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A. DE Broglie, op. cit., II

^70 HISTOIRE GÉNÉRALE DE l'ÉGLISB

sa gauche, l'image pareille de saint Jean -Baptiste, tenant un titre avec l'inscription : Ecce agnus Dei, ecce qui toUil peccata mundi ; enfin sept figures de cerfs en argent jetaient également de l'eau dans la vasque baptismale*. » Le cerf symbolisait le désir qui poussait les catécliunièues à se désaltérer dans l'eau de la vie et du salut. La vasque avait parfois la forme d'un tombeau pour figurer la mort mystique du baptisé.

Les Les baptistères étaient assez spacieux pour permettre la collation

du baptême ^^ baptême à un grand nombre de catéchumènes. Cette cérémonie se fit d'abord avec une grande solennité, aux seules fêles de Pâques et de la Pentecôte. On ajouta bientôt la fête de l'Epiphanie, puis on baptisa à toutes les grandes fêtes *. Les catéchumènes jugés dignes d'entrer dans l'Eglise par l'initiation baptismale avaient dû s'y préparer par quarante jours de prières et de jeûnes, par des examens spéciaux appelés scrutinia, et par des exorcismes. Le baptême solennel était conféré autant que possible par l'évêque lui-même. Le rite essentiel était toujours, suivant l'usage primitif, la triple immersion, en souvenir de la sainte Trinité et des trois jours passés par Jésus au tombeau. Il y avait cependant des exceptions à cette règle, même en dehors du baptême des malades, dont nous avons déjà parlé : les Espagnols n'immergeaient qu'une seule lois les néophytes. Parmi les cérémonies secondaires, on rencontre déjà la mise d'un peu de sel sur les lèvres, l'attouchement des oreilles en prononçant la parole Ephphetha, l'onction, l'imposition d'une tunique blanche, la récitation du symbole de foi, et, en Italie, la présentation d'une pièce de monnaie, rappelant le talent confié par Dieu au néophyte. Tout, on le voit, était cojnbiné pour faire comprendre à l'initié l'importance et la grandeur de la démarche qu'il venait de faire, des grâces qu'il allait recevoir. Maintenant que la profession du christianisme n'exposait plus au martyre, qu'elle pouvait devenir, au contraire, dans la vie civile, un titre à la considération publique, il était plus nécessaire que jamais de rappeler à tous, par les rites les plus expressifs, l'éminente dignité du sacrement qui nous fait enfants de l'Eglise, et les graves devoirs qu'il impose.

I. A. Pératé, le Vatican, les papes et la civUisalion, p. ii3. Cf. Maatiqnt, Diet. des aiit. chrét., m mot baptistère.

a. La trcnliètne année du règne de Coiistaiilin, on commenta à baptiser à Jérusalem le jour delà dédicace de l'église du Calvaire. Plu» lard, on baptisa aux Jétes do» martyrs. Saint Léon, Ep. clxmii, n. i.

LA PAIX CONSTANT I>'IENNE

Des raisons analogues justifiaient la solennité nouvelle donnée à la célébration du saint sacrifice de la Messe.

L'Eucharistie, ce n'était plus, au temps de Constantin, la touchante « fraction du pain », furtivement célébrée entre frères, réunis pour le « repas delà charité », dans la chambre haute d'une maison amie. Ce n'était plus le sacrifice offert, dans l'ombre des catacombes, à la lueur de lampes fumeuses, sur la tombe encore fraîche d'un martyr. Ce fut l'action solennelle de l'immolation divine, commémorée et renouvelée dans la grande basilique largement éclairée, au milieu de toutes les pompes de la richesse et de l'art, mises aux pieds du Maître du monde.

Des documents archéologiques et patristiques nous permettent de reconstituer la liturgie d'une messe solennelle célébrée dans la basilique du Latran au temps de Constantin.

Aucun des rites essentiels que nous avons précédemment étudiés, n'est changé. Le cadre seul et quelques cérémonies accessoires sont modifiés.

A peine le fidèle a-t-il franchi le seuil de la basilique, en soulevant le léger rideau de toile qui en ferme l'entrée ^ que son œil est ébloui par des milliers de feux, émanant des candélabres, lampes et cassolettes parfumées, croisant leurs rayons au-dessus de sa tête, jetant d'innombrables reflets sur les lambris d'or, sur le ciborium d'argent repoussé qui domine le maître-autel, sur les pierres précieuses qui ornent les statues, les autels et les vases sacrés.

