‹ Histoire générale de l'église [microforme]Chapitre 30 sur 77 · NT · texte numérisé non relu

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le souverain pontife, sans nulle sorte de juridiction sur les autres églises. Le concile de Nicée avait même confirmé les principaux siéges dans tous leurs droits, de peur que le nouveau style ne leur portât préjudice. Pour l'Illyrie tout entière, autrefois de l'empire d'Occident, le pape y avait invariablement conservé sa juridiction, non-seulement comme chef de l'Eglise, mais en sa qualité particulière de patriarche d'Occident. La division en Ilyrie orientale et occidentale, faite sous l'empire d'Arcade, n'avait rien changé a ce régime ecclésiastique. C'était l'évêque de Thessalonique qui exerçait l'autorité du pape sur ces contrées, en qualité de légat du saint Siége.

Boniface, averti qu'on transférait à l'évêque de Constantinople des droits tout nouveaux sur les églises de l'Illyrie orientale, écrivit d'abord à Rufus, évêque de Thessalonique, de ne rien céder de son autorité à ceux qui, en innovant, voulaient l'envahir ‘. Le pape apprit en même temps que, pour cette innovation, on devait assembler en concile les évèques de différentes provinces de la Grèce, et même ceux de la Dacie. Il se plaignit vivement d'un pareil complot, en leur demandant quel supérieur parmi eux s'arrogeait le droit de les convoquer. « Si vous lisiez, dit-il, les canons, c'était la manière de citer le concile de Nicée *, vous verriez à quel prélat il appartiendrait d'exercer après moi l'autorité; vous apprendriez quel est le second et le troisième siége. Ces grandes églises d'Alexandrie et d’Antioche ont été maintenues dans leur prééminence par ces anciens canons. Ont-elles cependant jamais entrepris ce qu'on veut vous faire oser ? Ne les vit-on pas tout au contraire recourir à l'Eglise romaine, dans les grandes affaires, telles que celles d'Athanase et de Flavien d’Antioche? » Pour entendre ce raisonnement de comparaison, il faut savoir que le différemd de l'Illyrie venait de ce que les Illyriens occidentaux ne voulaient pas s'en tenir a ce que le pape avait ordonné touchant l'élection de l’évêque de Corinthe. Cette affaire était de celles que l'on appelle majeures, et dans lesquelles le recours au successeur de Pierre était d'usage, aussi bien que de droit, non-seulement pour les églises du patriarcat d'Occident, mais pour toutes les autres; parce qu'en sa qualité de premier pasteur, il lui appartient de veiller à l'observation constante et générale des saintes règles, surtout dans les cas qui intéressent l'ordre épiscopal dont il est le chef.

Pour conclusion, Boniface défend en propres termes aux évèques d'Illyrie de s'assembler à l'effet de remettre en question ce qui

® Tom. : Conc. p. 1704. — 9 Ibid. p. 1706.

302 HISTOIRE GÉNÉRALE [An 4ai] avait été statué par lui, ou par Rufus de Thessalonique, touchant Périgène, évêque de Corinthe. Il leur enjoint au contraire d’obéir en tout à Rufus; il menace les obstinés de les séparer de la communion du saint Siége.

Mais afin de maintenir plus sûrement les priviléges de l'Eglise romaine, il envoya une députation à Honorius, oncle du jeune empereur de Constantinople. Ce prince, toujours prêt à servir l'Eglise, éclaira son neveu sur les suites dangereuses de ce qu'on venait d’extorquer de lui. C’est pourquoi Théodose, revenant de bonne foi sur ses pas, répondit à son oncle, que, sans égard à ce que les Illyriens avaient obtenu par surprise, il maintiendrait les anciens priviléges de l'Église romaine, suivant les canons, et qu'il chargeait dès ce moment les préfets du prétoire d'y veiller,

