I. Act., VIII, lo
a. S. Jérôme, In Malth., xxiv, 5.
3. C'était l'ancienne Samarie, capitale de la province de ce nom. Le nom de Sébaste ou Augusta lui avait été donné en souvenir d'Auguste, qui en avait fait don à Ilérodc.
4. Les Actes, xxi, 8, le montrent plu» tard habitant Clésarée avec ses quatre iillcs.
LA PREMIERE EXPANSION
recevaient les initiés à la foi du Christ. Pierre et Jean se rendirent au milieu de la jeune chrétienté de Sébaste, imposèrent les mains sur chacun des membres de la nouvelle communauté, et leur conférèrent le Saint-Esprit.
Il est à croire que l'effusion de grâces spirituelles qui se produisait ordinairement à Jérusalem sur les nouveaux confirmés se renouvela en Samarie avec un éclat tout particulier. Un saint enthousiasme s'emparait de ceux à qui la grâce de l'Esprit venait d'être conférée. Leurs paroles étaient impuissantes à rendre la sainte joie qui faisait battre leurs cœurs, l'extase qui soulevait leurs âmes vers je ne sais quelle contemplation mystique. Tout en eux, l'expression de leur visage, les mots inachevés qui expiraient sur leurs lèvres, et les gestes qu'ils ébauchaient, ne laissaient aucun doute sur l'efficacité opérante du rite sacramentel *. L'assistance avait l'impression irrésistible d'une présence et d'une action particulières de Dieu au milieu d'elle. Simon fut témoin de ces scènes émouvantes. Le malheureux, dont la conversion n'avait peut-être pas été exempte de toute arrièrepensée d'ambition, sentit alors se réveiller en son cœur les plus mauvaises tentations de sa vie passée. Il y céda. Hardiment, il se présenta devant Pierre, et, lui offrant de l'argent, il lui dit : « Communique-moi ton pouvoir, afin que ceux à qui j'imposerai les mains, reçoivent aussi le Saint-Esprit. » Le premier pape se trouvait, pour la première fois, en face du premier hérésiarque. Le livre des Actes nous a conservé son admirable réponse ; « Que ton argent périsse av ec toi, s'écria Pierre, puisque tu as pensé que le don de Dieu s'acquiert à prix d'argent ^ I « Le magicien s'inclina, et feignit de se repentir. Mais on le vit bientôt, impénitent et révolté, courir le monde, suivi d'une malheureuse femme, du nom d'Hélène, qu'il appelait la « Pensée éternelle », qu'il prétendait « délivrer », et qu'il associa à ses œuvres de sorcellerie. On lui attribua plus tard tout un système de philosophie théologique. Ce n'est probablement que la synthèse, faite par ses disciples, des idées propagées par lui, et destinées peut-être à couvrir simplement l'immoralité de sa conduite.
Pierre et Jean
imposent
les mains aux
Samaritains
convertis.
Effusion de charismes.
Simc-i
veut acheter
le pouvoir
d'imposer les
mains.
Réponse de Pierre.
Révolte de Simon.
I, Un auteur protestant a écrit à propos de ces faits : « C'est bien là la notion sacramentelle et magique qui a prédominé depuis dans l'Eglise catholique. » Mo:*?riER, Notion de l'apostolat, p. 170. Disons autrement : C'est bien là la notion de l'efEcacité sacramentelle, ex opère operato, laquelle remonte ainsi jusqu'aux premières origines du christianisme.
a. Act., Tiii, ao.
Système
thcologiquc
de Simon.
Il est le père
du gnosticisme.
Simon aurait admis comme principe de toutes choses un feu spirituel, éternel et invisible. De ce premier principe, disait-il, sont émanés des esprits inférieurs, graduellement hiérarchisés, de moins en moins éthérés, les éons. Ils ont été chargés de créer et de conserver le monde. Seulement ces esprits retiennent captive la Pensée éternelle de Dieu, dont ils sont l'oeuvre. Qui la délivreia, cette divine Ennoia ? Ce sera Simon, le Suscité, le Verbe, la grande Force de Dieu ; et toute la mission de celui-ci est de travailler à cette délivrance *. Si les idées que nous venons de résumer sont bien celles de Simon, toutes les rêveries du gnosticisme étaient en germe dans le cerveau de ce novateur.
