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464 HISTOIRE GÉNÉRALE CAn 451] drie, te premier incontestablement après Rome, du moins avant ces dispositions nouvelles, on ne leur demanda point leur consentement. Ils n'étaient pas même présens à ces dernières sessions, parce qu’on n'avait pas encore réalisé l'espérance qu’on leur avait donnée de mettre à leur tête, avant qu'on sortit de Chalcédoine, un nouveau: patriarche, sans lequel il n’était pas d'usage parmi eux-de rien souscrire. Ainsi la préséance de l'église de Constantinople fut confirmée par acclamation, sans qu'on en vint à la col. lectiondes:voix-par ordre et par tête. On ne voit nulle part que le nombredes souscriptions du jour précédent ait augmenté. Les Grecs; qui n'ont pas manqué d'en donner une liste exacte, ne la font, dans tous leurs dénombremens, que de cent quatre-vingtquatre; quoique les pères de Chalcédoine fussent pour le moins au nombre de cingcent vingt, et suivant quelques auteurs , de six cent trente, Les légats s'opposèrent fortement à cette innovation, présentèrent:leur protestation en forme, et la firent insérer dans les actes du concile, Le motif qu'ils y allèguent, n’est autre que l'instruction qu'ils avaient reçue du Siége apostolique. Rome n'y était intéressée directement que pour sa juridiction patriarcale sur la Thrace, et non pas pour les droits de sa primauté. Il n'était pas question d'égalité entre le pape et l'évêque de Constantinople, mais.seulement de ressemblance et d'analogie entre les dignités de l’un:et.de l'autre : c'est-à-dire que, comme le souverain pontife est lepremier, dans toute l'Eglise, l'évêque de Constantinople le-serait'après lui en Orient. Tel est évidemment le sens du canon, puisque le concile-annexe, immédiatement après et d’une manière exclusive, à l'évêque de Rome la primauté universelle d'honneur et-dejuridiction, que d’ailleurs on lui voit exercer d’un bout à l’autre du concile, de Chalcédoine.
Les pères; en conséquence, ne manquèrent pas d'écrire au vicairede-Jésus-Christ, pour lui rendre compte de tout ce qu'ils venaient de faire, et lui demander l'approbation même du dernier canom« Nous vous supplions, disent-ils, d'honorer notre jugement; en le confirmant par votre suffrage : et comme de notre part nous:nous sommes accordés, dans l'unité de la foi, avec vous qui êtes notre père et notre chef; que l'éminence de votre autorité mette ausst le dernier sceau au décret qu'ent fait vos enfans pour l'honneur de la ville impériale, En usant de votre sollicitude ordinaire à l'égard de l’église de Constantinople, faites rejaillir sur elle quelque rayon de ce vil amas de lumières et de splendeur qui environne votre chaire apostolique. Tels sont et nos vœux et notre confiance, fondés sur la sage générosité d’un père, qui épanchera volontiers son abondance sur ses enfans, Vos
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[An 451] DE L'ÉGLISE, — LIV. XVI. 465 légats, à la vérité, nous ont résisté fortement; mais sans doute pour réserver à votre sainteté l'honneur d’une si belle œuvre, et afin que vous signaliez votre zèle pour l'éclat de la discipline, aussi bien que pour la sûreté dela foi.»
Léon ne déféra point à une supplique si engageante; 11 con firma, quant à la condamnation de l’hérésie et des hérétiques, le concile de Chalcédoine assemblé, dit-il, par l'ordre des Empereurs, avec, le, consentement, du Siége apostolique, Mais quant à la prérogative de l'église. de Constantinople, il refusa constamment de la confirmer. « À, Dieu ne plaise, écrivit:il à Anatolius!, que contre ma. conscience je contente vos désirs ambitieux! Sachez que le canon même de Constantinople sur-lequel vous les établissez n'a aucune force, puisqu'il n’a pas été fait de concert avec le saint Siége. »Il lui reproche ensuite, d’un ton d'autorité assez vif, de s'être arrogé, contre Jes canons, l’ordination de Maxime d'Antioche..
Dans une lettre à l'empereur Marcien’, où il prerd à dessein le titre d'évêèque de l'Eglise romaine et universelle, il dit que c'est bien assez pour Anatolius d'être monté sur le siége de la ville impériale, par la. faveur de l'Empereur et le consentement du Siége apostolique, sans vouloir s'élever aux dépens des autres siéges. « Si je ne l’ai pas recherché, ajoute-t-il, sur l’ordination qu'il a osé faire de Maxime, c'a été uniquément pour le bien de la paix. » Il écrivit à Maxime même. Dans cette lettre, il blâme ses légats d’avoir souffert qu'Anatolius eût la préséance au concile de Chalcédoine sur cet évêque d’Antioche; puis il lui déclare que tout ce qu'on dit avoir été fait ou toléré par ses légats, outre les définitions de la foi, demeurerasans effet et sans, force. Par ces différentes lettres, on voit que le pape S. Léon n'était point occupé du soin de la prééminence essentielle de son propre:siége, à laquelle on ne songeait pas à donner atteinte. Il n’allégua point de motif plus pressant de son opposition aux prétentions du patriarche de Constantinople, que l'injure faite par là aux autres grands siéges de l'Orient, contre les anciennes dispositions du concile de Nicée.
