‹ Histoire générale de l'église [microforme]Chapitre 34 sur 77 · IS SS · texte numérisé non relu

IS SS

En DRE

308 HISTOIRE GÉNÉRALE [An 4a6] je vous conjure par le sang de Jésus-Christ, d'empêcher qu'un pasteur coupable et légitimement dépose, ne soit rétabli dans son siége , et surtout qu'il ne le soit de la manière qu'il en menace le pauvre peuple de Fussale, c'est-à-dire, à main armée et par le bras séculier. Délivrez les infortunes Fussaliens de la frayeur ou ils gémissent, et qu'il ne soit pas dit, qu’étant rentrés dans le sein de l'unité, ils sont plus maltraités par un évêque catholique comme eux, qu'ils ne l'ont été autrefois dans leur schisme par la rigueur des lois impériales. Ayez pitié de moi-même et de ma vieillesse ; car je le déclare à votre sainteté, dans l’amertume de mon âme : je me propose de quitter l'épiscopat, et de ne plus m'occuper qu'à pleurer ma faute, si je vois périr à la fois et les brebis et le pasteur que mon imprudence leur a donné. »

Nous n'avons pas la réponse de S. Célestin; mais on tient pour

indubitable qu'il épargna ce chagrin à celui des évêques qu'il honora le plus. C'est ce pontife qui a donné aux écrits d'Augustin ce haut point d'autorité et de considération où ils sont dans l'Eglise. Il est sùr que cet illustre docteur ne continua pas seulement à gouverner son église d'Hippone, mais quil régissait encore, sur la fin de sa vie, celle de Fussale, où par conséquent Antoine n'était pas rentré.

L'affaire du prêtre Apiarius, ou plutôt, à son occasion, celle des appellations en général, se renouvela sous le même pontificat de Célestin ‘. Ce méchant prêtre se pourvut encore à Rome, et usa de tant d'artifices, qu'il se fit renvoyer en Afrique avec le légar Faustin, qui l'avait déjà été de Zozime et de Boniface. Les Africains s'assemblèrent au nombre de quinze évêques, les primats d’Afrique et de Numidie à leur tête; ils firent la révision de l'affaire, et confirmèrent la condamnation d’Apiarius. Faustin s’opposa seul à tous ces prélats avec une hauteur et une partialité révoltantes, se comportant moins en juge qu’en fauteur du désordre. Mais la conscience du coupable, au moment où on avait moins lieu de s'y attendre, tira les juges de tout embarras, de la manière du monde la plus inespérée. Gomme les Pères souhaitaient sincèrement qu'il pût se justifier, et commençaient à croire qu'il y réussirait, ainsi qu'ils s'en expriment dans leur lettre à Gélestin, Apiarius, ne pouvant plus résister aux remords de sa conscience et à la crainte de la divine justice, fit la confession publique d'une multitude de crimes énormes, et se soumit au jugemient qui le privait pour toujours du ministère ecclésiastique.

Mais l'abus que le légat avait fait de son autorité, et le danger

Epist. Conce. Afr, tom, 2 Conc. p. 476.

nuisi quel chois leur :

affair diffic temo natiol

An 414] in pasns son race le le bras ils gésein de °onime igueur esse ; me : je er qu'à >asteur

t pour vil hostin ce Eglise.

ment à re, sur ne n'é-

:, celle

ntificat et usa e légac ss Afriits d’Affaire, sa seul tes, se la conbsyatmonde

tqu'il t, ainsi e poue de la crimes burs du

danger

{An 44] DE L'ÉGLISF. — LIV. XIV: 309 auquel il venait d'exposer la discipline dans les églises d'Afrique, leur firent adresser des remontrances au saint Siége, Elles demandérent entre autres choses, et avec les plus grandes instances, que les souverains pontifes recussent désormais les plaintes des parti-

