‹ Histoire générale de l'église [microforme]Chapitre 4 sur 77 · CLOU · texte numérisé non relu

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[An 394] DE L'EGLISE. — LIV. X. gt dire, l'Italie, l'Espagne, les Gaules, les îles Britanniques, l'Afrique et l'Illyrie occidentale, ou ce qu'avaient possédé Gratien et Valentinien. Pour régent de cette partie de l'Empire durant le bas âge du nouvel Empereur, il choisit Stilicon, qu'il honorait de sa confiance et de son amitié, au point de lui avoir donné sa nièce Sérène en mariage.

Pendant que Théodose vivait encore en Italie, Ruffin, préposé au gouvernement de l'Orient, fit construire une grande église près Calcédoine, dans un bourg nommé le Chêne, le même où nous verrons bientôt S. Jean Chrysostôme condamné par les intrigues de Théophile. Ruffin se fit baptiser à la cérémonie de la dédicace, qui fut magnifique, et d'où nous apprenons que les adultes, à leur baptême, avaient des parrains aussi bien que les enfans. Cet illustre néophyte fut levé des fonts par un évêque.

Il s'était rassemblé, de diverses provinces, un très-grand nom-

bre de prélats, pour faire honneur au préfet en assistant à la consécration de son église ; et, par occasion, ils formèrent un concile pour juger le différend de deux d’entre eux, qui se disputaient le siége de Bostre, métropole de l'Arabie. Bagade en avait été déposé au profit d'Agape, par deux évêques seulement, et même en son absence. Le concile fit un décret de réglement, suivant lequel le nombre d'évêques suffisant pour la validité de l’ordination, ne l'est pas pour la déposition ; mais il faut pour cela un concile des évêques de la province, l'accusé présent. Théophile d'Alexandrie ouvrit le premier cet avis, qui fut trouvé conforme aux canons apostoliques et approuvé de tous les pères. Nectaire présidait quoiqu'en présence des autres patriarches, la séance se tenant à Constantinophe même : ce concile porte communément le nom du Chêne. On ne voit dans les actes que le nom de dix-neuf évêques, mais il est dit qu'il y en avait plusieurs autres; ces dix-neuf sont en effet tous ou presque tous métropolitains. On trouve encore parmi eux S. Amphiloque d'Icône, etS. Grégoire de Nysse, simple évêque, mais le plus estimé de la province du Pont. On nomme aussi Théodore de Mopsueste, qui, par conséquent, passait encore pour-catholique ; car on avait eu égard à la loi de Théodose du 30 juillet 38r, qui marquait expressément les prélats avec qui l’on devait communiquer, pour être réputé orthodoxe.

Quoique S. Amphiloque ne soit pas moins vanté pour la beauté et la fécondité de son génie que pour ses vertus, nous n'avons plus rien de ses ouvrages. Entre ceux de S. Grégoire de Nysse, dont après ce concile il n’est plus parlé, non plus que de S. Amphiloque, on lit une épître canonique, où les règles de la pénitence sont encore plus rigoureuses que dans celle de son frère S. Basile,

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bien qu'appuyées pareillement sur la tradition des anciens : tant il est vrai que de tout temps la pratique n'a point été parfaitement conforme sur cet objet, même dans les églises voisines les unes des

autres ! La foi reste la même, mais la discipline peut varier, et les

mœurs influent sur ces modifications. À

S. Cyrille de Jérusalem était mort quelques années auparavant, fort tranquille sur son siége sous le règne chrétien de Théodose, après y avoir été si souvent inquiété, et si souvent rétabli. Il nous reste de lui vingt-trois Catéchèses ou instructions, dont dix-huit pour expliquer le Symbole aux catéchumènes, et cinq pour instruire le nouveau baptisé sur les trois sacremens qu'il venait de recevoir. Entre mille traits précieux de la tradition qu'elles nous ont transmis, rien de plus fort et de plus concluant contre l'hérésie des Sacramentaires ou les ennemis de la transsubstantiation, que ce qu'on liten ces termes dans l'instruction quatrième : « Le Sei- » gneur changea, par sa seule volonté, l'eau en vin aux noces de » Cana; et l’on refusera de croire qu'il a changé le vin en son sang, » après qu'il a dit lui-même : Ceci est mon corps, ceci est mon sang? » Recevons-le donc avec une entière certitude, comme le corps et » le sang de Jésus-Christ ; car, sous la figure du pain, le corps vous » est donné, et le sang sous la figure du vin; afin que, participant » au Corps et au sang du Seigneur, vous deveniez un même corps » et un même sang avec lui. »