Il y a plusieurs autres canons du concile de Chalcédoine. Les Grecs en marquent trente, en comprenant celui des prérogatives . de Constantinople, qui est le vingt-huitième. Les Latins n'en comptent que vingt-sept, qui furent reçus de toute l'Eglise; et ceux qui sont effectivement de ce concile avaient été dressés dans les six premières sessions, comme l'indiquent les anciens exem-
! Conc. Chalc: p. 82. — ? Epist. 35. — % Epist. 54. T, IL 30
46ë HISTOIRE GÉNÉRALE (An 451) plaires, où on les trouve à la fin de la sixième. Toutefois, on ne
eut attribuer sûrement aux sessions œcuméniques de ce sain et célèbre concile, que les trois canons que nous avons rapportés en traitant de cette session, quoique les autres soient aussi très-anciens et très-respectés de toute l'Eglise, qui conserve encore aujourd'hui le fond de la même discipline.
Les.excommunications n’y sont cependant que comminatoires: les peines encourues par le seul fait étant fort rares dans l'antiquité, et cette manière abrégée de procéder n'étant devenue nécessaire que par la suite, Le sixième canon défend d'ordonner des clercs qui ne soient pas attachés à quelque église ; et telle fut, dès le concile de Nicée, qui fit un réglement semblable, l'origine du titre fixe des bénéfices. Le neuvième fait foi qu'il était encore défendu aux ecclésiastiques de porter leurs affaires aux tribunaux séculiers. Deux clercs en différend devaient s adresser à l’é évêque : si l'on était en contestation avec l’évêque même, c'était au concile de la province qu’on avait recours; et l’on devait recourir à l'exarque ou au patriarche, contre le métropolitain. Ce canon fut confirmé, quant à sa substance, par une loi impériale de l’an 456, portant que les clercs ne pourraient être appelés en jugement que devant l évêque, sinon à Constantinople, où il serait libre, pour lés affaires temporelles, de les citer devant le préfet du prétoire, sans qu ‘eux-mêmes, de leur propre mouvement, pussent aller à aucun juge laïque. Le quatorzième canon, en défendant aux lecteurs d’é épouser d des femmes d’une foi shenetle, dans les proyinces où il Jeur était permis de se marier, t apprend que cette liberté ‘n'était pas universelle, même pour un ordre mineur : preuve Surabondante de l'exactitude de l'Eglise à conserver la continence parfaite dans les ordres supérieurs.
Il faut encore observer qu'à Chalcédoine, l’ordre des sessions, ou des diverses matières qu’on y traita, De pas le même dans tous les exemplaires. Cette diversité, qui ne se rencontre pas seulement dans les actes de ce concile, provenait de ce que les évêques des grands siéges amenaient chacun leurs notaires particuliers aux conciles généraux, et leur faisaient transcrire ou rédiger les actes, selon le besoin qu’ils en avaient. Tous recueillaient avec soin ce qui intéressait universellement l'Eglise, comme Jes points de dogme, et la discipline générale : inais pour ce qui ne concernait que des affaires particulières, ceux qui n'y étaient pas intéressés, ou l’omettaient, ou ne le plaçaient dans leur recueil que son les degrés d'importance qu'ils y attachaient.
L'empereur Marcien soutint de tout son pouvoir les décrets de Chalcédoine. Dioscore, l'âme de l'hérésie eutychienne, plus
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[An 452] DE L'ÉGLISE, — LIV,. XVI. 467 qu'Euiychès même, fut exilé en Paphlagonie, où il mourut misérablement. Pour lui ôter d’abord toute espérance d’être jamais rétabli, Théodose, gouverneur d'Egypte, eut ordre de faire assembler le clergé et le peuple d'Alexandrie, afin d'élire un nouveau patriarche". Protère fut effectivement élu. C'était lui que Dioscore avait établi son vicaire en partant pour le concile; mais il avait d’autres titres en sa faveur. Outre sa prudence et son habileté , qui pouvaient lui avoir attiré la confiance de son patriarche, sa vertu était éminente : ce qui ne lui attira que des chagrins de la part d'un peuple licencieux et fort attaché üu dernier patriarche, qui ne gênait personne dans sa manière de vivre. Lorsque ce peuple vit la scène entièrement changée, et qu’on procédait à l'exécution des décrets canoniques, il redemanda Dioscore avec fureur, et se porta aux derniers excès”. Les moines, déjà infectés en très-grand nombre des nouvelles erreurs , fomentaient les mécontentemens et la révolte, faisaient le coup de main dans l'occasion, et se montraient partout les plus emportés. L'Empereur crut faire plier Alexandrie, en supprimant la distribution ordinaire des grains, en interdisant les bains et les spectacles. Mais le trouble et la sédition ne faisant qu'augmenter, il parut plus expédient de dissimuler avec un peuple si animé et si nombreux, qui se éalma en effet pour un temps. Cependant l'évèque Protère courut des “angers presque continuels, et son pontificat ne fut jamais bien tranquille. Comme la nnuvelle hérésie avait les moines pour auteurs et pour défenseurs, dès-lors ces contrées, remplies de cénobites et de solitaires, furent tellement infectées, qu'elles ne reprirent jamais bien la pureté de la foi. Ainsi commença le schisme de ce qu'on appela depuis les Cophtes ou Jacobites, qui dure encore aujourd'hui.
Le mal ne fut pas si grand en Palestine; Mais 1] ne laissa pas que d’y régner beaucoup de troubles, câusés par un moine intrigant et vicieux qu'on appelait Théodose. Il avait été autrefois convaincu de plusieurs crimes par son évêque, et chassé pour cela de son monastère. Passé en Egypte, il s'était emporté contre Dioscore même, alors encore patriarche, avait été condamné à être fouetté publiquement et promené par la ville sur un chameau. La faction du moine Barsumas vint à propos pour relever les espérances de Théodose, dans l’infamie dont il était couvert; mais il fallait se vouer à Dioscore, qui était l’auteur de la flétrissure. Tout personnage convient aux âmes de cette bassesse, Théodose alla au concile de Chalcédoine, retourna aussitôt après
‘ Liber. c. 14. — ? Evagr. (1, c. 5.
