I. EusÈBE, H. E., I. VI, ch. XLV
a. De unilate, aS. M. Ha.r5a.ck, Dogmengeschichte. 4^ édition, t. I, p. 409, considère l'expression Mater Ecclesia comme propre à l'Afrique. Bien plus, il estime que Clément d'A-lexandrie s'oppose ici aux Africains. Il est certain que les docteurs de l'Afrique aiment à représenter l'Eglise comme la mère des chrétiens. (Voir Tertullien, Adv. mart., 1, Adv. Marc, y, 4. ; De monog., 7 ; De oral., a, cités par A. d'Alès, la Théologie de TertalUen, p. 3i5.) Quanta Clément d'Alexandrie, si, dans un passage de ses Stromates (vi, 16, i46), il interprète le commandement d'honorer notre père et notre mère par rapport à la Sagesse divine plutôt qu'à l'Eglise, il affirme nettement, dans deux passages bien connus, la maternité de l'Eglise. {Psedag., i, 5-ai ; i, 6-43.) De plus, cette conception de l'Eglise notre mère est, dès le û' siècle, classique et universelle. Elle est particulièrement chère à saint Irénée, elle se rencontre aussi dans la lettre des martyrs de Lyon et dans le Pasteur d'Hermas. On trouvera ces dernières citations dans une note du P. Lebreton, Recherches de science religieuse, 191 1, p. 578.
3. On a remarqué justement que saint Cyprien, dans son traité, cherche uniquement à faire valoir l'unité de chaque Eglise particulière, et par là l'autorité de l'évêque. C'était, en effet, le grand point en question dans les récents conflits avec Félicissime, Novat et Novatien. Saint Cyprien ne s'occupe pas de l'unité de l'Eglisa
HISTOIRE GÉNÉRALE DE l'ÉGLISB
Dernier»
agissements
de Félici&simc.
de Fclicissîme *, qui relevaient la tête à Carihage. A force de démarches, le chef du schisme avait fini par réunir à Garthage un soidisant concile. Vingt-cinq évêques étaient annoncés. Il en vint cinq, dont trois apostats et deux hérétiques. Un de ces derniers était Privât de Lambèse, retranché de l'Eglise par un concile précédent, Cyprien s'empressa de réunir à son tour, le i5 mai 262, un concile de quarante évêques, qui proclamèrent une fois de plus les vrais principes de la pénitence. Le pseudo-concile répondit en prononçant la déposition de Cyprien, et en élisant à sa place un certain Fortunat, que Félicissime s'efforça, mais en vain, de faire reconnaître par Rome. Ainsi le schisme lui-même témoignait à sa façon de l'autorité suprême reconnue à l'Eglise romaine, dont saint Cyprien disait qu'elle était l'Eglise principale, d'où procède l'unité sacerdotale. Ecclesia principalis unde unitas sacerdotalis exorta est^. »
La controverse baptismale.
Son origine.
Position di; la question.
La controverse pénîtentielle, suscitée par la question des lapsi, n'était pas encore terminée, que la controverse baptismale surgissait.
Toutes les sectes qui avaient, à leur heure, prétendu absorber en elles le mouvement chrétien, avaient misérablement péri. Hérésies judéo-chrétiennes, gnosticisme, marcionisme, montanisme et novatianisme, s'éteignaiertt peu à peu ; et beaucoup de leurs adeptes venaient humblement demander leur incorporation dans les communautés chrétiennes traditionnelles. Mais à quelles conditions fallait-il soumettre ces hérétiques repentants? La question était simple, et tout le monde était d'accord pour la résoudre dans le même sens, toutes les fois qu'il s'agissait d'un hérétique qui avait été baptisé
universelle ; mais son argumentation ne l'exclut pas, au contraire ; le principe d'unité qu'il fait valoir pour chaque Eglise vaut pour l'Eglise universelle ; et c est l'unité de ccllo-ci qui est la meilleure garantie de l'unité do celles-là. Uossuel l'a dit admirablement : « L'unité garde l'unité, » Cf. Batiffol, l'Eglise naissante, 6* édition, p. ASG-^iSg.