En Italie, Théodose avait employé le reste de l'année, depuis sa victoire, à consolider son ouvrage, par rapport au bien de l'Etat et de la religion. Il comptait, au commencement de l’année suivante 395, se retrouver bientôt à Constantinople, lorsqu'il fut attaqué d'une hydropisie, causée par les fatigues de la dernière guerre. Aussitôt il se souvint de la prophétie de S. Jean d'Egypte; ct, persuadé qu’il ne relèverait pas de cette maladie, il prit les dernières mesures pour le règlement des affaires. Afin d'intéresser de plus en plus Stilicon au bien de l’Empire, il résolut le mariage de la fille de ce ministre avec le jeune empereur Honorius; il régla les limites de la domination respective des deux Augustes, comme s'ils eussent été présens l’ur: et l’autre; et il fit ce testament si rempli de sentimens d’édification , où il rappelle ce qu'il leur avait constamment inculqué : que la solide grandeur et la vraie noblesse sont plus dans le cœur que dans le sang, plus dans la vertu que dans l'autorité où l'éclat de la puissance; qu'il serait déraisonnable de tenir tout le monde sous ses lois, si l’on n’était pas maître de soimême, et que, pour gouverner les hommes, il faut savoir obéir à Dieu; qu'ils devaient attendre la prospérité de leur règne, moins de la prudence de leur conseil ou de la force de leurs armes, que

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[An 395] __ DE L'ÉGLISE. —— LIV. X. 93 de la religion, qui fait le plus solide appui des empires. Nous tenons cette belle exhortation de S. Ambroise, qui l'avait entendu prononcer ‘. Il ajoute qu’ensuite l’auguste malade se tourna de son côté, et lui dit : « Telles sont les vérités que vous m'avez apprises, et que l'expérience m'a fait conserver précieusement : je vous charge d'instruire les fils, comme vous avez instruit le père. — Seigneur, repartit le saint archevêque, j'espère que Dieu leur donnera, comme vous; un esprit droit et un cœur docile : à ces conditions, je reçois volontiers la charge que vous m'imposez, et je vous réponds, non-seulement de l'instruction de ces enfans chéris, mais de leur salut, »

Après sa famille, Théodose songea aux intérêts de ses sujets, et confirma le pardon à ceux qui avaient porté les armes contre lui, et dont les lettres de grâce n'étaient pas encore expédifes; puis il donna des ordres sûrs pour la diminution des impôts, telle qu'il l'avait promise. Il mourut enfin dans les plus tendres sentimens de piété, à Milan, le dix-septième jour de janvier de l’année 395, après avoir régné seize ans, et âgé seulement de cinquante. S. Ambroise exprima tout ce qu'il pensait de cet excellent prince, dans l'oraison funèbre qu'il en fit, en célébrant un service solennel pour le repos de son âme, le quarantième jour après son décès. Il nous apprend à cette occasion que c'était la coutume d'observer dès-lors, pour ces pieuses cérémonies, ou le septième et le quarantième jour, ou le troisième et le trentième. Le touchant orateur relève principalement les effets récens de la clémence de l’illustre défunt, et sa pénitence à jamais mémorable ?.

Tous les auteurs, païens comme chrétiens, s’exercèrent à l'envi à faire l'éloge mérité du noble et grand Théodose. Zozime fut le seul aveuglé par sa religion, au point de lui trouver des vices flétrissans, comme d’avoir été mou, voluptueux, homme de bonne chère ; d'avoir aimé l'argent, et laissé trop de pouvoir à ses eunuques. Quant à ce dernier point, la fortune excessive de l'ennuque Eutrope, qui eut beaucoup plus de pouvoir encore sous le règne suivant, peut donner quelque sorte de couleur à l'accusation. Mais pour l'attachement à l'argent, Symmaque, mieux instruit que Zozime , en qualité de contemporain, et païen non moins ardent que lui, ayant de plus tant de sujets personnels de mécontentement contre Théodose, loue tout particulièrement son désintéressement dans une épître familière écrite à un autre païen, et conséquemment peu suspecte 5. Pour le reproche de mollesse, et d'attache à

la table ou aux vains amusemens, il se détruit assez lui-même,

* Orat. de Obit, Theod. — * Ibid. n. 3, —3 Sym. 11, epist. 15.