L'homme néfaste, qui, presque au lendemain de la mort du Sauveur, s'était aiusi dressé en face de l'Eglise, captieux et violent, intelligent et dépravé, s'attaquant à la fois à la discipline et à la foi, devait laisser un profond et lugubre souvenir dans les premières générations chrétiennes, qui lui attribuèrent une foule de crimes et d'aventures, merveilleuses et sinistres ^. Son nom survivra dans la langue de l'Eglise ; elle appellera « simonie » le crime de ceux qui trafiquent des choses spirituelles.
Les prosélytes do la porte.
Par l'évangélisation de la Samarie, l'œuvre de la propagation du christianisme avait fait un grand pas. L'Eglise avait débordé par delà le monde juif proprement dit. Elle allait bientôt recevoir dans son sein le premier païen. L'honneur de cette conversion appartient encore au diacre Philippe.
Celui qui fut l'objet de cette nouvelle conquête faisait déjà partie de cette catégorie d'étrangers qui, sans être soumis à la circoncision ni s'astreindre aux prescriptions de la loi mosaïque, avaient subi la
I. Ce système se trouve développé dans la Grande Exposition, dont les Philosophoumena nous ont conservé de curieux fragments. Philosophoumena IV, 7 : VI. I ; X. 4. t^ , i
a. Les détails fantaisistes sur Simon le magicien se trouvent surtout dans le fameux roman des Reconnaissances et dans les Homélies clémentines. Des rensei^'ncments plus dignes de foi se rencontrent dans Hégésippe, cité par Eusède, Hisl. eecUs.. IV. aa ; dans saint Justin, Apol I, 3i et 56; Dial. Tryph., 70-71 ; saint Ihé.'sék. Adiy. hier., I, 2:j a3; TEinrLLiEN, De anima, 3'| ; Cli^ment D'ÀLEtANDRiB, Strom., 11; Vil, 17; et l'auteur des PAi/osop/ioumena, VI, 7-ao.
LA PREMIERE EXPANSION
profonde influence du monothéisme juif. On les désignait généralement sous le nom de prosélytes ou d' « hommes craignant Dieu ». Libérés à la fois des superstitions de l'idolâtrie et de la foi à la divinité abstraite des philosophes, ils allaient adorer le vrai Dieu, vivant et personnel, au temple de Jérusalem. C'était un ministre de la reine d'Ethiopie. Au retour de son pieux pèlerinage à la cité sainte, il suivait, assis sur son char, la route qui longe la Méditerranée et conduit en Egypte. Philippe, intérieurement poussé par l'Esprit de Dieu, l'aborde, et l'entend qui lit le prophète Isaïe. « Crois-tu comprendre ce que tu lis ? lui dit-il. — Comment le pourrai-je, répond le ministre, si personne ne me l'explique ^ ? » Philippe s'assoit sur son char, à côté de lui, et, interprétant le texte du prophète, lui annonce Jésus-Christ. En avançant sur la route, ils arrivent à une fontaine. « Voici de l'eau, dit l'officier ; quel est l'obstacle qui m'empêcherait d'être baptisé ? » Philippe répond : « Si tu crois de tout ton cœur, tu peux l'être. » L'officier reprend : « Je crois que Jésus-Christ est le Fils de Dieu. » Philippe descend alors dans l'eau avec lui et le baptise 2.
Nous saisissons là, dans cette scène si vivante que nous rapportent les Actes, la méthode suivie pour l'initiation des âmes de bonne volonté dans l'Eglise. Une grâce intérieure et de bons exemples les ont poussées à prier et à lire le livre saint ; mais il faut qu'un ministre de Dieu leur interprète les paroles divines, les catéchise, et, après s'être assuré de leur instruction suffisante et de leur foi, les soumette au rite sacramentel.
Le nouveau baptisé fît-il des prosélytes en Ethiopie ? Aucun document ne l'indique. Nous savons seulement que Philippe prêcha Jésus, en se rendant d'Azot à Césarée, dans les villes à peu près païennes de l'ancien pays des Philistins ; mais là encore, il paraît ne s'être adressé qu'à des hommes de race juive, ou à des étrangers qui, comme l'officier de Candace, adoraient le Dieu d'Israël, sous le nom de prosélytes de la porte ^.
Tel fut le premier résultat de la persécution dans laquelle périt le premier martyr. Le supplice d'Etienne en obtint un second : la conversion d'un de ses persécuteurs, Saul de Tarse.
L'eunuque
de la
reine Candace.
Il est baptisé
par le diacre
Philippe.
Philippe
évangélise
l'ancien pays
des Philistins.