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158 HISTOIRE GÉNÉRALE [An 390] couvrer son premier lustre, et se rétablir sur les ruines du chris. tianisme. Mais on vit au contraire, jusqu'aux extrémités de l'Occident, toutes les idoles brisées par un édit exprès de l’empereur Honorius; tous les monumens de la superstition abattus, ou réservés à l’ornement profane des villes; tous les temples des faux dieux consacrés au culte chrétien.
Ce fut alors qu'Aurélius, évêque de Carthage, établissant le siége de sa primatie dans le fameux temple de Junon appelée Céleste, la Vérité incréée fit entendre ses oracles au même lieu où le père du mensonge avait fait retentir les siens durant tant de siècles. Mais de tous ces dragons et de ces monstres horribles, qui, suivant la menace des païens, devaient défendre la mère de leurs dieux, aucun ne parut. Les oracles des Sibylles qu’on trouva dans Rome, où ils avaient été en si grande vénération, devinrent aussi impunément la proie des flammes auxquelles Stilicon les condamna.
Dans le fond des Gaules, de zélés pasteurs ne s'employèrent pas avec moins de succès pour la ruine de l'idolâtrie. Le grand S. Martin y travailla fort long-temps avec la plus infatigable persévérance , et il en purgea presque totalement son diocèse. Mais tant de travaux l'avaient consumé, et il touchait au moment d’en recevoir la digne récompense. Il avait plus de quatre-vingts ans; il savait que sa mort était proche, et lui-même en avait averti ses disciples. Ayant cependant appris qu'il y avait quelque division dans le bourg de Cande, près le confluent de la Loire et de la Vienne, à l'extrémité de son diocèse, il s'y transporta pour y rétablir la concorde et la charité que son seul aspect inspirait. En effet, il n'eut besoin que de se montrer ; et déjà il songeait à retourner dans son monastère, quand, les forces lui manquant subitement, on avertit ses clercs, dont le respect et la tendresse lui formaient une suite nombreuse partout où il allait. Quand ils virent l'état de faiblesse et d'accablement où il était : « O mon père, s'écrièrent-ils tout d’une voix, en pleurant, vous voilà donc prêt à nous quitter; mais ne voyez-vous pas combien vous nous êtes encore nécessaire? Les loups ravissans vont se jeter sur votre troupeau, dès qu'il ne vous aura plus pour défenseur : vous volez à la félicité suprême; mais les calamités et les périls où vous nous laissez, ne vous intéressentils plus ‘?»
Le saint fut attendri, et, mêlant ses larmes aux leurs : « Seigneur, dit-il, si je suis encore utile à votre peuple, je ne refuse pas le travail : faites, sans égard pour mon goût, ce qui doit procurer leur avantage et votre plus grande gloire. » Le mal empira.
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(An 400] DE L'ÉGLISE. — IV. XI. 159 Le saint, brûlé d’une fièvre violente, était couché sur la cendre et le cilice. Ses disciples le prièrent de permettre au moins qu'on miît de la paille sous lui; mais, regardant ce traitement comme trop délicat : « Mes enfans, leur dit-il, il sied mal à un Chrétien de mourir dans la mollesse. » Il priait sans interruption, les yeux et les mains hevés au ciel. On lui proposa de changer cette attitude pénible. « Laissez-moi, répondit:il, contempler le ciel plutôt que la terre; c’est le chemin par où mon âme doit aller vers le Seigneur. » Puis témoignant sa juste confiance, et le mépris qu'il faisait des dernières attaques de l'ennemi du salut : « Qu’attends-tu, lui dit-il, monstre cruel ? Tu ne trouveras rien en moi qui seconde tes desseins funestes ; je m'élèverai au-dessus de tes piéges, jusqu'au sein d'Abraham. » En proférant ces mots, il rendit le dernier soupir, le 8 novembre, la vingt-septièéme année de son épiscopat, et selon l'opinion la plus vrisemblable, la 397° de Jésus-Christ. Aussitôt après sa mort, son visage parut tout rayonnant de la gloire céleste.
