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[An 450] | DE L'ÉGLISE, — LIV. XIV, 34t
Alexandre quitta cependant Antioche, se déguisa mème en, mendiant pour aller en liberté; et, passant par un monastère nommé Crithen , il fut étonné d'y trouver la psalmodie perpétuelle, Mais il reconnut que cette maison avait été fondée par un de ses élèves, Enfin il se rendit à Constantinople avec ses disciples, et il y commenca un nouvel établissement de son institut, où l'on compta dans peu trois cents moines. Ils étaient distribués en chœurs de cinquante, qui se succédaient sans interruption les uris aux autres, Là ils furent encore persécutés et soupconnés, comme en Asie, de massalianisme, On emprisonna le maître, et l'on dispersa les disciples, qui toutefois le rejoignirent le jour même qu'il recouvra sa liberté, Alors ils allèrent tous ensemble vers l'embouchure du Pont-Euxin établir un nouveau monastère d'acémètes, o*S. Alexandre mourut vers l'an 430.
Ce fut dans les commencemens de cette même année, que S. Au: gustin connut d'une manière certaine que le Seigneur avait exaucé la prière qu'il lui avait faite, de ne pas le rendre témoin. du dernier malheur de son peuple‘. Etant tombé malade dans le troisième mois du siége d'Hippone, il se prépara aussitôt à la mort, comme un homme assuré qu'il ne relèverait pas de:sa maladie, I montra autant de crainte des jugemens de Dieu, que s'il n'eût encore fait aucune pénitence. Les services innombrables et pénibles rendus à l'Eglise, tant d’écrits contre les hérétiques, tant de schis: matiques gagnés par ses conférences, tant de pécheurs convertis et de saints formés par ses soins, tant de clercs et de vierges par. venus à la perfection, tant de rigueurs exercées contre lui-même, enfin tant de vertus aussi pures qu'éclatantes, lui inspiraient moins d'assurance que les péchés de sa vie passée ne lui causaient de regret et de confusion.
« Si les Âmes les plus innocentes, disait-il souvent aux amis qui l'entouraient, ne doivent point sortir de ce monde sans faire pénitence , qr'elle doit être la dispositien de celles qui ont commencé si tard à connaître et à servir le Seigneur ? » Toujours conforme à ses maximes et à sa méthode, les œuvres de satisfaction le plus de son goût étaient les moins remarquables, les moins susceptibles d'ostentation; telles que la souffrance de ses maux, les remèdes mêmes acceptés avec résignation et avec foi, comme des peines du péché, Il fit tracer sur quelques cartons les psaumes de Ja pénitence, qui sont en petit nombre, dit l’auteur de sa Vie; apparemment les mêmes que nous nommons encore de la sorte. Il les sus, pendit sous ses yeux, afin d'entretenir jusqu'au dernier soupir
! Possid. c, 29
342 HISTOIRE GÉNERALS (An 430] toute la vivacité de sa componction. Pour n'être pas distrait de ces pieuses pensées durant les derniers jours de sa vie, il pria qu'on n'entrât dans sa chambre qu'avec le médecin, ou quand on lui apporterait à manger. Sa maladie ne laissa pas que d'être fort longue : elle commença sur la fin du carême, et il ne mourut que le 28 d'août , jour auquel l'Eglise célèbre encore sa fête. C'était la 430° année de l'ère chrétienne, de son Age la 76°, et la quarantième depuis son entrée dans le clergé. On observe, comme une chose remarquable dans un saint même, que depuis le premier moment qu’il se donna au Seigneur jusqu'à sa mort, non-seulement il ne regarda jamais en arrière, mais qu'il avança toujours avec un redoublement de ferveur dans la carriere de la perfection, sans jamais se détourner de son but, sans donner dans aucun de ces écarts, même passagers, qu'on trouve jusque dans la vie d'un très-grand nombre de saints.
