à Praxéas d'avoir fait condamner les montanistes, disait de lui : « 11 a fait, en venant à Rome, deux œuvres diaboliques : il a mis en fuite le Paraclet et il a crucifié le Père 2. »
Le pape Zéphyrin, après avoir reçu de Praxéas de si utiles informations, paraît lui avoii" témoigné de la bienveillance. Cette bienveillance alla-t-elle jusqu'à lui fermer les yeux momentanément sur la doctrine de Praxéas, laquelle, du reste, paraît n'avoir été répandue
I. Les renseignements donnés sur ce personnage sont si ragues que J.-B. de Rossl et Hagemann se sont demandé s'il ne fallait pas l'identifier avec Epigone ou Calliste. La conjecture de M. de Rossi, tendant à iasntifier Praxéas avec Lpigone, avait été soutenue dans le Bolletino diarch. crist., IV, 5 (i866), p. 67 et s. Gerhard EssER l'a reprise en 1910 dans une savante étude Wer war Praxéas ? Le problème historique est des plus curieux. Tertuliien, non content d'attribuer à Praxéas l'introduction du <( monarcbianismc patripassien », compose tout un traité contre lui. ^ D'autre part, Hippolyte, bien placé pour connaître l'hérésie palripassienne, puisqu'il la combattit personnellement à Rome, ne dit pas un mot do Praxéas, et cite comme promoteurs de l'hérésie, en premier lieu Noot, en second lieu Epigone. Ce nom de Praxéas ne serait-il qu'un surnom ? Le problème parait insoluble, mais M. P. DB Labriolui en a exposé les données avec une grande érudition et une parfaite clarté dans le llulletin d'ancienne littérature du 191 1, p. aa8-v33.
a. Tehtullibm, Adv. Praxeum, 1.
LA LUTTE
par lui qu'au moyen d'insinuations graduées * ? C'est possible. Ilippolyte accuse formellement Zéphyrin d'avoir favorisé l'hérésie, en permettant d'aller entendre les nouveaux docteurs. Plusieurs disciples de Praxéas ne tardèrent pas, en effet, à répandre habilement ses doctrines. Un certain Noët les prêchait à Smyme, un certain Epigone les apporta à Rome. Sabellius devait en être enfin le principal docteur. « On n'entendit plus bientôt, dit Tertullien, que des gens qui parlaient de monarchie 2. » La tactique des monarchiens était de se présenter comme les adversaires de l'hérésie théodo tienne. Peutêtre la vue des réels services qu'ils rendaient à l'Eglise en combattant l'hérésie influa- t-elle, plus que toute autre cause, sur l'esprit du pape, pour l'empêcher de sévir promptement. L'homme simple et droit qui avait la charge de gouverner l'Eglise se contentait d'affirmer les données traditionnelles. « Je ne connais, disait-il, qu'un seul Dieu, Jésus-Christ, et, en dehors de lui, aucun autre qui soit mort traditionnelles et qui ait souffert. » Et il ajoutait : « Ce n'est pas le Père qui est mort, c'est le Fils. » Nous tenons ces propos d'Hippolyte lui-même^. Et l'auteur des Philosophoumena conclut de ces propositions que Zéphyrin professait au fond la doctrine des nouveaux docteurs, tout en voulant paraître la désavouer. On raillait tout haut l'ignorance du pape. Zéphyrin semble, en effet, avoir été tout à fait étranger aux études philosophiques. Et peut-être était-il bon qu'il en fût ainsi en ce moment, et que, tandis que les théories spéculatives se heurtaient, un pontife, ne connaissant que la tradition, dont il avait la garde, se contentât d'en promulguer les formules, « tenant fortement les deux bouts de la chaîne, sans voir toujours le milieu par où l'enchaînement se continue * » et laissant à l'avenir le soin d'éprouver les systèmes.
II se contente de rappeler les formules
Attaques
dont
il est l'objet.
Zéphyrin n'était pas l'homme qu'Hippolyte maudissait le plus ; c'était Calliste, son ami et son conseiller. Aussi, lorsque à la mort