LIVRE DOUZIEME
DEPUIS LA MORT DE S. JEAN CHRYSOSTÔME EN 407, susqu’a LA CONDAMNATION DU PÉLAGIANISME EN 418,
La mort de l'Empereur Arcade suivit de près celle de S, Jean Chrysostôme, qui avait été si indignement avancée par ses persécutions. Dès le premier jour de mai de l'année suivante 408, ce prince religieux et faible, doux et inconstant, timide et borné, à la fleur de son âge, n'ayant que trente-et-un ans, alla rendre compte du mal qu'il avait fait, ou plutôt qu'il avait laissé faire, avec de bonnes vues, pendant un règne de treize ans , abandonné à la conduite de sa femme et de ses eunuques. Heureux s'il a pu trouver son excuse dans la faiblesse de son courage ou dans les bornes de ses lumières! L'impératrice Eudoxie, qui fut la première cause de la persécution, n’en vit pas la fin, étant morte dès le 6 octobre de l'année précédente, .
Théodose, surnommé le Jeune parce qu'il n'avait que huit ans à la mort de son père Arcade, fut son successeur. Il eut le bonheur de trouver dans Anthéminr, ancien ami de S. Chrysostôme et de S. Aphraate, un guide aussi habile que vertueux, qui fit tout l'honneur de ce nouveaux règne, jusqu'à ce que la princesse Pulchérie prit connaissance des affaires de l'Empire. Elle n'avait que deux ans de plus que l'Empereur son frère, sur qui la nature parut avoir pris tout ce qu'elle accorda si libéralement à la sœur. Cette âme, élevée au-dessus de son âge et de son sexe, tant par son énerge naturelle que par sa vertu prématurée, se trouva dès-lors en état de prendre soin de l'éducation de Théodose, aussi bien que de ses deux jeunes sœurs, Arcadie et Macrine. Elles gardèrent toutes trois ensemble la virginité, et firent éclater, au milieu de la cour, la piété ainsi que la pureté des plus ferventes religieuses.
Grâce aux soins et à la prudence de Pulchérie, l'Empire fut préservé en Orient des fléaux qui désolaient les provinces occidentales sous le gouvernement d'Honorius, trop éloigné, pour son malheur, d’une nièce si digne. Il s'était défait de Stilicon. On avait été persuadé que, peu content de son pouvoir, tout énorme qu'il était, ce régent ambitieux n’aspirait à rien moins qu'à detrôner l'Empereur son gendre, à mettre son propre fils en sa place, et que, pour
», Jean persé- 08, ce é, à la pte du > bonnduite on exses lula per- ‘année
ait ans
> bonstôme it tout e Pulit que parut énerrs en
[An 408] DE L'EGLISE. — LIV, XII. 203 y réussir plus ai; rent à la faveur des troubles et de la confusion, il avait attiré les Barbares dans l'Empire. Il y eut en effet des irruptions effroyables de tous les peuples de la Germanie, qui portèrent la mort et le ravage dans toute l'étendue des Gaules. « Tout fut ruiné, dit S. Jérôme, à la réserve de peu de villes, Les provinces les plus fertiles et les plus opulentes n’en furent que plus longtemps le théâtre de la cruauté et des dernières horreurs ; les femmes de la première distinction et les vierges consacrées à Dieu devinrent le jouet de la brutalité du soldat; les évêques furent traînés en captivité, les prêtres et les moines égorgés , les reliques déterrées et foulées aux pieds, les églises renversées ou changées en écuries, et les chevaux attachés aux autels. » « J'ai vu de mes propres yeux, dit un autre auteur du même temps”, les corps de l’un et de l’autre sexe honteusement dépouillés au milieu des villes, déchirés par les chiens, ou, tombant en lambeaux et en pourriture, infecter les vivans. » Comme ces barbares étaient d’une superstition stupide et inhumaine, ils firent beaucoup de martyrs : les plus célèbres sont S. Nicaise, archevêque de Reims, et la vierge Eutropie sa sœur, S. Didier, évèque de Langres, et S. Fraterne d’Auxerre, martyrisé le jour même de son sacre.
