I. EusÈBE, Vie de Constantin, II
mSTOIBE GENERALE DE L EGLISE
Principales
basiliques
cons-
tantiniennes.
La basilique du Lalran.
sang des martyrs ou par la présence de leurs restes vénérés, sur remplacement des catacombes, on vit tout à coup s'élever des temples aux vastes proportions, décorés avec un art merveilleux. D'ailleurs, les anciennes chapelles et les cryptes n'auraient plus suffi à la solennité du culte. L'empereur fit aux églises les plus généreuses offrandes, affranchit des charges publiques les artistes qui travaillaient à leur construction. Les arts de l'architecture, de la sculpture et de la peinture, qui avaient tant contribué à propager l'immoralité et la superstition, se mirent ainsi au service de l'Eglise du Christ. Le Liber ponlijlcalis mentionne les basiliques qui s'élevèrent alors, telles que d'immenses et superbes châsses, sur les tombeaux de saint Pierre au Vatican, de saint Paul sur la voie d'Ostie, de saint Laurent sur la voie Tiburtine, de sainte Agnès sur la voie Nomentane, de saints Pierre et Marcellin sur la voie Labicane *. Les basiliques bâties sur les tombeaux de saint Pierre, de saint Paul et de saint Laurent, furent dues à la munificence de l'empereur. L'impératrice Fausta avait déjà fait don à la papauté de son palais du Lalran, auprès duquel lut construite la basilique du même nom. Hélène, mère de Constantin, qui possédait une villa sur la voie Labicane, fit élever sur les tombeaux des martyrs Pierre et Marcellin une élégante basilique ; elle devait plus tard, à son retour de Palesliue, faire bâtir, auprès d'une autre de ses villas, la domus sessoriana, pour y placer les reliqu-es de la Passion, l'église sessorienne, qui prit bientôt le nom de Sainte- Croix de Jérusalem. Constantine, fille de l'empereur, éleva sur la voie Nomentane, à côté d'une autre villa impériale qu'elle affectionnait, la basilique de sainte Agnès ; et il se peut que l'église d'Anaslasie, construite au pied du Palatin, doive sou nom à l'une des sœurs de Constantin.
La plus célèbre de ces basiliques fut la basilique du Latran, appelée d'abord l'église constantinienne, l'église mère, consacrée au Christ Sauveur, avant d'être dédiée, au x'' siècle, à saiut Jean-Baptiste. « Pendant les fêtes de la dédicace, apparut dans les nues, au-dessus du maître-autel, la figure du Rédempteur envelo[)pée de rayons lumineux : figure majestueuse et douce, dont la mosaïque absidale du grandiose édifice devait perpétuer les traits. Il n'est rien demeuré de la basilique primitive, abîmée par uu Iremblement de terre à la fin du ix" siècle ; mais que de merveilles d'art furent accumulées dan«
l. Liber pontijicalis, édil. Duchesse, t. 1, p. 178- i8a.
LA PAIX CONSTANTINIENNE
ce temple, d'extérieur sobre et austère, la complaisante énumération an Liber pontijicalis nous l'apprend ^. Le baldaquin du maître-autel, donné par l'empereur, était une pièce d'orfèvrerie colossale, où des figures d'argent, hautes de cinq pieds, avec des gemmes dans les yeux, représentaient le Sauveur entouré des apôtres et des anges. La voûte intérieure de ce baldaquin d'argent était en or très pur. Un lampadaire d'or, pesant cinquante livres, y pendait à des chaînes qui pesaient vingt-cinq livres. Les sept autels de la basilique étaient également d'argent, et l'on comptait un nombre prodigieux- de vases liturgiques, dont plusieurs incrustés de gemmes 2. »
La basilique du Latran ne fut jamais un titre spécial, c'est-à-dire une église paroissiale. Elle fut l'église de l'évêque de Rome. C'est là que le pape célébra solennellement, chaque dimanche, la liturgie au cours de laquelle il envoyait une partie du pain consacré, le fermenlum, aux prêtres des églises titulaires, comme marque de communion avec lui. C'est au Latran que se firent désormais les ordinations et la réconciliation solennelle des pénitents publics. La nuit du samedi saint, le baptême des catéchumènes s'administra solennellement dans son baptistère, le seul existant alors pour Rome,
La vie religieuse du peuple fidèle se déroula principalement dans les églises titulaires. Des documents précis montrent que, dès le IV* siècle, les chrétiens y assistaient à l'oblation eucharistique, en participant à la communion ; car il était de règle qu'on n'assistait pas à l'Eucharistie sans y prendre part^. Ce fut aussi dans les églises titulaires que se fit l'administration privée du sacrement de pénitence et la célébration des mariages ; là aussi se firent, aux jours de pénitence, ces assemblées particulières de prière qu'on nommait (( stations * » .
Par suite de ces nombreuses constructions d'églises, l'importance des cimetières ou catacombes diminua ; on en tint cependant toujours compte dans l'organisation du culte. On ne pouvait oublier ces lieux vénérables, berceaux de l'Eglise naissante. Nous avons vu qu'il existait déjà, au temps du pape saint Denys, un rapport incontestable
Son importance.