Les habitans de Poitiers se croyaient autorisés à enlever son corps, à cause du séjour qu'il avait fait chez eux, dans son premier monastèr: de Ligugei; mais ses diocésains lui étaient trop attachés, et se trouvaient à Cande en trop grand nombre, pour ne pas défendre leurs justes prétentions. On le rapporta à Tours, où il y eut un concours prodigieux, non-seulement de la ville, qui vint tout entière au-devant des saintes reliques, mais des peuples de la campagne et de plusieurs villes voisines. Les personnes les plus retirées par état se crurent dispensées de la règle pour une cause si sainte : on vit accourir des troupes innombrables de vierges, avec environ deux mille moines. Tout le monde fondait en larmes, moins occupé d'abord de la couronne éternelle que le saint obtenait, que de la perte irréparable qu'on venait de faire : on chanta des hymnes en l'accompagnant jusqu’au lieu de sa sépulture. On y bâtit par la suite une grande église, et le célèbre monastère qui portait le nom de S. Martin.
Il se tint, l'an 400, un concile à Tolède, et c'est le premier de cette église. Il excommunie le fidèle qui, avec une épouse légitime, a une concubine, Mais si la concubine, ajoute-t-on, est la seule femme qu'il ait, il ne sera point exclu de la communion. C'est qu'il y avait des concubines légitimes, approuvées par l'Eglise. Suivant les lois romaines, il fallait de la proportion pour les alliances entre les conditions. Un sénateur ne pouvait épouser une affranchie; un citoyen ne pouvait épouser une esclave; et les con-
Sulp. xxiv, n. 25.
160 HISTOIRE GÉNÉRALE [An 400] jonctions des esclaves entre eux, quoique légitimes, n'étaient pas nommées mariages. Mais la femme qui n'avait pas le rang d'épouse pouvait être tenue comme concubine, les lois le permettant, pourvu qu'on n'en eût qu'une, qu'on se la fût attachée par le lier conjugal, et que d’ailleurs on ne fût pas marié. Les enfans qui en provenaient n'étaient ni légitimes, ni bôtards, mais enfans naturels, susceptibles de donations. L'Eglise n'entrait pas dans ces dis. tinctions : elle s'en tenait simplement au droit naturel, et approu-' vait en général l'union des deux sexes, pourvu qu'on y observât l'unité et la stabilité. En ceci les deux puissances n'empiétaient pas l’une sur l’autre : l'Eglise ne touchait point aux droits civils, les empereurs respectaient les droits du sacrement, et tout demeurait en paix. C'est dans ce concile de Tolède qu’on trouve pour la première fois le chef de l'Eglise nommé pape, et par excelle ce.
Ce fut vers le même temps que les démêlés de S. Jérôme avec Ruffin d’Aquilée firent le plus dé bruit. S Marcelle et d’autres amis de distinction que le saint docteur avait à Rome, s'étaient élevés avec chaleur contre les écrits de Ruffin. Outre leur zèle pour la foi, qui souffrait de voir semer dans l'Occident les nouvenutés d'Origène, ils s'indignaient de l'artifice avec lequel le traducteur rendait le saint prêtte Jérôme complice de ces erreurs peruicieuses. Ils en écrivirent à cet illustre ami, qui, en se justifiant sur les louanges qu’il avait données à Origène, répondit qu'it estimait son esprit et son érudition, mais sans approuver sa doctrine; qu'il s'en était servi comme des écrits de Tertullien, d'Eusèbe de Césarée et d’Apollinaire, sous lequel il avait inême étudié, ainsi que sous la direction d'un Juif; que la doctrine d'Origène est répréhensible; quoique ses mœurs aient été pures et ses travaux immenses; que s'il est xcusable dans ses intentions, ses dogmes n’en sont pas moins empoisonnés, qu'ils font viclence à l’Ecriture, et qu'il est scandaleux de le louer comme un apûtre qui ne s'est trompé en rien". Quant à l'Apologie d'Origène, attribuée par Ruffin à S. Pamphile, Jérôme soutient qu’elle-n'est pas de ce saint martyr, mais d'Eusèbe. Comme il se croyait toujours ami de Ruffin, dont il l'avait été constamment durant son long séjour en Palestine, il lui écrivit à luiirème, se plaignit doucement de ce qu'en lui donnant des louanges apparentes, il le rendait en effet suspect d'origénisme, et il le pria de n’en plus user de la sorte. Mais ce qui aliéna tout-à-fait Ruffin, c'est que, pour arrêter le scandale de sa traduction, Jérôme traduisit lui-même les livres des Principes. 1 voyait une affectation très-suspecte de la part de Ruffin, en ce qu'il
* Epist. 65.