Au fond de la nef, siégeant dans une chaire monumentale, est le chef de l'Eglise de Rome, entouré de ses prêtres assis, de ses diacres debout. Ceux-ci, vêtus du simple colohium, sorte de tunique légère, serrée autour des reins par le cingulum, se tiennent prêts à diriger, sous les ordres de l'évêque, toutes les cérémonies. « Lorsque vous assemblerez l'Eglise de Dieu, est-il dit à l'évêque dans les Constitutions apostoliques, regardez-vous comme le commandant d'un grand vaisseau, pour disposer toutes choses avec prudence, ordonnant aux diacres de placer tous les frères dans le lieu qui leur convient ^. »

Voici, en elTet, que les diacres quittent l'abside, vont et viennent

I. Constantin, en concédant à la basilique le privilège d'« asile », avait voulu qu'aucune porte ne pût arrêter l'élan du condamné courant se réfugier au pied des autels.

a. Conslit, aposi., i. II.

Le sacrifice de la messe.

Une messe

solennelle dans

la basilique

du Latran.

Décoration de l'église.

L'évêque officiant.

Les fonctions des diacres.

HISTOIRE Gi:\F,RALE DE I, KCI.I'sr;

L'araot-messe.

L'offertoire.

La procession de l'offrande.

daus la nef : ils veillent à ce que les « pleurai) Is » ou cliréliens en pénitence restent sous le porche extérieur ; ils assignent aux « écoulants » leur place, tout au fond de la basilique ; ils laissent pénétrer les « compétents * » plus avant dans l'église ; ils ont l'œil sur les énergumènes, relégués en un coin du temple et sur tous ceux qui pourraient manquer de réserve dans leur tenue.

Successivement, pendant que les cérémonies de l'avant-messe se poursuivent, les écoutants, les énergumènes et les compétAits ont été congédiés par le premier diacre ; les fidèles seuls sont restés 2.

Après s'être donné religieusement le baiser de paix, les hommes et les femmes à part, ils apportent à l'autel leurs offrandes. Ils accomplissent ainsi le précepte du Sauveur : « Si tu offres ton présent à l'autel, et que tu te souviennes que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton présent devant l'autel et va te réconcilier avec ton frère, et alors tu pourras offrir ton présent. »

La foule s'ébranle, se déployant en un long et silencieux cortège. Les hommes s'avancent d'abord, portant chacun, selon sa fortune, son offrande, plus ou moins précieuse. Le don est reçu dans des corbeilles ou dans de grandes amphores qu'on nomme amœ. Nous savons par le Liber pontijicalis que Constantin donna au Latran deux amœ d'or très pur pesant chacune 5o livres et vingt amœ d'argent pesant chacune 10 livres. Chaque fidèle, en passant devant les corbeilles et les amphores, s'incline, dépose son oblation, et reprend sa place dans le cortège. Après les hommes, marchent les femmes, les diaconesses, les vierges. Les matrones portent généralement la siola, les vierges ont le front orné d'un bandeau. Les diacres, debout derrière les amphores, ont revêtu la dalmatique d'or. Ils prennent dans les corbeilles et amphores le pain et le vin nécessaire:, pour la consécration

I. On appelait « compétents » les catéchumènes admis & se préparer au baptême.

a. On a longtemps admis sans preuves que les pénitents, comme les catécliumènes, ét.tlcnt exclus de l'assemblée chrétienne après la partie didactique de l'oflice divin (Petau, De pomii. vel.). Cette erreur a été réfutée victorieusement par IlLHio-KocH. dans Thvologische Quarlalschrifl, t. XXXII, 1900, p. 48i-534. et les conclusions du savant allemand ont été portées à la connaissance du public français par M. Bou- DiBUon, la Missa pseniientium, dam la Revue d'hist. et de Utt. reliy., t. VII, 19UJ,

i-ao. Mais ce qu'on duit admettre, c'est qu'une place spéciale était assignée dans 'église aux pénitents. (A. d'Alès, Liinen ecclesise, note sur l'ancienne pénitence publique, dans la lievue d'hisl. eccl., t. NU, i<jua, p. i6-a6.)

LA PAIX CONSTANTINIENNE

Le moment le plus solennel du sacrifice approche. Deux diacres viennent se placer devant l'autel, tenant chacun en main un grand éventail ou Jîabellum, et chassent les mouches qui voltigent, de peur qu'elles ne tombent dans le calice. Le célébrant, vêtu, pardessus la tunique, serrée autour des reins, de la pénule ou chasuble gravement drapée, consacre le pain et le vin selon le rite que nous connaissons déjà *.