. I ne fit point de testament, parce qu'il n'avait rien à léguer; mais il avait formé, et il recommanda avant d'expirer, une belle bibliothèque qu'il laissa à son église : souci digne du premier des saints docteurs, et que la Providence parut justifier. L'incendie qui, après la prise d'Hippone, réduisit presque tout en cendres, respecta néanmoins cette riche collection, où sans doute il n'y avait rien de plus précieux que les œuvres d'Augustin même, En l'enterrant, on offrit le saint sacrifice de l'autel, dit en termes exprès l'évêque Possidius, qui était présent, et qui nous a transmis ce témoignage si formel et si précis, en faveur du nom et de la réalité du sacrifice de la messe. Cet historien ajoute qu'avant la mort d'Augustin, Dieu fit connaître sa sainteté, par la guérison miraculeuse d'un malade qui vint la lui demander dans son lit. Le saint lui dit d’abord, avec des sentimens d'humilité d'autant plus sincères qu'ils semblaient plus naturels, que s’il avait quelque pouvoir sur les maladies, il s'en servirait pour lui-même. Mais, le malade suppliant ayant répliqué qu'on lui avait commandé en songe d'aller trouver l'évêque Augustin, avec assurance de guérison, le saint pasteur, faisant céder la modestie à la charité , imposa les mains à l’infirme, et le guérit sur-le-champ. Il avait opéré plusieurs autres merveilles, surtout pour la délivrance des énergumènes, pendant le cours de son épiscopat. Mais ce n’est point par la multitude des miracles que se distingua ce grand saint, ni par aucune des faveurs ni des pratiques extraordinaires qu'on lit dans la vie de tant d’autres.
Une conduite égale, uniforme, constante, éloignée de toutes les extrémités; tel fut toujours le caractère de sa vertu. Modeste dans ses meubles comme dans ses vêtemens, il évitait avec le
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(An 430] DS L'ÉGLISE, —— LIV, XIV. 34% même soin la malpropreté et la magnificence. 11 portait du li
et des souliers, suivant l'usage devenu le plus commun, sans hi. mer cependant ceux qui allaient nu-pieds, les avertissant senlement de se tenir en garde contre la vanité. Sa table étaï: frugule, et l'on n'y servait d'ordinaire que des légumès. Quand il s'y trouvait, ou des personnes d'une santé faible, où des hôtes, eur il étaie fort hospitalier et fort affable, on servait des viandes. Pour te vin, il y en avait toujours; l'usage du gras étant réputé beuncoup moins nécessaire que le vin, dans le régime de cet âge.
Excepté les cuillers, il n'avait aucune argenterie ; non par indigence, mais par amour de la vanvreté, Ses clercs vivaient toujours avec lui, vêtus et nourris à trais communs, On lisait pendant le repas, et pour donner la réfection à l'esprit aussi bien qa'na corps, et pour être moins exposé à oublier les lois de la tempé.…. rance. Par la même crainte de passer les bor::es de }: sobriété qu'il s'était prescrites, à ce qu'il dit lui-même, jamais : ne ntangeait hors de chez lui, quelque invitation qu'on lui +n pt faire. On ne voyait point de femme manger à sa t: lle, loger dan: sa maison, ou la fréquenter en aucune manière, pis-même sa sœur. ni ses nièces : non que de si proches parentes ne fussent à l'abm de tout soupcon, mais parce qu'elles attirent ordinairement d'autres femmes dont le commerce est moins indifférent. Quand les personnes du sexe voulaient lui parler, il les recevait en présence de quelques clerès, ét jamais il ne lui arriva, depuis sa conversion, de s'entrétenir seul à seul avec elles.