463 -HISTOIRE GÉNÉRALE [An 453] en Palestine, cria de toute part, avec une impudence et une audace forcenées, que le concile ayait trahi la foi, rétabli l'hérésie de Nestorius, et reconnu en Jésus-Christ deux personnes qu'il fallait adorer.
L'impératrice Eudoxie, retirée dans cette province depuis son veuvage, n'était pas encore guérie de sa jalousie contre Pulchérie. Elle se prévint aisément contre un concile protégé par sa rivale, et se déclara pour la faction du moine Théodose, qui, par ce moyen, entraïna bientôt la plupart des moines et du peuple, Juvénal de Jérusalem étant revenu de Chalcédoine, où il s'était enfin déclaré généreusement pour la bonne “ist de on entreprit de Ja lui faire abjurer avec une telle violence et un si effroyable désordre, qu'il fut trop heureux de retourner bien vite sur ses pas chercher un asile dans Constantinople. On gagna, pour l'assassiner, un scélérat qui. manqua son coup, mais qui, voulant de manière ou d'autre mériter son salaire, massacra Sévérien, évêque de Scytho polis. ,
Alors le champ étant libre, les schismatiques s ‘assemblèrent à Jérusalem, et, choisirent Théodose pour leur évêque. IL en ordonna d'autres pour plusieurs villes de Palestine, surtout à la place. de ceux, qui n'étaient pas encore revenus de Chalcédoine". Le gouverneur de la province était éloigné et occupé avec ses troupes contre les, Barbares. On mit tout en combustion pendant son absence, et l'on prit des mesures pour ne pas le craindre à son retour. Pour cela on ne fit: pas difficulté d'ouvrir les prisons, de mettre indistinctement tous les criminels en liberté; et avec ces brigands, unis aux gens de Théodose et d'Eudoxie, on osa fermer les portes de la ville à celui qui avait toute la puissance de l'Empereur dans le pays. On exerca la plus violente persécution contre quiconque n'embrassait pas la communion de Théodose; on osa dire anathème au concile de Chalcédoine et au pape Léon; on. pilla le bien des uns, on brûla les maisons des autres, on 1e frappa, on les fouetta avec cruauté, on maltraita indignement les femmes de la première condition, et il y eut une quantité de martyrs. Théodose occupa ainsi, pendant près de denx ans, le siége épiscopal de Jérusalem.
Les provinces occidentales reçurent bien différemment les décisions du saint concile. S. Léon leur avait déjà envoyé, du moins aux évêques de Gaule, sa lettre à Flavien. Elle avait été reçue par eux avec respect et actions de grâces, comme ils le lui témoignèrent de leurs sept provinces, au nombre de quarante-quatre étè-
! Niceph. xv, c. 9.
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[An 453] DE L'ÉGLISE. — LIV, XVI. 469 ques en une seule fois, sans compter plusieurs autres lettres ticulières. Aussitôt que les décisions de Chalcédoine avaient été reçues à Rome, le pape les leur avait fait passer avec une copie de la sentence rendue contre Dioscore. Il en usa de la même manière et avec le même succès à l'égard des évêques de la Gaule Cisalpine ou du Milanez, et apparemment avec les prélats de toutes les autres provinces. Dans la réponse des Cisalpins, qui est une lettre synodale aussi bien que celle des quarante-quatre évèques de la Gaule proprement dite, ceux-là déclarent qu'ils ont lu dans leur concile la lettre à F lavien, qu'ils l'ont trouvée conforme aux saintes Ecritures et aux écrits des Pères; qu'en conséquence ils condamnent avec elle les nouvelles erreurs qui s'élèvent contre le mystère adorable de l'Incarnation.
Pendant ces alternatives de douleurs et de consolation, le saint pontife fut replongé tout-à-coup en d’autres alarmes, par l'irruption des Huns, qui, sous la conduite du terrible Attila, menaçaient d’une ruine totale les plus belles provinces de l'Occident. Dès l'année précédente, ces Barbares s'étaient jetés dans les Gaules, et avaient ruiné les villes de Cologne, de Trèves, de Métz, de Reims, de Besançon, et toutes les meilleures places qu'ils avaient rencontrées sur leur passage jusqu'à Orléans, excepté Paris qui fut gr ranti par S* Geneviève, et Troyes que sauva S. Loup".
Toute la sainteté de-Geneviève n'avait point empêché qu’elle ne fût calomniée indignement, du vivant même de S. Germain, qui ne lui en donna que des témoignages plus marqués de sa haute estime”. Après la mort du saint évêque, et par son ordre, son archidiacre prit également la défense de cette illustre vierge. Le besoin de cette protection ne fut jamais plus pressänt qu’au moment où les Parisiens se virent menacés par le terrible Attila. Troublés jusqu’au délire par l'excès de leur effroï et par la proximité du péril, ils s’en prirent à leur bienfaitrice même. L'archidiacre d'Auxerre arriva à Paris, comme on conspirait contre elle, ou plutôt comme sa perte était déjà résolue, et qu'on ne délibérait plus que sur la manière de la faire périr, soit en la lapidant, soit en la précipitant dans la rivière. Tout son crime était sa foi et son intrépide confiance en Dieu, qui, tandis que les citoyens se déshonoraient par une lâche crainte, les lui faisait exhorter à tenir ferme dans leur ville que le Seigneur voulait préserver, au lieu de se réfugier, comme ils le méditaient, es les places voisines qui seraient saccagées.
L'archidiacre fit renaître l'équité et la raison dans le cœur des
‘ Greg. Tur. 11, Hist. ©. 6 et 7. — ? Roll. ad 3 Jan.
