Par exemple le prophète Agab, Act., iv, 27; xxi
7. Il est impossible de ne pas être frappé de la place faite aux prophètes dans la Didachè. Ils y sont nommés quinze fois, tandis que les apôtres et les docteurs ne sont nommés que trois fois, les epiacopoi et les diacres qu'une fois. C'est aux prophètes seuls que sont donnés les prémices [Did., xni, 3); ils ont le droit de former des assemblées (xi, 11), et ils sont appelés les grands prêtres des chrétiens (xiii, 3). Ce» indications toutefois n'ont pas paru suffisantes à la plupart des auteurs pour voir dans les prophètes des chefs hiérarchiques. Ces auteurs font remarquer que tous les écrivains ecclésiastiques des premiers siècles, depuis suint Paul jusqu'à saint Irénée, en passant par saint Clément de Rome, saint Ignace, saint Justin et tous les témoins de ce temps cités par Eusèbe, nous affirment que les chefs des Eglises sont \esepiscopoi, et cela malgré la persistance du niinislèie prophétique dans l'Eglise jusqu'à la fin du 11' siècle. (Sur celte persistance, voir .Iistin, Dial., lxxviii, Lxxxvin ; I Apo/., lxvii ; Iiié.>ée, Haeres., xi, 3^ ; Eltkuf., Ilist. tcclés., V, 1(1-17). Aucun témoignage, d'ailleurs, ne vient corroborer le sens qui paraîtrait résulter de la Didachè an premier abord L'emphase de langage avec laquelle ce livre parle des prophètes s'explique, ajoute-t-on, si l'on admet que ce recueil de maxime» et de préceptes, composé, soit à Anlioche, soit dans une de ces villes mêlées de païens, où les âmes inquiètes se pressaient avec avidité autour des prédicateurs et des voyants, i'est fait l'écho des témoignages exceptionnels de respect et d'honneur dont on entoura alors les prophètes chrétiens, de la liberté qu'on leur laissa de convoquer parfois des assemblées autour d'eux (à supposer que le» mots TTOtwv e-s iijixT.piov KOTiJi'.xôv èy./.Aïïtac, signifient : convoquant dos assemblées, et non: agissant en vue
LA PREMIERE EXPANSION
A la suite des apôtres et des prophètes, la Didache nomme les Les docteurs docteurs ou <//c?asca/es. Nous savons, parles Actes, qu'il y avait des didascales docteurs dans l'Eglise d'Antioche ^. Le docteur, comme le prophète, est un ministre de la parole ; mais celui-ci parle sous l'action de l'Esprit, tandis que le docteur parle d'après une science acquise par les moyens ordinaires. Hermas, les homélies pseudo-clémentines. Clément d'Alexandrie et Origène parleront plusieurs fois des docteurs.
Les ministres sacrés dont on a parlé jusqu'ici sont les ministres de la parole. Au chapitre xv, la Didachè, après avoir ordonné aux Les episcopoi. fidèles de se réunir le dimanche pour la u fraction du pain » et pour l'action de grâces, ajoute : « Choisissez-vous donc des episcopoi-.»
du mystère terrestre de l'Eglise, comme tra4Misent plusieurs savants. (Cf. Batiffol, Eglise naissante, p. 138-12Ç).) Les dons qu on offrait aux prophètes s'expliquent également, si l'on songe qu'étant voyageurs ou étrangers au pays où ils prêchaient, ils ne possédaient généralement aucun bien et n'exerçaient sans doute aucun métier. On peut admettre aussi qu'étant donnée la liberté relative attestée par saint Paul, avec laquelle tout fidèle intervenait alors dans le service divin (I Cor., xiv), elle rôle particulièrement en vue qu'y prirent les prophètes, on leur ait donné, par ce seul motif, ce nom de grands prêtres qui, au temps de Jésus-Christ, n'était plus exclusivement réservé au grand prêtre en fonction. (Jacquier, la Doctrine des douze apôtres, p 282.) En réalité, conclut-on, le rôle des prophètes paraît avoir été toujours restreint à la prédication et à l'édification des fidèles. Qu'on se souvienne qu'« avant d'être une tradition qui se maintient, le christianisme a été une parole qui se propage ». (Batiffol, op cit., p. 129.) Les prophètes dont on nous parle ont été les porteurs de la parole chrétienne au moment où cette parole a eu un rôle déterminant dans la destinée de l'Eglise. De là tous les hommages dont ils ont été l'objet. Malgré ces raisons, quelques graves auteurs estiment que la Didachè entend désigner, sous le nom de prophètes, de vrais chefs d'Eglises particulières, de vrais évêques, soit qu'à cette époque on ait jugé à propos d'élever à la dignité épiscopale un certain nombre de prophètes, qui ont gardé leur nom, soit qu'on ait désigné par ce titre, alors si honoré, le chef des episcopoi. Notons, en effet, qu'à cette époque, d'une part il est constant que les églises sont gouvernées par un conseil de presbuteroi episcopoi, ayant à leur tête l'un d'fiitre eux, et, d'autre part, nous ne trouvons en nul endroit un titre spécial pour designer ce chef suprême, si ce n'est précisément ce nom de prophète. Dans les Actes, les prophètes Judas et Silas ne sont-ils pas appelés chefs, T,YOJ[j(.£vot. du nom même qui est donné aux chefs des communautés auxquelles s'adresse VEpître aux Hébreux ? Saint Clément de Rome n'appelle-t-il pas l'évèque arrhiéreus, du titre même qui est donné ici aux prophètes i* On comprend d'ailleurs que ce mot de prophète, appliqué aux évêques, ait été transitoire. Tant que vécurent les douze apôtres, ils lurent les chefs des presbuteroi dans les Eglises fondées par eux, et bientôt après l'époque dont parle la Didachè, le coxiseW àe&presbuteroi-episcopoi ayant disparu à peu près partout, pour laisser la place à un seul episcopos. c'est ce nom qui a naturellement prévalu pour désigner le chef de l'Eglise particulière. Dans un savant article du Dictionnaire apoloçiétirjue de la foi chrétienne, t. 1, col. 1768, M. Michiels conclut ainsi l'étude critique des divers textes de la Didachè relatifs aux prophètes : « Distinguant ces prophètes, revêtus d'un caractère sacré, d'avec ceux qui sont prophètes simplement parce qu'ils ont le charisme de la prophétie, nous pensons que ces prophètes-là sont des évêques missionnaires. C'est la clef pour interpréter les divers passages cités. )> Nous serions porté à nous ranger à cet avis.