I. Optât DE Milève, op. cit
a. IIefele-Lecleucq, I, 378. Cf. saint Auglsti:*, Ep. xtia, i6.
LA PAIX CONSTA?iTINIENNE
Ce jugement, où la justice se tempérait de tant d'indulgence, ne satisfit point des hommes qui poursuivaient, non point le triomphe du droit, mais celui d'un parti. L'affaire, disaient-ils, avait été mal jugée. Il ne s'agissait point de savoir si Cécilien était un homme honorable, mais si son ordination avait été faite par un évêque indigne. Félix d'Aptonge était-il, oui ou non, coupable d'avoir livré aux magistrats les livres saints ? Par un procédé que nous verrons souvent renouvelé par les sectes hérétiques et schismatiques dans l'histoire de l'Eglise, ces rigides observateurs de k discipline ecclésiastique en appelèrent au pouvoir civil de la décision concihaire qu'ils avaient eux-mêmes réclamée. Ils s'adressèrent une fois de plus à l'empereur, lui demandant de trancher la question par lui-même. L'empereur se laissa ébranler par ces plaintes, et plus encore par les 1 enseignements que ses fonctionnaires lui transmettaient sur la situalion de l'Afrique. La division y était plus grande que jamais. Aucun des évêques, des prêtres donatistes n'avait consenti à reculer desant 8on compétiteur. Les gens de Majorin, comme naguère ceux de ■'lélèce, appelaient leur Eglise « l'Eglise des martyrs », qu'ils opposaient à u l'Eglise des traditeurs ». Les compétitions religieuses dégénéraient parfois en rixes sanglantes. Du sanctuaire, la lutte passait dans la rue. Il parut i Constantin que l'ordre public était intéressé à une solution prompte. De quoi s'agissait-il, après tout ? D'une question de fait, et non de dogme. Les magistrats impériaux, pensat-il, avaient compétence pour instrumenter. Il ordonna au proconsul .Elianus, successeur d'Anulinus, de faire une enquête sur le cas de i^'élix d'Aptonge.
u Ce fut assurément, dit le duc de Broglie, un spectacle fort singulier et très significatif pour tout le monde, que cet examen d'un l'vêque par un magistrat pour un fait tout religieux, que l'Eglise seule pouvait apprécier, et qui, la veille encore, était non seulement permis, mais commandé par la loi civile. Il s'agissait de savoir si, pendant la persécution, l'évêque Félix avait eu le tort d'obéir à l'édit impérial, et de se rendre aux menaces des magistrats. La soumission lui était imputée à crime devant le tribunal même où naguère on
Les donatistes
refusent
d'accepter
la décision du concile .
lis en appellent à l'empereur.
Intervention
du pouvoir
civil dans la
querelle.
Félix
est déclaré
innocent
du crime de
« tradition »
Convocation
du concile
d'Arles.
La ville d'Arles
au début du ive siècle.
l'exigeait par violence. Rien ne pouvait mieux attester la victoire complète de l'Eglise sur l'impuissance déclarée de l'Etat. L'autorité civile se chargeait de déclarer elle-même qu'on avait bien fait de lui tenir tète, et les faisceaux ne se dressaient que pour s'incliner devant la croix. Pour que rien ne manquât à ce piquant et profond contraste, des officiers de la force publique furent cités et témoignèrent à l'honneur de Félix qu'il avait eu le courage de leur résister. Alphée, édile d'Aptonge, attesta sous serment que, quand il s'était présenté, dix ans avant, à l'église des chrétiens, Félix était absent, et qu'on ne lui avait livré que des lettres insignifiantes *. Son contradicteur, le donatisle Ingeutius, n'échappa à la torture que parce que sa qualité de décurion le préservait de tout supplice infamant 2. Félix, traité à son tour comme Ceci lien, fut déchargé solennellement du crime d'avoir brûlé les livres divins, instrumenta deifica. La sentence était datée du i5 février 3i4 ^- »
Condamnés par les deux autorités suprêmes qu'ils avaient invoquées, il semble que les donatistes auraient dû se soumettre, ou du moins que l'empereur n'avait plus qu'à poursuivre par la force l'exécution de la sentence portée par sa propre autorité. Constantin recula devant une pareille ingérence de sa part dans une question d'ordre essentiellement religieux. Il décida que la controverse serait définitivement résolue dans une grande assemblée de la catholicité, et il convoqua les évêques de son empire, pour le i" août 3i4, dans la ville d'Arles.
