‹ Histoire générale de l'ÉgliseChapitre 269 sur 413 · S. Jéhômi:, De viris iUustribus · texte numérisé non relu

S. Jéhômi:, De viris iUustribus

LA LUTTE

son complice et lui dit : m Lève- toi », celui-ci reste immobile ; il est véritablement mort. La ville de Comana, dans le Pont, discute les mérites de ceux de ses clercs qu'on propose peur l'épiscopat. L'évêque de Néocésarée leur indique un pauvre, couvert de haillons, le visage et les mains noirs de charbon. Par une grâce de Dieu, il a deviné que ce pauvre est un homme de haute naissance et de forte culture, qui a voulu cacher, sous le noir vêtement et l'humble profession de charbonnier, des avantages humains où il a \ti un péril pour son âme. Grégoire le fait acclamer par le peuple. L'Eglise l'honore aujourd'hui sous le nom de saint Alexandre le Charbonnier.

Mais l'antiquité chrétienne n'a pas moins honoré, en l'évêque de Néocésarée, le théologien que le thaumaturge. Saint Grégoire de Nysse lui a consacré un grand panégyrique. Saint Grégoire de Nazianze l'appelle un « théophane » . Saint Basile invoque son autorité, et ne trouve rien de mieux, pour justifier une de ses propres doctrines, que de la faire remonter, par son aïeule sainte Macrine, jusqu'à M Grégoire le très grand ^ ».

Cet illustre témoin de l'antique foi n'a pas laissé de nombreux écrits, et encore saint Basile se plaint- il que ses œuvres aient été déjà altérées de son temps ^. Nous avons cependant de lui un document d'une authenticité incontestable, son Exposition de la foi, aussi digne d'attirer l'attention par son importance théologique et sa place dans l'histoire du dogme que par l'origine miraculeuse qui lui est attribuée.

Saint Grégoire de Nysse raconte qu'une nuit, pendant que l'évêque de Néocésarée se demandait comment il devait s'opposer aux hérésies qui se répandaient dans l'Eglise, il fut favorisé d'une apparition céleste. Un vénérable vieillard, revêtu des ornements sacerdotaux, et une femme dont la majestueuse beauté n'avait rien d'humain, se présentèrent à lui. Il comprit que les deux personnages n'étaient autres que l'apôtre saint Jean et la Bienheureuse Vierge Marie ; et d'eux il apprit une doctrine, qu' « il se hâta de confier à

Sa science théologique.

Son Exposition de la foi.

i. S. Basile, lettre 20^, n. 6.

2. Id., lettre 210, n. 10. Le Panégyrique d'Origine, très précieux pour l'histoire, et une Epître canonique, très utile à consulter pour la connaissance de l'antique discipline pénitentiaire, étaient à peu près les seules œuvres authentiques du Thaumaturge que l'on connût, lorsque, en i858, E. de Lagarde découvrit et publia le texte grec de son traité A Philargius, sur la consubstantialité, et de son traité A Théopompe, sur l'impassibilité divine. En i883, P. Martin a publié huit homélies du même .Père. La gloire du Thaumaturge a grandi par ces publications.

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l'écriture, pour la prêcher dans son église ». » Il a laissé celte doctrine à ses successeurs, continue l'évêque de Nysse, comme un héritage venu de Dieu . »

Ce symbole est une profession de foi au « Dieu unique, Père du Verbe vivant et de la Sagesse subsistante. Parfait engendrant le Parfait ; au seul Seigneur, Unique de l'Unique, et Dieu de Dieu ; et au seul Esprit-Saint dans lequel est révélé le Père qui est sur toutes choses ; et le Fils par qui sont toutes choses ; enfin à la Trinité parfaite, qui n'est divisible ou séparable, ni en gloire, ni en éternité, ni en royauté *. » L'évêque de Nysse ajoute que l'Eglise de Néocésarée conserve encore de son temps le manuscrit de ce symbole de la main même du Thaumaturge.

lié lé ro do X es.

