I. A. DE Bruglib, op. cit., t. I, p. 3o
a. A. RoiiLLO.N.O. P., Sainte UiHène, Paris, 1908, p. 101.
LA PAIX CONSTANTINIENNE
Sa conversion.
sant la Bithynie avec l'expédition dirigée contre la fameuse Zénobie, reine de Palmyre, s'éprit des charmes d'Hélène et l'épousa. L'ofificier s'appelait Constance-Chlore. Dix-huit ans plus tard, ayant franchi les plus hauts degrés de la hiérarchie militaire, il était appelé par l'empereur Dioclétien à partager avec lui le gouvernement de l'empire romain. Cet événement avait eu pour conséquence de le séparer de celle dont il avait fait jusque-là sa compagne. Dioclétien, pour s'assurer la fidélité du nouveau prince, avait exigé de lui la répudiation d'Hélène, et lui avait imposé un nouveau mariage avec la belle-fille de son collègue Maximien Hercule.
L'épreuve avait été salutaire à la pauvre femme répudiée ; elle avait trempé son âme dans le support de la souffrance imméritée. Quand, plus tard, le fils de Constance et d'Hélène, Constantin, converti au christianisme et devenu seul maître de l'empire, appela auprès de lui sa mère très aimée, Hélène était prête à comprendre les enseignements de la religion du Christ. Eusèbe nous apprend que l'empereur lui-même se fit son apôtre: « Constantin, dit-il, rendit sa mère, qui auparavant vivait dans l'ignorance du vrai Dieu, si pieuse et si fervente, qu'elle semblait avoir été instruite à l'école même du Sauveur. » Nous manquons de détails sur la discrète et Son influence féconde influence qu'Hélène exerça dès lors sur son auguste fils. Nous savons que le prince lui ouvrit le trésor impérial, et qu'elle en profita pour secourir les pauvres et bâtir des églises. Nous sommes autorisés à voir son inspiration charitable dans la plupart des lois portées par l'empereur en faveur des humbles, des souffrants, des esclaves et des prisonniers. Nous la verrons, âgée de près de quatre-vingts ans, accomplir le voyage de Palestine et raviver dans l'Eglise le culte de la croix du Sauveur. La voix publique ne tarda pas à la vénérer du titre de sainte.
La sainteté, au début du iv® siècle, ne fleurissait pas seulement dans le palais impérial, elle s'épanouissait, avec une vitalité tout exceptionnelle, dans les déserts de l'Orient. La persécution ne faisait plus couler le sang des chrétiens ; mais les réserves d'héroïsme de l'Eglise n'étaient pas épuisées. Les âmes désireuses d'une vie plus parfaite prirent le chemin des solitudes oii Paul et Antoine avaient établi leurs demeures. « La persécution, a dit Fénelon, fit moins de solitaires que la paix et le triomphe de l'Eglise. Les chrétiens, si simples et si ennemis de toute mollesse, craignaient plus une paix flatteuse pour les sens qu'ils n'avaient craint la cruauté des tyrans.
Les Pères du désert.
Le groupe
rio la
Basse-Egyple.
Vie des
anachorètes.
Influence grandissante
de saint Antoine.
Les déserts se peuplèrent d'anges innombrables, qui vivaient dans des corps mortels sans tenir à la terre * ».
En 3o5, Antoine d'IIéraclée, quittant le haut nid d'aigle qui lui servait de retraite vers les sources du Nil, avait fondé à Phaïum, dans la Basse-Egypte 2, la vie semi-érémitique. Les ermites avaient vécu jusque-là isolés, dans de pauvres cabanes qu'ils s'étaient construites en terre, en bois ou avec des cailloux. Quelques-uns avaient trouvé plus simple d'utiliser les cavernes naturelles, les grottes funéraires des anciens Egyptiens, ou encore les sépulcres abandonnés dans le voisinage des villes. Quelques-uns même, jugeant superflue l'habitation la plus modeste, vivaient en plein air ^. Frappés de la sagesse d'Antoine, que plusieurs d'entre eux étaient venu.s visiter, pour lui demander conseil, ils se rapprochèrent de lui, se fixèrent dans les environs. Antoine devint le chef et le père de tous les anachorètes de la Thébaïde, qui trouvèrent, dans des réunions périodiques, tenues sous sa présidence, un nouveau stimulant pour leur ferveur. La renommée du patriarche s'accrut. Des païens, des philosophes platoniciens vinrent le consulter, et furent frappés de la profondeur de ses réponses. Le saint solitaire aimait surtout à disserter sur l'essence de Dieu, sur la trinité des Personnes divines, sur l'incarnation et la mort de l'une d'entre elles pour le salut du monde. L'empereur Constantin lui écrivit comme à son père pour recommander à ses prières l'avenir de son empire. L'enthousiasme des populations éclatait à sa vue. Les infidèles, et jusqu'aux prêtres des idoles, accouraient sur ses pas et s'écriaient : « Laissez-nous voir l'homme de Dieu *. » Mais il n'apparaissait que rarement et comme furtivement au milieu des foules. « Les poissons meurent, disait-il, quand on les tire à terre, et les moines s'énervent dans les villes ; rentrons vite dans nos montagnes, comme le poisson dans l'eau *. » « Il y acheva sa vie au milieu d'une foule croissante de disciples el de pèlerins, qui recueillaient ses instructions en langue égyptienne, et qui admiraient en lui jusqu'à la beauté inaltérable de ses, traits.
lFû^klo^, Discours sur les micmtageM et les devoirs de la vie religieuse, édiU de Versailles, t. XVll, p. Sgô.
a. V l'endroit où s'élève encore aujourd'liui le monastère do Saiul-Anloine.
3. Dom Bbsse. D'où viennent /f* moines, p. 53-54. Cf. Dom Bessk, les Moines d'Orient, I^aris, i()00.