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364 HISTOIRE GÉNÉRALE [An 43] patriarche d’Antioche et à quelques autres évêques des principales églises d'Orient, et c'était le patriarche d'Alexandrie, à qui Célestin remettait son autorité pour cette affaire, qu'on chargeait de distribuer toutes ses lettres". Il: y.en avait:une aussi pour le peuple et le clergé de Constantinople, qui-avaient besoin: sinon d'exhortation, vu le zèle que toute cette grande ville montrait pour la vraie foi, au moins de consolation, attendu les violences que l'hérésiarque, toujours puissant à la cour, faisait éprouver aux personnes les plus zélées, Il y avait une lettre en particulier pour les moines de Constantinople, dont le zèle et la constance dans la foi, la patience dans les persécutions que le patriarche hérétique leur avait fait éprouver plus durement qu'à personne, méritaient cette attention particulière.
Le pape ordonna, par l'autorité de son siége, qu'on ne tint pour excommunié ou déposé aucun évêque ou clerc.qui aurait été frappé de ces censures par Nestorius ou ses partisans, depuis qu'il avait, commencé à prêcher ses erreurs : ce qui ne signifie pas cependant que N:storius ft déchu de toute juridiction depuis qu'il avait trahi son asinistère; mais que les injustes censures qu’il avait portées pour soutenir son hérésie, étaient annullées en vertu du jugement pontifical. Le pontife ajoutait qu'une affaire de ce poids aurait demandé sa présence; mais qu'à cause de la distance des lieux, il avait donné son pouvoir à l'évêque d'Alexandrie, de peur que le retard n’augmentàt la grandeur du mal. Il répète à S. Cyrille, et le charge de notifier que tous ceux que Nestorius a séparés de sa communion, demeurent dans celle du chef de l'Eglise ; que le sectaire ne peut lui-même désormais avoir part à la communion du siége apostolique, s'il continue d'en combattre la doctrine. «C'est pourquo’ ajoute-t:il, après avoir tenté tous les moyens de le ramener au bon chemin, s’il résiste, vous le condamnerez, et vous mettrez la sentence à exécution par l'autorité de notre siége, comme agissant en notre place et en vertu de notre pouvoir; en sorte que si, dans l’espace de dix jours depuis qu’il aura été averti, il n'anathématise en termes formels les impiétés de ses écrits, et ne promet de professer à l'avenir touchant l’'Incarnation la foi qu’enseigne l'Eglise catholique, vous pourvoirez sans plus de délai au siége de Constantinople, et vous signifierez à Nestorius qu'il sera retranché absolument de notre corps. »
En conséquence de cette commission, Cyrille convoqua tous les évêques de sa dépendance pour un concile qui se tiendrait, et qui se tint en effet sans retard dans la ville d'Alexandrie”, Il y fut ré-
Conc. Eph. part. 1,c. 19 et 20. — ? Ibid. c. 26.
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[An 430] DE L'ÉGLISE. — LIV. XV. 365 solu que, pour troisièmeiet dernière monition, on écrirait à Nestorius une lettre synodale qui lui déclarerait que si, dans le délai des dix jours fixés par le pape, et que l’on compterait depuis la réception des lettres qu'on envoyait, il n'abjurait ses erreurs, on ne letiendrait plus pour évêque. On exigeait une abjuration directe et formelle, sans se contenter qu'il confessât en général la foi de Nicée : « Car vous savez, lui dit-on, en interpréter le Symbole à votre manière. Il faut donc confesser, par écrit et avec serment, que vous anathématisez vos dogmes impies. » C'est pourquoi le concile inséra dans sa lettre douze formules qui condamnaient autant de faux dogmes ou plutôt autant de manières de déguiser la même hérésie; et l'on obligeait Nestorius de souscrire à ces formules. C'est ce qu'on nomme les douze anathèmes de S, Cyrille, que nous allons rapporter; tant parce qu'ils devinrent extraordinairement fameux, que parce que rien n'est plus propre à faire connaître le génie de l’hérésie, et son adresse inépuisable à reproduire la même impiété sous des faces différentes afin de donner le change. Mais autant Nestorius était habilè à se travestir, autant la sagacité de Cyrille se trouvait propre à le démasquer et à le confondre, comme onen peut juger par les articles suivans.