Les Goths, sans être païens, ne se rendirent guère moins odieux par leur séditieuse intelligence avec Stilicon, et depuis sa mort on les maltraita sans ménagement dans les provinces romaines. En plusieurs endroits on pilla leurs biens, et dans quelques villes on fit mourir leurs femmes et leurs enfans. Irrités de cette lâche vengeance, ils se réunirent sous Alaric, le plus accrédité de leurs chefs, guerrier valeureux, et qui avait servi utilement le grand Théodose dans la gverre d'Eugène. Après quelques tentatives, au moins apparentes, pour concilier les parties, il marcha vers Rome, On dit qu’un saint solitaire, qu'il rencontra, l'en voulut détourner, en lui faisant la peinture des maux dont il allait être la cause. « Je n'y vais point de moi-même, répondit Alaric; mais je sens quelqu'un qui me presse et me tourmente chaque jour, en me disant : Va chätier la superbe Rome. » Il serra la ville si étroitement, même du côté de la mer, que la famine et bientôt la peste y jetèrent la consternation. On chercha les moyens d'apaiser ce terrible Goth; on négocia avec lui; et, moyennant cinq mille livres d’or, trente mille livres d'argent, et une quantité aussi excessive d’autres choses précieuses, les Romains délivrèrent leur ville de ce premier
éril.
Mais le prince barbare revint ensuite jusqu'à deux fois, parce
1 Ad Heliodor. — ? Salv, de Gub, 1, G.
204 HISTOIRE GÉNÉRALE {An 410] que les conférences qu'Honorius fit sagement commencer furent rompues par l'imprudente sécurité des négociateurs, ou plutôt parce que cette nouvelle Babylone, enivrée du sang des saints, devait à l'édification de l'univers une expiation éclatante de sa cruauté, et de l'attachement invincible que montraient pour l'idolâtrie la plupart de ses grands et une bonne partie de son sénat, Durant le siége même, et sous les coups de la divine justice, on eut l'impiété de recourir aux devins et aux aruspices, de faire couler le sang des victimes impures dans le Capitole et les autres temples. Rome succomba aux attaques réitérées, et devint la proie des Barbares, l'an 1164 de sa fondation, c'est-à-dire, l’an de Jésus- Christ 410, le vingt-quatrième d'août. Alaric l'abandoñna tout entière au pillage, excepté l'église du Vatican, qu'il érigea même en asile, par respect pour l'apôtre S. Pierre : ce qui préserva la ville d'une ruine totale'. Cette église, y compris les bâtimens de sa dépendance, occupant un très-vaste espace, il s’y réfugia un peuple assez nombreux pour empêcher la dépopulation de Rome; mais elle souffrit prodigieusement. Après les vols, les assassinats, les outrages de toute espèce, non-seulement les palais particuliers, mais les plus beaux édifices publics furent réduis en cendre.
Les fidèles, à la vérité, se trouvaient exposés aux mêmes calamités que les païens; mais tout tourne à bien pour les adorateurs sincères du vrai Dieu. Les occasions de chute les plus dangereuses ne servirent qu'à rehausser le prix de leurs mérites et la splendeur de leurs couronnes. Une femme catholique, d'une beauté extraordinaire, tomba entre les mains d’un jeune Goth arien, qui tira son épée pour l’épouvanter et la faire condescendre à ses désirs; il lui effleura même la peau, et lui mit le cou tout en sang. Elle présenta hardiment sa tête; mais le barbare , changé tout-à-coup, la prit sous sa protection, pourvut à sa subsistance, et fit chercher son mari pour la lui remettre *. Un autre Goth, des principaux de l'armée, trouva dans une église une vierge avancée en âge et préposée à l'ornement des lieux saints. Il lui demanda assez doucement, ce qu'elle pouvait avoir de richesses. Aussitôt, et avec une confiance que l'événement fit croire inspirée, elle le mena dans un endroit où il fut étonné de la multitude des vases d’or et d'argent qu'il y vit. Ce sont, lui dit-elle, les vases de l'apôtre S. Pierre : comme je ne puis les defendre, c’est à vous d’en répondre. L'officier fit avertir Alaric, qui ordonna sur-le-champ de reporter ces richesses à la basilique du saint Apôtre, d'y escorter en même temps la vierge qui les avait gardées et tous les chrétiens qui se joindraient à elle.
