‹ Histoire générale de l'ÉgliseChapitre 277 sur 413 · Acta Sanctorum, février, t. I, p. t)3i · texte numérisé non relu

Acta Sanctorum, février, t. I, p. t)3i

a. P. Allard, Hist. des pers., II, 3oi-3o2. — Cf. Id., les Esclaves chrétiens, p. 339-344.

naissons que ceux qui nous ordonnent d'adorer Dieu. » L'officier municipal dit alors : « Venez sur la place publique. »

« Dès qu'on arriva sur la place, une immense foule l'envahit. Tous voulurent voir. Ceux qui étaient trop petits montaient sur des escabeaux ou sur des coffres. Parvenu au milieu de la place, Pione

Son discours, élendit la main, et, s'adressant au peuple, le visage souriant et radieux : « Hommes de Smyrne, s'écria-t-il, vous qui aimez la beauté de vos murs, la splendeur de votre cité et la gloire de votre poète Homère, écoutez-moi. J'entends dire d'abord que vous tournez en ridicule les chrétiens qui, cédant à la force, ont sacrifié aux dieux. Laissez-moi vous rappeler la parole d'Homère votre maître, qui dit: « Ne vous réjouissez jamais de ceux qui sont morts, n'insultez pas un aveugle, n'attaquez jamais un cadavre... » Quant à moi, je préfère subir la mort et les supplices, plutôt que de contredire à ce que j'ai appris et enseigné. » U parla longtemps. Toute la foule lui prêtait l'oreille avec tant d'attention, que personne n'osa le troubler. Quand il eut fini, on l'entraîna dans un des édicules qui bordaient la place. Là, chacun s'efforça de lui faire entendre raison. « Pionc, tu es pur et doux. Tu es digue de vivre. Tu as bien des motifs d'aimer la vie. Que c'est bon de vivre et de respirer dans celte douce lumière I » Pione répondait : « Oui, oui, il est bon de s'enivrer de lumière. Je ne méprise pas les dons de Dieu. Mais je cherche une Sjj„ lumière plus belle... » Polémon lui dit enfin : « Sacrifie. » H ré-

inierrogatoire», pondit : « Non. » — « Quel Dieu adores-tu ? — Le Dieu tout-puissant, que nous connaissons par son Verbe Jésus-Christ. » Asclépiade fut aussi interrogé : « Quel est ton Dieu ? — Le Christ. — Quoi donc ? C'en est un autre ? — Non, c'est le même Dieu que nous avons confessé tout à l'heure. »

« Quelques jours après, Pione, ayant fait des réponses semblables devant le proconsul, fut condamné à être brûlé vif. On dressa des poteaux, où Pione et un prêtre marcionite, Métrodore, furent attachés. Pione avait à sa gauche Métrodore. Il tenait ses yeux et son âme fixés au ciel. On apporta les mèches, et la flamme s'élança avec un joyeux crépitement. Pione, ayant fermé les yeux, pria en silence. Peu après, son visage s'éclaira d'une vive joie. U dit amen et rendit l'âme comme un léger souflle. Telle fut la mort du bicuhoureux Pione *, homme doux et pur, sans reproche et sans péché. » Tel

I. Passio sancli Pionii, Acta Sanctorum, f«5vrior, t. I, p. 87-46; Doiu Ijîclekcvj, les Martyrs, t. II, p. G7-88 ; Eus^ihk, //. E., I. IV, ch. xv

LA LUTTE

est le récit des Actes. Que devinrent Sabine et Asclépiade ? Les Actes n'en parlent pas. Les vraisemblances font croire qu'ils furent martyrisés avec Pione, ou peu de temps après lui ^ .

Parmi les martyrs de l'Asie proconsulaire, nous ne pouvons oublier saint Babylas, le courageux évêque d'Antioche, qui n'avait pas craint d'arrêter l'empereur Philippe sur le seuil de l'Eglise, pour lui faire expier le crime qui l'avait porté au trône. Quoique son martyre soit certain, nous en ignorons les circonstances. Suivant Eusèbe, il mourut à Antioche dans sa prison-. Suivant saint Jean Chrysostome, il fut décapité ^. On rapporte qu'il voulut être enterré avec ses chaînes, et que lorsque, cent ans plus tard, son corps fut transT porté près du temple d'Apollon à Daphné, il fit taire l'oracle qui y parlait encore *.

L'évêque d'Antioche de Pisidie, Acace, fut aussi arrêté. Son procès est un des plus curieux à étudier. Nous possédons la traduction latine authentique du procès- verbal original, lequel a dû être rédigé en grec ^. Nous citerons les principaux passages de son interrogatoire, précieux document, car on y voit, comme en raccourci, l'ensemble des arguments que s'opposaient chrétiens et païens.

Un certain Martianus, qualifié de consulaire, s'adresse à l'accusé : « Tu profites des lois romaines, tu dois aimer nos princes. — Eh ! qui donc aime l'empereur autant que les chrétiens ? Nous prions assidûment pour lui. — Je te félicite de ces sentiments. Offre donc à l'empereur un sacrifice. — Je prie le vrai Dieu pour mon prince, mais celui-ci n'a pas le droit d'exiger de moi un sacrifice. Qui peut adresser un culte à un homme ? — Dis-nous quel est ce Dieu, afin que nous l'honorions. » Acace feint alors de ne point apercevoir l'ironie de cette question. Il commence par exposer longuement la foi des chrétiens, puis il attaque, avec une verve tantôt ironique, tantôt indignée, les divinités du paganisme. Il connaît sans doute le scepticisme du magistrat qui l'interroge : il réédite, devant lui, et rajeunit, d'un ton piquant, les principales critiques d'Evhémère contre les dieux païens. Le magistrat laisse dire, répond avec mollesse, peu soucieux de se donner devant le peuple le ridicule d'une

Martyre de saint Babjlas.

Arrestation

et

interrogatoire

de saint Acace.

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