‹ Histoire générale de l'église [microforme]Chapitre 33 sur 77 · T. LI · texte numérisé non relu

T. LI

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306 HISTOIRE GÉNÉRALE [An 425] sible de résister naturellement à tant d’ennemis. Mais le bras du Tout-Puissant protégeait les fidèles, qui triomphérent par le concours d’une multitude d’incidens, trop singuliers et survenus trop à propos pour n'être pas les effets marqués d'une providence particuliére: Jean fut défait, surpris et massacré dans Ravenne. Pour grossir son parti, il avait favorisé tous les ennemis de la religion : mais sitôt que Valentinien vainqueur fut en possession du pouvoir suprême, ou plutôt Placidie sous son nom, on bannit des villes tous les hérétiques et les schismatiques, et l'on confirma les priviléges de l Eglise, spécialement celui qu'avaient les clercs, de n'être pas poursuivis, sans distinction de cause, devant les tribunaux séculiers.

Quand le calme fut rétabli en Occident, on vit porter d'Afrique a Rome une cause, encore célèbre aujourd'hui par ses suites, ou par la diversité de sentimens et de réflexions auxquels elle a donné lieu. C’est l'appel d'Antoine, évêque de Fussale, au saint Siége!. Fussale était une petite ville à l'extrémité du diocèse d'Hippone, toute peuplée autrefois de schismatiques, ainsi que son territoire; mais que S. Augustin, à force de périls, de travaux et de prières, avait réussi à ramener au sein de l'unité. Comme elle était à plus de treize lieues de distance d'Hippone, grande étendue en ce; temps anciens pour un diocèse, et qu'elle avait besoin d’une vigilance et d'une application toute particulière, il y fit ordonner, par le patriarche de Numidie, Antoine dont nous venons de parler, et qu'il jugeait capable de bien remplir ce siége important. Il l’avait élevé dès l'enfance dans son monastère. Mais les plus grands saints et les plus grands génies ne sont pas à l'abri des méprises dont un bon cœur est la source. Antoine, encore trop jeune, et passant du degré de simple lecteur à celui d’évêque, fit bientôt voir qu'il manquait de cette solidité de vertu long-temps éprouvée, qui est requise pour l’épiscopat. Il se conduisit si mal, exerça une domination si insupportable, se rendit coupable de tant d'injustices, de violences, d’exactions même, qu'il fut dénoncé par son peuple aux évêques de la province; et, loiu d’être soutenu par S. Augustin, cet ancien patron se montra le plus zélé d’entre eux pour la réparation d'un mal que la délicatesse de sa conscience lui reprochait. Le jeune évêque fut déposé, mais avec ménagement, et à condition qu'on ne lui ôterait que l'administration de son église, qui ne pouvait plus le souffrir, et non le rang ni le titre d'évêque.

Antoine se soumit, ou feignit de se soumettre; mais ayant trouvé moyen de gagner son primat, et d'en obtenir des lettres de recom-

1 Aug. Epist. 209, al. 261.

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[An 415] DE L'ÉGLISE, — LIV. XIV. 307 mandation pour le pape Boniface, qui vivait encore, :. appela au sant Siége, Le souverain pontife le renvoya en Afrique, avec des lettres pour le faire rétablir, supposé néanmoins, et cette clause était expresse, supposé qu'il eût fidèlement exposé les faits. Les choses en étaient là, à la mort de Boniface. Célestin lui ayant succédé, S. Augustin le pria de surseoir à la poursuite de cette affaire, Pour montrer que les lettres apostoliques de Boniface avaient été surprises contre la vérité des faits, il envoya tous les actes de la procédure.

Aux preuves des moyens, il joignit une justification directe de la sentence des Africains, que le coupable représentait comme absurde et contradictoire. « J'ai dù, disait Antoine, ou conserver mon siége, ou être absolument déposé de l'épiscopat; et la sentence rendue contre moi se contredit elle-même : » sur quoiS. Augustin fait sentir que le jugement qui punit un évêque, peut être équitable et sage, sans aller jusqu'à la déposition. Ses paroles sont remarquables et prouvent clairement que l’usage de recourir à Rome n'était pas nouveau pour le cas dont il s'agissait. « J'aurais à citer, dit-il, une infinité de sentences, ou rendues ou confirmées par le siége apostolique ; mais pour ne pas rappeler ce qui est trop éloigné de notre âge, je me bornerai aux exemples récens. Outre Priscus et Victor, évêques dans la province Césarienne, déchus, sans perdre leurs églises, du droit d'obtenir la primatie à leur tour suivant l’usage, Laurent, de la même province, se trouve précisément dans le cas d'Antoine, ayant été privé de son siége sans être déposé de l'épiscopat; et ces sentences, ajoutait-il, ont été confirmées par le siége apostolique. »

En parlant ailleurs de l'affaire de Cécilien de Carthage avec les Donatistes, il dit que cet évêque aurait pu mépriser la conspiration de cette multitude d’ennemis, étant en communion avec l'Eglise romaine devant laquelle il était prêt à plaider sa cause, si ses ennemis avaient tenté de le faire priver de cette communion. Mais la conduite du saint évêque d’Hippone, dans la seule affaire d'Antoine de Fussale, prouve clairement sa déférence et son respect à l'égard du siége apostolique, même en cas d'appel, au moins pour la déposition des évêques, puisqu'il suivit lui-même celui d’Antoine. Il ne combattait point le droit d'appeler à Rome, pris en soi; mais il se plaignait de l'étendue extraordinaire et dangereuse quon paraissait lui donner, et il s’opposait principalement aux abus qui se commettaient quelquefois dans l'exécution.

C'est ce qui paraît par sa lettre au pape Célestin. « Je vous conjure, lui dit-il, par la mémoire de S. Pierre, qui avertit les prelats de ne pas user d’une domination violente à l'égard de leurs frères;

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