On ne se lasse point des détails d'une vie si cléricale et si digne de servir de modèle à tout prélat comme à tont clerc vraiment religieux ; fais on peut dire qu'ici le docteur l'ervporte encore sur le pasteur, tant par la profondeu; ;: comparable de sa doctrine, que par l'intérêt tout particulièr qu a toujours pris l'Eglise àS. Augustin considéré sous ce point de vue. Quoique nous ayons ptas parlé de ses ouvrages que de ceux des autres Pères, mous n'en avons effleuré que la très-petite partie, et précisément antant qu'il était nécessaire pour avoir une idée juste de sa doctrine sur les points capitaux. Possidins nous a laissé un catalogue des œuvres du saint docteur, qu'il fait monter jusqu'au nombre de mille et trente, ÿ compris es livres, les sermons, les lettres, dont plusièurs sont des traités complets, et quelques écrits qui ne sont point parvenus . jusqu'à nos : encore ajonte-t-il qu'il n'a pu tout compter Bans êette multitude imcroyable dé productions, ce qu'on rémarque principalement, après la pureté du dogme et de la morale, la profondeur de la science et de l’érudition, la grandeur des vues, la force ‘du raisonnement , la sagacité infinie de l'esprit, la beauté de
344 LISTOIRE GÉNÉRALE [Au 430) l'élocution, excessive peut-être et dégénérant quelquefois en subtilité, selon le goût déjà corrompu du temps; ce qu'on remarque, disons-nous, avec le plus d'édification, c'est la modestie de l’auteur, qui n’a rien d'égal que le mérite qu'elle décore. Il faudrait copier des livres entiers d'Augustin, pour faire voir tous les sentimens humbles qu'il avait de lui-même ; mais ils y sont exprimés avec une candeur et une simplicité qui ne laissent point douter qu'il ne sentit au fond du cœur tout ce que sa plume retraçait,
: Dans sa dispute avec S. Jérôme, on ne fut pas moins attendri qu'édifié de sa modération et de toutes ses déférences, tandis qu'il avait l'avantage de la vérité pour lui. Si l’on allègue le respect dû à un docteur consommé, et qui avait si bien mérité de l'Eglise, on retrouve la même modestie et presque les mêmes ménagemens pour le jeune évêque d'Eclane, Julien, le plus arrogant défenseur du pélagianisme, et que la seule présomption avait pu engager à se mesurer avec un docteur de cette prééminence. Mais le plus digne monument de son humilité est sans contredit le livre de ses Confessions. Qu'il lui fallut être vivement pénétré de la grandeur de Dieu et de sa propre bassesse, absorbé dans les sentimens de sa componction et de son abjection, pour publier à la face du monde entier ses plus humiliantes faiblesses, pour charger ce tableau des plus fortes couleurs, et pour le transmettre à tous les siècles à venir!
Toutefois ce grand saint, cet illustre docteur fut en butte à la calomnie et à la plus flétrissante imposture. Depuis sa mort surtout, ses ennemis, devenus plus audacieux, mirent tout en œuvre pour ternir sa mémoire. Dans ce dessein, ils firent courir sous son nom les quinze articles qu'on appela les objections des Gaulois, et qui dès-lors, selon quelques auteurs, environ trente ans après, suivant l'opinion commune, donnèrent lieu à l'hérésie des Prédestinatiens.
Les plus durs de ces articles sont ceux qui suivent : I. Par une triste nécessité, qui est l'effet de la prédestination, les hommes sont contraints au pêché et condamnés à la mort.—1II et III, La grâce du baptême n’efface pas le péché originei dans ceux qui ne sont pas prédestinés à la vie, et il ne leur sert de rien de tenir une conduite juste et sainte. — VI et XV. Le libre arbitre ne fait rien dans les hommes ; c’est la prédestination qui agit en eux, soit pour le bien, soit pour le mal.— VIII et IX. Le Sauveur n’a pas été crucifié pour la rédemption de tout le monde, et Dieu ne veut pas le salut de tous les hommes, mais seulement de quelques-uns qui sont prédestinés.-— VII et XII. Dieu ôte la grâce de l'obetssance à des justes qu’il a appelés, et leur refuse la persévérance,
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[An 430] DE L'ÉGLISE. — LIV, XIV. 345
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dition par. la prédestination et la divine prescience, Tels sont les points capitaux et précis de Ja doctrine qu'on donnait pour celle de S. Augustin, afin de le décrier et de persuader qu'il s'était écarté de la foi catholique dans ses derniers ouvrages. |
Prosper, son illustre et zélé disciple, n° épargna rien pour venger l'honueur de son maître. Il ne faut qu'ouvrir sa réponse aux objections des Gaulois, puur se convaincre qu'il y a une distance infinie de la doctrine du maître et du disciple à celle de tous les Prédestinatiens. Cependant l'apologiste, en confondant la calomnie, se mit personnellement à dos les calomniateurs, Un nommé Vincent, que certains critiques ont trouvé expédient de donner pour Vincent de Lérins, compté parmi les saints dans le Martyrologe, publia contre Prosper des imputations semblables à celles dont on noircissait la mémoire du docteur de la grâce. Prosper répondit avec une justesse et une précision admirables, sans jamais donner dans un excès, en évitant l'excès opposé. En prouvant contre les Semi-pélagiens la gratuité ainsi que la nécessité de la grâce, partout il a soin de montrer en Dieu la volonté sincère de sauver tous les hommes. Aussi telle fut la persuasion publique touchant sa manière de penser à cet égard, qu'on lui a long-temps attribué l'ouvrage d'un auteur inconnu, intitulé de la Vocation des Gentils, et qui exprime clairement la plus saine doctrine.