Malheureusement tous les disciples eu soi-disant disciples d'Origène n'avaient pas cette pureté de croyance. En Egypte et en Palestine, des ascètes se réclamaient du maître alexandrin, non l.cRorigénistes seulement pour mener une vie d'une austérité presque inhumaine, mais pour soutenir, sans les réserves qu'il y avait mises, et même eu les poussant jusqu'aux excès les plus étranges, ses théories les plus discutables sur la fin des temps. D'autres, en se donnant le nom d'origéuistes, ne cherchaient qu'à renouveler, à l'abri d'un patronage illustre, toutes les abominations des pires gnostiques et des montanistes orientaux. Des chrétiens se laissaient prendre à ces aberrations. Quarante ans de paix, à peine interrompue par Maximin, avaient amené un fléchissement dans la ferveur des masses ; la faveur du pouvoir avait facilité la pénétration de sujets médiocres dans les communautés chrétiennes. C'est une loi à laquelle l'Eglise n'a jamais échappé : la persécution la décime et l'épure ; la prospérité la dilate et la corrompt. En certaines régions, des montanistes non dissimulés avaient fait des ravages parmi les fidèles en renouvelant les folies du temps de Priscille et de Maximille. En Gappadoce, une prophétesso profilait de la panique provoquée par des tremblements de terre,

Reviviscence

du

monlanismc

orleiilal.

I. S. Grégoihe ok Nyssb, Vie de S. Grt'rjoire le Thnitmatiinje, P. G., t. XLVI, col. gio. Le 1'. do Régnoii a donne le tcxlu inlt^^^ral et la tradnrtiou rraiit;aiAO do co document dans ses Etudes de théoloijie positive sur la sainte Trinité, t. lil, p. ii-io.

LA LUTTE OÔJ

pour soulever les foules et les entraîner à sa suite. Il fallait, disaitelle, fuir la Cappadoce, pays maudit, et émiger en masse vers Jérusalem. Elle s'avançait, nu-pieds, sur les montagnes, à travers les neiges, suivie de troupes d'exaltés*. Unprêtreet un diacre de Césarée se mirent de la caravane, mais c'était la prophétesse qui baptisait, consacrait, et présidait toutes les fonctions liturgiques. Les montanistes triomphaient, montrant dans ces événements, grossis par l'imagination, les signes précurseurs de la fin du monde et de l'appel de Dieu à la Jérusalem céleste.

L'atmosphère païenne, que l'enthousiasme des martyrs refoulait Retour violemment aux heures des persécutions, reprenait lentement son nombre empire sur les âmes, qu'elle enveloppait de toutes manières. Dans les de fidèles aux mœurs, dans les usages de la vie publique comme dans ceux de la ^^ pacranisme. vie privée, dans les fêtes officielles, dans les œuvres d'art, partout se rencontrait l'empreinte d'une religion qui faisait corps avec les institutions de la famille et de la cité. L'empereur chrétien Philippe gardait le titre de souverain pontife ; les médailles frappées en son honneur, en honneur de l'impératrice, portaient des marques de paganisme * ; et tout ceci n'était qu'une manifestation et un symbole de l'esprit païen, qui, subtilement, reprenait son empire sur ceux que la foi du Christ lui avait arrachés. On épousait des infidèles, on fardait son visage, on peignait le tour de ses yeux comme les élégants du paganisme ; on reprenait le chemin des théâtres, on assistait même aux combats des gladiateurs. Croire en chrétien et vivre en païen paraissait chose possible. Origène gémissait de voir l'assistance aux offices négligée ^, le luxe remplaçant l'antique pauvreté *, desdiacres eux-mêmes manquant de délicatesse dans l'administration des biens ecclésiastiques ^ ; des évêques enfin cédant à l'amollissement général, faisant le commerce pour s'enrichir et méprisant les pauvres ^.

Nul ne devait réagir avec plus de force contre un pareil relâche- Saint Cyprien. ment qu'un jeune prêtre africain, bientôt évêque de Carthage, Cyprien.

1, S. Cyprien, Ep. lxxv.

a. Voir Paul Allard, l'Art païen sous les empereurs chrétiens, Paris, 1879, p, 71 et s.

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