Parisiens, en relevant leur courage, et. en leur parlant ainsi de Geneviève. « Gardez-vous bien à jamais de rien oser contre cette sainte fille; il me souviendra des termes dans lesquels j'ai souvent oui célébrer ses vertus par le saint évêque Germain, » Les Parisiens prirent enfin confiance aux conseils de la sainte, et Paris fut sauvé. Alors toutes les préventions se changèrent en actions de grâces et en une vénération religieuse. Le nom de Geneviève ne fut pas seulement célèbre dans toutes les Gaules, mais aux extrémités de l'Orient; en sorte que l'illustre S. Siméon Stylite se faisait recommander à ses prières par tous les Gaulois qui venaient le visiter, Les rois mêmes parlaient d'elle avec respect. Clovis l'honora, tout particulièrement pendant sa vie, qu’elle conserva jusqu’à l'âge de plus de quatre-vingts ans, nonobstant ses austérités, et qui ne finit que vers l'an 500. Après sa mort, il fit Lâtir sur son tombeau la basilique de S. Pierre et S. Paul, à laquelle le peuple, enchérissant sur,la piété du monarque ; dounsi insensiblement le nom de S"° Geneviève, qu’il prit pour sa patronne et sa protectrice.
La ville de Troyes se vit encore plus près de sa ruine que celle de Paris, Déjà le roi et l’armée innombrable des Huns s’avançaient contre elle, en préludant à sa dernière calamité par le sang et le few dont ils marquaient toute leur route, quand l’évêque S. Loup entreprit de la sauver. Cet. intrépide pasteur alla au-devant du prince farouche, dont la seule figure imprimait l'effroi ‘. IL était d'une taille médiocre, mais d’une carrure énorme, avait la poitrine jar e, la tête extrémement grosse, les yeux petits, mais étincelans, le,nez plat, les cheveux négligés, le teint extraordinairement brun; de manière, que son. aspect, joint à la fierté de sa démarche et aux mouvemens convulsifs dont il était perpétuellement agité, suffisait pour inspirer la terreur, et justifiait le nom de Fléau de Dieu, qu'il se plaisait à prendre*. Loup, supérieur à l'effroi général, l'aborde et lui demande ce qu'il prétend. « Ignores-tu qui. je suis, repartit le Barbare? Le fléau du Dieu vengeur remplit sa destination. — Et moi, répliqua le saint, je suis un Loup dépouillé de sa férocité naturelle, et commis à la garde du troupeau du Dieu. de miséricorde, Épargneren les faibles brebis, et ne frappe que le pasteur.» Cette assurance plut au Hun farouche, dont le Seigneur adoucit l'âme, et Troyes fut épargnée,
Attila alla assiéger Orléans, Cependant tous les peuples étrangers établis dans les Gaules, Goths, Francs, Bourguignons, unis avec les Romains par la crainte d’un ennemi plus formidable,
1 Sur, ad 29 Jul. — ? Jornand. c. 42, p. 71. -- $ Sidon. var, epist. 15,
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(An 453) DE L'ÉGLISE, — LIV, XV{. 493 s'approchèrent pour le combattre. Il leva le siége, et se retira en Champagne. Le général romain, qui était Aëtius, le suivit avec ses alliés et le défit : ce qui l'obligea à quitter les terres de l'Empire. Mais dès l'année suivante, ayant réparé ses pertes, il revint par la Pannonie, pénétra dans l'Italie, ne se proposant rien moins que de prendre Rome. L'armée des Huns, composée de trois cent mille combattans, sous la conduite d'un prince qui n'avait pas moins de génie que dé valeur, imprimait un tel effroi, et l'on était si peu en état de résister, que l'empereür Valentinien et le bravé Aëtius songeaient à quitter le centre de l'Empire, "”
On voulut essayer auparavant la négociation. S. Léon füt prié de se mettre à la tête de l'ambassade, et réussit au-delà dé toute espérance‘. On a cru que ce conquérant n'avait pu être arrêté en si beau chemin, que par quélque prodige effrayant; riais la divine puissance, qui tient les cœurs des tyrans dans sa main, et l'éloquence merveilleuse qu'elle inspira au saint pontife, n’étient pas moins efficaces que les plus terribles visions. Lés troupes mêmes d’Attila regardaient Rome comme une ville’ sfinte, dont l'attaque était funeste ; et les Huns sé disaient les uns aüx auttes, qu’Alaric, après l'avoir pillée, n’avait pas vécu long-temps. Attila, ravi de’ voir S. Léon, d'après tout ce que la renommée en publiait, fit cesser les actes d’hostilités, et se retira au-delà du Danube, en promettant de faire la paix. |
Julien de Cos, toujours chargé des affaires duù papé à Constantinople, lui témoigna, par lettre, la part qu'il prenait aux maux qu'avait soufferts l'Italie par l’incursion des Barbares”, 11 l'intéressa en même temps en faveur d'Aïiius, archidiacre de Constantinople, que le patriarche Anatolius, :5us prétéxte dé lui faire honneur, mais au fond pour le dépouillér de l'arthidiaéoné qui donnait un grand crédit, et pour le tenir dans ühe sorte d'exil, avait ordonné prêtre titulaire d'une église hors de la ville, Ce qui sonnait encore plus mal, c'est qu'à ce catholique zélé il avait donné pour successeur un certain André, ami d'Eutychès et ancien accusateur de Flavien; de manière qu’Anatolius se faisait fortement soupconner de né s’être pas détaché bien sincèrémént des hérétiques. S. Léon fit dés réprésentations à ce sujet à l'Empereur et à l'Impératrice, qu'il pressa d’obliger Anatolius' à changer de conduite. |
Il leur recommanda aussi l'évêque Julien, pour qui ses épîtres tenaient lieu de lettres de créance, en qualité de légat chargé à Constantinople de défendre, pour le pape, les intérêts de la foi
* Chron. Prosp. Chron. Cassiod. an. 452. —* Ppist. 57 et 58.