# Sos. 15, 10, — ? Prosp. Chron, 411, ad Ga. — 3 Oros. vu, 39.
An 410] furent plutôt saints,
e de sa r l'idosénat, on eut
ouler le
emples.
oie des
e Jésusa tout même
erva la ens de gia un
Rome;
ssinats,
culiers, calamiurs sinuses ne leur de raordiira son s; il lui résenta la prit er son de l’aréposée ent, ce fiance ndroit qu'il y me je averes à la vierge elle”.
[An 410] DE L'ÉGLISM. — LIV, XII, 205 Ainsi la désolation publique devint le triomphe de la religion. Les vases étaient portés respectueusement et à découvert, entre des soldats qui marchaient l'épée à la main; les spectateurs romains et barbares se piquant d'émulation à les révérer, en chantant des hymnes à la louange de Dieu. Les fidèles se rangeaient en foule autour de cette sauve-garde sacrée, et, à la gloire de la religion protégée si merveilleusement, beaucoup de païens firent semblant d'être chrétiens; les Goths, dans l'accès de leur ferveur, n’en faisant point le discernement. La multitude obstinée dans l'idolâtrie, en se bannissant elle-même, en purgea là ville de Raine; les Barbares laissaient aller tous ceux qui voulaient partir, leur donnaient même escorte et les aidaient à emporter leurs biens, moyennant une modique contribution.
On regarda néanmoins comme un bonheur pour le souverain pontife, qu'il ne se fût pas trouvé dans la ville au moment de ce pillage. Il en était sorti peu auparavant, pour aller en députation, à l’occasion même de ces troubles, vers l'Empereur, qui résidait encore à Ravenne. L'illustre S'° Marcelle n'eut pas le même sort ".Les Barbares entrèrent chez elle, lui demandant son or et les autres richesses qu’ils y supposaient cachées. Elle eut beau dire qu'elle était pauvre, et produire en preuve l’humble simplicité de ses vêtemens : ils les prirent pour un déguisement artificieux, et $'emportèrent jusqu'à la frapper, ne pouvant concevoir qu'une persone de cette qualité se fût ainsi dépouillée pour Jésus-Christ. Bientôt ils reconnurent le langage de la vérité et de la vertu; et la véncration succédant à la férocité, ils conduisirent la sainte à l'église ce Saint-Paul, qui servit d'asile aussi bien que celle de Saint-Pierre. Mais ( faveur qui intéressait cette mère chrétienne beaucoup plus que la protection accordée à sa propre personne ) elle obtint qu'on ne la séparerait pas de sa fille Principie, pour qui elle redoutait les insultes dont son âge avancé la garantissait elle-même, Peu de jours après elle mourut dans les bras de cette vertueuse fille, bénissant le Seigneur d'en avoir conservé l’iinocence, et de l'avoir préservée elle-même de la perte infructueuse de ses biens, en acceptant le sacrifice qu'il lui avait inspiré d'en faire long-temps avant le pillage. |
Il ne dura que trois jours; et le sixième jour après qu’Alaric fut entré dans Rome, il en sortit sans même y laisser de garnison. Il passa dans la Campanie, où ses troupes pillèrent encore la ville de Nole. S. Paulin en était devenu évèque, quoique l'épiscopat lui parût un fardeau bien plus redoutable encore que la prêtrise, qu'il
1 Iicr, Epist, 16.
206 HISTOIRE GÉNÉRALE [An 41e] n'avait reçue que malgré lui. Mais, la ppt de ses vertus croissant de jour en jour, et le siége de Nole étant venu à vaquer, on le pressa avec tant d'instance, qu'il ne put se refuser à l'unanimité des vœux et des suffrages qui se réunirent en sa faveur. Tout étranger qu'il était au siècle depuis fort long-temps, il continuait à jouir de la plus grande célébrité, plus encore pour la beauté de son esprit et de ses écrits, que pour les dignités qu'il avait occupées autrefois.