* culiers avec plus de circonspection, ou qu'ils prissent moins de

confiance en des mécontens suspects, et ne s’exposassent plus à infirmer des jugemens sagement portés. Voici leurs expressions : « Après vous avoir rendu nos très-justes hommages, nous vous prions instamment de ne pas écouter avec trop de facilité les Africains qui recourront à vous, et de ne plus admettre à votre communion ceux que nous aurons excommuniés. Votre Sainteté remarquera sans peine, que telle est la définition du concile de Nicée, que, si l'on y prend cette précaution à l'égard des clercs et des laïques, à plus forte raison le saint concile veut-il qu’elle soit observée pour les évêques; et qu'étant suspendus de la communion dans leur province, vous ne les y rétablissiez pas précipitamment ou mal à propos. »

Ainsi s’exprimaient les prélats d'Afrique , après avoir consulté les exemplaires authentiques et incontestables d'un concile si révéré de part et d'autre. Ils ne demandaient pas la suppression des appels en général, et ils ne rejetaient pas tous les jugemens de Rome: mais ils requéraient avec force qu'on y eût plus de mé-

nagement pour la juridiction immédiate, et qu'on n’étendit point les appels aux affaires sans nombre des simples prêtres , à des cas nuisibles à la discipline et à la probité même; tels, par exemple, que les appels des sentences rendues par des juges qu'auraient choisis les accusés : demande qui forme une nouvelle preuve de leur soumission quant au fond du droit. Ce qu'ils ajoutent, que les affaires doivent se juger où elles ont commencé, à cause de la difficulté de les suivre au-delà des mers, et la répugnance qu'ils temoignent à recevoir ces exécuteurs qui ressentaient la domination séculière, confirment la même chose. Le principal différend roulait enfin sur la manière de procéder, et non sur l'autorité du saint Siège, qui était consignée dans les canons, et qu'ils ne cesserent jamais de révérer.

Nous n'avons pas la réponse du pape Célestin aux plaintes des évêques d'Afrique; mais on voit, par des événemens postérieurs, que les appels ne furent ni abolis, ni interrompus, même quant à la méthode d'envoyer des juges sur les lieux. On remédia à l’abus, c'est-i-dire, à la dureté tyrannique des clercs exécuteurs, qui, autorisés par les puissances temporelles à faire exécuter les jugemens ecclésiastiques, affectaient quelquefois la hauteur d’une domination séculière. Pour ce qui est des canons cités comme de

310 HISTOIRE GÉNÉRALE [An 425] Nicée, et qui étaient de Sardique, loin de les rejeter comme apocryphes ou dépourvus d'autorité, les Africains, bientôt mieux instruits, les mirent au rang des lois canoniques ; puisqu'on les trouve sous leur véritable nom dans la célèbre concordance ou collection des canons de Ferrand, diacre de Carthage, qui jouis- ‘ sait de la plus haute estime dans toute l'Afrique, sur la fin du même siècle, Leurs principes mêmes choquaient si peu les Africains, que le compilateur ne craignit pas d'intituler ainsi cette partie de son recueil : Du concile provincial à recommencer par les légats du pape, s’il le juge à propos.

Jamais la communion entre l’église romaine et celle d'Afrique ne fut interrompue par ces discussions. Les hérétiques, qui avancent le çontraire, n’allèguent que des pièces fausses et convaincues évidemment de faux par de grossiers anachronismes. Comment, par exemple, ces Africains , qui assez peu de temps apres furent immolés à la fureur hérétique des Vandales, auraient-ils été honorés par l'Eglise romaine comme de saints martyrs, s'ils avaient été dans le schisme? Rien ne prouve mieux à quel point l'esprit d'erreur peut aveugler les ennemis de l'Eglise et de la chaire apostolique, que de les entendre triompher sur ce fait d'Apiarius, comme sur l’écueil où se sont brisés sans ressource la primauté romaine et le dogme de son unité. Pour sentir combien en cela ils s’écartent des règles du raisonnement et du bon sens même, il suffit de faire observer qu'il n’était question que de la condamnation des personnes et de toute autre matière que celle de la foi. Si le clergé d'Afrique a statué ensuite, que quiconque s'y croit lésé peut appeler au concile de la province, ou même au concile universel, outre qu’il ne s'agissait plus de jugemens apostoliques, et moins encore de jugemens dogmatiques, on sait d’ailleurs que le nom de concile universel ou plénier, dans le style de ces Pères, qui n'a pas échappé au père Alexandre, ne signifiait que le concile national de l'Afrique.

