‹ Histoire générale de l'ÉgliseChapitre 51 sur 413 · Acl., VI. I · texte numérisé non relu

Acl., VI. I

LA PREMIERE EXPA^iSION

surtout propagé parmi les pauvres ; la mise en commun des biens était le moyen le plus délicat qu'eussent les riches de venir en aide à leurs frères désliérilés de la fortune ^. « Or un homme nommé Ananie, avec Saphire sa femme, vendit un champ et retint une partie du prix, avec le consentement de sa femme ; puis il apporta le reste et le déposa aux pieds des apôtres. Pierre lui dit : « Ananie, pourquoi Satan a-t-il rempli ton cœur, au point que tu mentes au Saint-Esprit ? Si ton champ n'eût pas été vendu, ne te restait-il pas ? Et après qu'il a été vendu, le prix n'était-il pas à ta disposition ?... Ce n'est pas à des hommes que tu as menti, mais à Dieu. » Ananie, en entendant ces paroles, tomba et expira... Trois heures plus tard, sa femme entra : « Comment, lui dit Pierre, vous êtes-vous entendus pour tromper l'Esprit du Seigneur ? Entends-tu les pas de ceux qui viennent d'ensevelir ton mari ? Ils t'emporteront à ton tour. » Au même instant, Saphire s'affaissa et mourut... Et une grande crainte saisit tous ceux qui apprirent ces choses 2. » Par ce terrible exemple, Dieu montrait aux fidèles de l'Eglise naissante qu'on ne trompe pas impunément ses ministres, et que rien n'est plus indigne d'un chrétien que d'essayer de se soustraire à un devoir, et même à un conseil, par une déloyauté.

Des faits pareils ne devaient jamais se renouveler ; le régime économique de l'Eglise primitive allait bientôt disparaître, rendu impossible par le fait même de son développement ; mais une source

Terrible

châtiment

infligé par

saint Pierre.

I. « On voit, dit Renan, la ressemblance surprenante de tels essais d'organisations du prolétariat avec certaines utopies qui se sont produites à une époque peu éloignée de nous. » Renan, les Apôtres, p. 113. Mais qui ne voit, au contraire, entre cette vie commune des premiers chrétiens et l'organisation rêvée par le communisme, des différences profondes? Ici et là, sans doute, la répartition est faite en proportion des besoins de chacun, non de son apport ; mais chez les chrétiens, l'oblation est spontanée : nulle espèce de contrainte ; les paroles de Pierre à Ananie ne laissent aucun doute à ce sujet. Nulle mention, du reste, n'est faite du produit du travail. Restait-il la propriété du travailleur ou entrait-il dans l'apport social ? Le texte est muet. Au surplus, entre Tâme communiste, tout entière préoccupée de la répartition des biens terrestres, et l'âme chrétienne, dont la pensée est dans le ciel, tout rapprochement est factice. Quant à traiter d'utopie cette organisation primitive, et à dire que l'Eglise s'est empressée de l'abandonner, dès qu'elle en a vu la chimère, l'erreur ne serait pas moindre. En réalité, l'Eglise n'a jamais abandonné cet idéal; il tient au fond de son esprit. Et Renan, un peu plus loin, est bien forcé de l'avouer : « Quand des pays entiers se firent chrétiens, la règle de la première Eglise se réfugia dans les monastères. La vie monastique n'est, en un sens, que la continuation de cette Eglise primitive. Le couvent est la conséquence de l'esprit chrétien ; il n'y a pas de christianisme parfait sans couvent, puisque l'idéal évangélique ne peut se réaliser que là. » Ibid., p. 128.

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