472 HISTOIRE GÉNÉRALE [An 453] et de l'Eglise contre les hérésies qui avaient cours. C'est le commencement des légats, nommés depuis apocrisiaires ou correspondans, dans le genre des agens qu'y avaient déjà les patriarches d'Alexandrie et d'Antioche. Mais ceux de Rome y étaient de plus employés spécialement à ce qui concerne l'intérêt général de l'Eglise, et Julien, en particulier, avait mission de surveiller de près l'évêque Anatolius, qui ne donnait que trop lieu à cette institution, dont on n'avait pas. encore si bien senti la nécessité. S. Léon ne manqua pas de prévenir Julien de tout ce qu'il écrivait à la cour. Il lui demanda des'nouvelles certaines de l'église d'Alexandrie, et de plus précises encore sur les désordres excités par les moines de la Palestine, dont le pape n'avait encore oui parler qüe confusément".
Il reçut peu après les renseignemens qu'il souhaitait, et tout à la fois l'heureuse nouvelle que la cour avait appliqué le remède à un mal si urgent. À la demande de Juvénal de Jérusalem, réfugié, comme on l'a vu, dans la ville impériale, l'Empereur avait écrit aux moines de la Palestine, pour les ramener par la voie de la douceur et de la persuasion : il s’efforçait de leur faire sentir l’inconséquence qu'il y avait à se livrer à Théodose, sectateur d'Eutychès, tandis qu'il anathématisait l’eutychianisme. C'était sans doute l'ignorancé et la simplicité de ces solitaires que Marcien trouvait dignes d'indulgence; mais il ne leur laissa point ignorer que c'était à la prière de l'évêque Juvénal et dans l'espoir de leur changement qu'il leur accordait ces marques de sa clémence et de sa bonté, # Tr
À l'égard du faux évêque Théodose, auteur de tous les désordres, on agit plus sévèrement. Le gouverneur de ‘a Palestine eut ordre de l'arrêter pour le faire punir; mais le coupable fut instruit à propos et s'évada. Plusieurs complices de ses violences , même entre les moines, furent condamnés à des peines corporelles *, Juvénal rentra dans son siége, déposa tous les sujets que T'héodose avait ordonnés, et tint un concile pour dissiper les préventions des esprits faibles contre celui de Chalcédoine, et rassurer ces esprits contre les calomnies des schismatiques. La lettre synodale, adressée en conséquence-aux abbés et aux moines, fut signée par tous les évêques des trois Palestines.
Les sectaires avaient poussé l’artifice jusqu’à répandre le bruit que le pape Léon n’approuvait pas le concile de Chalcédoine. Quoique cette invention, attribuée à Anatolius, fût dépourvue de toute vraisemblance, elle fit cependant une telle impression, que
4 Epist. 57 et 58.-— % Nicephor. xv 9
(An 453] le comr'esponiarches de plus de l'Ede près itution, éon ne la cour.
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(An 455] DE L'ÉGLISE. — LIV, XVI, 473 l'Empereur engagea le pontife à la démentir formellement. Sans compter la lettre à Flavien, la distinction mème que mettait Léon entre le canon des prérogatives de l'église de Constantinople, qu'il rejetait, et les décisions de foi qu'il avait approuvées formellement, suffisait pour faire connaître ce qu'il pensait des décisions dogmatiques de Chalcédoine. Mais pour contenter l'Empereur et ne rien omettre dans une affaire de cette importance, il adressa une nouvelle lettre à tous les évêques qui avaient assisté à ce concile ‘, leur déclara derechef qu'il approuvait tout ce qui avait ‘ à statué par rapport à la foi, et que quiconque oserait soutenir, soit l'erreur de Nestorius, soit celle d'Eutychès et de Dioscore, devait être retranché de l'Eglise. L'Empereur fut satisfait, et les affaires de la religion commencèrent à prendre un heureux cours.
Mais on goûtait à peine cette satisfaction, que l'Empereur et tous les gens de bien eurent la douleur de perdre l’impératrice Pulchérie, qui mourut l'an 453, âgée seulement de cinquante-quatre ans : femme forte, vierge pure, digne de régner dans le ciel comme sur la terre, et que l'Eglise honore d’un culte public le dix de septembre. Si elle transforma la cour en une retraite de vierges ferventes, ce fut un spectacle encore plus merveilleux de voir la femme d'un empereur leur donner l'exemple des vertus de leur état, et si bien allier les devoirs du christianisme avec ceux du trône, que ces deux fonctions, loin de’se nuire, tiraient l'une de l'autre un nouvel avantage et un nouveau lustre, Elle bâtit plusieurs églises magnifiques , trois entre autres en l'honneur de la Reine des vierges; elle fonda et dota plusieurs hôpitaux et plusieurs monastères ; elle laissa tous ses biens aux pauvres par un testament que Marcien exécuta avec une fidélité religieuse Mais ce qui peint d'un seul trait le mérite transcendant de cette princesse, l'énergie et l'élévation de son âme, la solidité de sa vertu et de son esprit, c'est que jamais l'Empire ne fut plus heureux ni plus en sûreté, que quand son frère Théodose le lui laissa gouverner. Sitôt au contraire que, livré aux eunuques ou à la jalousie de sa femme, il ne suivit plus la direction de cet ange tutélaire, il mit l'Empire et la religion à deux doigts de leur perte : de manière que l'Orient, en butte aut assauts des sectaires et de tous les hommes remuans, eût infailliblement succombé, comme l'atteste S. Téon, si cette femme incomparable ne l'eùt soutenu.