Nous ne lisons rien dans S. Augustin, l'oracle de son siècle et particulièrement de l'Afrique, qui n’annonce la plus religieuse et la plus inaltérable harmonie entre cette partie du monde chrétien et le siége apostolique. Partout il parle de l'Eglise romaine avec le respect et la tendresse d'un fils pour sa mère, et telle était la base des éminentes vertus dont il fournissait des exemples dans tous les genres. Tout occupé qu'il était des travaux de la composition et de l'instruction publique, de toutes les œuvres qui concernaient l'édification du corps mystique de Jésus-Christ, il trouvait encore du temps pour les exercices particuliers de la charité, de la bienfaisance, de l'hospitalité, des arbitrages et de la conciliation entre

An 425] e apo- >ux inon les nce ou i jouisfin du s Afri- 1 cette er par

\frique 1avanuncues iment, furent té hoavaient l'esprit re apoiarius, imauté en cela ême, il lamnaoi, Si le sé peut versel, moins le nom quina > natio-

écle et euse et hrétien avec le la base ous les n et de nt l’édiore du nenfain entre

LAn 4157 DE L'ÉGLISE. — LIV, XIV, ur les fidèles de tout état, et les personnes même de ‘oute religion.

La réputation de sa sainteté, autant que celle a. es lumières, avait pénétré dans tous les coins du monde. Deux personnes de Césarée en Cappadoce, Paul et Palladie, frère et sœur, virent en songe un vieillard vénérable, et furent avertis que c'était l'évêque d'Hippone en Afrique, où ils devaient chercher la guérison d’une maladie aussi affligeante que le principe en était singulier ‘, Depuis quelques années, ils éprouvaient dans tous leurs membres un affreux tremblement, que les remèdes les plus dispéndieux et de longs voyages n'avaient pu calmer. Partout ils étalèrent leur malheur, mais sans trouver de soulagement. Ils arrivèrent à Hippone aux approches de Pâques, et commencèrent à frequenter l'église où l'on avait apporté l’année précédente les reliques si fameuses du martyr S. Etienne. Ils s'y rendaien*, chaque jour, et la singularité de leur état, qui fut bientôt connu de tout le monde, attirait à leur suite une infinité de personnes.

La matinée de Pâques, le concours étant beaucoup plus grand encore qu'à l'ordinaire, Paul, après avoir prié devant les reliques, se jeta tout-à-coup par terre, et y demeura comme endormi, mais tranquille et sans trembler, quoique son tremblement ne le quittt jamais , même durant le sommeil. On ne savait que craindre ou qu'espérer de cette espèce de léthargie, quand il se releva sans nulle agitation, et guéri parfaitement. On le conduisit au lieu où le vénérable prélat, assis, attendait le moment de célébrer les saints mystères. Paul se jeta aux genoux du saint, qui le releva et l'em-

brassa, toute l’église retentissant de cris de joie et des louanges

du Seigneur. Quand on eut fait silence, le service divin commenca ; et, le moment du sermon étant venu, l'éloquent évêque, prenant occasion des circonstances : « Souvent, dit-il, on nous lit le récit des miracles du glorieux martyr S. Etienne; mais la vue de ce jeune homme est la meilleure de toutes les lectures. Il ne faut point d’autre livre que son visage, qui nous est parfaitement connu, depuis le temps que vous compatissez à une affliction dont la guérison soudaine nous ravit de Joie. Je vous laisse à vos réflexions et aux doux sentimens que produit dans vos âmes l’éloquence muette du Tout-Puissant, qui s'explique assez par ce prodige. Vous me le pardonnerez d'autant plus aisément, que vous savez mon âge et connaissez ma faiblesse.» $. Augustin avait soixante-dix ans, et n'avait pas mangé la veille de toute la journée, selon l'usage observé le samedi Saint, quoique le baptème solennel et tant d’autres cérémonies rendissent l'office extraordinairement pénible.

t De Civitate Dei, 1. XVII, c. 9.

Page 1