I. Le De unitate Eiclesiœ a-t-il été composé contre la faction de Novation, comme le voulait Tillemont (Mémoires, IV, io5), ou contre la faition de Félicissime, comme le croit Dom Chapman [Revue bénédictine, 190a et 1908) ? Nous serions portés à croire que saint G}|)rion a eu en vue les doux fuctiuus à la fois.
a. E[>. Li\, n. i4.
LA LUTTE
dans la vraie Eglise. On le réconciliait par l'imposition des mains i( pénitentielle » , ou même parfois par l'onction de l'huile ^ , mais sans réitérer son baptême, dont on ne pouvait suspecter la validité. Il en était autrement quand l'hérétique repentant avait été baptisé dans une secte déjà séparée de l'Eglise.
Pour Cyprien, la solution semble n'avoir jamais fait l'ombre d'un doute. Elle résultait pour lui, comme corollaire, de sa conception de l'Eglise, telle qu'ill'avait exposée dansson traité De unitate Ecclesise . « Le baptême qui est conféré hors de l'Eglise, avait-il dit, n'est pas un baptême 2, » Au commencement de l'année 255, il exposa cette conséquence dans une longue lettre ^. En somme, sa doctrine reposait sur un double argument. En premier lieu, le baptême conféré hors de l'Eglise ne peut être un vrai baptême, parce que le propre du baptême est de remettre les péchés ; or, l'Eglise seule a ce pouvoir ; en elle seule se trouvent la grâce et les moyens de la communiquer ou de la recevoir ; elle seule est l'épouse du Christ, elle seule peut lui donner des enfants. La formule : hors de l'Eglise, point de baptême, est la suite nécessaire de la formule : hors de l'Eghse, point de Saint-Esprit*. En second lieu, comment un ministre du sacrement qui n'a ni la vraie foi, ni la grâce, ni le Saint-Esprit, pourraitil les communiquer aux autres ^ ? Gomment le baptisé lui-même qui n'a pas la foi de l'Eglise, pourrait-il être incorporé à l'Eglise ^ ? Certes, on ne saurait suspecter la sincérité du saint évêque de Carthage ; son ardent amour de l'Eglise l'inspirait seul lorsqu'il développait, avec une vivacité sans égale, de pareils arguments. Mais il maniait trop la dialectique à la manière de Tertullien, son maître. Son premier argument confondait la validité d'un sacrement avec son efficacité actuelle. Le second, poussé à ses dernières conséquences, aurait abouti à la ruine de l'Eglise visible, à la conception d'une
Saint Cyprien
nie la validité
du baptême
conféré
par
les héréti(jues :
i" Parce que
l'hérésie, n'étant pas
l'épouse du Christ, ne
peut
lui donner des
enfants;
20 Parce que
l'hérétique,
n'ayant
pas la foi de
l'Eglise,
ne peut
incorporer
personne
à l'Ealise.
Critique de ces deux arguments.
I . Ce qui, suivant certains auteurs, aurait constitué le sacrement de confirmation. (TiiERONT, op. cit., p. 893.) Ceux qui agissaient ainsi se seraient alors trompés sur le caractère de ce sacrement, qui ne peut être conféré qu'une fois. Sur les rites primitifs de la confirmation et sur les problèmes soulevés par la variation de ces rites, voir J. de Guibert, S. J., au mot Confirmation dans le Dict, apol. de la foi catholique t. II, col. 651-654.
a. Nonabluunlur hic homines, sed polius sordidantar. De unit. Eccles., 11.
3. Ep. Liix. Voir A. d'Alès, la Question baptismale au temps de saint Cyprien, dans la Revue des quest. hist. d'avril 1907.
4. Ep. Lxix, a, 3 ; lxiiv, 6 ; lxxv, i4 ; lui, 10, ii ; lxx, 3; Lxxia, 6 ; lx.xiv, 4, 5 ; Lxiv, 8, 13.