La mort de l'empereur Valentinien ILE, qui arriva le 7 mars de l'an 455, fut bien différente. Ce prince, qui n'avait que trente-six ans lorsqu'il périt, avait bien démenti les idées favorables conçues
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474 HISTOIRE GÉNÉRALE [An 455) autrefois de sa vertu, La mollesse et l'incontinence flétrirent tout ce qu'il avait de bonnes qualités, et ce dernier vice fut enfin ia cause de sa perte", Depuis quelque temps, il se livrait sans réserve à cette honteuse passion. La femme du patrice Maxinié, l'un des premiers personnages de l'Occident; n'était pas moins recommandable par sa vertu que par sa beauté; Valentitiien, déséspérant de la séduire; la surprit brutalement et se porth aux dérniérs éxcès. Aussitôt qu'elle put s'échapper, elle alla, inondée de larmes, apprendre à son époux son déshonneur et son désespoir, se réhférma ensuite dans son appartement, la mort déjà dans le sein, et mou. rut en effet quelques jours après *.
Maxime, descendu de l'empereur de même nom qui avait régné quelque temps dans lès Gaules, conçut une ambition que le faible droit de sa' naissance colornit avantageusement à ses yeux. Il dissimul cependant-en présence de Valentimien, et feignit d'ignorer l'opprobre dé sa femme. Il eut même assez de sang-froid pour comprendre que, le trône venant à vaquer, il aurait pas à y prétendre tant’qu'Aëtits vivrait; il entreprit de le brouïller avéc le prince ,et persuada si bien’à celui-ci qu’Aëtius, fier de sés victoires, aspirait à l'Empire , que ce lche et barbare empereur poignarda'ce’grand”’capitäine de ses propres mains. Après cet assassinat révoltant ; Comme l'Empereur sé promenait à Rome dans le Champ-de-Mars ; il fut assailli par deux des gens d'Aëtius qu'avait suscités Maxime , ét qui massacrèrent publiquement Valentinien, sans qüe personne se mît en devoir de le défendre. Ainsi finit le dernier prinice dé là raté du grand Théodose. Maxime fut aussitôt reconnu empereur, et il épousa Eudoxie, veuve de Valentinien, dans l’ignorancé où elle était encore que ce nouvel époux fût l’assassin du prémier. ,
Mais quand elle eut découvert cette trame détestable, elle ne mit plus de bornes à son dépit; et, préférant à ce joug indigne celui des plus féroces Barbares, elle invita Genséric à venir s'emparer dé Rome. Toujours prêt au pillage, le roi des Vandales ne se fit pas prier. Bientôt il prit terre à Ostie et marcha droit à Rome. Maxime, songeant à s'enfuir et permettant à tout le monde d’en foire autant, se rendit si méprisable, qu'on attenta sans crainte à sa vie : il fut mis en pièces le 77° jour de son règne, par d'anciens serviteurs de Valentinien, qui jetèrent les membres du parricide dans le Tibre.
Toute la ville s'abandonna à la consternation, et l'on ne pensa pas seulement à se défendre *. Le seul pontife alla au-devant de
# Chron. Prosp. Idac. Marcel, etc. — ? Evagr. 11, c. 7. — 5 Procop. 1,c. 5.
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(An 455] DR L'ÉGLISE. —- LIV. XVI. 495 Genséric, peu capable de l'effrayer après Attila, Il obtint tout ce qu'on pouvait demander à un pareil vainqueur, et bien au-delà de toutes les espérances : c'est-à-dire que les Vandales se contenteraient du pillage, qu'ils s'abstiendraient du meurtre et des incendies, qu'il y aurait même trois églises, celle de $, Pierre, celle de S. Paul et la basilique Constantinienne , qui ne seraient ni pillées ni visitées, On tint parole; mais on pilla durant quaturze jours tout le reste de la ville, d'où l’on emporta des richesses immenses, en particulier les vases sacrés que l'empereur Tite avait autrefois enlevés de Jérusalem, Il y eut des milliers de captifs; l'Impératrice, qui avait appelé les Barbares, fut conduite à Carthage avec ses deux filles Eudoxie et Placidie,
Mais ce désastre fut salutaire à la célèbre Eudoxie, veuve de l'empereur Théodose et mère de l'impératrice d'Occident. Sa philosophie et, toutes ses lumières naturelles étaient pour elle une faible consolation, sans celle de la foi, dont elle s'était privée en s'engageant dans l'hérésie d'Eutychès. Ces coups de la main du Seigneur donnèrent lieu aux, plus profondes réflexions, et bientôt elle craignit de s'être engagée dans la mauvaise voie ‘, Les hommes de Dieu, puissans en œuvres et en, paroles, abondaient encore dans la Terre-Sainte, où elle habitait. Elle consulta les plus célèbres, apprit d'eux que sa mort n’était pas éloignée, et que nulle œuvre de vertu ne devait la rassurer, à moins qu'elle/ne tint au centre de l'unité, en s’attachant au concile de Chalcédoine et à Juvénal son légitime évêque. Elle obéit à cette voix du Ciel, abjura publiquement l'hérésie à Jérusalem, et rentra dans la-communion de l'Eglise, où elle persévéra, sans hésiter, jusqu'à la mort. Avant de sortir de ce monde, elle eut la consolation d'apprendre que le prince Hunéric, fils du roi de Vandales, avait épousé l’ainée des deux filles de Valentinien, et qu’on avait renvoyé la cadette avec sa mère à Constantinople.