Prosper eut encore le courage d'attaquer les conférences de Cassien , malgré la haute réputation de l’auteur. Il employa contre lui l’autorité des conciles d'Afrique et d'Orient, ainsi que les constitutions des papes Innocent et Zozime. C'est ce que son génie poétique exprime en ces termes figurés : « Voyez-vous que d'invincibles constitutions du siége apostolique mettent vos raisonnemens en poudre, et que vos retranchemens sont ruinés, comme les murs de Jéricho, par le concert des trompettes sacerdotales ? »
Enfin Prosper porta le zèle j jusqu'à entreprendre le voyage de Rome, afin de mieux faire connaître au chef de l'Eglise ie péril où se trouvait la foi en plusieurs endroits des Gaules. La principale cause du mal était la liberté que s’arrogeaient de simples prêtres, d'enseigner sans consulter les évêques, et de s'ériger, au préjudice de l’épiscopat, en juges de la doctrine. On voit en effet dans une lettre pontificale, adressée vers le même temps aux évêques de Gaule en général, et nommément à ceux de Marseille et du voisinage, que le saint pape Célestin les reprend vivement de leur négligence à réprimer l'orgueil de leurs prêtres, et à les tenir dans
346 HISIOIRE GÉNÉRALE [An 43v] la soumission qu'ils leur devaient, dit-il formellement, à raison de leur dignité". Venant ensuite aux mauvais effets de cette indépendance et de la témérité qui en était le principe, il fait en ces térmes l'apologie de S& Augustin contre les calomnies des prêtres de Gaule : « Augustin de sainte mémoire a toujours été dans notre communion, et jamais le moindre nuage n’a terni ni sa foi ni ses mœurs. On a toujours eu de lui l'idée la plus avantageuse, et il n'était pas moins chéri que révéré de tout le monde. Pour sa science, elle fut telle, que mes prédécesseurs mêmes, je m'en souviens, le comptaient au nombre des meilleurs maîtres. »
A cette lettre sont joints neuf points de dogme touchant la grâce et le libre arbitre, que l'on voit cités assez peu de temps après, comme faisant parte de la même lettre, et dont il paraît néanmoins que S. Célestin n'est pas lui-même l’auteur. Mais on a lieu de croire qu'il avait chargé S. Prosper où S. Léon, alors diacre, de réduire ainsi à certains chefs la doctrine de l'Eplise sur le péché originel, sur la nécessité de la grâce, tant par la foi et le commencement de la bonne volonté, que pour les œuvres du salut, enfin sur les tentations et les mérites des saints. Rien n’était plus propre à justifier la doctrine de S. Augustin, que de lui donnet pour base les décisions des conciles confirmés par les souverains pontifes. En effet, ces neuf articles ne sont que le recueil des'autorités des conciles d'Afrique et des papes Innocent et Zozime, touchant les matières décidée: comme de foi.