HISTOIRE GÉNÉRALE (An 395) quand on considère la suite de la vie héroïque et laborieuse de cet empereur. Aussi le satirique Zozime est-il réduit à feindre, dans ce grand homme, je ne sais quelle contrariété de mœurs qu'il sent luimême approcher d'une contradiction absolue, ou du moins trèsparadoxale. « Je suis le premier étonné, dit-il, de ce contraste, car, dès qu'il s'agissait de quelque affaire importante, de quelque danger pour l'Etat, il retrouvait aussitôt sa valeur et sun activité, s'arrachait aux délices , affrontait les hasards et les fatigues , et les sup: portait avec constance. »

Le sophiste Thémistius élève au contraire Théodose au-dessus des plus grands personnages de toute l'antiquité *. Aurélius-Victor, en le comparant à Trajan, l'idole et la merveille des Romains, ajoute qu'il en eut toutes les bonnes qualités, sans en avoir les défauts ; qu'il était, comme lui, grand et bien fait, avec les mêmes traits de visage, le même air de majesté, les yeux tout à la fois doux eë vifs, l'humeur gaie, l'esprit affable et populaire; plein de bonté pour tout le monde, et accueillant particulièrement les savans, pourvu qu'ils ne fussent point satiriques; enfin d’une valeur invincible, d’une ardeur infatigable et d’une vigilance à l'abri de toute surprise. Mais il eut en aversion les vices de Trajan, poursuit le même auteur, spécialement l'amour du vin et des choses honteuses *. Il porta la pudeur jusqu’à exclure des festins, par une loi formelle, les personnes immodestes, ou seulement trop parées. 1] étendit la tempérance jusqu'aux passions subtiles de l'esprit, te! 5s que la vaine gloire et l'ambition ; ne faisant la guerre, tout habile qu'il était, que quand il s'y trouvait forcé, affectant de blâmer en chaque rencontre Sylla, Marius, et tous ces génies audacieux, si généralement exaltés, auxquels il voulait s'imposer par-là une sorte de nécessité de ne jamais ressembler. Il détestait encore davantage les traîtres et les ingrats, comme tous ses procédés à l'égard de Valentinien l'ont si bien fait voir.

On ne peut nier qu’il ne se soit mis facilement en colère. Mais si l'on eut jamais raison de dire que la vivacité du tempérament en

annonce Ja sensibilité et la bonté, ce fut surtout pour ce prince, qui ne commit, pour ainsi dire, que des fautes heureuses, et dans qui les promptitudes de quelque instant faisaient infailliblement place aux traits les plus signalés de clémence, à la bienfaisance, au repentir héroïque. Ce qu'on peut ajouter à tous les éloges des anciens écrivains, et ce qui caractérise peut-être uniquement Théodose entre les bons princes, c’est qu'il devint presque toujours meilleur, à mesure que le temps et les succès accrurent sa puissance,

8 Lib, p.775. — 3 Themist. Or. 15 ot 29, — 3 Aurel. Vict, Epit. in fi:,

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[An 395] DÉ L EGLISE. — LIV, X. 95 Dans l'intérieur de sa cour et de sa famille, où les plus grands

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toujours égal à lui-même, aimant ses enfans avec tendresse et avec décence, ses amis avec autant de cordialité que de dignité, et sa femme avec des égards nobles et une intimité qui ne dégénéra jamais en familiarité. Tel fut cet empereur, que nul de ses prédécesseurs, sans excepter Constantin, ne surpassa, n'égala peut-être. et qu'on proposera éternellement pour modèle à ceux qui voudront réunir dans leur personne les vertus politiques, militaires et religieuses. Il posséda le dernier toute l'étendue de la domination romaine sur l'Orient et sur l'Occident, qui depuis son règne ne se virent plus soumis aux lois d'un seul maître,

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