‹ Histoire générale de l'église [microforme]Chapitre 45 sur 77 · TRES · texte numérisé non relu

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Lin 449) DE L'ÉGLISE. -— L!V. XVI, 445 .nême scandale, en abhorrant aussi l'impiété dans le fond de ‘sur cœur, Le patriarche Domnus se rétracta aussitôt, et fut dépasé, On ne parle plus de lui depuis cet événement; mais on croit qu'il retourna au monastère de S. Euthymius, et qu'il y termina peu après sa carrière. On mit en prison Eusèbe et Flavien. Ceux qui teur demeurèrent unis furent envoyés en exil. Il y en eut quelques autres de déposés, savoir, Ibas d'Edesse en Mésopotamie, son neveu Daniel de Carres, Aquilin de Biblis, Savinien de Perre, et Théodoret, quoique absent.

Au milieu de cette confusion et de la défection presque universellc de ces lâches pasteurs, on ne laissa pas que de voir quelques dignes évêques, même parmi les Egyptiens. On entendit quelquesuns d’entre eux s’écrier : « Que craint donc le vrai fidèle ? Le martyre a-t-il rien d’horrible pour lui? qu'on prépare les feux et les tortures, et l'on verra ce que nous pouvons en celui qui nous fortifie. » Les légats refusèrent constamment de souscrire, et le diacre Hilarius, ayant trouvé moyen de s'évader, se rendit en Italie par des chemins détournés. Le patriarche Flavien dit qu'il en appelait à l'évêque de Rome, et fut envoyé en exil à Hypèpe en Lydie; mais auparavant il fut si cruellement battu, principalement par Barsumas et ses moines, et scion quelques auteurs, il reçut de Dioscore même tant de coups de pied dans l'estomac, qu'il mourut au bout de quelques jours; acquérant ainsi la couronne du martyre, non par la main des idolâtres, mais par celles d'un évêéque et d'un abbé qui se donnaient pour les défenseurs de la foi,

Cependant le pape Léon était fort inquiet de ce qui se passait . dans ce malheureux concile, auquel il n'avait consenti que malgré lui. Il fut bientôt confirmé dans ses pressentimens par le retour de son archidiacre Hilarius , qui arriva heureusement à Rome sur la fin de septembre. Comme on y tenait tous les ans un concile au commencement d'octobre, on y délibéra sur les moyens d'arrêter les progrès du scandale en Orient. On écrivit de toute part pour ranimer le zèle dans un si grand besoin, et pour consoler les prélats opprimés. L'er:ceruur Thécdose continuant à ne voir que par les yeux de <::1 eunuque, et ayant déjà autorisé par édit le conciliabule, ! .trépide Léon lui iranda nettement , que le mystère de la foi chrétienne venait d'être sac:ilégement profané à Ephèse; qu'il le conjurait d'employer tout son pouvoir à réparer un si «norme scandale, au moins de tout laisser en état jusqu'à l'assemblée d’un nouveau concile de tous les évêques du monde, En attendant, il rassembla ce qu’il put d'évêques à Rome, annuls

* Epist. 25.

&46 HISTOIRE GÉNERALE [An 349) avec eux tout ce qui s'était fait quant aux objets de religion, et pria le prince de révoquer son édit,

Ces remontrances n’attirèrent qu'une froide réponse. Les représentations que l'empereur Valentinien fit de son côté, ne furent guère plus efficaces. Il était venu de Ravenne à Rome, pour la fète de S, Pierre, avec les impératrices sa mère et sa femme. Au milieu de la solennité, comme ils étaient à l'église, le pape se présente à eux, en se détachant de l'autel, avec un nombreux cortège d'évèques qui avaient coutume de se rendre à Rome pour cette cérémonie. Il peint vivement le crime et le malheur d'Ephèse, conjure les larmes aux yeux ces personnes augustes d'écarter l'orage auquel l'Eglise se trouve exposée, de faire concevoir un juste effroi de ce péril à l'Empereur d'Orient , et de lui faire sentir, vu l'état présent des choses, la nécessité d’assembler un concile général en Italie. Valentinien écrivit encore à Théndose ‘, le pria en propres termes de maintenir la dignité de S. Pierre et T ancienne primauté de l'évêque de Rome sur toutes les égli ses, pour juger de la foi et des évêques. « C’est, dit-il, en conséquence de cette prérogative, reconnue dans les plus célèbres conciles, que l'évéque de Constantinople vient d'appeler au pontife romain. Je vous prie donc de trouver bon que les évêques de toutes les régions s’assemblent en Italie, et que le pape, prenant connaissance de toute la cause de Dioscore et d'Eutychès depuis son origine, en porte un jugement conforme à l'équité et à la foi. » On trouve encore dans cette lettre, tout pieux qu’en est l'objet, un reste indécent de la superstition païenne, dans le titre de divinité accordé à l'empereur d'Orient par celui d'Occident, quoique lé sens de cette expression fût déjà bien différent de ce qu'il avait été. Les deux Impératrices appuyèrent fortement la lettre de Valentinien, en écrivant chacune de son côté *.

Toutes ces sollicitations eussent été vraisemblablement sans ef-

fet, si la Providence, pour le bier de son Eglise, n’eût enfin dépouillé Chrysaphe de la confiance et de la faveur impériales, dont il faisait un si pernicieux usage *. Il fut recherché sur ses concussions et ses violences, trop publiques pour être plus. long-temps dissimulées, et trop criantes pour n'être pas punies; d'autant mieux que le poids de la fortune, que cet homme, né pour un tout autre sort, ne pouvait plus porter, devenait aussi fort à charge à celui qui en était l’auteur. Il fut condamné à l'exil, et bientôt après à la mort,

‘ Tom. 1 Conc. act. c, Calc. — * Marcel. Chron. an 450. — * Nicephor. I. xiv, c. 19.

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Lâu 45] DE L'ÉGLISE, — LIV. XYI. 449

Quand l'Empereur fut revenu à luimême et à son bon naturel, il rendit son amitié à sa sœur Pulchérie, avec les démonstrations les plus touchantes et bien des regrets du passé. I] l'associa de nouveau à l'Empire et lui laissa tout pouvoir de remédier aux maux de la religion, Aussitôt ils prirent de concert de sages mesures pour la convocation du concile que le pape souhaitait. Théodose écrivit lui-même à Léon, pour le prier d'approuver l’élection d'Anatolius, quoiqu'ordonné par Dioscore pour le siége de Constantinople : ce que le prudent pontife crut ne pas devoir refuser, toutefois après s'être assuré des dispositions d'Anatolius, autant qu'il convenait de le faire pour le successeur de Flavien, martyr de la foi, et pour le protégé de Dioscore.