Les Eglise»
titulaires
ou
paroissiales.
Les
catacombes.
I. MgrDuchesne a montré la haute valeur archéologique du document ulilisé par le Liber pontificalis . Tout y est spécifié : qualité du métal, nombre des pierres précieuses, dimension et poids des sculptures.
a. André Pératb, le Vatican, 1 vol. in-f", Paris, 1895, p. 4ia-4i3.
3. Le cardinal Rampoila a établi ce point dans sa vie de sainte Mélanieda Jeune.
4. Sur les stations, voir Dcchesme, Origines du culte chrd lien, ae édition, p. ai8, aili, 236.
Hist. gén. de l'Eglise. — I
âo
HISTOIRE GÉNÉRALE DE l'ÉGLISC
Bouleversements apportés à la
disposition des cimetières
souterrains.
Construction
de nouvelles
églises
dans les
provinces.
La cathédrale de Tyr.
Les églises palestiniennes.
entre les cimetières et les titres ou paroisses. A la suite de l'édit de Gallien, cimetières et titres avaient été répartis entre les prêtres, en même temps qu'était tracée la délimitation des paroisses, au nombre de vingt-cinq. Dès lors, les catacombes furent desservies, non par un clergé spécial, mais par le clergé paroissial, chaque titre disposant d'un ou de plusieurs cimetières*.
D'autre part, la paix de l'Eglise entraîna des conditions nouvelles pour les catacombes. Saint Miltiade fut le dernier pape enterré dans les souterrains. Saint Sylvestre devait recevoir la sépulture dans une basilique. Beaucoup de ces basiliques, nous venons de le voir, furent bâties au-dessus des cimetières, ayant leurs bases tantôt au niveau des tombes des martyrs, tantôt à un niveau supérieiir. Mais cette disposition amena souvent des bouleversements, des destructions, la disparition même de parties considérables des anciennes catacombes. Parfois on se contenta d'élargir le cubicule qui contenait la tombe sainte et on y fit pénétrer plus abondamment la lumière ; parfois le souci de rendre honneur à un martyr illustre amena des dispositions plus radicales. Afin d'atteindre l'étage où reposait le martyr, on n'hésita pas à mettre à nu la catacombe jusqu'au premier ou au second étage. Ce procédé expéditif fut employé en plusieurs endroits, par exemple pour les tombes de saint Pierre au Vatican, de saint Paul sur la voie d'Ostie, de saint Laurent à l'agro Verano, et de sainte Agnès sur la voie Nomentane ^.
La munificence de Constantin s'étendit aux provinces. A Ostie, à Albe, àNaples, à Capoue, à Cirta en Numidie, les architectes impériaux rivalisaient d'activité pour élever au Christ et à ses saints des temples splendides. Eusèbe donne la description de plusieurs églises construites en Orient, notamment de l'immense cathédrale élevée à Tyr, dont les plafonds de cèdre, les voûtes de mosaïques, les autels étincelants d'or et de pierreries faisaient l'admiration de tous.
La faveur impériale se manifesta d'une manière toute particulière dans la glorification des lieux saints de la Palestine. Les pèlerinages en Terre sainte, déjà fréquents avant la grande persécution de Dioclclien^, se multiplièrent une fois la paix établie. On identifia les
1. Dom Leclbrcq, au mot catacombes, dans le Dict. d'tnh. ekrét., t. II, ool. 943i.
a. Dom Leclkrcq, op. cit., col. a433. Le pape saint Daniase devait s'employer, avec une sollicitude admirable, à remédier à tous ce» bouleversements.
3. EusèuK en parle dans ses Démonslrations évangéliqufs , \. W, ch. xviu. Or cet ouvrage est antérieur à ravùncmcnt du CoiisUnlin un Orient.
LA PAIX CONSTA5TIN1ENNE
lieux précis du cru cifiemenL et de l'ascension, la grotte de Bethléem, bien d'autres endroits vénérés pour avoir été les théâtres des grands mystères fondamentaux du christianisme ; et des églises commémoratives s'y élevèrent. A Antioche, l'endroit où la tradition plaçait la premier établissement des chrétiens fut consacré également par une grande basilique.
L'architecture chrétienne était née. Sans doute, avant Constantin, les chrétiens possédaient, en dehors des catacombes et des demeures privées mises au service du culte, un certain nombre d'églises. L'édit de Gallien, publié en 261, et la décision donnée par Aurélien en 272, au sujet de l'église d'Antioche, supposent que les chrétiens possédaient des édifices spécialement destinés au culte *. Mais les historiens ne nous ont laissé aucune donnée sur leurs formes archi tectoniques. Nous pouvons conjecturer, par des allusions de la Didascalie, des Constitutions apostoliques et du Testament du Seigneur, que les églises préconstantiniennes s'étaient déjà inspirées de la basilique profane, édifice public ordinairement bâti sur un forum, où le peuple se réunissait pour y traiter de ses affaires judiciaires ou commerciales 2. Ces églises durent être à une seule nef, avec un atrium, un péristyle, deux entrées, dont l'une servait aux hommes et l'autre aux femmes ^. C'est à peu près tout ce que nous en savons *.
