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Lacta:vce, De mort, pers., xliv

La bataille du pont Milvius.

Entrée

triomphale

de Constantin

à Rome (29 octobre

Chrétiens et païens voient dans la victoire de Constantin

une intervention do la

Providence.

432 inSTOmE GÉNÉRALE DE l'ÉGI.ISE

l'instigation de la Divinité, instinctn Dimnitatis » . Lui-même ne cessa jamais de rendre grâces à Dieu pour sa victoire. Sur le piédestal de sa propre statue, qui le représentait tenant à la main une lance en forme de croix, il fit écrire les lignes suivantes : a Par ce signe salutaire du véritable courage, j'ai délivré votre ville d'une domination tyraunique *. »

Le moment semblait venu à tous d'inaugurer enfin l'ère d'une paix religieuse solide. Le vague même des formules employées par le Sénat et par l'empereur dans leurs inscriptions commémorativcs était un indice de ce désir de paix. Si Constantin ne nommait pas le Christ en propres termes, le Sénat s'abstenait de nommer Jupiter.

Constantin

prépare

la pacification

religieuse.

En droit, la paix religieuse existait. L'édit de 3ii, signé de Galère, de Licinius et de Constantin, n'avait pas été abrogé. Mais cet édit n'était ni partout appliqué ni complet. En Orient, les chrétiens gémissaient encore sous le joug despotique de Maximin ; en Occident, ils n'étaient point satisfaits d'une liberté limitée par les conditions arbitraires de l'ordre public ; dans l'une comme dans l'autre partie de l'empire, ils avaient peu de confiance en un édit qui renfermait de dures paroles à leur égard, Constantin écrivit à Maximin une lettre menaçante 2. Celui-ci dut se soumettre, au moins extérieurement, en recommandant à ses magistrats de ne pas violenter les chrétiens ^. Constantin s'en contenta provisoirement. Il préparait un acte décisif. Il avait convoqué son collègue Licinius à Milan, pour régler avec lui la nouvelle direction de l'empire. Il y avait mandé aussi l'empereur Dioclétien, qui languissait dans sa retraite. Constantin eût été heureux de placer la nouvelle politique religieuse sous les auspices du vieux chef de la famille impériale *. Dioclétien s'excusa sur sou grand âge. Les deux empereurs se réunirent au commencement de l'année 3i3 *, et le résultat de leurs délibérations

I. EusÈBfi, Vie de Constantin, 1. I, cb. xl. a. Lâcta.mce, Demort. pers., 37. 3. El'sèbb, //. E., 1. IX., ch. ix, n. i3. /j. AuRKUL's Victor, Ep. ig.

5. En janvier, suivan llo duc de Broglio et Hezberg ; en mars, suivant P. AUard ; en juin, suivanl Boissier.

LA PAIX GOASTANTIKIENNE 433

fut un décret envoyé sous forme de constitution aux magistrats de l'empire. Il est connu sous le nomd'Edit de Milan.

En voici le début : u Nous, Constantin et Licinius, augustes, nous L'édit étant rassemblés à Milan pour traiter toutes les affaires qui concer- /o'^gv nent l'intérêt et la sécurité de l'empire, nous avons pensé que, parmi les sujets qui devaient nous occuper, rien ne serait plus utile à nos peuples que de régler d'abord ce qui regarde la façon d'adorer la Divinité. Nous avons résolu d'accorder aux chrétiens et à tous les autres la liberté de pratiquer la religion qu'ils préfèrent, afin que le Dieu qui est au ciel soit propice et favorable aussi bien à nous qu'à tous ceux qui vivent sous notre domination. Il nous a paru que c'était un système très bon et très raisonnable de ne refuser à aucun de nos sujets, qu'il soit chrétien ou qu'il appartienne à un autre culte, le droit de suivre la religion qui lui convient le mieux. De cette manière, la Divinité suprême, que chacun de nous honorera désormais librement, pourra nous accorder sa faveur et sa bienveillance accoutumées. Il convient donc que Votre Excellence sache que Q0U3 supprimons toutes les restrictions contenues dans l'édit précédent que nous avons envoyé au sujet des chrétiens *, et qu'à partir de ce moment nous leur permettons d'observer leur religion sans qu'ils puissent être inquiétés ou molestés d'aucune manière. Nous avons tenu à vous le faire connaître de la façon la plus précise, pour que vous n'ignoriez pas que nous laissons aux chrétiens la liberté la plus complète, la plus absolue de pratiquer leur culte ; et, puisque nous l'accordons aux chrétiens. Votre Excellence comprendra bien que les autres doivent posséder le même droit. Il est digne du siècle où nous vivons, il convient à la tranquillité dont jouit l'empire, que la liberté soit complète pour tous nos sujets d'adorer le Dieu qu'ils ont choisi, et qu'aucun culte ne soit privé des honneurs qui lui sont dus. »

Sous cette phraséologie traînante, sous ces répétitions de mots et Sens de l'Edit. d'idées, la pensée de Constantin * dut paraître très claire à ses sujets, et nous devons reconnaître que les expressions dont il se sert pour l'exprimer est fort habile.

C'en est fait, d'abord, de cette confusion de l'ordre religieux avec i» Il accorde

la liberté des

1. Il s'agit de l'édit de 3ii, signé par Galère, Licinius et Constantin, et non d'un autre édit, comme l'a cru à tort le duc de Broglie, l'Egliee et l'Emp., t. I, p. 2/io.