Théodose ne reçut point la réponse de sa lettre au pape, étant mort auparavant d'une manière que le public ne manqua point de prendre pour le châtiment de sa funeste indulgence envers deux hérésiarques. Il se promenait tranquillement près la ville, lorsque sun cheval l'emporta tout-à-coup : il tomba, et fut relevé sur-lechamp; mais il avait les vertèbres rompues, et en mourut la nuit suivante,

Il était âgé de quarante-neuf ans, il en avait régné quarante-. un : règne long pour un prince qui ne sut ni se conduire ni choisir ses conducteurs. La pieuse Pulchérie , depuis ie renouvellement de sa faveur, ne prit pas moins de soin de la conscience de son frère que de ses états. On observa que, si autrefois il avait fait autant de prières et d’aumônes, jamais il ne fut si attentif que dans ces derniers temps de sa vie à la sanctifer par des œuvres dignes d'un prince solidement chrétien. Heureux surtout alors d’avoir écouté Pulchérie, et d'avoir ainsi expié, comme il est à présumer, des fautes que la sphère médiocre de son génie peut bien diminuer, mais que son inapplication ne permet pas d’excuser totalement! C’est de Théodose le Jeune que le Code Théodosien prend sa dénomination, non que ce prince ait fait toutes les lois qui y sont contenues, mais parce que ce recueil des constitutions des empereurs chrétiens fut composé par son ordre. Les lois qui regardent la religion sont rapportées dans les derniers livres.

L'impératrice Eudoxie, veuve de Théodose, quitta la cour à la mort de son époux. = 5e retira à Jérusalem. Elle y sanctifia ses dernières années p:» |: retraite et l'exercice continuel des vertus, après y avoir recouvré la vraie foi, sans laquelle, selon S. Augustlu, 1) arrive à peine que les vertus soient autre chose qu'une vaine apparence et un fantôme. Ses entretiens avec les plus parfaits

! Mercel. Chron. an. 450

HISTOIRE GÉNÉRALE [An 450} solitaires, particulièrement avec S. Siméon Stylite et S. Euthymius, la rapprochèrent insensiblement des principes de l'ancienne croyance, et lui firent abjurer les nouveautés d'Eutychès assez long-temps avant sa mort, pour avoir tout le mérite de cette résolution généreuse. Elle s'était sine: n°1 récunciliée avec l'Impératrice sa belle-sœur, à qui clic «1. ya une image de la Vierge qui passait pour avoir été peinte par S. Luc.

Pulchérie, demeurant ainsi la seule maîtresse de l'Orient, fit élire Marcien empereur, et pour le revêtir d'une splendeur nécessaire au bien de l'Empire, elle l'épousa, mais à condition qu'elle demeurerait vierge. Il n'y avait rien en cela qui sit contraire, du moins aux règles de la prudence chrétienne ; la princesse ayant déjà cinquante-un ans, et Marcien étant également vertueux et avancé en âge. OC raconte de lui que, se trouvant, dans sa jeunesse, à la malheureuse expédition d’Aspar contre les Vandales, il demeura prisonnier, coinme la plupart des officiers distingués, et que le roi Genséric, en les examinant, vit un aigle s'arrêter audessus de la tête de ce jeune homme de bonne mine : augure méprisable dont vraisemblahlement le roi fut seaucoup moins frappé que de la physionomie avantageuse de son captif, Quoi qu'il en soit, il crut voir en lui quelque chose d’extraordinaire, le mit en liberté , et en le congédiant il lui fit promettre de ne point faire la guerre aux Vandales ", Marcien fut proclamé empereur le vingtquatre d'août de l'an 450. Dès le commencement de son règne, il condamna aux peines ordonnées anciennement contre les hérétiques, les clercs et les moines attachés à l’hérésie d'Eutychès, qu'il confondait avec celle d'Apollinaire. Il se déclara de même contre l'idolâtrie, dont il défendit toutes les ohservances, sous peine du dernier supplice et de confiscation des biens. Aussitôt après son élection, il écrivit religieusement au souverain pontife, comme au vicaire de Jésus-Christ, et il entra dans ses vues concernant la nécessité d'assembler un concile général.

Le pape Léon envoya, dans ces conjonctures, des légats à Constantinople pour traiter plus sûrement de | sifaire d'Anatolius, avec l'empereur Théodose, qu'il erry + encore en vie; ils fuint accueillis par Marcien et Pulchérie, «comme on devait l'attendre de leur religion. Anatolius fit en concile la profession de foi la plus pi écise, dit anathème à Eutychès comme à Nestorius, et souscrivit avec respect la lettre du pape au patriarche Flavien. L'Empereur fit rapporter à Constantinople le corps de ce martyr, que l'on commencait à révérer comme tel, et qu'on déposa ho-

FEvagr. v, ce. 21 et 22: Niceph. XIV, 55.

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[Aa 45v] DE L'ÉGLISE. — LIV, XV 449 norablement dans la basilique des Apôtres, On expédia au plus tôt des ordres, afin de rappeler les autres prélats exilés pour la même cause que Flavien ; et Théodoret fut compris dans ce nombre. Le siége de Dorylée avait déjà été rempli : l'évêque Eusèbe, à qui l'on avait donné un successeur pour prix de son ardeur à défendre la foi, s'était réfugié à Rome, comme dans son plus sûr asile; il n’en sortit que pour venir au concile, qui le rétablit duns son siége.

[l était question de célébrer ce concile avec une solennité qui remédiât au scandale de celui d'Ephèse; mais il ne s'agissait pas, ainsi que s’en exprima le docte Léon en écrivant à l'empereur Marcien”, d'examiner de nouveau le mystère du salut, comme si l'on pouvait encore douter de ce qu'on devait croire. « Il ne reste plus autre chose à faire, ajoutait-il, que de considérer à qui et comment on doit pardonner, parmi cenx qui reconnaissent leur faute.» Le pontife représenta aussi que, dans l'agitation où se trouvait l'Occident , plus exposé que jamais à la fureur des Barbares, et principalement des Huns, les plus féroces de tous, il était à souhaiter qu'on pût différer le concile, parce que les évêques d'Occident n° pouvaient s'y rendre, tant que leur absence pouvait être si dangereuse pour les églises menacées d’un pareil fleau, .

L'Emp ‘our crut qu'on ne pouvait retarder, sans des inconvéniens plus grands encore. Outre les motifs de religion, sa politique Eélirée le pressait, avant toute chose, d'étouffer la fermentation et les tr bles qui ne commencent le plus souvent dans l'Eglise que pour agiter plus violemment ensuite les états. Mais il ne fit rien qu'avec les plus grands égards pour l'autorité sacrée du pontife. Avant même de procéder à la convocation, il écrivit au pape de lui mander s'il ne pouvait pas venir en personne au concile, afin qu’on indiquât sans délai le lieu de l'assemblée aux évêques de l'Orient, de la Thrace et de l'Illyrie, et qu'ainsi réunis ils pussent efficacement pourvoir au bien de la religion et de la foi orthodoxe, selon ce que sa sainteté aurait défini conformément aux règles ecclésiastiques.