A peine y avait-il une personne distinguée par les talens comme par la piété, qui ne fût de ses amis. Il avait reçu chez lui S'° Mélanie, à son retour de la Palestine, et, quoiqu'il n'eût dans sa maison qu'une salle à un étage supérieur, avec une galerie qui communiquait aux cellules destinées À l'hospitalité, il trouva moyen de loger toute la suite de la sainte, qui était nombreuse : car, pour sa personne et son équipage, on ne pouvait rien voir de
lus humble. Elle était vêtue pauvrement, montait un cheval de ‘ la taille d’un âne, et qui ne valait pas mieux; mais plus elle avait le faste en horreur, plus il semblait que le Ciel se plût à honorer sa servante. Ses illustres enfans et petits-enfans, qui tenaient les premières places dans l'Empire, étaient veuus au-devant d'elle jusqu’à Nole, avec un cortége convenable à leur rang. Tout avait logé chez Paulin; la Providence voulant ainsi faire honorer la pauvreté évangélique et le mépris de la gloire terrestre,
Ge fut sous son épiscopat que les Goths vinrent piller la ville de Nole. On arrêta l'évêque, on fouilla sa maison; mais on respecta sa personne. Il avait fait à Dieu cette prière : « Seigneur, ne permettez pas que Paulin soit tourmenté pour les biens périssables de ce monde; vous savez où sont tous mes trésors", » Quoiqu'il n'eût plus ni or ni argent, il trouva moyen de soulager une infinité de misérables, et de racheter beaucoup de captifs. On dit mème que, ses ressources étant épuisées, et ne pouvant racheter le fils d'une pauvre veuve que les Barbares emmenaient en esclavage, il se livra pour le rendre libre”. Il y a des difficu..; pour les circonstances de cet événement, et même des cor". dictions de chronologie, pour le maître qu’on donne commiuucment à Paulin dans cet esclavage. Mais la persuasion universelle où l'on a long-temps été touchant le fait même, si elle n'en rend pas la vérité incont: ‘able, constate au moins l’idée qu'on avait de la charité de ce donc ‘sc:ple du bon Pasteur.
Entre les Romui::: Qu se sauvèrent de leur ville saccagée, plusieurs se retirèrent dans les îles voiines, et jusqu'en Afrique,
* Aug. de Curt. mor. c. 16, Id, de Civ, Dei, 1, 10. —* Greg. Dial. L. 5, c. 1.
[An 41e] s vertus vaquer, l'unaniar. Tout ntinuait auté de it occu-
comme S'e Médans sa rie qui trouva breuse :
voir de eval de le avait lonorer lent les t d'elle ut avait orer la
la ville on reseur, ne périssors", »
pulager aptifs.
ouvant naient cuite; Oo!
Mitiiicerselle n rend
ait de
e, plu-
rique,
[An 410] DE L'ÉGLISE, — LIV, XIT, 207 d'autres en Orient, et particulièrement en Palestine, S, Jérôme en reçut plusieurs à Bethléem; et le chagrin que lui causa ce touchant spectacle retarda l'interprétation des grands Prophètes, dont il était alors occupé, En voyant tant d'illustres f ugitifs de l'un et de l'autre sexe, réduits à la mendicité, demi-nus, blessés en grand nombre, et trop heureux, après avoir perdu d'immenses richesses, de trouver la vie et le couvert, il fondait en larmes, et s'employait en toute manière à leur rendre leur infortune moins insupportable, adorant cependant le bras de Dieu dans ces coups terribles, ainsi que l'efficacité des oracles et des menaces prophétiques". LE rs
Quoiqus l'empire d'Orient fût moins exposé que l'Occident aux incursions des Barbares, il y en eut aussi qui firent beaucoup de ravages en Syrie, en Égypte et en Arabie, Ces Sarasins vagabonds, qui ne vivaient que de brigandage, se jetant dans le désert de Sina, oui peuplé de fervens solitaires, leur ravirent les choses les plus nécessaires à la vie, et firent une multitude de martyrs. Ceux qui échappèrent s'enfuirent comme ils purent loin des saintes retraites où leur affection demeurait tout entière. S. Nil fut du nombre de ceux-ci; mais la vie qu'il se Conservait lui devint presque insupportable, parce que son fils était resté entre les mains des Barbares. Comme il était dans la plus cruelle perplexité à son sujet, il fut rejoint dans sa