« 1. Si quelqu'un ne confesse pas que l'Emmanuel est véritablement Dieu, et que par conséquent la Vierge est mère de Dieu, puisqu'elle a engendré, selon la chair, le Verbe de Dieu incarné ; qu'il soit anathème.
»2, S'il en est quelques-uns qui ne confessent pas que le Verbe de Dieu le Père est uni à la chair selon l'hypostase, et qu'avec sa chair il ne fait qu'un seul Christ, qui est Dieu et homme tout ensemble; qu’ils soient anathème,
» 3. Si quelqu'un, après l'union, divise les hypostases dans le Christ, ou ne les joint que par une connexion de dignité, d’autorité, ou de puissance, et non par une union naturelle; qu'il soit anathème.
» 4. Si quelqu'un attribue à deux personnes ou à deux hypostases les choses qu'on trouve dans les Evangiles ou dans les écrits apostoliques, dites de Jésus-Christ par les saints ou par lui-même, et qu'il applique les unes à l'homme considéré séparément du Verbe de Dieu, et les autres, comme propres de la divine majesté, au seul Verbe qui procède de Dieu le Père; qu'il soit anatnème. |
»5, Si quelqu'un ose dire que Jésus-Christ est un homme qui porte Dieu, au lieu de dire qu'il est Dieu en vérité, comme fils unique et par nature, en tant que le Verbe a été fait chair et
366 HISTOIRE GÉNÉRALE [An 430] qu'il a participé comme nous à la chair et au sang; qu'il soit anathème.
» 6. Si quelqu un dit que le Verbe de Dieu le Père est le Dieu ou.le Seigneur 4 ae Jésus-Christ, et s'il ne confésse pas que, depuis que le Verbs s'est incarné on les Écritures, le même est tout ensemble Dieu et homme; qu'il soit anathème.
» 7. Si quelqu'un dit que le Verbe divin a opéré dans Jésus-Christ comme dans un pur homme, et que la gloire du Fils unique a été communiquée à cet homme, comme à quelque autre que le Verbe; qu'il soit anathème,
» 8, Si quelqu'un ose dire que l'homme que s'est uni le Verbe doit être adoré avec lui, glorifié avec lui, appelé Dieu avec lui, comme l’un étant dans l’autre (car l'addition perpétuelle et affeciée de ce mot avec donne cette pensée), et s’il n'honore pas plutôt l'Emmanuel par une seule adoration, et ne lui rend pas une seule glorification, en tant que le Vérbe a été fait chair; qu'il soit anathème.
»g. Si quelqu'un dit que notre Seigneur Jésus-Christ a été glorifié par le Saint-Esprit, comme par une vertu qui lui était étrangère, et qu'il en avait reçu le pouvoir par lequel ii chassait les esprits immondes et opérait des miracles divins parmi les hommes ; et s'il ne dit pas que l'esprit par lequel il les a opérés est son esprit propre et naturel; qu’il soit anathème.
* 10. L'Ecriture nommant Jésus-Christ le pontife et l’apôtre de notre foi, et disant qu’il s'est offert pour nous à Dieu le Père, en odeur de suavité, si quelqu'un dit, en conséquence, que notre pontife et notre apôtre n'est pas le Verbe même de Dieu, depuis qu'il s'est fait chair et homme comme nous, mais que c’est cet homme qui est né de la femme, comme si c'était quelqu’autre que le Verbe; ou si quelqu'un dit que le Christ n’a pas seulement offert son sacrifice pour nous, mais encore pour lui-même (car celui qui ne connaissait point le péché n'avait pas besoin de sacrifice); qu'il soit anathème.