Léon, dans sa réponse, exhorta l'Empereur à signaler toujours le même zèle pour la conservation de la foi, et à protéger les légats qu'il envoyait pour tenir sa place. Il écrivit en même temps aux pères du concile, quoique le lieu n’en fût pas encore fixé. La lettre était conçue en ces termes * : « J’eusse ardemnient souhuité, mes très-chers frères, pour l'honneur du sacerdoce, que ses

* Epist. 41. — ? Epist. 47.

HISTOIRE GÉNÉRALE [An 45!

membres divers soutinssent la vraie foi avec une constance uniforme, et que ni la terreur, ni la faveur des puissances du siècle n'en détournât aucun du chemin de la vérité, Mais puisque la divine miséricorde est plus grande que nos fautes, et que le Seigneur suspend sa vengeance pour donner lieu à notre repentir, il nous faut seconder le dessein du religieux Empereur qui veut nous rassembler, pour renverser les piéges de Satan et rétablir la paix de l'Eglise, en conservant les prérogatives d'honneur et de puissance du bienheureux apôtre Simon-Pierre. Il m'a invité à venir moi-même au concile; ce que ne permettrait pas le malheur des temps, quand d'ailleurs tel serait l'usage. Pensez toutefois que, dans la personne de nos frères Paschasin et Lucence évêques, Boniface et Basile prêtres, tous quatre députés du Siége apostolique, je préside véritablement à votre concile, et que vous ne pouvez me regarder comme absent, moi qui suis présent dans mes vicaires, et depuis plus long-temps encore par mes lettres et ma persévérance à publier la vérité orthodoxe; de manière qu'il ne vous est pas possible d'ignorer ce que l'ancienne tradition a transmis à notre Eglise. »

Ici il les rappelle à la confession de foi contenue dans son épître à Flavien, suffisante, dit-il, pour confondre tant l'impiété nestorienne que celle d'Eutychès. Il leur recommande ensuite d'user d'indulgence, et de ne priver, ni de leurs places ni d'aucun rang d'honneur, ceux qui abandonneront les nouveautés, sauf néanmoins les droits des orthodoxes que les novateurs auraient envahis, et qu'il est bien plus convenable de restituer suivant les règles de l'équité, que de céder par un excès de condescendance, Il joignit aux autres légats Julien de Cos, que des critiques, trèsestimables d’ailleurs, ont confondu mal à propos avec Jule de Pouzzoles, qui avait assisté au conciliabule d'Ephèse'. Mais nous ne voyons pas qu'il ait eu part à la présidence, soit parce qu'il n’était pas nommé dans la lettre du pape au concile, soit qu'étant soumis, en sa qualité d'évêque de l'Hellespont, au patriarche de Constantinople, celui-ci avait eu peine à le voir siéger avant lui. On ne trouve pas non plus que le prêtre Basile ait réellement présidé, sans qu’on puisse en assigner le motif,

L'Empereur avait d'abord indiqué pour le lieu du concile la ville de Nicée, si respectable depuis la proscription de l'arianisme sous le grand Constantin; mais il choisit ensuite Chalcédoine, parce qu'il voulait y assister, et qu'il craignait de s'éloigner du centre des affaires dans un temps où les Huns menacaient la Thrace,

! Pag. ad an. 451, num. 3.

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(An 481] DE L'ÉGLISE, — LAV, XVI, 45:

Chalcédoine était comme un faubourg de Constantinople, que le Bosphore seulement en séparait, L'abondance y régnait comme dans la capitale; l'air y était fort sain, et l'on y trouvait les agrémens avec les commodités de la vie. Hors de la ville, assez près de la mer, c'est-à-dire, à deux cent cinquante pas du détroit, s'élevait la superbe église de Sainte-Euphémie, sur une pente douce, au milieu d'une contrée fertile". D'un côté se présentait le rivage couvert de prairies, de moissons et d'arbres fruitiers de toutes les sortes; de l’autre, un vaste amphithéâtre de collines richement diversifiées et couronnées de forêts; en face, le spectacle magnifique de la ville impériale. L'église , avec ses dépendances, était d'une immense grandeur. On entrait d’abord dans un vaste péristyle, ou dans une très-grande cour entourée d'une belle colonnade; de là dans la basilique, presque aussi grande que la cour et ornée de colonnes beaucoup plus riches ; enfin dans un dôme, porté ou plutôt suspendu sur quelques piliers d'une délicatesse et d'une hauteur prodigieuse, et qui ne laissaient pas que de porter encore, dans tout le circuit intérieur, une galerie toute à jour, d'où l'on pouvait entendre commodément l'office. Sous le dôme, à lorient, était le tombeau de l'illustre martyre, sans cesse fréquenté par le concours du peuple et des grands qu'attirait une infinité de miracles.

Ce fut en ce temple auguste, si convenable pour une assemblée sainte et nombreuse, que le concile de Chalcédoine se cé- Iébra, et tint sa première session, dès le huitième jour d'octobre de l’an 451. Pour imprimer le respect et maintenir le bon ordre, il s'y trouva dix-neuf des premiers seigneurs de l'Empire. Les évêques nommés dans les actes sont au nombre de trois cent soixante; d'abord les légats du pape, Paschasin et Lucence, avec le prêtre Boniface; ensuite Anatolius de Constantinople, Dioscore d’Alexandrie, le successeur de Domnus Maxime d'Antioche, et Juvénal de Jérusalem. Mais voici l’ordre entier de l'assemblée”. Les seigneurs envoyés par l'Empereur étaient au milieu, devant la balustrade de l'autel, près laquelle il y avait deux siéges préparés, l'un pour l'Empereur, et l'autre pour l’Impératrice. A la gauche, placé d'honneur dans les conciles, étaient les légats du pape, puis le patriarche de Constantinople, celui d’'Antioche, les métropolitains et les autres évêques du Levant, du Pont, de l’Asie- Mineure et de la Thrace. À la droite, Dioscore d'Alexandrie, Juvénal de Jérusalem, Quintilien d'Héraclée tenant la place d’Anastase de Thessalonique, et les autres évêques d'Illyrie, d'Egypte

!Evagr. 11,0. 3. — ? Act. 1, p. 94.

‘452 HISTOIRE GÉNÉRALE (An 451] “et de Palestine Ainsi les partisans d'Eutychès se trouvaient placés ‘au côté le moins honorable. L'Evangile était, comme au saint concile d'Ephèse, sur un trône au milieu de l'assemblée.