fuite par un nouveau fugitif qui avait eu le bonheur de s'évader, à ce qu'il lui raconta sans le connaître, au moment d'être immolé, avec le fils de Nil, à l’astre de Vénus qu'adorent les Arabes : il ajouta que cet infortuné compagnon était resté à la merci de leur superstition sanguinaire. Nil ne douta plus de la mort de son fils. Quelque temps après néanmoins on lui assura qu'il était vivant et captif à Eiuse. Il partit aussitôt pour cette ville, et il apprit en chemin que son fils y était devenu clerc, l'évêque i ayant racheté, puis ordonné sur la bonne opinion qu'il en avait conçue, comme par inspiration, au premier aspect. Nil reconnut le premier son sang; et il fut si saisi, qu’il tomba en ‘fl -nce. Le fils le serre entre ses bras, le fait revenir de son evanouissement, puis lui raconte en ces termes l’histoire consolante de sa délivrance :
« Quand mon compagnon d'esclavage se sauva, tout était prêt pour nous immoler, l'autel, l'encens, les libations et le glaive dont on se proposait de faire usage le lendemain dès le point du jour. J'étais prosterné sur la terre, et je priais avec toute l'ardeur qu'inspirent de tels périls. Seigneur, disais-je, ne permettez pas
‘ Epist. 17 et 151,
208 HISTOIRE GÉNÉRALE | [Aa 410] que mon sang soit offert aux démons, et que mon corps devienne la victime des esprits ténébreux. Rendez-moi à mon père votre serviteur, qui m'a instruit à espérer en vous. Je priais encore quand les Barbares s’éveillèrent, tout étonnés de voir le temps du sacrifice passé; car l'étoile de Vénus avait disparu, et le soleil dorait déjà tout l'horizon. Ils me demandérent ce qu'était devenu l’autre captif. Je l’ignore, leur répondis-je, et, sur cette simple déclaration, ils demeurèrent en repos, sans me donner aucun signe de mécontentement. L'espoir commença à renaître dans mon cœur. Quelques momens après, ils me présentèrent des viandes immolces, et m'invitèrent à prendre part à leurs divertissemens licencieux avec des femmes : j'invoquai de nouveau le Seigneur, et il me donna la force de leur résister. A la première bourgade où ils arrivèrent, ils me mirent en vente; mais comme on leur offrait une somme trop modique, après m'avoir exposé plusieurs fois, ils m'attachèrent enfin tout nu à l'entrée du bourg, une épée pendue au cou, pour donner à entendre que, si l'on ne m’achetait, ils allaient me trancher la tête. Je tendais les mains à tous ceux qui se présentaient : je les conjurais de compter à mes ravisseurs le prix dont ils ne voulaient rien rabattre; je promettais non-seulement de leur rendre cette somme, mais de rester encore à leur service après l'avoir rendue. Enfin je fis pitié, et vous savez comment j'obtins ensuite beaucoup au-delà de ce que j'espérais. » L'évèque d’Eluse traita le père et le fils avec beaucoup de gcnérosité, les retint quelque temps pour les remettre de leurs fatigues, et quand ils partirent, il pourvut aux frais de leur voyage. On ne sait pas le reste de la vie de S. Nil, qui avait alors cinquante ans, et qui en vécut encore quarante, à ce que l'on croit. Il nous reste de lui plusieurs traités de piété, et plus de mille lettres, la plupart courtes, mais d’un style vif et rempli de sens. C'est lui-même qui raconte l'histoire de la captivité de son fils, comme nous venons de la rapporter". C'est aussi dans ses œuvres que nous lisons*, que S. Jean Chrysostôme voyait souvent les anges dans le lieu saint, surtout pendant le sacrifice adorable du corps et du sang de Jésus-Christ; que du moment où le prêtre commencait l'oblation, ils entouraient l'autel, jusqu’à la consommation des sacrés mystères. Rien au reste de plus formel que ses expressions touchant la présence réelle du Sauveur dans l'Eucharistie, « Après les invocations, dit-il”, et la descente de l'Esprit sanctificateur, ce qui est sur Ja sainte table n'est plus du simple pain, ni du vin commun, mais le corps et le sang précieux de
siNarr, 2, — 3% Lib,it, Epist. 9, 3 Hbid. so, Er. 4f.
