I. Lettre de saint Lucien, dans saint Gtprieh, Ep, xxi
a. C'est le chitTre donné par le concile africain qui condamna Privit de Lambèsa. Sur l'Afrique chrétienne, ses origines, son organisation, ses luttes intérieures, se» martyrs, ses conciles et ses grands hommes, voir le savant article Afrique, par M. Aug. AuDOLLBNT, dans le Dict. d'hist. et de gt'ogr. ecc'.és., t. I, col. 7o5-4>t)i. Une bibliographie très complète occupe les col. 8r)3-8t)i.
LA LUTTE
Hi
Mais, plus eflFervescente que profonde, plus bruyante que solide, sa ferveur préparait bien des mécomptes. A côté de ceux qui bravaient les bourreaux et qui abordaient l'amphithéâtre avec des airs de gladiateursS ou même, hélas I parmi eux, (la pscyhologie humaine n'explique que trop ces contrastes), saint Cyprien signale l'orgueil, l'attachement aux intérêts temporels, le luxe et la coquetterie des prétendus fidèles *, la négligence du clergé, son faste et ses rivalités jalouses ^. Ces Phéniciens et ces Berbères de race, qui parlaient la langue latine, n'avaient pas acquis la discipline romaine ; ces esprits, avides de culture grecque, ne possédaient point encore le poli d'Athènes et d'Alexandrie. Entre Tan 286 et l'an 248, de douloureuses divisions agitèrent l'Eglise d'Afrique ; nous n'en connaissons point la cause ni le caractère ; nous savons seulement, par les lettres de saint Cyprien, que le chef de la première Eglise après celle de Carthage, Privât, évêque de Lambèse, dut être condamné comme hérétique par un concile ; que Donat, évêque de Carthage, et Fabien, évêque de Rome, écrivirent contre lui des lettres sévères*. Quand, en 249, Cyprien fut porté au siège épiscopal de Carthage par une élection presque unanime, les ferments de révolte n'étaient pas apaisés Cinq prêtres lui firent une opposition qui devait se prolonger pendant tout le cours de son épiscopat. Ce fut l'un de ces cinq prêtres, Novat, qui, exploitant au profit de son esprit sectaire la situation troublée de l'Afrique, rendue plus troublée encore par la persécution, réussit, par ses intrigues, à former un schisme. Le schisme, une fois établi en Afrique, trouva à Rome et en Orient assez de complicités secrètes pour s'y répandre et envahir presque toute l'Eglise.
L'édit de Dèce, en parvenant dans les provinces africaines, y provoqua deux attitudes extrêmes. Ceux qui ne consultèrent que leur mollesse se précipitèrent en masse, avant même l'expira 11 )n du délai accordé, dans les bureaux des magistrats municipaux, pour y accomplir les sacrifices demandés. Pendant plusieurs jours, on vit se succéder sur les degrés du Capitole de Carthage, de longues processions de notables, suivis de leurs esclaves, de leurs affranchis
L'Afrique chrétienne au
milieu du III* siècle.
Esprit
de mollesse
et
d'indiscipline.
Le prêtre Novat.
Premières
apostasies.
1. Voirplus haut, p. ag^, le texte de Tertullien, qui pouvait provoquer de pareilles attitudes.