Le légat Paschasin parla le premier, et requit de la part du pape, qu'il nomme chef de toutes les églises, d'empêcher Dioscore de s'asseoir dans le concile, puisqu'il s'agissait de le juger. Les commissaires de l'Empereur demandèrent ce qu'on avait à lui reprocher : «Il a usurpé, répondit Lucence, second évêque légat, l'autorité judiciaire dans l'Eglise, et il a osé tenir un concile œcuménique, sans l'autorité du saint Siége; ce qui est un attentat et un scandale sans exemple.» Le superbe Dioscore fut obligé de quitter sa place, et s'assit au milieu de l'assemblée. Aussitôt Eusèbe, évêque de Dorylée, Athanase, prêtre d'Alexandrie et néveu de S. Cyrille, et quelques autres produisirent contre Dioscore plusieurs chefs d'accusation, avec les actes du faux concile d'Ephèse. Dioscore paya d’effronterie, n'épargna ni inventions, ni mensonges, pas même les plus dépourvus de vraisembiance; et comme il avait affaire à d’habiles antagonistes qui forçaient l'imposture dans tous ses retranchemens, il fut réduit à prétexter qu'il n'avait rien fait que de l’avis des évêques. À ce propos mille cris s’élevèrent à la fois du côté .des Orientaux, qui lui reprochèrent ses violences et l’indignité de toutes ses manœuvres ; l’appelèrent le séducteur de ses frères, le persécuteur des véritables évêques et le bourreau du martyr Flavien. Les Esyptiens, extrêmement dépendans de l'évêque d'Alexandrie à cause de sa puissance presque souveraine dans cette importante province, et les évêques de la Palestine, à la suite de Juvénal de Jérusalem, qui avait eu la farblesse de trahir sa foi et sa conscience, tentèrent de justifier Dioscore, ainsi que son concile, et les esprits s’'échauffèrent de part et d'autre avec un tumulte et des clameurs extraordinaires, É

Ce fut bien pis quand on proposa d'admettre Théodoret, dont les Egyptiens ne parlaient qu'avec horreur, come d'un hérétique perfide et d’un faussaire impie. Les officiers de l'Empereur furent k obligés de prendre la parole, pour représenter que ces débatsindécens conviendraient mieux à une émeute populaire qu'à une assemblée d’évêques. Mais enfin, comme Théodorct, à l'exemple de Jean d’Antioche son patriarche, après des écarts véritablement inexcusables, était rentré dans le bon chemin, s'était détaché de Nestoriuc et réconcilié avec S. Cyrille, et que le pee, convaincr de la sincérité de sa pénitence, l'avait admis à la communion « rétabli dans son siége, il it résolu qu'il aurait place au €: , mais au milieu, en qualite à accusateur, aussi bien qu Eus.. de Dorylée. C'en fut assez pour faire sentir aux fauteurs de lu wou- cen

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[An 451] DE L'EGLISE. — LIV. XVI, 433 veauté quel cours prendraient les choses, et que ce n'était plus le règne de la violence et dé la confusion, comme à Ephèse. Aussitôt on vit les prélats faibles se détacher par troupes de leurs séducteurs, quitter le côté qu'ils occupaient, et passer, Juvénal à la tête, du côté où étaient les légats. Les accusations furent entendues et pesées mûrement, les actes du conciliabule d'Ephèse lus attention; chacun rectifiant ou suppléant, comme les supercheries des hérétiques et le besoin le demandaient. Ainsi on convainquit pleinement Dioscore d'avoir foulé aux pieds tous les canons, pour rétablir Eutychès, opprimer Flavien et Eusèbe de Dorylée,

La seconde session ou action, ainsi que s'expriment les actes de Chalcédoine, se tint deux jours après la première, savoir le dixième d'octobre. On y lut avec admiration la lettre de Léon à Flavien, qui expose avec tant de solidité et de netteté tout ce qui touche le mystère de l'Incarnation. Les évêques de l'Illyrie,et de la Palestine élevèrent néenmoins queiques difficultés sur les endroits où la distinction des deux natures est plus fortement énoncée. Mais les plus savans des pères firent sentir et comme toucher au doigt l'exacte conformité de cette doctrine avec les Symboles des conciles de Nicée et de Constantinople, et avec les passages des anciens docteurs, particulièrement de S. Cyrille, si opposé à la doctrine nestorienne, qu’on paraissait craindre. Ensuite elle fut approuvée d’une voix unanime, et regardée comme une règle infaillible de foi. « Nous croyons tous ainsi, s’écria-t-on de toute part; telle est la foi des Pères, telle est la foi des Apôtres; c'est Pierre lui-même qui a parlé par la bouche de Léon ; il faut tenir cette foi pour être orthodoxe : anathème à qui ne croit pas ainsi! Léon et Cyrille enscignent la même chose; voilà ce que Dioscore a caché: pourquoi n’a-t-on pas lu cette épitre divine à Ephèse ? » Telle fut la seconde action.

Dans la troisième, qui se tint trois jours après, il fut question de juger Dioscore dans toutes les formes canoniques. Les officiers impériaux, selon l'usage sagement établi, n’y assistèrent point. Il y eut en effet bien des chefs d'accusation, que le respect dû à l'état ecclésiastique ne permettait guère d'approfondir devant des séculiers. Il ne s'agissait pas précisément de l'adhésion d'un patriärche aux rêveries impies d’un moire hypocrite, non pas seulement de ses excès contre iles orthodoxes, des procédés révoltans qui avaient transformé un concile en un barbare brigandage : on l’accusait encore de vols, d’exactions, de distractions sacriléges sur des legs pieux, détournés en faveur de comédiennes et de femmes de mauvaise vie; de plus, d’être un homicide, un incendiaire, un impudique sans frein et sans nulle crainte du scan-

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454 HISTOIRE GÉNÉRALE (An 451] dale; d'avoir poussé l'audace jusqu’à dérober le blé que l'Empereur avait donné pour les églises de Libye dans une extrême disette, en sorte qu'il s'était passé beaucoup de temps sans que le sacrifice terrible et non sanglant eût été célébré. Ce sont les propres termes de l'accusation, dont l'adresse était conçue en ces mots : 4u trés-saint et tres-heureux patriarche œcuménique de la grande Rome, Leon, et au saint et œcumenique concile assemblé a Chalcédoine.

Mais l'accusé ayant vu, dès la première session, que les choses prenaient pour lui un très-mauvais cours, ne paraissait plus au concile. En vain lui fit-on les citations accoutumées : il paya de mauvaises défaites, qui se détruisaient les unes et les autres. Sitôt qu'on en eut fait le rapport, les légats demandèrent à l’auguste assemblée quel châtiment méritait un pareil évêque. A l'instant on répondit de toute part qu’il était digne de toute la sévérité dont usaient les canons contre les impies qui les foulaient aux pieds. Alors Paschasin, Lucence et Boniface prononcèrent la condamnation contre Dioscore, le déposèrent de la dignité épiscopale et de tout ministère ecclésiastique. Ils la fondèrent sur ce qu’il avait reçu à sa communion Eutychès, condamné comme hérétique par son propre évêque; sur ce qu'il n'avait pas laissé lire à Ephèse l'Epitre de Léon à Flavien, ce qui avait causé tout le désordre de ce faux concile; sur les différens griefs dont il était chargé par des requêtes particulières; enfin, sur sa contumace à ne plus paraître. Il était encore mention de l’extravagance qui, sur la fin de son concile d'Ephèse, l'avait porté, avec quelques évêques d’'Egypte, à exclure de leur communion le souverain pontife.