nécé dait time trai rega mis qu'o acco
A décl les lc prét on y de v nées conc l'Afr proc tenir ceux à cel sem des « Les :
leur mass larite qui !
pour cienr quel
pose!
pérai sans
[Aa 410] levienne e voire e quand lu sacri- 1 dorait 1 l'autre déclaraigne de n cœur, des immens lineur, et gade où r'offrait fois, ils pendue etait, 15 eux qui sseurs le 10n-seue à leur eZ COM is. »
de géeurs favoyage.
oTrs Cinbn croit.
le mille de sens.
son fils, œuvres ent les able du e prêtre ‘ONsSOMque ses s l'Eul'Esprit simple ieux de
[An 40] DE L'ÉGLISE, — LIV. XII. 209 Jésus-Christ notre Dieu, qui purifie de toute tache ceux qui Je prennent avec un saint tremblement et une sainte confiance. »
Les mouvemens des Barbares et les troubles de l'Empire occasionnèrent beaucoup de mal à la religion. Alaric, afin de diviser les forces ennemies, avait donné un rival à Honorius, dans la personne d'Attale, préfet de Rome, où il le ft reconnaître empereur. Ce nouveau parti voulut d’abord s'emparer de l’Afrique, de tout temps aussi enviée par les différentes factions, qu'elle leur était nécessaire pour se soutenir. Le comte Héraclien, qui y commandait, défendit avec zèle et avec succès les intérêts du maître légitime. Mais avant qu'on y mit ces intérêts à couvert, on fut contraint de se relâcher beaucoup à l'égard des Donatistes, qu'on regardait avec raison comme toujours prêts à seconder les ennemis de l'État et de la tranquillité publique. Ce fut pour lors, à ce qu'on croit, que ces schismatiques obtinrent une loi qui leur accordait le libre exercice de leur religion. |
Auparavant, les évêques orthodoxes étaient parvenus à les faire déclarer hérétiques; ce qui les soumettait aux peines portées par les lois civiles contre l’hérésie. Dans l'exécution, néanmoins, on ne prétendait pas les exposer tous indistinctement à cette sévérité; on y soumettait simplement ceux qui seraient dénoncés pour cause de violence. Encore n'avait-on pris ce parti qu'après bien des années de patience, et après de mûres délibérations en plusieurs conciles, dont quelques-uns convoqués de toutes les provinces de l'Afrique. Dans celui de l’an 403, on voit nettement la manière de procéder pour ces conciles nationaux. L'évêque de Carthage faisait tenir ses lettres de convocation à tous les primats, c’est-à-dire à ceux de la Mauritanie Césarienne et de la Mauritanie de Sitifi, et à celui de la Numidie. Chaque primat envoyait ses lettres pour assembler le concile de sa province, et dans ce concile on choïsissait des députés en nombre proportionné à l'étendue de la province. Les absens devaient justifier leur absence , et l'évêque de Carthage leur faisait parvenir les décrets du concile, pour qu'ils les confirmassent par leur consentement, Il faut ici constater une singularité assez étonnante : c'est qu'en Afrique la dignité de primat, qui ne paraît guère différente de celle d'archevêque, si ce n'est pour le siége de Carthage, se réglait communément sur l’ancienneté de l'ordination, et non sur la qualité du lieu, qui n'était quelquefois qu'une bourgade.
Dans ces conciles, il fut statué que les évêques catholiques proposeraient des couférences aux évêques schismatiques, dans l’espérance où l'on était de gagner leurs peuples. Car des Donatistes sans caractère avaient souvent fait ces propositions: et quand les