Arles, vieille cité gauloise, rivale de Marseille par son commerce, embelHe par Marins et par Auguste, ravagée par Ghrocus en 260, mais magnifiquement restaurée par Constantin, méritait déjà le nom de Rome des Gaules. Desservie par la voie Aurélienne, qui la niettait en communication avec Milan et Rome, par la voie Domitienue, qui se dirigeait vers l'Espagne, et par le Rhône, qui lui amenait les hommes et les produits de la Germanie, elle était bien, suivant l'expression d'un empereur romain, m la cité que la mer Méditerranée et le Rhône semblaient s'être choisie pour en faire le rendezvous des nations qui habitent sur les côtes et sur les rives qu'elles
1. Gesla purqalionis CœcUiani et Felicis, insérés dans les œuvres d'OpTAT db Milévb. u. Saint Alclshn, Ep. lxvui, n. [\.
3. A. DE BuouLiB, l'Kglise et l'empire romain au IVv siècle, l. 1, p. ^78-279. Cl. suiut Augustin, Contra Crcscentium, 78 ; Contra donatistos post iolhitionem, a3.
LA PAIX CONSTANTINIENNB
baignent * ». Constantin, qui l'aimait entre toutes les villes, et qui, pendant son séjour en Gaule en avait fait le siège de sa résidence impériale ^, fut bien inspiré en la choisissant pour y convoquer en concile tous les évêques de l'empire romain.
Il ne put se rendre lui-même à l'assemblée. « Au moment où le concile se réunit, au mois d'août 3i4 ^, Constantin était en Thrace à la tête de son armée. Mais il avait tout disposé d'avance dans les moindres détails. Voulant cette fois que le concile fût très nombreux, il avait fait venir les prélats de tous les points de son empire, les défrayant de tout sur la route. Ce fut là ce qu'on appela m le bienfait des voitures publiques », qui devait tenir une grande place dans les conciles de ce siècle et devenir un puissant et parfois dangereux moyen d'action de l'autorité laïque sur l'Eglise. Il avait réglé luimême la suite de chaque évêque, qui devait se composer de deux prêtres et de trois hommes de service *. Les évêques schisma tiques avaient, comme les autres, part à ces largesses. Grâce à ces facilités, les évêques accoururent, en effet, des villes les plus éloignées, depuis Lérida et Gapoue jusqu'à Trêves et Cologne^ ».
La plus grande partie de l'Eglise occidentale fut donc représentée à Arles. « Nous pouvons considérer l'assemblée d'Arles, dit Héfélé, comme un concile général de l'Occident ou du patriarcat romain ; il ne peut cependant passer pour un concile œcuménique, par ce seul
Ouverture
du concile
(le'-aoûtSi^").
Caractère de ce concile.
1. Paroles de l'empereur Honorius dans son édit du 28 mai 4i8, fixant à Arles le lieu de réunion des sept provinces des Gaules. Sur Arles au ivc siècle, voir A. Véran, Arles antique, dans le Congrès archéologique de France, 1876-1877, t. XLIII, p. 367-297. Cf. Dom Leclercq, au mot Arles, dans le Dict. d'arch. chré' tienne.
2. Une tradition provençale veut que l'apparition du labarum à Constantin ait eu lieu à Arles. « La ville d'Arles eut, en conséquence, pendant longtemps, pour armoiries, un labarum avec cette inscription Arelas civitas. Elle fit même battre une monnaie qui représentait la même chose. » Bouchb, Essai sur l'histoire de Provence, a vol. in-4o, Marseille, 1785, t. I, p. 167. Voir la critique de cette tradition dans Desroches, le Labarum, p. 3i3-3i7.
3. Voir DucHEs:«E, la Date du concile d'Arles, d&as Mélanges d'arch. etd'Idst., 1890, t. X, p. 64o-644; Hefele-Leclercq, H. E., 1, X, ch. v.