Si cette constitution impériale ne se trouve pas dans la compilation de Justinien, ce n’est pas une raison d'infirmer l'autorité de l'exemplaire qui s'en est conservé dans les archives romaines avec tous les caracteres de l'authenticité. On a soigneusement inséré dans le Code Théodosien, et dans celui de Justinien, la constitution que celle-ci révoquait; mais comme ces recueils ont été faits dans la nouvelle Rome, rivale très-jalouse alors de l’ancienne, il n’est pas étonnant qu'on y ait laissé ce qui était à l'avantage de cette émule superbe. Quoi qu'il en soit, le saint Siège, au temps de Théodose le Jeune, retint toute sa juridiction sur l'Illÿrie, qu'il administra tout entière encore très-long-temps après. Mais on peut entrevoir dès-lors jusqu'où s'étendaient les vues ambitieuses des Grecs, et à quels excès ils porteraient un jour la jalousie et le schisme.

Dans les Gaules, le mème pontife réprima la témérité de Patrocle, métropolitain d'Arles ‘, qui s'était ingéré à ordonner, hors de sa province, un évêque pour le siége de Lodève. Le pape écrivit à Hilaire de Narbonne, de se transporter sur les lieux, de faire ce qu'il conviendrait, tant en sa qualité d’archevêque qu’en vertu de la commission apostolique, et d'en référer ensuite au saint Siége. Boniface s’autorise encore ici des dispositions de Nicée, qui conservent religieusement, dit-11, les prerogatives de chaque métropole, et qui ne souffrent pas que deux provinces soient soumises au même prélat; à cet égard, il est aisé de voir que le concile de Nicée assure tellement à chaque métropolitain sa juridiction propre, qu'il n'ôte rien au souverain pontife des droits de sa primauté sur eux tous. Patrocle périt quelques années après, sous les coups d'un tribun, qu'on croit avoir été l'exécuteur des ordres secrets du préfet de la milice*.

.* Pouif. Fp. 3, in tom. 2 Conc. — ©? Prosp. Chron. an 426.

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[An 423) DE L'ÉGLISE. —— LIY, Xtlte :303

Le pape Boniface mourut, suivant la meilleure chronologie, le 25 octobre 422, après avoir tenu le saint Siége trois ans et huît mois. Une ancienne épitaphe nous apprend qu'il parvint au pontificat dans un âge très-avancé, mais que dès sa jeunesse il avait servi utilement le siége apostolique, et soulagé la ville de Rome dans une année de stérilité. Son caractère était la clémence, la douceur et la modestie : vertus engageantes qui servirent, beaucoup mieux que n'aurait pu faire la sévérité, à éteindre lé schisme qu’occasiona son élection, mais qui ne l’empêchèrent pas de soutenir avec force la dignité de son siége. Neuf jours après sa mort, le 3 de novembre, on élut Célestin, romain de naissance, qui occupa près de dix ans la chaire de S. Pierre.

L'année suivante, l'empereur Honorius mourut d'hydropisie, à l'âge de trente-neuf ans; il en avait régné vingt-huit depuis la mort du grand Théodose son père, dont il eut, dit-on, toutes les qualités réligiéuses, sans avoir aucune de ses qualités impériales. Si cependant on fait attention à la longue durée de son règné, sans cesse agité, dans ces temps malheureux, soit par les attaques des Barbares innombrables, soit par la révolte des plus dangereux tyrans qu'il réussit à dompter; il faut, ou que sa piété n'en ait pas fait un prince aussi faible qu'on le prétend, ou qu'il ait su discerner et maintenir en place les grands capitaines de son règne, avec une constance qui ne formerait un paradoxe guère moins inexplicable que le premier. Quoi qu’il en soit des qualités de sa personne ou de la difficulté des conjonctures, l'empire de l'ancienne Rome, durant tout le règne de cet empereur, se soutint au moins par sa propre masse, ou par la solidité de sa constitution. Ce ne fut qu'après Honorius, et par la succession rapide des vains fantômes de césars qui occupèrent sa place, que Rome fit la chute dont elle ñé se releva plus.

304 HISTOIRE GÉNÉRALE (An 433)

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