Il restait en Afrique une multitude d’autres captifs illustres, qui fournirent une ample matière à la charité de l'évêque de Carthage, nommé Deo-gratias, lequel avait été ordonné en 454, à la prière de l'empereur Valentinien, après une longue vacance de ce siége. Les traitemens inhumains qu'éprouvaient les captifs touchèrent vivement ce prélat*. Comme les vainqueurs étaient partie maures, partie vandales, ils se partageaient les prisonniers, séparaient impitoyablement les enfans de leurs parens et les femmes de leurs maris, Ainsi, dans la misère et les travaux accablans de l'esclavage, ceux-ci n'avaient pas même la triste consolation de porter leurs
1 Vit. S. Euthym. p. 64 et seq. — ? Vict. Vit. —, c. 8.
476 IISTOIRE GENÉRALE [An 457] chaînes de compagnie avec les personnes qui leur étaient chères, ni de confondre leurs sueurs et leurs larmes ensemble. 11 y en avait une multitude de malades , tant par les besoins qu'ils é éprouvaient que par les inééminodités extraordinaires qu'ils avaient souffertes dans la navigation. Le saint évêque en racheta autant qu'il en put payer, ne craignant pas de vendre pour une si bonne œuvre les vases d'or ét d'argent qui servaient aux églises. Il fournissait aux malades tous les secours dont ils avaient besoin, leur faisait distribuer la nourriture convenable, et accompagnait luipers les médecins qui les visitaient. La nuit, il allait voir s'ils
'étaient pas négligés, demandait à chacun, de hit en lit, comment ils se trouvaient, et cela nonobstant sa faiblesse et son âge décrépit. Il mourut très-peu de temps après, n'ayant occupé le siége de Carthage que trois ans.
A ce tristé événement les captifs crurent revoir le moment où ils étaient tombés pour la première fois dans la servitude. Cette mt rie füt pas moins funeste à l'Eglise d'Afrique en général. Le roi Géñsérit en prit occasion de défénire d'ordonner des évêques dans la province Proconsulaire et dans la Zeugitane, où il y en avait encore suixante-quatre, mais la plupart fort âgés. Ainsi, manquant dé jour ën jour, ils furent réduits à trois après quelques années. L’Eglise"honore la mémoire de S. Deo-gratias le vingtdeuxième jour de mars. La barbarie de Genséric donna lieu à la sanctification dé plusieurs autres Africains, sans compter le nombre inifini de martyrs qu’elle produisit.
C'est ce qui anïmia, autant ou plus que les brigandages du Vandale, lé zèle et'la valeur de l'empereur Marcien , qui pensa sérieusement à lui fairé la guerre. Il s'y prépara en prince chrétien, joignant aux sages précautions suggérées par l'expérience et la politique, tout ce qui pouvait mettre le Ciel dans ses intérêts, comme les prières publiques et d'abondantes largesses en faveur des pauvres. Mais si ces œuvres de piété ne purent servir à remplir ses vues temporelles, elles ne furent pas perdues pour l'éternité, à l'approche de sa mort, qui arriva peu après, savoir l'an 457, de son âge le 65°. Sa mémoire est en bénédiction, pour ses vertus, pour son application au bien de l'Etat et de la religion. Il eut pour successeur le tribun Léon, gouverneur de Sélymbrie. Il était natif de Thrace, et fut’élu le‘septième de février de la même année, par les gens de guerre, avec le consentement du sénat.
Il aimait sincèrement la religion; mais dès le commencement de son règne, il commit une faute de surprise ou de faiblesse, qui, en alarmant S. Léon et toutes les personnes attentives au bin de l'Eglise, leur fit trop tôt sentir que l'Orient n’était plus sous la
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[An 455] DE L EGLISE. — LIV, XVI. 477 conduite des Marcien et des Pulchérie. Les Eutychiens, si nombreux en Egypte, reprenant courage au changement de souverain, le moine Timothée, ordonné prêtre du temps de Dioscore, se mit à la tête des séditieux. Depuis long-temps il fomentait sourdement la cabale et la révolution qu'il méditait, Il allait de nuit, avec une canne creuse près des cellules dessolitaires , et leur parlant au moyen, de cette espèce de porte-voix, les appelait l'un après l’autre par leurs noms, dont il avait eu soin de se faire instruire, se donnait pour un ange envoyé du Ciel qui venait les avertir de fuir la communion de, Protère, et de choisir le moine Timothée pour évêque, se désignant ainsi lui-même ", C'est à'cette supercherie sacrilége, qui le faisait courir de nuit comme les chats courent sur les gouttières, qu'on rapporte son surnom d' Flures mot dont le: Grecs nomment ces animaux.
Quand il crut sa partie assez, bien liée, et qu ‘L sut la mort de Muruigi auteur de son exil, il reparut avec insolence, et déclama hautement contre le émail de,Chalcédoine. Entre les moines qui lui étaient dévoués, il rassembla d’abord ceux du voisinage d'Alexandrie , avec une troupe de bandits: et de séditieux gagnés par argent; et profitant de l'absence du gouverneur, qui était occupé avec ses troupes dans la Haute-Egypte, il remplit la ville d'un s1 grand tumulte, que les catholiques n'osèrent plus paraître; S'étant emparé de la grande église, qu'on nommait le temple Césarien, il se fit ordonner é évêque par Eusèbe de Péluse et Pierre de Majume, deux des quatre ou cinq évêques condamnés à, l'exil, et réduits par leur révolte contre l'Eglise et ses premiers Delais à faire la cour à un moine séditieux, Il restait un obstacle à sa faction. dans la personne de l’évêque Protère, qui chercha inutilement sa sûreté dans le baptistère.