» 11. Si quelqu'un nie que la chair vivifiante du Seigneur soit la propre chair du Verbe qui procède de Dieu le Père; et s’il dit que c'est la chair de quelque autre uni au Verbe quant à la dignité, et en qui la divinité habite simplement; et s’il ne confesse pas qu'elle est vivifiante, par ce qu'elle est la propre chair du Verbe qui vivifie toutes does qu'il soit anathème. »
On ne sera pas fâché de voir rapprocher de cet article un autre endroit de la lettre synodale, dans lequel les pères du concile d'Alexandrie, en confirmant que la chair de Jésus-Christ est vérita-
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[Aa 450] DE L'EGLISE,— LIV. XV, 367 blement la chair du Verbe, nous ont laissé une preuve du plus grand poids en faveur de la présence réelle de l'lomme-Diey | 4m l'eucharistie, Après avoir posé pour principe, qu'on annonce la mort et la résurrection de Jésus-Christ en célébrant dans nos temples son sacrifice non sanglant : « Nous sommes sanctifiés, ajoutent-ils, en participant à la chair sacrée et au sang précieux de Jésus-Chris., ar nous ne recevons pas cette nourriture comme une chair coimune, à Dieu ne plaise! ni comme la chair d'un hoinme sanctifié et uni au Verbe quant à la dignité seulement, ou en qui seulement la divinité ait habité; mais comme une chair vraiment vivifiante, et par conséquent comme la chair propre du Verbe, sans qui elle ne serait pas vivifiante. »
Enfin le douzième anathèm est contre quiconque ose nier que le Verbe de Dieu ait souffert ou ait été crucifié selon la chair, et qu'il ait été le premier : 4 d'entre les morts, en tant qu'il est vie e: source de la vie comme Dieu.
Tels sont les douze fameux anathèmes de $, Cyrille, ou plutôt de son concile. L'énoncé de quelques propositions y paraîtra singulier ; mais on voulait un désaveu formel de toutes les propositions captieuses et bien plus singulières de Nestorius.
Cyrille, chargé de faire parvenir les différentes lettres du pape à leur destination, députa quatre évêques d'Egypte à Constantinople, pour les remettre ta1.t aux zélés catholiques de cette ville qu'à leur indigne pasteur. Celle que Célestin adressait à Jean, patriarche d’Antioche, lui était parvenue auparavant; en sorte que Jean avait eu le temps d'avertir Nestorius. Mais s'il l'avait mal connu tandis qu'il était à À :tioche, le peu de cas que l'hérésiarque faisait de ses derniers couseils aurait bien dû le démasquer dèslors à ses yeux. Jean lui avait mandé ‘ de se tenir en garde contre l'esprit de contention et d’obstination, dans un genre d'affaire où le démon de l'orgueil s’étudie, dès l'entrée de Ja carrière, à nous faire avancer si loin que nous rougissions ensuite de reculer sur nos pas; il ajoutait qu'encore que le terme de dix jours, fixé par la lettre du très-saint père et seigneur Célestin, pût paraître court, on pouvait au fond faire ce qu'il prescrivait en un seul jour, et même en peu d'heures : qu'il ne s'agissait, en parlant de l'incarnation de Notre Seigneur, que d'user d'une expression sûre et facile à employer , consacrée pur un grand nombre de saints Pères, et la plus convenable en effet pour exprimer sa naissance de la Vierge, aussi réelle que salutaire pour nous; que Nestorius ne doit ni la rejeter comme dangereuse, ni avoir honte de commencer à
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368 HISTOIRE GÉNÉRALE [An 450] s'en servir, comme si par Jà il commençait à changer de da: :rine, « Car si vous pensez, ajoutait-il en terminant sa lettre du style le plus tendre et le plus engageant, si, comme me l'assurent nos amis coumuns, vous pensez ce que pensent les Pères et les docteurs de l'Eglise, quelle peine avez-vous à exprimer la piété de vos sentimens par un terme si propre à ies rendre? Que si l'on refusait de croire ce que signifie le nom de mère de Dieu, dans quelle erreur affreuse ne tomberait-on pas? Ne serait-ce pas là détruire toute l'économie du mystère ineffable de l'Incarnation, de la divinité de Jésus-Christ, de l’anéantissement du Fils de Dieu, qui ne s'est réduit à la forme d’'esclave que par son incompréhensible charité pour les hommes? Remettez-vous sous les yeux, je vous en conjure, mon très-cher fils, cette perspective effrayante, aussi bien que les orages qui se sont déjà élevés à votre occasion, et apprenez que de toute part ils agitent horriblement l'Eglise. » Il finit par lui nommer plusieurs évêques, ses anciens amis, entre autres Théodoret , comme ayant eu part à la minute de cette lettre, et prenant le plus vif intérêt à la cessation du scandale.
