Saint Cyphibn, Ep. lv
LA LUTTE
plus qiie son martyre. Il quitta la ville, et trouva au dehors une retraite sûre, où il put échapper aux recherches de la police, tout eu se maintenant en communication avec ses fidèles et surtout avec les membres du clergé qui avaient pu demeurer parmi eux *. » La fuite pendant les persécutions avait toujours été considérée comme licite ; plus d'une fois, l'Eglise avait eu l'occasion de le proclamer contre les exagérations du marcionisme et du montanisme. Mais les implacables ennemis de l'évèque se hâtèrent de profiter de la fuite de Cyprien pour saper son autorité.
Leurs procédés furent d'une habileté extrême. Ils cherchèrent d'abord à le faire condamner par l'Eglise de Rome ; et ce n'est pas une des moindres preuves de l'universelle autorité de l'Eglise romaine à cette époque, que cette tentative du schisme pour la tourner en sa faveur. Nous ne connaissons pas le détail des intrigues qui furent ourdies ; nous avons seulement la lettre qu'écrivit à Cyprien, pendant l'interrègne qui s'écoula entre la mort de Fabien et l'élection de Corneille, le conseil presbytéral qui gérait les affaires à Rome. Elle était destinée au clergé de Carthage, et, sous des formules déférentes et adoucies, laissait entrevoir une désapprobation de la fuite de Cyprien 2. L'évèque de Carthage n'eut qu'à donner franchement les motifs de sa retraite, et à transmettre à Rome le dossier des treize lettres écrites par lui à son Eglise depuis son son départ de sa ville épiscopale, pour montrer qu'il avait rempli, autant que la situation le permettait, son devoir de pasteur 3.
La première intrigue avait donc échoué. Novat et ses complices furent plus heureux dans une seconde tactique. Elle consistait à opposer à l'évèque en fuite les chrétiens qui avaient confessé leur foi par la torture. Les persécuteurs, lassés, ou pour toute autre cause, avaient relâché un grand nombre de ceux-ci. Le parti rebelle les grisa de louanges. Tel qui n'avait pas fléchi devant les menaces du bourreau se laissa prendre au piège de la flatterie. Une antique coutume voulait que les recommandations des martyrs fussent prises en considération par les évèques pour abréger le temps des épreuves pénitentielles. L'apostasie des lapsi était passible d'une pénitence perpétuelle. D'un geste perfide, Novat et ses amis indiquèrent auA.
Intrigues
de ses eQuemis.
On le dénonce
à Rome
pour
sa prétendue
fuite.
On lui oppose l'autorité
des confesseurs de la foi.
I. DucHKSNE, Hist. anc.de l'Eglise, I, 899. a. Parmi les lettres de saint Cyprien, Ep. lt. 3. Ibid., Ep. Y, Ti, VII, x-iix.
Lettres
pastorales
de
saint Cyprien.
Ses solutions
prudentes et modérées.
Révolte
ouverte de
Lucien et des
«confesseurs»,
apostats les confesseurs comme ayant pouvoir de leur pardonner. A la tète dis confesseurs était ce Lucien, qui, pour porter sur sou corps les cicatrices de plusieurs blessures reçues pour la foi, en était venu à se considérer comme un être à part, supérieur au reste de l'humanité. 11 se disait d'ailleurs mandataire d'un martyr, appelé Paul, et distribuait sans compter des billets d'indulgence. Ces billets n'étaient plus, comme ceux des anciens martyrs, des lettres de recommandation, soumettant le cas du « tombé » au jugement de l'évêque ; mais des lettres de pardon, conçues en termes impératifs. Communicet cum suis, écrivait-on, « qu'il rentre en communion avec ses frères ». Et des prêtres admettaient les « tombés » à la participation des sacrements sans en avoir référé à l'évêque. C'était, en somme, ériger, en face de l'épiscopat, une autorité religieuse rivale et supérieure, contrairement à toutes les traditions.
Cyprien, de sa retraite, écrivit trois lettres pastorales : l'une aux confesseurs, les exhortant à ne donner de billets qu'aux « tombés » dont la pénitence toucherait déjà à la satisfaction * ; la seconde à ses prêtres, leur interdisant absolument d'admettre des a tombés » à la communion de leur propre autorité * ; la troisième au peuple, lui recommandant la patience, la paix, et l'obéissance au pouvoir épiscopal ^. Les esprits sages entendirent cette parole épiscopale, et en référèrent à leur évoque pour la solution des difficultés pendantes. Les décisions de Cyprien furent prudentes et modérées. Use montra exigeant pour ceux qui, spontanément, à la première injonction, avaient volé au-devant d'un sacrifice impie ; moins sévère pour ceux qui n'avaient failli qu'après une longue résistance ; il fut plus indulgent encore envers ceux qui, sans sacrifier, avaient eu la faiblesse de se procurer un certificat de sacrifice à prix d'argent. On appelait ces derniers les lihellatici ♦. Us étaient coupables, car « c'était commettre un crime que de se faire passer pour apostat, alors même qu'on n'avait pas apostasie ^ » ; néanmoins la culpabilité des libeUati n'égalait point celle des sacrijîcati.
Ces décisions, conformes à celles que donnaient à Rome [9
i. S. Cypkiem, Ep. X.
a. Ep. IX.