‹ Histoire générale de l'ÉgliseChapitre 291 sur 413 · Ba-tiffol, op. cit., p · texte numérisé non relu

Ba-tiffol, op. cit., p

4. Tu hsereticis omnibus pejor «s. (Ep. lxiv, aS.) Sur l'authenticité de cette épître, mise en doute par Molkenbuhr, voir Bardenhkver, les Pères de l'Eglise. I, 353. Il est possible que le texte latin que nous avons ait été remanié par endroits par une main donatiste. Sur saint Firmilien, voir Tillemont, Mémoires, t. IV.

IllSTOlRE GÉNÉRALE DE l'ÉGLISE

Critique

de ses arguments.

Le Liber

àe rebaptismale

combat

la doctrine

des

rebaptisants

par des raisons

liiéologiques.

poiul d'ordre, point d'autel. Mais quel est donc celui qui donne à l'hérétique, à Coré, Dalhan et Abirou, le droit de conférer le Saint- Esprit ? Quel est-il donc, ce destructeur de la hiérarchie, sinon Etienne ? L'Eglise est une. La garantie de cette unité est précisément la fidélité à l'autorité apostolique. Qui est avec les apôtres, communie à l'unité, sans 'qu'il soit besoin d'une conformité de pratique en toutes choses. Est ce que le rite pascal est célébré, delà même façon, à la même date, dans l'Eglise universelle ? Rome est-elle en tout, d'accord, dans sa liturgie, avec Jérusalem ?

Ou volt par où pèche cette très habile argumentation. On veut la hiérarchie, mais en se taisant sur le pivot de cette hiérarchie ; on proclame l'unité, mais en oubliant qu'il faut un juge de cette unité, un arbitre des controverses qui pourraient la rompre. On assimile la question baptismale à un simple rite, sans faire attention qu'elle touche à des questions plus hautes, que le pape a le droit de trancher.

D'ailleurs, tandis que le pape ne mettait en avant que son droit et son devoir d'interpréter la tradition catholique, des polémistes s'étaient levés pour défendre sa cause. Parmi ceux-ci, il faut citer l'auteur d'une œuvre confuse, mal ordonnée, mais très suggestive, le Liber de rebaptismate *. Examinant la question baptismale au point de vue théologique, il insiste surtout sur la puissance des noms divins invoqués dans la formule du baptême, puissance qui s'exerce indépendamment de la foi ou de la dignité du ministre. Il commence à entrevoir la différence entre la validité et l'efficacité du rite baptismal, et par là il ruine l'argument fondamental des rebaptisants, à savoir que l'hérétique ne peut, en tant qu'hérétique, donner ou recevoir le Saint-Esprit. Il faut distinguer, dit-il, l'immersion et la vertu de l'immersion. Ces deux choses peuvent être séparées ; l'une peut aller sans l'autre. L'immersion faite au nom de la Trinité, même par un hérétique, a la puissance de donner un caractère ineffaçable, elle n'a pas besoin d'être renouvelée. Quant à la vertu de l'immersion, elle se produira au jour où l'hérétique se convertira à la vraie Eglise.

Le pape, malgré la vivacité des attaques dont sa décision était l'objet, eut la longanimité de n'excommunier personne. Un grand

I. Voir une analyse de celle œuvre dans P. Moncka.ux, Ilist. litt. de l'Afrique cUrét , t. II, p. 94-96.

LA LUTTE

malentendu était au fond de ces ardentes disputes, et divisait des Intervention hommes dont le dévouement à l'Eglise n'était point douteux. Etienne ^sainrDenjs * et Cyprien allaient bientôt le montrer en donnant généreusement d'Alexandrie. l'un et l'autre leur vie pour la foi. La voix de la modération s'était, au surplus, fait entendre. Gomme autrefois Irénée au milieu des controverses sur la question pascale, Denys d'Alexandrie se fit l'avocat de la pacification auprès d'Etienne. Après le martyre de ce pontife, il renouvela ses démarches pacificatrices auprès de Sixte II, son successeur. Sixte et Cyprien renouèrent leurs relations interrompues. L'évêque de Gésarée, Firmilien, se remit également en rapport avec Rome. A la fin du m* siècle, l'Afrique entière était ralliée à l'usage romain. Les hésitations furent plus longues en Orient ; la pratique traditionnelle finit cependant par y triompher, en même temps que l'autorité du pontife de Rome *

Les persécutions que Gallus et Valérîen renouvelèrent contre les ctirétiens n'avaient pas peu contribué à rétablir l'union dans l'Eglise. Mais, pour mieux nous en rendre compte, il est nécessaire de reprendre notre récit de plus haut.