Théodoret n’était pas moins vanté pour ses vertus que pour sa doctrine ‘. On lui donna le nom de ‘'héodoret, qui signifie don de Dieu, parce que sa mère, dame encore plus distinguée par sa piété que par le haut rang qu'elle tenait à Antioche, obtint cet enfant près treize ans de stérilité, grâce aux prières d'un saint anacharète Elle rendit au Ciel ce qu'elle en avait reçu, en le consacrant au Seigneur dans un monastère près Apamée. 1l y devint si célebre par son érudition et son éloquence, qu'on l'en tira malgré lui, vers l'âge de trente-six ans, pour le faire évêque de Cyr. C'était une ville assez médiocre de Syrie, fondée, disait-on, par les Juifs au retour de leur captivité de Babylone, et nommée du nom de Cyrus leur libérateur : mais ce diocèse était de huit cents paroisses, étendue immense pour un pays et pour un temps où les siéges épiscopaux étaient si multipliés.
Théodoret ne changea point de vie en changeant d'état. L’épiscopat ne fut pour lui qu'un accroissement de travaux, qui ne lui fit rien relâcher des pratiques de la vie solitaire. Il distribua tous ses biens aux pauvres, dès qu'il en fut en possession par la mort de ses parens; ne s’en réserva pas une maison, pas un meuble, et n'eut jamais en propre que le vêtement grossier dont il était couvert; mais sous cette simplicité extérieure, il n'eut les vues et les idées ni moins grandes ni moins nobles. On remarque l'élévation de son âme et son goût pour ce qui était grand, jusque dans le choix
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{An 430] DE L'ÉGLISE. — LIV, XV. 369 de ses bonnes œuvres. Il fit construire deux superbes ponts, bâtit des galeries publiques, répara les bains, fit un aqueduc pour procurer à lu ville des eaux saines et abondantes, remit en culture les terres abandonnées. Ses travaux évangéliques sont innombrables. On ne pe'it que dire d'une manière abrégée et générale, qu'il convertit par milliers des hérétiques de toutes les sectes, et jusqu'à dix mille 'de la seule hérésie des Marcionites; qu'il n’en laissa d'aucune sorte dans son diocèse, qui en était tout rempli à son avenement, Malgré cela, il prêchait souvent à Antioche, où il faisait des séjours prolong ut evêque qu'il était : chose assez singulière pour cette €] On jugeait sans doute que la présence d’un homme di dans une ville telle qu'Antioche, était de la plus gran nce pour le bien de l'Eglise.
Nous aurons souvent occa parler des écrits de Théodoret, où l'on remarque autant d'élegance, de justesse, de profondeur, que de variété et d'érudition; mais nous devons surtout avertir que la solidité d'esprit qui s’y fait partout sentir, et le jugement exquis de l'auteur, ne permettent pas de douter de la verité des actions merveilleuses de plusieurs solitaires qu'il y rapporte, quelqu’incroyables d’ailleurs qu'elles paraissent.
Comme il avait fait connaissance à Antioche avec Nestorius, et qu'il s'était même lié d'une étroite amitié avec lui, le patriarche Jean employa son nom en écrivant au novateur, afin de ramener plus facilement celui-ci. Il ne fut pas question dans cetté lettre des anathèmes de S. Cyrille, dont ni Jean ni Théodoret n'avaient alors connaissance, et que tous deux blâmérent par la suite avec tant de scandale. Mais pour le fond de l’hérésie de Nestorius, il parait qu'ils en eurent toujours horreur. Au moins dans cette pre“ mière exhortation à l’hérésiarque, s’'employèrent-ils avec les vues
les plus droites à le faire penser et parler comme le reste de
Eglise,
Tout fut inutile: exhortations amicales, monitions des conciles, rien ne fléchit un orgueil qui ne voyait point d'extrémité plus affreuse que de convenir de ses torts. Les quatre évêques députés d'Alexandrie, lui remirent dans son église, en présence du clergé et du peuple, la lettre synodale du concile d'Egypte avec la lettre du pape‘. Il dit froidement qu'on vint le trouver le lendemain. Les députés se présentèrent en effet; mais on leur refusa la porte, et on ne leur fit faire aucune réponse. Nestorius monta peu après en chaire, prêcha sa doctrine accoutumée, avec un peu plus de dissimulation néanmoins, mais il s'emporta avec aigreur contre
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