Quand aux assertions ultérieures des savans qui, en combattant les hérétiques, ont pénétré plus avant dans les difficultés de ces questions, on déclare qu’en se gardant bien de les mépriser, ôn ne juge pourtant pas nécessaire de les confirmer *. On se contente de déclarer, qu'on ne doit point absolument regarder comte orthodoxe, ce qui paraîtra contredire les règles qu'on vient de voir établir sur les sentences du siége apostolique tou- Chant les effets et la dignité de la grâce. Il est donc constant qu'en prenant la défense, soit des docteurs catholiques en général, soit du docteur de la grâce en particulier, l'auteur ou le rédacteur des articles n'a pas prétendu que l'Eglise eût apposé le sceau de son éutorité à tout ce qu'ils ont écrit. [1 lui suffisait d'établir qu'ils n'avaïent rien enseigné de contraire à la foi, touchant les matières de ‘a grâce et de la liberté. Concluons par une réflexion qui trorive ici place d'une manière bien naturelle : Si là doctrine de S. Au gustin tire ‘tant d'autorité de sa conformité aux décisions de da multitude des évèques, confirmées par les souverains pontites,
‘'Cel. Epist. ad Ep. Gall. de Grat. —.? Ibid. c. 13.
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(An 430] DE L'ÉGLISE, — LIV, XIV. 347 est-il bien logique de vouloir ériger en dogmes des opinions contraires à des décisions toutes pareilles, parce qu'on imagine voir dans S. Augustin ce que ni pape ni concile n’y ont jamais vuf
Pour laisser enfin une idée nette de la doctrine du défenseur de ia grâce contre les Pélagiens et les Semi-pélagiens, nous allons réduire brièvement tout ce que nous en avons dit jusqu'ici, à quelques points capitaux, qui feront voir d'un coup d'œil, si l’on peut s'exprimer ainsi, tout le système de S. Augustin. Qu'on se rappelle d’abord que Pélage, Célestius et tous les Pélagiens rigoureux nièrent constamment la nécessité absolue du secours de la grâce intérieure de Jésus-Christ pour vouloir et faire le bien dans l’ordre du salut. « Je n’ai pu trouver nulle part, dit expressément S. Augustin, même après que le pélagianisme eut été condamné par le pape Zozime, je n’ai trouvé nulle part que Pélage ait confessé la nécessité absolue du secours intérieur et prévenant de la grâve de Jésus-Christ pour la volonté et pour l'action. S'il reconnaissait, poursuit-il ‘, que Dieu nous aide ainsi, tant pour vouloir yae pour agir, et de telle manière que sans ses secours nous ne voulons et nous ne faisons rien de bien, et que telle est la grâce de Dieu par Jésus-Christ, il ne resterait plus entre nous, à ce qu’il me paraît, aucun sujet de dispute. » Dans le dernier ouvrage de ce docteur, appelé Ouvrage imparfait, parce que la mort l'empêcha de le finir, il fait encore consister le poison de l'hérésie des Pélagiens dans leur obstination à nier que la volonté de l'homme ait besoin d'une grâce qui soit un secours intérieur et gratuit pour l'opération du bien.
Pour les disciples mitigés de Pélage, nommés communément Serni-Pélagiens, ils ne s'élevaient pas directement contre les décisions des conciles d'Afrique confirmés par la vénérable «et suprème autorité dés papes. Nous avons même vu que les prétres de Marseille, imbus des nouvelles opinions, marquaient beaucoup de respect et de soumission pour les constitutions apostoliques, dans lesquelles Rome ne s'était pas encore formellement expliquée sur les subtilités artificieuses, qu’il n’était pas naturel de soupconner *. Ces prêtres ne faisaient aucune difficulté de reconnaître, avec tous les Semi-pélagiens, la nécessité de da grâce, pourvu qu'on reconnût aussi dans l'homme une bonne volonté qui précédât ce secours, et qui cherchât ce remède à ses blessures. Tels soni le témoignage et les expressions d'Hilaire, cet autre disciple qui, pour la défense de S. Augustin, seconda si bien le zèle de S. Prosper, S. Augustin nous apprend lui-même quelle fut
‘ De Grat. Chr. © 47. — ? Epist. ad Aug.