2. Il est bien certain que Licinius n'eut qu'un rôle très efîacé dan» la conception et la rédaction de l'édit.

liist. gén. de l'Eglise. — I ' a8

cultes, mais

sans se fonder

sur lo

princi[)e de

l'indifl'érence

religieuse.

a' 11 reconnaît

elliciellement

à l'Eglise

catholique

une existence

juridique.

l'ordre politique, qui a été le prétexte ou la cause de toutes les persécutions. La conscience chrétienne pourra désormais, en toute liberté, rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Non point que l'Etat soit devenu athée pour cela. Il reconnaît et adore la Providence de la « Divinité », du m Dieu qui est au ciel » ; la présence au gouvernement de deux empereurs, dont l'un est païen, ne permet pas une formule plus précise ; mais tout indique que la Divinité vers laquelle on est prêt à s'incliner est celle qu'adorent les chrétiens. Eux seuls sont nommés dans l'édil : la liberté qui est accordée aux autres cultes que le leur n'est présentée que comme une conséquence de celle qui leur est due. Pas un mot n'est prononcé du vieux culte officiel ; il n'est point aboli ; par la force des choses, son personnel et ses rites resteront encore longtemps plus ou moins liés aux actes de la vie civile et politique ; le sage politique qui a rédigé l'édit ne songe point à faire un bouleversement qui rendrait impossible tout progrès, mais la manière dont il se tait sur la religion nationale indique q-i'illa traite comme une institution qui va mourir. Qu'on lise avec attention le lexlc de l'édit : on remarquera que tout y est calculé, pour rassurer, d'une part, les païens, et pour préparer, d'autre part, l'avènement d'une politique chrétienne. Voi»dans l'Edit de Milan comme un lointain prélude de la Déclaration des droits de l'homme est un anachronisme que peut seul expliquer un examen superficiel de la question ^ .

Le caractère de l'édit s'accuse davantage dans sa seconde partie. « Le dispositif, dit un savant jurisconsulte, constitue un véritable acte de réparation envers les chrétiens. Les lieux d'assemblée qui

I. « On a dit quelquefois que l'édit de IMilan avait été écrit « sous la dictée des évêques », et on a raj)jjelé à ce propos que les apologistes chrétiens, lorsqu'ils réclament [)our le christianisme la liberté, la réclament au nom du principe de la tolérance, qu'ils ont été les premiers à définir et à invoquer comme un principe de droit naturel. La tolérance est en effet, au regard des modernes, le droit de l'individualisme à s'étendre au domaine de la religion... I.'Edit de Milan ne présuppose pas cette conce[)tion individualiste. » P. Batikfol, l'Edil de Milan, dans le Correspondant du lo mars iQiS, p. 854- Les mots Ne cuiquain religioni auferii aliijuid a nobis videatur, invoqués en faveur de la thèse individualiste, nous semblent exj)rimor seulement le désir de respecter des consciences religieuses non encore sullisamment éclairées. « Il faudrait être aveugle, écrit Gaston Boissier, pour ne pas voir que 1 édil do Milan, pris dans son ensemble, est fait par un chrétien et dans l'intérêt des chrétiens... Ou voit bien qu'en réalité il ne songe qu'aux chrétiens ; ils sont les seuls qui sont expressément nonunés, et môme il est dit, en propres termes, que la tolérance qu'obtiennent les autres religions n'est qu'une conséquence do colle qu'on veut accorder au christianisme. )) Gaston Boissii:h, l'Edit de Milan, dans la Revue des Deux Mondes du i»"" août 1887, p. 5j8.

LA PAIX CONSTANTINiENNE

Veur avaient été confisqués, même s'ils sont aliénés, devront leur Otre rendus. On restituera de même toutes les autres propriétés qui îsppartenaient, non pas à des chrétiens individuellement, mais au corps des fidèles, c'est-à-dire aux Eglises constituées. Les Eglises constituées sont donc reconnues comme personnes juridiques aptes à posséder. En résumé, ledit établit deux choses : en premier lieu, la liberté de conscience, liberté absolument inconnue auparavant ; ea second lieu, une reconnaissance officielle de l'Eglise, qu'il distingue de l'Empire. C'est donc un événement capital *. »

Les païens accueillirent sans murmurer l'édit de Milan, a Cependant on put prétendre qu'ils n'acceptaient pas de bonne foi le pacte offert par Constantin à toutes les religions de l'empire ; que le paganisme rêvait toujours de reprendre la suprématie qu'on lui avait arrachée, qu'il n'attendait qu'une occasion favorable pour l'imposer aux autres, et, par conséquent;, que, tant qu'il existerait, le christianisme ne pourrait pas être tranquille... On verra Symmaque, dans son discours sur l'autel de la Victoire, réclamer pour ses dieux, non point la tolérance, mais le privilège, et n'admettre pas qu'un autre culte soit mis sur la même ligne que le sien ^. »

Quant aux chrétiens, ils furent bien persuadés que Constantin était pour eux, non seulement un libérateur, mais un protecteur bienveillant ; et que s'il n'abandonnait pas, du premier coup, tous les rites païens auxquels un empereur était presque contraint de se soumettre, il n'y avait là qu'une nécessité de sa «ituation officielle, destinée à disparaître avec le temps.

Accueil fait à l'édit

par les païens.

Accueil fait

à l'édit

par

les chrétiens.

Personnellement Constantin était chrétien ^, mais une politique chrétienne, si l'on entend par là une politique exclusivement basée

L'application de l'cdil.

1. Emile Ghénon professeur à la Faculté de droit de Paris, les Rapports de l'Eglise et de l'Etat, Paris, Bloud, igiS, ch. i, S i- Sur un point, l'édit de Milan va plus loin que le Concordat de 1801. Il dépossède les acquéreurs de biens ecclésiastiques qui tiennent du fisc même leurs acquisitions, tandis que le Premier Consul exigera du Saint Siège qu'il ne trouble en aucune manière les acquéreurs de ces biens.

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