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pasteurs catholiques les pressaient de se convertir : Traitez, leur répondaient-ils, avec nos docteurs ; et plaise à Dieu que par cette voie on parvienne enfin à la connaissance de la vérité. Mais quand on s'adressait à leurs évêques, ils éludaient l'offre avec artifice, et souvent avec une arrogance injuricuse,
Crispin, évêque donatiste de Calame, invité par Possidius, evêque catholique de la même ville, à conférer ensemble, remit d'abord la chose à un concile, où il pourrait concerter ses reponses avec ses confrères. Quelque temps après, il répondit d’une manière encore plus maladroite, et d'autant plus déshonorante pour la secte, que ce vieillard y était plus révéré pour son expérience et pour sa réputation de doctrine et d’habileté; au lieu que Possidius était un jeune évêque, sorti depuis peu du monastère ou séminaire de S. Augustin. Au défaut de la doctrine, on eut à l'ordinaire recours à la violence, et l'on mit des gens armés en embuscade, pour surprendre Possidius comme il visitait son diocèse ‘. Le prêtre Crispin, de même nom et de même famille que l'évêque donatiste de Calame, était à leur tête. Possidins évita l'embuscade, dont il avait été averti assez à temps, au moins pour sauver sa vie; mais il perdit ses chevaux, après avoir été fort maltraité. La nouvelle de cet attentat étant parvenue à Calame, l'évèque Crispin fut sommé juridiquement de désavouer cette indigne manœuvre en faisant justice de son prêtre. [1 s’y refusa, et toute la secte recommença ses courses et ses mouvemens séditieux, au point d'entraver la liberté des communications sur la voie publique. |
Alors les catholiques invoquèrent la protection des lois, en protestant qu'ils souffriraient tout sans se plaindre, s’il n'était question que de leurs intérêts temporels. Mais ce même Crispin, ayant pris une terre à bail emphytéotique, en intimida tellement le: serfs cathol'ques, qu'il les contraignit de se faire rebaptiser, au nombre d'environ quatre-vingts, nonobstant la rigueur des rescrits qui le défendaient. Tant d’audace à la fois le fit poursuivre par le défenseur de l'Eglise, qui obtint contre lui la condamnation à l'amende de dix livres d'or, décernée par Théodose contre les hérétiques. Il prétendit n'être pas dans les termes de la loi, et il appela au proconsul, qui ne laissa point que de confirmer la sentence ; mais à la sollicitation de son antagoniste même, il fut dispensé de payer l'amende. Peu touché d'une charité si généreuse, il osa encore appeler aux Empereurs. Alors intervint le rescrit qui soumit les Donatistes à cette amende, aussi bien que les héré-
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[An 410] DE L'ÉGLISE. — LIV. XII.
tiques. On infligea la même peine au juge de Calame, pour n'avoir pas fait payer réellement Crispin. Mais les évêques orthodoxes en obtinrent encore la décharge : conduite vraiment pastorale, qui toucha les cœurs les plus mal disposés, et servit plus que les meilleurs raisonnemens à la réunion des esprits : conduite qui honore d'autant plus S. Augustin en particulier, que personne n'était plus en butte que lui aux insultes et aux attentats des Douatistes ‘.
Ces furieux circoncellions, qu'on a déjà vus commettre tant d'horreurs, outrés de dépit à cause du grand nombre de schismatiques que ce saint docteur ramenait journellement à l'Eglise, lui dressaient souvent des embûches à lui-même, quand il allait visiter ou instruire les paroisses catholiques. Un jour entre autres, il ne fut manqué que par la méprise de son guide, qui s’écarta sans y penser du droit chemin, où les Donatistes l’attendaient. Il reconnut dans cet événement, si fortuit en apparence, le bienfait d'une providence toute particulière.
Tous ces embarras et ces distractions n'ôtèrent rien à sa plume de sa merveilleuse fécondité. Les deux livres à Simplicien, où il satisfait aux questions que cet évêque de Milan lui avait proposées sur l'Ecriture; le livre du Combat chrétien, sur la manière de vaincre le démon en domptant nos passions contre les principes des Mani: héens; le livre qui attaque directement la fameuse épître du Fondenent, c'est-à-dire, toute la quintescence de la doctrine de Manès; le livre du Travail manuel des moines, le traité de la Foi des choses qu'on ne voit point; celui du Catéchisme, ou de l’instruction des catéchumènes; ses Confessions; ses trente-trois livres contre l’évêque manichéen Fauste ; les quatre livres de la Conformité des évangélistes, qui forment une excellente controverse corttre les païens; les Questions sur les évangiles de S. Matthieu et de
S. Luc, et les Annotations sur Job; le livre du Lien conjugal : ce,
n'est là qu'une partie des ouvrages qu’il mit au jour dans ses trois ou quatre premières années d'épiscopat.
Il est impossible dans notre plan, et dans toute histoire, de rendre compte d’un si grand nombre d'ouvrages. Mais nous ne pouvons nous dispenser d'exposer la doctrine des livres à Simplicien, si propres à faire saisir le vrai sens de plusieurs autres écrits du docteur de la grâce, et dont l'omission pourrait nous attirer le blâme qu'elle a fait essuyer à d'autres historiens. S. Augustin s'est proposé dans ces deux livres d'établir la liberté de la volonté humaine, en conservant à la grâce divine la préséance qui lui est due. Telle est l'idée qu'il donne de cet ouvrage, tant dans
‘Aug. r. Cresc. 1. 114, €. 47.
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