La sentence portée contre cet audacieux était conçue en ces termes : « Le très-saint évêque de Rome, Léon, par nous et par le présent concile, avec le bienheureux apôtre S. Pierre, qui est la base de l'Eglise et le fondement de la foi catholique, a déposé Dioscore de toute dignité, tant épiscopale que sacerdotale. » Les pères, par leurs différentes expressions, relevèrent comme à l’envi la primauté de Pierre, à qui les hérétiques avaient fait l’outrage d'excommunier son successeur. On trouve jusqu'à quatre-vingt-onze souscriptions variées de la sorte ; mais tous généralement souscrivirent après les trois légats. On observe qu'il y a une souscription en langue persane, On signifia aussitôt la sentence à Dioscore, et aux membres de son clergé qui se trouvaient à Chalcédoine; puis or en fit part à l'empereur Valentinien aussi bien qu’à Marcien et à Pulchérie, afin d'en procurer partout l'exécution par l'autorité impériale.

Depuis cette session, tenue le treize d'octobre, on différa de

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(Ao 451] DE L'ÉGLISE.— LIV. XVI. 455 cinq jours l'examen du dogme, indiqué pour l'action suivante, qui se tint conséquemment le dix-sept, selon la manière ancienne de compter les délais judiciaires. À cette quatrième session, les commissaires de l'Empereur recommencèrent d'assister aux assemblées, et prièrent les légats de déclarer ce que le concile avait arrêté. Paschasin, prenant la parole, dit que les pères de Chalcédoine suivaient ponctuellement la définition des trois conciles œcuméniques de Nicée, de Constantinople sous le grand Théodose, d'Ephèse sous Cyrille, et des écrits envoyés par le pape Léon comme expliquant la même foi, à laquelle on ne pouvait rien Ôter ni rien ajouter. Cette déclaration , faite en latin par les légats, ayant été expliquée en grec, les évêques s’écrièrent avec empressement qu'ils croyaient ainsi, que telle était la foi qu'ils avaient reçue à leur baptême, et qu'elle était invariable. Les commissaires impériaux demandèrent si tous les évêques trouvaient la lettre du pape Léon conforme à la foi des trois cent dix-huit pères de Nicée et des cent cinquante de Constantinople ". Elle avait été lue soigneusement par les pères de Chalcédoine, suivant le témoignage de S. Léon, et l'analyse que nous en avons donnée suffit pour faire comprendre quels sentimens d'admiration avait excités la lec. ture d’une lettre qui reproduisait avec une si scrupuleuse fidélité la foi des pères et des conciles. Anatolius de Constantinople, Maxime d'Antioche, et une wultitude d'évêques, au nombre d’environ cent soixante, répondirent, chacun à sa manière, qu'ils recevaient la lettre du pape Flavien, souscrivant ainsi à la doctrine de l'Eglise mère et maîtresse de toutes les autres,

Il n'y eut pas jusqu'aux évêques de l'Illyrie et de la Palestine qui, revenus de leur première prévention, ne rendissent le même temoignage et ne voulussent le mettre par écrit. Après quoi les commissaires prenant la parole, pour abréger apparemment : « Si les évêques, dirent:ils, qui n’ont pas encore donné leur suffrage sont du même avis, qu'ils le témoignent de vive voix. » A l’instant ces prélats s’écrièrent tous ensemble : « Tel est notre avis; c’est ainsi que nous croyons. Mais les cinq pensent aussi comme nous; leur foi est celle de Léon : rendez-les au concile, puisqu'ils sont catholiques. »

Ces cinq évêques étaient Juvénal de Jérusalem, Thalassius de Césarée, Eusèbe d’Ancyre, Basile de Séleucie, Eustache de Bérite. Ayant présidé au conciliabule d'Ephèse avec Dioscore, ils avaient été menacés de la même condamnation dès la première action de Chalcédoine. Les instructions du pape à ses légats recomman-

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456 | MISTOIRE GÉNÉRALE [An 451] daient beaucoup de douceur , et tous les pères du concile y étaient enclins. On fit grâce à ces cinq prélats, et aussitôt on les admit au concile en signe de coramunion , toute l'Eglise retentissant de cris de joie et d’acclamations en l'honneur de l'Empereur et de ses officiers.

Il n'était plus question que des évêques d'Egypte, qui faisaient une profession de foi suffisante, et anathématisaierit Eutychès. Mais ils craignaient de souscrire l’épitre de S. Léon, avant qu'on eût donné un successeur à Dioscore: ils ne croyaient pas leur vie en sûreté, s'ils se remontraient en Egypte sous ce mêr > évêque qu'on les accusérait d'avoir trahi, et dont personne ne pourrait les défendre, tous les gens en place tenant leur pouvoir de lui. Pour bien concevoir l'appréhension de ces évêques, il faut se souvenir que les patriarches d'Alexandrie avaient üne puissance étonnante en Egypte, et que l'impérieux Dioscore l'avait à peu près portée à l'indépendance. Après s'être parfaitement assuré de la foi de ces prélats, on usa de tempérament et de délai pour les tirer d'embarras.

Mais auparavant, et tandis que leur foi semblait encore suspecte, Cécrope de Sébastopolis fit à leur sujet une réflexion digne d’être rapportée. « Est-il juste, s'écria-t-il indigné de leur obstination apparente, est-il juste d'écouter dix hérétiques, au préjudice de douze cents évêques? » Entendant par là, non la totalité

des évêques du monde, qu'on savait être en plus grand nombre is dans le seul empire d'Orient; mais, selon quelques critiques, les BIon pères des quatre premiers conciles, et plus vraisemblablement ceux Ne: de Chalcédoïne , en usant néanmoins d’hyperbole, comme il arrive L souvent en pareille conjoncture. Ainsi il pouvait prendre le nom- | déc bre défini pour l’indéfini, c'est-à-dire douze cents en grec, comme bie on dirait six cents en latin, et mille en français, pour signifier | gat une grande multitude. On voit en effet que Cécrope ne prétendait ter pes s'exprimer avec précision, puisqu'il ne nomme que dix Esyp ! ler tiens , tandis qu'il y en avait treize; mais il explique lui-même par- do faitement sa pensée, er *joutant que le concile œcuménique est de plus digne de foi que toute l'Egypte, et à plus forte raison que les quelques évêques de cette province. on

Le moine Earsumas, cet abbé syrien qui avait tant contribué for au martyre de S. Flavien , eut l’effronterie de se présenter au con- ga cile. Mais il ne fut pas plus tôt annoncé, que toute l'assemblée qu s’écria avec horreur : « Anathème à Barsumas! c’est le bourreau Ke de Flavien : bannissez Barsumas; il est plus digne de l'amphitéà- fo tre que d’avoir entrée au concile. » Il fut aussitôt chassé avec mé- tr pris. On employa des manières plus douces pour tâcher de rame- | lu

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[An 451] DE L'ÉGLISE, — LIV. XVI. 457 ner une quantité de moines beaucoup moins coupables, et prévenus seulement en faveur d'une doctrine inventée par un homme de leur état. Dans la cinquième action, qui se tint le vingt-deux, on s’occupa à dresser une formule de croyance qui pût satisfaire tous les orthodoxes. Mais il s'éleva des difficultés; et on les poussa si loin, que les légats commençaient à parler de se retirer et d'obtenir un rescrit pour tenir un concile en Occident.

