I. Gai., VI
L'apôtre
invoque les
lumières
qu'il a reçues
et l'approbation
formelle
que lui ont
donnée Pierre
cl Jacques.
Il expose doctrine sur
la loi et la foi.
du Christ... Eh hieu, quaud uu auge desceudrait du ciel pour vous prêcher autre chose que ce que nous vous avons prêché, vous devriez lui répondre par un anathème... Car cet Evangile, c'est de Jésus- Christ môme que je le tiens. Vous avez sans doute entendu parler de ma vie d'aulrel'ois, quand je persécutais à outrance l'Eglise de Dieu. » Paul raconlc alors, en traits rapides, mais avec un incomparable relief, son existence passée, sa conversion, les lumières divines dont il a été favorisé, les relations qu'il a eues avec les autres apôtres. Dans ces lignes, qu'on sent rapidement écrites, on voit nettement se dégager les deux arguments invincibles sur lesquels Paul édifie toute sa thèse ; sa doctrine lui vient directement du Christ, et elle a reçu la confirmation expresse et réitérée des chefs des apôtres, notamment de Simon-Pierre. La parole de Jésus-Christ, déclarée authentique par la hiérarchie, voilà sa garantie inébranlable. Pourquoi donc revenir en arrière ? Pourquoi « édifier à nouveau le mur que l'on a d'abord abattu », revenir à la lettre de la loi, quand on a la grâce de Jésus-Christ ? Et cette seule pensée de la grâce de Jésus-Christ le transporte, u Oui, s'écrie-t-il, j'ai été crucifié avec Jésus-Christ ! Et maintenant, je vis, mais ce n'est plus moi qui vis, c'est Jésus-Christ qui vit en moi. Ma vie dans la chair, c'est une vie dans la foi au Fils de Dieu qui m'a aimé et qui s'est livré pour moi. . . 0 Calâtes insensés ! Qui donc a pu vous fasciner, vous aux yeux de qui j'avais déjà évoqué, pour l'imprimer en vous, Jésus-Christ crucifié ? » Ah 1 sans doute, on invoque la loi, on en appelle à Moïse. Mais est-il donc question d'opposer la foi à la loi, Jésus-Christ à Moïse? Nullement. L'apôtre demande seulement que la loi de Moïse ne fasse pas oublier les promesses faites à Abraham et réalisées par la grâce de Jésus- Christ. Entre Abraham et Jésus-Christ, Moïse a donné la loi, pour refréner les passions, pour maintenir la fidélité aux promesses et pour préparer l'avènement de la grâce. « La loi a été comme lô pédagogue, chargé de conduire à Jésus-Christ. Le règne de la foi étant venu, nous n'avons plus besoin de la dépendance du pédagogue. » Mais ce sont là des raisonnements. L'apôtre, bien qu'il les interrompe de sublimes cris d'amour, a comme hâte de parler plus directement au cœur de ses chers Galates. « Vous vous rappelez, frères, dans quel état de maladie j'étais, quand je vous ai évangélisés pour la première fois et à quelle épreuve je vous ai mis par l'infirmité de ma chair ? Vous eûtes la bonté de ne me témoigner ni mépris ni dégoût... Car enfin, je vous dois cette justice, que si cela eût été pos-
LA PRKMIERE EXPANSION
sible, vous vous fussiez arraché les yeux pour me les donner... Et voilà qu'ils veulent vous détacher de moi, pour que votre affection aille à eux... 0 mes chers fils, vous pour qui j'endure une fois de plus les douleurs de l'enfantement, jusqu'à ce que Jésus-Christ soit formé en vous, je voudrais me trouver au milieu de vous à cette heure, je voudrais modifier selon vos dispositions le ton de ma voix. » Puis l'apôtre revient à son argumentation. Se plaçant sur le terrain de ses adversaires, il fait appel à une dialectique toute rabbinique, à une interprétation tout allégorique de l'histoire d'Agar et de Sara. Le chrétien n'est plus le fils de l'esclave, mais l'homme libre. « Tenezvous donc, conclut-il, à cette liberté en vue de laquelle Jésus-Christ nous a affranchis... Oui, marchez selon l'Esprit et non selon la chair... Les fruits de l'Esprit sont l'amour, la joie, la paix, la patience, l'honnêteté, la bonté, la fidélité, la douceur... Ce n'est pas la loi qui fait fleurir de telles vertus, mais bien ceux qui, étant de Jésus-Christ, ont crucifié la chair avec ses passions et ses désirs, n
Telle est, dans ses grandes lignes, cette fameuse épître aux Galates, où l'âme de Paul s'ouvrait tout entière à ses disciples, en ce style inimitable, simple, pittoresque, vivant, sincère et vrai, tantôt faible, hésitant, comme brisé sous le poids d'une pensée qui l'écrase, à l'instar du corps débile de l'apôtre, et tantôt fier, éclatant, montant jusqu'au sublime, sous la poussée d'une inspiration surhumaine, comme son âme généreuse.
L'histoire ne nous dit pas quel effet produisit cette lettre en Galatie. Ce que nous savons, c'est que le trouble ne tarda pas à renaître à Antioche. Il y prit même une telle intensité, que « les frères d'Antioche » décidèrent d'en appeler « aux apôtres et aux anciens de Jérusalem * ». C'est d'eux que les sectaires laissaient entendre qu'ils tenaient leur mission ; c'est à eux que les chrétiens d'Antioche s'adressèrent pour faire trancher par une autorité compétente et acceptée de tous le conflit pendant.
Les délégués d'Antioche, ayant à leur tête Paul et Barnabe, se mirent en marche, par la Phénicie et la Samarie, vers la Ville sainte. L'accueil solennel que firent à la délégation les apôtres et les anciens à son arrivée ^ indiqua déjà que ceux-ci tenaient à repousser toute solidarité d'avec la coterie qui avait soulevé tant de disputes.
La liberté
des enfants de Dieu.
Beauté
littéraire de cette épître.
La question
des
oijservances
juives est
portée devant
le chef
de l'Eglise
de Jérusalem.