‹ Histoire générale de l'ÉgliseChapitre 80 sur 413 · Ibid., XI · texte numérisé non relu

Ibid., XI

péclieurs pouvaient obtenir la rémission de leurs fautes en s'adressant à leur évoque *. Cependant l'accusation des péchés dont [)arle notre document - pourrait n'être pas une confession sacramentelle, mais une simple confession rituelle, analogue à celles que se faisaient mutuellement les Juifs dans leurs synagogues ^. L'Eucharistie. De même, il n'est pas sur que les chapitres ix et x, qui contiennent des prières d'actions de grâces relatives à un repas mystérieux, se rapportent à l'Eucharistie. On a pu voir, dans le repas auquel il est fait allusion, la continuation, épurée et christianisée, du Kiddoiisch ou repas religieux des Juifs, et considérer, dans les belles invocations qui doivent le précéder et le suivre, quelque chose d'analogue à notre Bénédicité et à nos Grâces *. Mais au chapitre xiv, la

I. S. Ignace, ad Phil., c. viu. P. L., t. V, col. ia4. a. Did., IV, l!^■, iiv, i.

3. BuxroRF, Synagoga judaîca, ch. ix. Cf. Morin, De poenitentla, 1. IV, c. ii, n. ai, 33, etc. Tel est du moins le sentiment de plusieurs graves auteurs catholiques, tels que FuNi Patres apostolici. ae édition, Tubingue, 1901, t. I, p. i4, 3a.

4. Batikpol, Etudes d'histoire et de théologie positive, a« série, 4° édition, p. 71- 78; Dom Gagin, l'Eucharistie, canon primitif de la messe, i vol in-4", Paris, 191a, p. a54, Mgr Duchesse, Bull, crit., t. V, iS84, p. 385-386, et M. Ladeuze, Revue de l'Orient chrétien, 1903, p. 339-399, pensent qu'il s'agissait ici à la fois de l'Agape et de l'Eucharistie. La question de 1 agape a une grande importance apologétique. La plupart des rationalistes affirment que la cène eucharistique ne fut à l'origine rien de plus qu'un repas ordinaire, qui, après une longue évolution, se scinda en deux cérémonies distinctes : l'Eucharistie et l'Agape. Un des travaux les plus considérables sur ce sujet est celui du R. P^Ephrem Balmgartnbr, O. M. G., Eucharistie und Agape im Urchristentum, i vol. in-8°, Soleure, içiog. A[)rès avoir reproduit et analysé minutieusement une immense quantité de textes, groupes d'après les pays dont ils manifestent les usages, le savant auteur croit pouvoir poser les conclusions suivantes : au i*""" siècle, nous retrouvons, dans toutes les chrétientés que nous connaissons, des institutions sensiblement identiques relativement à l'Agape et à 1 Eucharistie. Le dimanche, de bon matin, quelquefois déjà ver* minuit, — au moment où eut lieu la résurrection du Seigneur, — les chrétiens se réunissent pour célébrer l'Eucharistie. Celle-ci est rattachée à l'instruction religieuse et comprend essentiellement la prière d'action de grâces prononcée par ré>êque sur le pain et le vin ; le peuple s associe à celte fonction liturgique en prononçant VAmen et en communiant. Le dimanche soir, les chrétiens, suivant en cela une ancienne coutume juive, viennent prendre leur repas en commun, et cella image de Kiir amour fraternel sert en même temps à l'entretien des frères nécessiteux : c'est 1 \gape, repas sanctifié par des prières et par l'exercice des charismes de la glossolalie et de la prophétie ; la célébration de l Eucharistie n'y fut jamais rattachée, mais, d'après saint Paul (I Cor., xi), l'Agape serait une imago du grand amour

Îue témoigna le Christ à ses disciples dans la dernière cène. » L'ouvrage du . Baumgartiier, dit M Vanhalst dans la lievue d'histoire ecclcsiasligae, t. \ll, 191 1, p. 731-733, constitue une défense sérieuse de la conception romaine de l'Eucharistie D'une réelle valeur scientifique, elle s'harmonise très bien avec le» conceptions dogmatiques de la tradition catholique. » Toutefois, sur plusieurs points, et particulièrement au sujet des prières juives récitées avant le rejias, rélude du P. Baumgartner doit être complétée par celle do M. Mangk.not, les Soi-disant antccédants juifs de l'Eucharistie, parue dans la lievue du clergé J'ran fais en 1909. t. \.\ II,

LA PREMIÈRE EXPANSION €)5

mention du sacrifice eucharistique est incontestable. «Le jour du Seigneur, réunissez-vous, rompez le pain et rendez grâces, après avoir confessé vos péchés, afin que votre sacrifice soit pur. Mais si quelqu'un est en différend avec son compagnon, qu'il ne se joigne pas à vous, afin que votre sacrifice ne soit pas souillé. Car voici la parole du Seigneur : « En tout eu, en tout temps, qu'il me soit offert un sacrifice pur ; car je suis un grand roi, dit le Seigneur, et mon nom est admirable parmi les nations . Choisissez-vous donc des évêques et des diacres dignes du Seigneur^. » L'identification, sur laquelle on s'arrête, du sacrifice (©um'a) dominical avec celui de Malachie, et, par là même, le rapprochement de ce sacrifice dominical avec les sacrifices de l'Ancien Testament, ne laissent aucun doute sur la concordance du chapitre xiv avec l'Eucharistie dominicale, apostolique, universelle ^. C'est bien là la « fraction du pain », le saint sacrifice de la messe dont parlent saint Paul et saint Justin '^.

Sans doute, les paroles de l'institution, les formules consécratoires sont passées sous silence ; il n'est pas dit formellement, en propres termes, que le pain et le vin soient le coipset le sang du Christ, comme cela sera spécifié dans la paraphrase que les Consliluiions apostoliques donneront de ce passage ; mais n'oublions pas que la Didachè est un manuel de piété à l'usage du chrétien ordinaire, et non pas, à proprement parler, un rituel *. D'ailleurs, dans les conditions de temps et de lieu où le livre fut composé, après ce premier contact du christianisme avec le monde gréco-romain avide de mystères, habitué à voir dans les rites orientaux qui l'avaient envahi, les symboles les plus étranges, on comprend que les chrétiens aient La loi craint de livrer aux interprétations les plus fantaisistes, peut-être les plus outrageantes des païens, le plus saint de leurs mystères ; c'est

p. 385 et s., et par celle de Mgr Batiffol, Nouvelles études documentaires sur la sainte Eucharistie, ibid., t. LX, p. 5i3.

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