La basilique constantinienne adopta nettement le type basilical. Rien n'était plus naturel. En faisant ainsi, on ne rompait pas avec des habitudes déjà prises. Les constructeurs et les architectes ne connaissaient guère, en dehors des temples, en fait d'édifice public, que la basilique, et son afiectation purement civile ne soulevait pas chez les chrétiens les répugnances que les temples païens leur inspiraient.
Le plan de la basilique profane était un parallélogramme deux ou trois fois plus long que large. Deux rangs de colonnes la divisaient en trois nelts. Elle comprenait ordinairement trois parties dans le sens de la longueur : le bas des nefs, occupé par le public ; au milieu, le transept, réservé aux gens de loi, avocats, greffiers, etc. ;
L'architectaro chréti^aœ.
Descrîpfcioa d'une
basilique.
La basiLiqua profane.
I. Les mentions faites de la destruction de la basilique d'Edesse en 3oa, de celles de Tyr et de Nicomédie en 3o3, la mise sous scellés, en la même année, des églises d'Héraclée et de Girta sont suffisamment démonstratives.
a. Voir Du Gakge, au mot basilica.
3. Didascalie, ch. xii. trad. Nau, Paris, 1902, p. 75-76; Constit. apost., 1. II, ch. Lvn ; Testament du Seigneur, édit. Rahmani, Mayence, 1899; p. 33, i53-i56.
4. Dom Leclercq, au mot basilique, dans le Dict. d'arch. chrét.jt. II, col. 54i-5/14
La basilique chrétienne.
La nef.
Le chœur.
L'autel.
et, à l'extrémité de la nef centrale, l'abside, où siégeait le tribunal.
Dans la basilique chrétienne, les nefs furent destinées aux fidèles. Des places séparées furent assignées aux hommes, aux femmes, aux pénitents et aux catéchumènes. Dans le transept se tinrent les clercs inférieurs ; comme ils y psalmodiaient et chantaient l'office, cette partie de l'édifice fut appelée chorus ou chœur. Au fond de l'abside fut placé le siège réservé à l'évéque, autour de qui siégeaient les prêtres ; d'où le nom de presbyterium donné à cette partie de la basilique.
L'autel se trouvait à l'entrée de l'abside, ou au fond du chœur. Il consistait en une plaque de marbre carrée, reposant sur un, quatre ou cinq pieds, et décorée de divers ornements *. On utilisa parfois des monuments païens désaffectés, qu'on couvrit d'une plaque de marbre *.
D'une manière générale, on employa, pour la construction des basiliques, de nombreux fragments païens antérieurs, par exemple des fûts de colonnes, des chapiteaux, u Les anciennes basiliques chrétiennes de Rome, dit Viollet-le-Duc, ne sont qu'une réunion de fragments antiques '. » L'assertion paraît un peu trop absolue, mais on peut encore se rendre compte de ce qu'elle a de vrai par l'étude des parties primitives de nos antiques basiliques, presque toutes recons-
1. BouR, dans le Dict, de théol., t. V, col. 1207 ; Leclehcq, dans le Dict. d'archéol., t. I. col. 3i58, 3, 187.
a. Rossi, Bollet. diarch., 1877, pi. III, IV; Leclercq, op. cit., t. I, col. 8175 el s. En disant que la basilique profane a servi de prototype à la basilique chrétienne, nous ne voulons pas exclure d'autres influences secondaires. Nous suivons l'opinion traditionnelle, savamment exposée au xvie siècle par Léon-Baptiste Alberti. La question de l'origine architecturale des basiliques chrétiennes a soulevé depuis de vives controverses. L'Allemand Zestermann, qui a soutenu l'originalité absolue des basiliques chrétiennes, n'a pas été suivi. L'abbé Martigny est le dernier qui ail voulu voir dans les chapelles des catacombes l'origine des basiliques chrétiennes. On ne peut s'arrêter aux théories qui onl cherché la solution du pr'^ blême dans les chapelles funéraires ou dans les synagogues juives. Un système plus séduisant, cherchant le modèle de la basilique dans la disposition de certaines salles des maisons particulières, n'a pu triompher. M. de Lasteyhie, après avoir consacré tout un chapitre (le chap. m) de sa monumentale histoire de l'Architecture religieuse en France, Paris, Picard, 191a, à l'exposé et à la critique de ces différents systèmes, conclut ainsi : « L'origine des basiliques est plus complexe qu'on ne le croit généralement. A la basilique du forum les fidèles ont emprunté la fornie oblongue, la division des galeries parallèles, et surtout cette surélévation de la galerie médiano qui permet d'éclairer l'édifice par le haut. Aux lieux publict de réunion, et peut- <'tre aussi à certains monuments funéraires, ils ont pris l'idée de l'abside. Aux maisons |>articulières ils doivent l'atrium it l'habitude qu'ils ont longtemps conservée d'accoler à leurs églises, sans souci d'en comprnmetlre l'aspect extérieur, des dépendances diverses. » Lastbthie, op. cit.. t. I, p. 70.