Toutefois la division paraît n’avoir procédé, au moins dans le grand nombre, que d'un malentendu. En effet , les commissaires impériaux ayant demandé à la multitude des évêques s'ils recevaient la lettre de l'archevèque de Rome, on cria de tous côtés : « Oui, nous l'avons reçue, nous y avons souscrit; l'archevêque Léon croit comme nous, et il est d'accord avec Cyrille. » Mais la crainte extrême qu'on avait de retomber dans le nestorianisme, fit qu'on disputa beaucoup sur le choix entre deux expressions également catholiques. Il s'agissait de prononcer, ou qu'en Jésus- Christ il y a deux natures, ou que Jésus-Christ est de deux natures. Cette dernière façon de parler signifie que Jésus-Christ est un composé de deux natures; et l’autre, que Jésus-Christ a deux natures actuellement existantes. Or, ces deux significations ne sont nullement contraires. Mais cette expression isolée de deux natures était suspecte, à cause de l'usage qu’en faisaient les Eutychiens. C'est pourquoi dans la définition, l’on mit de deux natures, mais sans confusion et sans changement, aussi bien que sans séparation : ce qui exclut tout à la fois, et le sens d'Eutychès, et celui de Nestorius.

Pour prévenir les divisions et les difficultés, en rédigeant cette décision, on imagina une méthode nouvelle dont on se trouva si bien , qu’elle fut, pour les conciles suivans, l’origine des congrégations disingnées des séances publiques, et employées à à minuter ou dresser les décrets. Sans s’exposer au choc des idées et aux lenteurs inévitables entre tant d’arbitres divers, on convint de donner la forme à ja définition, par le moyen d’un certain nombre de députés commis pour une rsxinblés par rticulière. Ainsi, dans les diverses provinces ecclésiastiques, à raison de Jcur étendue ; on choisit quelques prélats des plus qualifiés et des pius instruits , formant tous ensemble le nombre de vingt-deux, y compris les légats Paschasin, Lucence, Boniface et même Julien de Cos, quoiqu'il ne présidät point d’ailleurs au concile. Ils se retirèrent dans l'oratoire de S*-Euphémie, et ils y dressèrent une confession de foi entièrement conforme à la iettre de S. Léon, ainsi qu’à la doctrine constante et unanime de l'Eglise. Cette formule fut aussitôt lue en pleine session, où sa conformité avec la lettre du papa la fit

458 HISTOIRE GÉNÉRALE [An 451) accepter. Rien de plus propre, soit à donner une idée juste et sûre de la croyance orthodoxe, soit à fournir les termes convenables pour l'énoncer dans tous les temps.

Après y avoir rapporté tout au long les Symboles de Nicée et de Constantinople, on dit qu'ils suffisent aux âmes droites pour la connaissance de la religion ; mais que, les ennemis de la vérité s'égarant dans leurs inventions contradictoires, et donnant dans des extrémités également erronées de part et d'autre, le saint concile veut opposer à toutes leurs entreprises la digue d'une doctriné constamment inaltérable; qu'en conséquence il a défini que la foi des trois cent dix-huit pères, c'est-à-dire de Nicée, subsiste inviolablement , ainsi que la doctrine des cent cinquanté assemblés à Constantinople ; touchant le Saint-Esprit, lesquels, sans imaginer qu'il manquât rien à la foi précédente, s'étaient opposés plus divectemunt aux hérétiques survenus depuis le premier concile. « [x :rême, poursuivent les pères dans leur définition, à cause de ceux jui veulent anéantir l'œuvre de ‘otre rédemption, le saint concile de : alcédoine reçoit les écrits de Cyrille, comme propres à réfuter l'hérésie encore postérieure de Nestorius, et à expliquer parfaitement le sens de l'ancien Symbole : il y joint avec raison la lettre du très-saint archevêque Léon à Flavien contre l'hérésie d'Eutychès , comme également propre à établir la vérité.

« Nous déclarons donc, concluent-ils, que l'on doit confesser » un seul et même Jésus-Christ, notre Seigneur, le même vraiment » Dieu et vraiment homme, parfait dans l’une et l’autre nature ; le » même composé d’une âme raisonnable et d’un corps, consubstan- » tiel au Père selon la divinité, et à nous selor l'humanité; sembla- » ble à nous en toutes choses, à l'exception du péché; engendré du » Pére avant les siècles selon la divinité, et dans le temps né de la » vierge Marie selon l'humanité, pour nous et pour notre salut, un » seul et même Jésus-Christ, Fils unique, Seigneur, en deux natu- » res, Sans confusion, sans changement, sans division, sans sépara- » tion, sans que l'union ôte la différence des natures, les proprié- » tés de chacune subsistant et concourant à former une seule per- » sonne où hypostase : en sorte qu'il n'est pas divisé ou séparé en » deux personnes, mais que c'est un seul et même Fils unique, Dieu, » Verbe, notre Seiyneur Jésus-Christ, » Le concile défend à quiconque d'enseigner ou de penser autrement, sous peine de déposition pour les clercs et les évêques, d’anathème pour les moines et les laïques.

Gependant la nouvelle du triomphe parfait de la vérité ayant été portée au palais, l'Empereur en vint témoigner lui-même sa vive satisfaction au concile, le vingt-cinq d'octobre, jour de la fête de

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[An 451 DE L'ÉGLISE. — LIV, XVI. 459 S'° Euphémie. Il était accompagné des officiers qui y avaient assisté, et de quelques autres, au nombre de trente-quatre, Il fit un discours qu'il prononça en langue romaine, c'est-à-dire en latin, pour soutenir la majesté de l'Empire, et qui fut sur-le-champ expliqué en grec, en faveur du grand nombre. Partout on y remarque la plus religieuse attention, de la part de ce prince, à ne point s'ingérer dans les choses purement ecclésiastiques. I] déclare qu'on ne doit avoir d’autre croyance, sur le mystère de l'Incarnation, que ce qu'ont enseigné les pères de Nicée, et S. Léon dans sa lettre à Flavien; qu'il apporte au concile les humbles dispositions où füt autrefois le grand Constantin, sachant, aussi bien que ce grand homme, qu'il doit exercer sa puissance, non pour décider les questions de la foi, mais pour appuyer les décisions que les pères en auront faites.