Les cérémonies de la communion ont peu varié. Elle est distribuée au « cancel w, ou table de communion, qui se trouve entre le bas de la nef et le transept. La partie du sol qui correspond à ce « cancel » est pavée d'une marquetterie de marbre précieux 2. Les fidèles reçoivent debout le pain consacré, qui est remis dans leur main par le diacre, et ils le portent eux-mêmes à la bouche. Le précieux sang leur est distribué dans un calice à part.

Pendant que les fidèles participent ainsi, d'une manière si familière et si auguste à la fois, au banquet eucharistique, le chœur chante le psaume xxni® de David : « Je bénirai le Seigneur en tout temps. Sa louange sera toujours sur mes lèvres... Goûtez et voyez combien le Seigneur est doux. » Et l'action de grâces se poursuit jusqu'à la fin de la cérémonie liturgique ^.

Elle se poursuivra même en dehors de la basilique, car il résulte de nombreux témoignages que, « dès le iv* siècle, les chrétiens de rOrient comme ceux de l'Occident, de tout âge et de toute condition, vaquaient tous les jours, en public ou en particulier, à la psalmodie * ». Sainte Paule raconte que, de son temps encore, « le laboureur en conduisant sa charrue, chantait Y alléluia ; le moissonneur suant se récréait par le chant des psaumes ; le vendangeur, en maniant la serpette recourbée, chantait quelque fragment des poésies davidiques 5».

Il était impossible que ce saint enthousiasme ne se communiquât point aux païens. Â^ussi voyons-nous, par le récit d'Eusèbe, que

La

consécratioa.

La communioa.

La postcommunion

ou action de grâces.

Portée

ique de cette liturgie.

1, Voir plus haut, p. 45, 94, 268.

2, Cedrenus raconte que, dans la grande église de Constantinoplc, Constantin avait fait paver d'onyx cette partie du sol.

3, Voir RoHAULT de Fleurï, la Messe ; Hoppenot, la Messe ; Doni Gabrol, la Prière antique.

[\. Martight, Dict. des antiquités chrétiennes, au mot liturgie.

5. S. Jérôme, Œuvres, it, 35 i. Cf. S. Augustis, Enarr. in psalni., lxxsv.

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la foule, charmée par les beautés liturgiques, se portait vers les baptistères, sollicitant et recevant avec allégresse « le signe de la Passion du Sauveur * »,

Eut

de la religion

romaine

au teuaps de

ConsUntin.

Rome devient e rendea-vous de toutes les superstitions et de toutes les immoralités.

Malgré tout, le péril païen subsistait. Sans doute, « à l'époque où Constantin, en faisant monter le christianisme avec lui sur le trône, changea toute la politique religieuse de l'empire romain, le culte, dont, pour la première fois, le souverain se séparait publiquement, n'offrait plus que l'apparence de ce qu'il avait été aux siècles passés, et ce culte demeurait plutôt comme le symbole toujours respecté de l'unité romaine, que comme le vrai centre religieux des peuples - » ; mais en devenant la capitale du monde, Rome en était devenue en quelque sorte le Panthéon. Les dieux abstraits de la Sabine et du Latium, les divinités plus brillantes et moins chastes imaginées par le génie de la Grèce, les Baals orientaux et les mythes alexandrins, s'étaient mêlés et confondus dans l'imagination et dans le culte des peuples. Dans cette immense équivoque, que couvrit dès lors le nom de religion romaine, si quelques âmes d'élite rencontrèrent la voie purificatrice qui les conduisit au seuil du christianisme, la masse trouva surtout le moyen de satisfaire plus librement ses passions. Parfois le contraste d'une vie chargée de pratiques pieuses et souillée en même temps des vices les plus immondes, se rencontrait dans la même personne. « On se rend compte de ce singulier alliage, dit M. Paul Allard, en étudiant les peintures et les inscriptions d'une célèbre catacombe profane de la voie Appienne. Sur le tombeau d'un prêtre de Sabazius, une épitaphe de la plus basse et de la plus lourde philosophie épicurienne est gravée à côté de peintures rappelant les mythes les plus élevés du paganisme et même des symboles chrétiens. En face, des fresques, décorant la tombe d'un mithriaste, le montrent investi du grade de miles, dont la possession exaltait jusqu'à l'héroïsme et presque jusqu'au martyre la ferveur des croyants, mais offrent en même temps un des symboles les plus obscènes du

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