I. Act., XV, a
a. Act., XV, 4.
Hist. gén. de l'Eglise. — I
mSTOlRE GÉNÉRALE DE l'ÉGLISE
Le concile de Jérusalem
Motion de Jacques.
Sa Bignification.
Mais celle-ci, qui avait là son centre, qui prétendait même avoir des attaches auprès de l'autorité religieuse suprême de la ville *, se tenait prête à renouveler ses attaques. Elle fut agressive et violente. Elle fit sans doute retentir toutes les malédictions des vieux rabbins contre la violation de la loi.
Cependant les apôtres et les anciens s'étaient assemblés en conseil. On attendait ce que diraient Pierre et Jacques.
« Mes frères, dit Pierre, voici longtemps déjà que Dieu m'a choisi pour annoncer la bonne nouvelle aux Gentils. Ce Dieu, qui connaît le fond des cœurs, leur a donné le Saint-Esprit tout comme à nous. Pourquoi voulez-vous maintenant en remontrer à Dieu, en imposant sur les épaules des disciples un joug que ni nos pères ni nous n'avons pu porter ? »
Saint Luc remarque qu'après que Pierre eut ainsi parlé, il se fit un profond silence. Il était difficile, en effet, de contredire une parole si pleine d'autorité et de bon sens. Paul et Barnabe furent alors admis « à raconter les miracles et les prodiges que Dieu avait faits parmi les païens ». Lorsqu'ils eurent fini, Jacques se leva. Si l'autorité hiérarchique de Pierre était incontestée parmi les fidèles, l'autorité morale de Jacques était universelle à Jérusalem, même parmi le monde juif. Son assiduité au temple lui avait obtenu une estime particulière des zélotes ; sa qualité de « frère du Seigneur » lui valait une déférence exceptionnelle. Jacques cita les vieux prophètes, puis il conclut : « Pour ma part, j'estime qu'il ne faut pas faire de difficultés à ceux des païens qui se convertissent à Dieu. Toutefois, je suis d'avis qu'on leur écrive de s'abstenir des souillures des idoles, de la fornication (rop/Eia) et des animaux étouffés dans le sang. »
C'était accepter nettement en principe la loi de liberté proclamée par Pierre et par Paul ; mais c'était en même temps reconnaître la nécessité de ménager la transition. L'assemblée tout entière se rangea à l'avis de Jacques. La défense de manger le sang et les viandes
I. L'expression Tivsi; ârô 'l'^xwêou, qu'emploie saint Paul, Gai., n, i a, peut signifier (les gens qui se donnaient comme envoyés de Jacques ou qui vivaient iIhus l'entourage de Jacques. Telle est la version la plus probable. A la riguaur cependant, « il n'y aurait rien de surprenant à ce que Jacques le Mineur, vieillard qui. si l'on en croit suint Epiphane (Ustreses, lxïvui, i/|t, devait avoir de 85 à 88 ans, et qui n'était jamais sorti de son milieu palestinien, ne se lïit pas oxaclement rendu compte de la situation à Antioche et e\\t jugé les choses un uou dilVénnunenl de Pierre cl de Paul ». Ïiiekont, Hist. des dogmes, t. I, p. i6t)-ir)7.
LA PREMIERE EXPANSION
étouffées remontait aux origines du monde. Dieu l'avait faite à Noé pour inculquer à sa descendance le respect de la vie humaine. La défense de se nourrir des viandes ofiFertes aux idoles avait pour but d'inspirer l'horreur de l'idolâtrie. Quant à l'interdiction de la « fornication », il est probable qu'il faut entendre par là l'interdiction du mariage entre parents dans les degrés de consanguinité et d'affinité prohibés par le Lévitique ^ .
L'assemblée de Jérusalem porta donc le décret suivant : « Il a paru bon au Saint-Esprit et à nous de ne point vous imposer d'autre fardeau que le nécessaire, savoir, que vous vous absteniez des viandes offertes aux idoles, du sang, de la chair étouffée et de l'impureté. Ce que faisant, vous ferez bien ^. » Un passage de la lettre qui fut écrite à ce sujet à l'Eglise d'Antioche déclarait, en outre, que « les gens partis de Jérusalem pour troubler les âmes n'avaient aucune mission •' ».
On donne communément à cette assemblée, tenue vers l'an 5i, le nom de Concile de Jérusalem *. En effet, en même temps qu'ils donnaient aux fidèles une règle de conduite, les apôtres et les anciens proclamaient une règle de foi, en refusant le caractère de choses nécessaires au salut, à la circoncision et aux observances juives, contrairement à la prétention des chrétiens trop imbus de l'esprit pharisien. Quant à la règle de conduite proposée à l'Eglise, elle devait n'avoir qu'une portée transitoire. « Comme elle n'avait pour but, dit saint Thomas d'Aquin, que de faciliter l'union des Gentils et des Juifs vivant ensemble, elle cessa avec le temps. La cause supprimée, l'effet dut disparaître ^. »
Le décret du concile.
de
Portée ce décret.
1. C'est l'opinion du R. P. Prat, S. 3. la Théologie de saint Paul, t. I, p. 76. Mgr Le Camus, l'Œuvre des apôtres, t. L P- 161, incline vers une opinion semblable. En tout cas, le décret ne peut pas viser le péché de fornication pris en luimême. Il s'agissait de déterminer des faits externes, publics, capables de servir de base à une mesure publique d'admission ou d'exclusion dans la société chrétienne. D'après le Lévitique, s'unir à un degré prohibé, c'est faire chose honteuse, revelare turpitudinem.Lev. xvin, 7-18.