Les évêques eurent peine à contenir jusqu'à la fin du discours les transports de leur joie.et de leur reconnaissance. Il ne fut pas fini , qu'ils s'écrièrent en foule : « Vive à jamais le nouveau Constantin! Vive le religieux Empereur et l'Impératrice orthodoxe! Longues années, règne heureux à Marcien amateur du Christ: Puisse:t-il nous commander à jamais, et abonder en toutes sortes de biens! » Cependant on lui dit qu’on avait dressé une profession de foi qui sapait toutes les nouveautés impies : il souhaita qu'on lui en fit la lecture. Quand on l’eut achevée, il demanda si tous les évêques étaient d'accord sur ce qu’ils venaient d'entendre. Tous crièrent d’une voix unanime : « Nous n'avons qu’une foi et qu'une doctrine; telle est la foi des saints docteurs, telle fut la foi des Apôtres, telle est la foi qui a sauvé l'univers; » et les acclamations recommencèrent avec plus de transport que jamais. On répéta cent fois les noms de nouveau Constantin, de nouvelle Hélène, et tous les titres les plus capables d'exprimer l'amour et le respect. Ce furent les mêmes applaudissemens et les mêmes transports, quand Marcien dit que, la foi catholique étant si clairement énoncée, il ne restait plus qu’à ôter pour l'avenir tout prétexte de division.

Pour assurer l'exécution du jugement canonique des pasteurs, l'Empereur ordonna que quiconque désormais exciterait du trouble par des disputes en matière de foi, serait banni et dégradé de sa charge, si c'était un laïque, et déposé, s’il était clerc. Puis il ajouta qu’il avait médité et fait dresser certains réglemens, qu'il croyait importèr beaucoup au bon ordre; mais que, par une juste déférence pour les pères, il avait jugé que la sanction s'en devait faire canoniquement per le concile. Il s'agissait d'empêcher les clercs et les moines de s'engager dans les affaires séculières , telles que les fermages ou les intendances des terres; de rendre les moi-

HISTOIRE GÉNÉRALE [An 4511 nes plus tranquilles et plus soumis à l'évêque diocésain, les clercs plus stables dans leur diocèse naturel : articles qui furent tous applaudis, devinrent autant de lois st:bles dans l'Eglise, et formérent le fondement de 1: disrirliïe encore en vigueur aujourd'hui par rapport à ces objets.

Jusqu'ici nous avons vu ce qu'on a regardé de tout temps comme la partie essentielle du concile de Chalcédoine. Ce n’est pas que tout ce qui s’y est fait en présence et du consentement des légats, ne soit regardé comme revêtu d'une autorité respecta- Éle; mais les six premières sessions, seules incontestablement œcuméniques, contiennent ce qu'il y a de plus important, savoir la définition de foi, l'acceptation de la lettre du pape à Flavien, et la déposition de Dioscore. ‘Les autres actions ou sessions, jointes aux premières, forment le nombre de quinze, y compris l'assemblée qui porta, en faveur de l'évêque de Constantinople, le fameux décret, auquel les légats, et le pape ensuite, s’opposèrent constamment. Maïs dans toutes ces dernières sessions, du moins au rapport du pape Pélage Il, qui attribue presque tous les canons à la sixième, on ne régla que des affaires particulières, dont toutefois quelques-unes méritent encore attention.

On exigea inflexiblement que Théodoret dit anathème à Nestorius. I] ne s'agissait plus de cette hérésie; il s'agissait au contraire de proscrire la doctrine qui donnait dans l'excès diamétralement opposé. Mais, dirigée par le Saint-Esprit, l'Eglise a le point fixe de la vérité pour objet, et parut singulièrement attentive ici à s’éloigner des deux extrémités vicieuses. Théodoret avait été trèsjustement et très-fortement soupconné de nestorianisme. Kentré depuis en lui-même, il s'était expliqué en parfait catholique; et, en satisfaisant à toutes les interrogations du souverain pontife, :l l'avait pleinement convaincu de la pureté de sa croyance. Mais les pères de Chalcédoine voulurent une réparation du scandale, la plus authentique qu'il était possible, dans les lieux mêmes où il avait été donné. C’est pourquoi ils exigèrent que l’ancien panégyriste de Nestorius et de ses écrits anathématisât purement et simplement cet hérésiarque avec sa doctrine, c’est-à-dire, comme on s'est exprimé depuis, qu’il en condamnât les ouvrages pernicieux dans le sens de leur auteur. A la première proposition qu’en fit le concile à Théodoret, il répondit que, par sa requête à l'Empereur, connue par un écrit adressé au pape, la pureté de sa foi était évidente; et il proposa de faire lire ces deux pièces. « Il est inutile de rien lire, repliquèrent les évêques d’une voix fort élevée, qui annonçait le mécontentement et la défiance. Faites ce qu'on x'a que trop de raison d'exiger de vous, et dites anathème à Nes-

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torius. —- Grâce à Dieu, dit Théodoret, j'ai été nourri et instruit dans la saine doctrine, et l'ai hautement enseignée. Je rejette, non-seuiement celle de Nestorius et d'Eutychès, mais celle de quiconque à dé mauvais sentimens, — Encore une fois, s'écrièrent les évèques, dites nettement anatème à Nestorius et à sa doctrine, à Nestorius et à ses partisai::. » Il répondit que c'était bien assez confondre la calomnie, que de se présenter à un concile, où il paraissait moins pour son intérêt que pour celui de la charité et de l'édificatien, et afin de ne laisser aucun doute sur sa catholicité. On inter ompit, en criant derechef : « Dites nettement anathème à Nestorius et à tout son parti. — 7e ne !- dirai point, repartit-il, que je n'aie expliqué ma croyance. » En même temps il ouvrit la bouche pour faire cette explication; mais il fut interrompu par mille voix qui crièrent toute: en: :mble : « Il est hérétique, il est nestorien; qu'on le chasse d’entre nous : » de manière qu'il n'eut poi:t d'autre parti à prendre, que de dire sur-lechamp, sans préambule ni tergiversation, anathème à Nestorius et à sa doctrine. Après quoi, il ajouta qu'il avait souscrit, dans la droiture de son cœur, à la définition de la foi, ainsi qu à à lettre de S. Léon, et qu'il tenait pour hérétique quiconque ne croyait pas fermement leur doctrine. Alors les cris de joie succédèrent aux menaces, et l’on entendit répéter ces mots de toute part : « Théodoret est digne de son siége, qu’on le rende à son église, nous le reconnaissons, nous le recevons pour orthodoxe. » Puis on applaudit au jugement déjà porté par le souverain pontife, en réitérant cent fois les acclamations : Vive Léon! l::çues années à l'a chevêque Leon! c’est avec Dieu que Leon a jugé !