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[an 400]
{An 400] DE L'ÉGLISE, — LIV. XI. 16:
uvait corrige dans son Origène les erreurs contre la Trinité, qui eussent fait trop d'éclat en Occident , et qu'il y avait laissé les traits dangereux dont le venin était plus imperdeptible, tels quel étrange doctrine concernant les anges, les âmes humaines, la résurrection future, la multitude des mondes et le rétablissement final de tnutes choses. S. Jérôme crut devoir faire une traduction plus fidèle, dans laquelle toutes les impiétés parussent également, et donnassent de l’auteur l'éloignement convenable. Ruffin en fut si outré, qu'on ne jugea pas à propos de lui communiquer la lettre de son ancien ami, et il composa aussitôt contre lui trois livres.
qui ne servirent qu'à rendre plus équivoque la foi de leur auteur.
Le pape Anastase jugea ne pouvoir se dispenser de censurer, et censura effectivement ces nouveaux écrits ‘.
Ainsi Origène fut flétri, mais non son traducteur, et l’origenisme condamné, non-seulement à Rome, mais par Vénérius de Milan, disciple et successeur de S. Ambroise; par Chromace d’Aquilée, évêque naturel de Ruffin; en un mot, par tout l'Occident indigné , avec justice, d’un si grand scandale.
En effet, quelque soin qu'on ait pris de disculper Origène, il est impossible de justifier ses ouvrages, et même de rejeter sur ses disciples toutes les erreurs qu'ils contiennent. On doit néanmoins convenir qu'ils y ont inséré les plus grossières; et d’ailleurs, qu'il serait injuste de prendre à la lettre certaines expressions de cet écrivain, extraordinairement partisan du sens allégorique. C'est l'injustice qu'on a reprochée à Théophile d'Alexandrie, injustice qui paraît dans les lettres pascales qu’il adressait à toutes les églises, pour les avertir du jour de la Pâque, à l'exemple de ses prédécesseurs qui en avaient été chargés par le concile de Nicée. Il profita de ces relations, pour donner aux fidèles les idées qu'il avait luimême de l'origénisme. Voici à quoi la première et la plus équitable de ces lettres en réduit les erreurs :
Premièrement. à insinuer que le règne de Jesus-Christ doit finir. On ne trouve cette impiété, d'une manière expresse, en aucun ouvrage d'Origène; mais elle suit naturellement de ses principes. Car, si tous les corps doivent être détruits à la fin des siècles, comme n'étant faits que pour la punition des esprits, il s'ensuit que Jésus-Christ n'aura plus de corps, et ne sera plus v“rablement un homme, ni par conséquent notre roi, du moins *:.us ce rapport. La seconde erreur est que les démons seront sauvés > après avoir été purifiés par de très-longs supplices, ce qu Origène i inu ginait, sur le principe que Jésus-Christ devait être le sauveur de
s Hicr. Epist.1, c. 70.