348 HISTOIRE GÉNÉRALE [An 45u} l'erreur des Semi-pélagiens, lorsqu'il nous dit qu'elle ne différait en rien du préjugé où elle avait été autrefois, que la foi n'était pas un don de Dieu ; qu'au moins, pour ses commencemens, la grâce n'était pas nécessaire. On peut remarquer, en passant, combien cette hérésie était différente des tableaux imaginaires qu’en ont tracés, dans les derniers siècles, des novateurs intéressés à 10ter injurieusement les orthodoxes les plus zélés à les contredire. En conséquence des principes que le docteur de ia grâce a principalement et constamment établis contre les Pélagiens et les Semi-pélagiens, il est clir, et c'est le troisième chef de sa doctrine, que , dans l’état présent de la nature dégradée, l'homme a un besoin absolu de la grâce intérieure de Jésus-Cl rist, On ne peut, sans une erreur formelle, soustraire à son influence la moindre action surnaturelle, les commencemens même de la foi, rien de ce qui dispose au salut. S. Augustin dit encore que ces hommes peuvent accomplir les préceptes, s'ils le veulent, mais que c’est au Seigneur à préparer leur volonté. Partout il enseigne , comme un point incontestable de la doctrine catholique, que cette grâce, où celle qui peut l'obtenir, ne manque jamais aux justes. La grâce qui prépare ainsi les cœurs, loin de détruire le libre arbitre, l'établit au contraire, puisqu'elle seule lui rend le salut possible, puisqu'elle seule peut lui faire pratiquer les œuvres qui le méritent. « Toutefois, en donnant ainsi le pouvoir de faire le bien, dit expressément le saint docteur, elle n’en impose pas la nécessité; mais il dépend de la volonté de consentir ou de ne pas consentir. » Par une autre conséquence des principes de S. Augustin, la grâce n'est pas tou‘ours suivie du consentement de la volonté, qui peut lui résister, et qui ne lui résiste en effet que trop souvent, « Or, quand elle lui résiste, dit le saint docteur, ceux qui refusent de suivre la voix qui les appelle, n'en doivent imputer la faute qu'à eux-mêmes, par ce qu'ils sont appelés de manière à pouvoir suivre librement; et ceux qui suivent ne doivent pas s'en attribuer la gloire, puisqu'ils n’ont suivi que parce qu'ils étaient appelés de manière à ne pas refuser leur consentement. » La grâce de la persévérance finale et de la prédestination n'en est pas moins certaine, la prédestination des saints, selon le saint docteur, consistant dans la sage distribution des divins bienfaits, par lesquels ceux qui sont sauvés le sont très-s'irement. La prédestination est tout-à-fait gratuite : c'est la seule miséricorde du Seigneur qui l'engage à appeler ceux qui sont élus, de manière à ce qu'ils ne méprisent pas la voix qui les appelle, et tous ne sont pas appelés de la sorte, Quelle en est la cause? Nulle intelligence créée ne peut l’assigner; elleest impénétrable, mais elle n’est pas injuste.
[An 45} différait 1 n'était riens, la t, comes qu’en és à notredire.
grâce a is et les sa docmme à , On ne a moin- Ci, rien ommes 1e c’est comme grâce, a grâce re, l'éssible, e mérien, dit essité; entir. »
tin, la plonté , uvent, i refuter la ière à as s'en talent grâce st pas docs, par bstinagneur qu'ils as apcréée juste,
TAn 430] DE L'ÉGLISE. — LIV. XIV. 349 Le docteur de la grâce, ainsi que l'Apôtre, n'a que ces deux mots à répondre à cette question : © profondeur! Peut-on soupconner d'iniquité le Dieu de toute justice?