Ibas, évêque d'Edesse, avait été déposé au far:x concile d'Ephèse , ainsi que Théodoret et pour les mêmes causes. Il demanda pareillement à être rétabli, et avec d'autant plus de raison qu'on l'avait condamné quoiqu'absent. Les Pères exigèrent encore qu'il dît anathème à Nestorius aussi bien qu’à Eutychès : ce qu'il fit sans difficulté. « Je l'ai, dit-il, anathématisé par écrit, lui et sa doctrine, et comme on n’a point de peine à répéter ce qu'on pense véritablement, j'anathématise Nestorius, Eutychès, et quiconque ne croil pas comme ce saint concile. » Après une dériarche si franche et si peu équivoque, on ne put douter de la foi d fbas, et il fut rétabli dans tous ses droits. Les légats ne voulurent point qu'on lût la procédure faite contre lui au faux concile d’ Ephèse; cette assemblée ne méritant pas seulement le nom de F.cançile, et n'ayant rien fait à quoi l'on voulût avoir égard, exccoté l'ordination de Maxime. Encore toute la raison qu’on dau “£ our la maintenir, c'est que le très-saint archevêque de l’ancienne !:4 ne, dit Anato-

462 HISTOIRE GÉNÉRALE [An 451) lius de Constantinople, en recevant Maxime-à sa communion, a jugé qu'il devait gouverner l'église d'Antioche,

Le légat Paschasin dit pour Thas, qu'on avait des preuves suffisantes d: a catholicité, dans toutes les pièces qui avaient été lues jusque là. Quelques critiques ont voulu conclure de ces exprssions vagues, que les légats avaient approuvé la fameuse lettre qu'on préténd avoir été écrite par cet évêque Ibas au persan Maris, et que nous verrons condamnée dans la suite par le cinquième concile général. T'approbation prétendue d’Anatolius, sur Île même objet, n’est pas mieux fondée. Il n'y eut que l'évêque d'Antioche qui déclara positivement la lettre d'Ibas orthodoxe; et l'on ne peut nullement présumer qu'il fût en cela l'organe du concile. 11 n'était pas question à Chalcédoine d'examiner judiciairement cette pièce : À s'agissait uniquement d'en juger l’auteur, sur sa manière actuelle de penser, qui n’était plus douteuse depuis qu'il avait si nettement anathématisé Nestorius et sa doctrine.

Quoique Maxime vint d'être affermi sur le siége d'Antioche, il restait quelque difficulté par rapport à son prédécesseur Domnus, à qui l'on jugea à propos d'assurer au moins une subsistance convenable, On créa donc à son profit une pension sur les revenus de l’église d'Antioche, et c'est peut-être ici le premier exemple d'une pension sur un bénéfi:e : on en trouve plusieurs autres dans les dernières sessions du rm concile.

Il y a quelque chose : j'us singulier au sujet de l'évêché de Pierre, suffragant d'Hiérapies en Syrie. Athanase et Sabinien se disputaient ce siége, pour lequel Sabinien avait été ordonné par le métropolitain, à la place d’Athanase. Celui-ci était accusé de plusieurs crimes, mais il n'avait été condamné que pour n'avoir point voulu comparaître devant son métropolitain, qu'il disait son ennemi. Cette affaire ne paraissant pas suffisammant éclaircie, le concile en renvoya l'examen au patriarche du ressort, qui était celui d'Antioche, avec obligation de terminer dans l’espace de huit mois. Si Athanase était convaincu d’un seul chef digne de déposition, il devait être traité selon la rigueur des lois; mais si, dans le délai donné, l'on négligeait de le poursuivre, ou si l'on ne réussissait pas à le convaincre, on devait le rétablir dans son siége. « Sabinien, dans ce dernier cas, ajoute le concile, conservera la dignité d’évêque et le droit de succéder à son compétite:;, avecune pension que le patriarche proportionnera aux facultés de cette église. » Quelques observateurs trouvent l'institution des évêques coadjuteurs dans la manière dont on traita l’évêque Sabinien.

Dans la quinzième session, qui se tint le dernier jour d'octobre, le clergé de Constantinople pria les légats de s'occuper avec lui d’une

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[An 481] DR L'ÉGLISE, — LIV, XVI. 463 affr;1 importante qui concernait son église. Ils répondirent, avec autant de sagesse que de fidélité au souverain pontife, qu'ils n'avaient point reçu de lui de pouvoir à ce sujet, et jamais on ne put les engager à sortir des bornes prescrites à leur commission, Le patriarche Anatolius, qui s trouvait à peine affermi sur son siege, portait loin ses vues, Peu content de lu prééminence dont il était en possession parmi les Orientaux, il prétendait à une primauté effective de juridiction sur tous les prélats de l'Orient. Les circonstances ne lui pouvaient être plus favorables : il se tro: ‘it le seul des

patriarches qui fût irréprochable et qui rempli! sonnage digne de son rang. Dioscore, patriarche d’Ale : vait été déposé dès la troisième session du concile, L’étu ne d’Antioche n'était pas assuré, puisqu'il avait été élu à La ‘e Domnus, déposé au conciliabule d'Ephèse. Pour Juvénal 4e + rusalem,

il devait être recherché, avec d'autres évêques dss plus considérables, comme fauteur de Dioscore., Ainsi, à bien apprécier les choses, aucun de ces premiers pasteurs n'avait à Chalcédoine le rang qui convenait à leur siége. Le pli des affaires favorisant ainsi les prétentions d’Anatolius, en l'absence des légats, on fit en faveur de Constantinople le fameux canon où il est statué que toute primauté et l'honneur principal devaient être conservés à l'archevéque de l’ancienne Rome; mais qu'après lui l'archevêque de la nouvelle jouirait des mêmes prérogatives d'honneur, et de la même primauté de puissance sur l'Asie, la Thrace et le Pont, dont il ordonnerait les métropolitains. Cent quatre-vingt-quatre pères seulement signèrent cette disposition. :

Le lendemain il y eut une assemblée, qui forma une seizième action". Les légats s'y présentèrent, et s'y plaignirent très-vivement de ce qui s'était fait la veille, comme contraire aux canons de Nicée touchant le maintien des grandes églises dans leurs droits respectifs, et ils notifièrent les instructions que le pape leur avait données à cet égard. On leur opposa les canons du concile de Constantinople, tenu environ quatre-vingts ans auparavant; mais ils répondirent : « Que demandez-vous donc aujourd'hui, si depuis tant d'années vous avez joui de cette prérogative? et si vous n'en avez pas joui, pourquoi la demandez-vous ? » Ils prétendirent encore qu'on n'avait pas donné un consentement libre à ce décret. Sur quoi les commissaires interrogèrent les évêques d'Asie et du Pont. Treize en particulier, et les autres en général, dirent qu'ils avaient souscrit volontairement, Quant aux Egyptiens, qui étaient les plus intéressés à défendre la dignité du siége d’Alexan-

‘Act. 16, p. 796.

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