Saint Ctpriei», Ep, lxix
3/jS
Résistances à l'édit.
Premiers martyrs.
Le prêtre Lucien.
Saint Cypricn
so cache
aux environs
de Carlhage
et dirige de là
sou Eglise.
et de leurs colons. Des parents amenaient leurs petits enfants, des maris traînaient leurs femmes *. Les riches offraient des chèvres, des brebis et des bœufs ; les pauvres jetaient un peu d'encens sur l'autel ; puis tous, sur des tables dressées à cet effet, mangeaient leur part des viandes immolées, se faisaient passer de main en main la coupe des libations. Le sacrilège était alors consommé. A Saturnum, l'évêque Rcposlus prit la tète du cortège qui se rendait au temple pour y sacrifier 2.
Mais bientôt on parla de signes terrifiants de la vengeance divine. Une femme qui avait sacrifié fut prise tout à coup de douleurs atroces, et mourut en mordant avec furie" la langue qui avait touché aux viandes profanes. « J'ai vu de mes yeux, atteste saint Cyprien, un petit enfant, dont la nourrice avait souillé les lèvres du vin idolâtrique, rejeter ensuite avec vomissements le sang duSauvcurqu'onlui offrait ^. » Le cours des apostasies s'arrêta. La magistrature impériale se mit alors en mouvemert. Les résistants furent emprisonnés. On les soumit aux plus horribles tortures. On lacéra leur corps avec des ongles de fer, faisant repasser l'instrument sur les plaies saignantes, « blessant, non plus les membres, dit saint Cyprien, mais les blessures elles-mêmes * ». Plusieurs chrétiens firent preuve d'une constance et d'une humilité admirables, comme Paul, Fortunion, Bassus, Mappalique et ses compagnons. D'autres prononcèrent des discours, affectèrent une contenance fière, provoquèrent des mouvements d'admiration de la foule ^. Les bourreaux avaient pour mot d'ordre, non" point de tuer, mais de contraindre à sacrifier ; les tortures étaient arrêtées à temps ; on les reprenait dans la suite. Un bon nombre de ces confesseurs de la foi purent ainsi survivre à la persécution. Parmi ceux-ci était un certain Lucien, qui devait plus tard être un des premiers fauteurs du schisme.
Cyprien eut à prendre un parti dès les premiers jours. A Carlhage, comme à Rome, l'évêque était un des premiers visés. Dès la publication de l'édit, les foules païennes firent entendre le cri : « Cyprien aux lions ^ 1 » « On pensa autour de lui, il pansa lui-même que, dans une crise aussi violente, la conservation de l'évêque importait
I. Tous ces détails sont donnés par saint Ctprien, De lapsis, 8-y ; Ep. 1. m, m. a. Saint Gtphibm, Ep. liiv.