Une peste, qui décima Rome et les provinces sous l'empereur Gallus, avait été l'occasion de nouvelles rigueurs contre les chrétiens. Eux seuls, cependant, au milieu de l'épouvante universelle, de l'égoïsme et de la lâcheté païenne ^, y avaient donné l'exemple d'une vraie charité. Saint Denys d'Alexandrie nous les montre soignant les malades, fermant les yeux des morts, lavant les cadavres, et mourant victimes de leur dévouement, « genre de mort, dit-il, aussi glorieux

La P*ste sous Gallu».

Dévouement des chrétiens.

ï. Les anglican», les gallicans, les joséphistes et, plus récemment, les vieux catholiques, ont souvent cité les paroles violentes de saint Cyprien et de saint Firmilien dans la controverse baptismale, comme une confirmation de leurs erreurs. C'est oublier <jue, en dehors de la crise où des circonstances difficiles ont créé un pénible malentendu entre Home et lui, Cyprien, suivant les expressions de M. Harnack. a a reconnu l'Eglise de Rome comme la mère et la racine de l'Eglise catholique, répandue sur la terre, qu'il en a même appelé à l'Eglise romaine, à l'évêque de Rome, comme si la communion avec cette Eglise était en soi la garantie de la vérité. » (Harnack, Dogmengeschichte, 1. 1, p. 43o.) Pour lui, la chaire de Rome a toujours été locus Pétri, et l'Eglise de Rome Ecclesia principalis unde unitas sacerdotalis exorta est.

a. S. Cyprien, De mortalitale, i6 ; Pontics, Vita Cypriani, 97; Eusèbb, H. E., 1. VII, ch. un, n. ao.

Les chrétiens

refusent

depreudre part

à des

sacrifices

expia toirM.

que le martyre * » ; et saint Cyprien leur rend le même témoignage dans son traité De mortalitate : mais, en môme temps, il voit dans le fléau un moyen de détacher les chrétiens de la vie présente et de les préparer aux luttes à venir *.

La prévision du vaillant évoque ne tarda pas à se réaliser. Gallus, voulant fléchir la colère des dieux, ordonna de célébrer dans toutes les villes des sacrifices propitiatoires. La foi des chrétiens ne leur permettait pas de participera ces actes idolâtriques. C'est alors qu'il fit arrêter l'évêquede Rome, le pape Corneille, espérant sans doute, par cet acte, terrifier les chrétiens, et voir se renouveler les scènes d'apostasie du temps de Dèce. Mais sa déception fut profonde. A peine la nouvelle de l'attentat commis contre le pontife se futelle répandue, que les chrétiens accoururent en foule, confessant leur foi et se déclarant prêts à mourir*. Un grand nombre de « tombés » dans la précédente persécution cherchèrent à se réhabiliter en faisant devant les magistrats des professions de foi héroïques, et plusieurs subirent la mort. L'empereur pressentit qu'une trop grande rigueur envers le pape ne fierait que raviver l'enthousiasme. C'est pourquoi il se contenta d'exiler Corneille à GentumcellaB. où le pontife mourut, et de bannir également son successeur Lucius, aussitôt après son élection.

L'empereur Valérien.

En somme, pendant la persécution de Gallus, qui avait duré deux ans, les défections avaient été rares. jLes efforts de Corneille, de Cyprien et de Denys d'Alexandrie pour restaurer la vie chrétienne avaient porté leurs fruits. Ceux qui avaient été de vrais chrétiens pendant la paix s'étaient montrés de vrais martyrs pendant l'épreuve.

A l'avènement de Valérien, l'Eglise s'associa aux acclamations unanimes du peuple romain saluant l'homme intègre, aussi honoré dans la vie civile que dans l'armée, le vaillant capitaine qui avait défendu l'empire à toutes les frontières, et qui, chose rare en ce temps, arrivait au trône sans avoir les mains souillées du sang de son prédécesseur.

Page 1