Enfin, comme il y a deux sortes de préceptes, l’une d'observer la justice , l’autre de la porter à sa perfection; il y a de même deux sortes de péchés. Autre chose, dit le saint docteur, est l’accomplissement de ce précepte : Tu ne convoiteras point ; autre, l’observation de celui-ci : Ve suis pas tes convoitises. Nous n’entrerons pas dans l'explication de ce dernier article; elle demanderait un développement et une étendue qui nous feraient sortir des bornes que nous nous sommes prescrites. Mais il suffit d'en rappeler l'objet, pour faire comprendre en quel sens le docteur de la grâce dit qu’il y a des péchés nécessaires, et que la liberté a péri par le péché d'Adam. Si l'on a inféré de quelques expressions générales, que la grâce d'éviter le péché est refusée même aux justes; ces péchés nécessaires sont ceux qui consistent, non pas à suivre ses convoitises, mais à n'en pas ressentir les premiers mouvemens : fautes improprement dites, et qui nous rendent malheureux, sans nous rendre coupables. De là, par une conséquence évidente, et selon les termes exprès du docteur de la grâce, la liberté qui a péri est celle qu'on avait dans le Paradis terrestre, d'obtenir avec l’immortalité la perfection de la justice. De là aussi, la grâce refusée aux justes est celle dont manquait l’Apôtre, quandil s'écriait : J’ai la volonte de faire le bien, mais je ne trouve pas a le faire parfaitement. Car quelle est cette perfection du bien, reprend le saint docteur, sinon l'exclusion absolue du mal, ou l’accomplissement de cette loi : Tu ne convoîiteras point P
Tels sont les points les plus importans de la doctrine de S. Augustin, sur qui neus avons cru pouvoir nous étendre, plus que nous ne l'avons fait sur aucun autre de: écrivains ecclésiastiques. [l tient parmi eux un rang si distingue; ses œuvres ont une autorité si particulière ; il a combattu des hérésies si différentes et si attentives dans tous les temps à se prévaloir l'une contre l’autre de leur défaite respe<'ive, qu’il nous a paru nécessaire d'insister davantage sur une partie si impor‘ante et si délicate de la tradition. Mais quels que soient les écueils entre lesquels : marché, sa doctrine, toujours pure et lumineuse aux yeux de quiconque saura l'approfondir, n’en paraîtra pas moins éloignée de to::: les précipices et de tous les écarts. Tels furent,de son temps les temnoignages de quatre ou cinq papes, d’un bien plus grand nombre de conciles qui tirèrent même de ses écrits la plupart de leurs décrets, de tous les plus saints et les plus célèbres docteurs de l'Orient aussi bien que de l'Occident, C’est ce que S. Prosper rend à sa
350 HISTOIRE GÉNÉRALE [An 430; manière, pur ces expressions aussi justes que poétiques : « Dans les guerres opiniâtres des Pélagiens contre l'Eglise, l'armée catholique n’a combattu et n’a triomphé que par les ma *s d'Augustin : non-seulement l'Eglise de Rome et c:!le d'Afrique, mais les enfans de la promesse, dans toute l'étendue de l'unive:s, ont été constamment d'accord avec lui sur les doses de la grâce et sur tous les autres articles de la foi. »
Con:luons : si la doctrine de ce Pére était de sin ternys celle de l'Eglise, puisque la croyance catholique ne varie jainais, cette conformité.est encore li même aujourd’hui; et pour croire comme Augustin, il faut entendre ses écrits dans un sens confnrme à l'enseignement de l'Eglise. Selon les seuls principes de la raison et de la saine critique, il faut au moins les prendre dan: leur suite, dans leur connexion et leurs différens rapport:, dans tout leur ensemble, sans esprit de contention ni de système, en y cherchant la confirmation des dogmes reçus, et non pas la doctrine singulicre dont on s'est laissé prévenir.
Vruir ce qui est du style, cet illustre Père a sans doute ses défants, comme le plus brillant des asires ne laisse pas d’avoir ses taches : mais tout homme digne de le lire et capable de le goûter, tout amateur de ce genre de beauté qui résulte de la grandeur des choses et de la justesse des proportions, sera si frappé, en l’étudiant, de l'abondance des pensées, de leur finesse tout ensemble et de leur noblesse, de leur enchaînement, de leur rapidité, en un mot de tous les grands traits de l’auteur, qu’à peine il fera attention au coloris de l'écrivain.
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