Ni la sainteté du lieu, ni celle du jour, qui était le vendredi Saint, ne le préserva de leur fureur. Sans égard à sa vertu, ni à sa vieillesse vénérable et à ses cheveux blancs, ils le percérent de plusieurs coups d'épée, comme il était en prière, Leur emportement ne se borna pas même à la mort : son corps fut attaché à une corde et suspendu publiquement à la vue du peuple, avec des huées et des insultes barbares. Ensuite on le traîna par toute la ville, et on le déchira de mille coups, jusqu’ à ce qu’il fut en lambenvk. Quelques-uns poussèrent la rage jusqu’à goûter de son sang. On bràla le reste de ses membres, et l’on en jeta les cendres au vent. Plusieurs catholiques furent martyrisés avec leur saint évèque *.
1 Niceph. xv, c. 19; Evagr. 11, c. 8. —® Vict. Chron. p. 899.
478 HISTOIRE GÉNÉRALE [An 451
Timothée Ôta le nom de Protère dés sacrés dyptiques, y mit le sien après celui de Dioscore, pilla les biens du martyr et de sa fumille, Pour reux de l'Église, il en disposait à sa fantaisie, les prodiguant aux factieux et à ses proches, sans penser seulement aux pauvres. Il anathématisa le concile de Chalcédoine et tous les fidèles qui le révéraient, nommément le pape. et les évêques des grands siéges. Dans lé petit nombre des évêques desa.faction, il choisit les plus emportés, et les envoya dans toutes les villes de la province, pour persécuter.les prélats catholiques. et, leur clergé. On chassa les plus respectables pasteurs, de vénérables vieillards, ordonnés du temps de S. Cyrille et. plus anciennement encore; puis on institua des hérétiques en leur place. Les orthodoxes étaient également recherchés dans les monastères, soit d'hommes, seit de filles, où l'on.s'étudiait surtout à ne laisser que des prêtres hérétiques; en sorte que les ecclésiastiques soumis aux décisions de la foi étaient généralement réduits à la fuite ou à se tenir exactement cachés. .
Malgré tant d'excès, l'empereur Léon restait dans l’inaction et dans une sorte d’indécision sur ce qu’il devait penser de ces factieux, Ils avaient envoyé à Constantinople des requêtes, dans lesquelles ils représentaient que le peuple et les magistrats d'Alexandrie ne voulaient point d'autre évêque que Timothée. Quant à la foi, ils faisaient profession de celle de Nicée et d'Ephèse, ne disaient mot du concile de Constantincple, et blämaient insolemment celui de Chalcédoine, avec le pape Léon qui le révérait, et tous les évêques d'Orient qui l'avaient tenu. Après quoi ils ajoutaient, que, sans y avoir égard, il en fallait assembler un autre et examiner la foi tout de nouveau. L'Empereur, abandonné à ces vaines appréhensions qui engagent souvent un politique faible et borné dans les plus dangereuses démarches, proposa au patriarche de Constantinople d'assembler son clergé, avec tous les évêques qui se trouvaient dans la capitale, pour donner leur avis, tant sur l'ordination de Timothée que sur les décrets de Chalcédoine. Il écrivit dans le même sens au souverain pontife, qu'il pressait de venir à Constantinople; à Basile d’Antioche, successeur de Maxime ; à Juvénal de Jérusalem; à une multitude de métropolitains et d’évêques des siéges considérables, au nombre d'environ soixante, Il aurait même songé à faire célébrer un concile œcuménique; si, après les dépenses du dernier et tant d’autres inconvéniens, la chose avait été praticable.
Le pape répondit à l'Empereur", ainsi que l'avait déjà fait un
1 Epist. 75.
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[An 458] DE L'ÉGLISE, — LIV, XVI, 479 concile de quarante évêques assemblés à Constantinople, que ce sert ‘a attentat d'examiner de nouveau les décisions d’un concile ; néral, lesquelles, étant dictées par le Saint-Esprit, sont infaillibles et irréformables; que, loin de remettre en question ce qui était décidé, il ne fallait penser qu’à y soumettre les indociles; que si l'on renouvelait ainsi les disputes au gre des hérétiques, les troubles de l'Eglise n'auraient plus de fin, et que cette coupable condescendance ne pouvait que les augmenter. Il l’exhortait enfin à chasser bién vite le moine Timothée du siége d'Alexandrie, qu'il avait usurpé si indignement : il le faisait souvenir que tel était le vœu de presque tous les évêques d'Egypte, qui l'avaient certifié par leurs lettres, et plusieurs de vive voix, à Constantinople même, où ils s'étaient réfugiés depuis les violences de l'usurpateur, tandis que les évèques schismatiques n'avaient osé signer leur requête, de peur de laisser apercevoir leur petit nombre.
Cette sage fermeté du pontife fit qu'on ne pensa plus à célébrer un nouveau concile. Mais les Eutychiens, en perdant toute espérance de ce côté-là, demandèrent qu’on leur accordât au moins une conférence dans laquelle ils pussent proposer leurs difficultés. S. Léon ne fut pas moins inflexible contre cette nouvelle tentative. « Ce serait toujours anéantir l'autorité du concile de Chalcédoine, répondit-il‘, que d'accéder à cette demande artificieuse d'inquiets sectaires; qu'on n’espère jamais m’amener là. En cherchant à disputer de nouveau sur la foi, ils voudraient faite croire que jusqu'ici il n'y a rien d'arrêté là-dessus : le piége est trop grossier; Léon n’y donnera jamais. »
L'Empereur consulta ensuite les solitaires les plus révérés de l'Orient, tels que S. Siméon Stylite, S. Jacques le Syrien et S. Baradat. La manière de vivre de ces deux derniers n’est guère moins surprenante que celle de Siméon; et si ces merveilles n'étaient également attestées par des témoins oculaires et des écrivains d'un aussi grand poids que Théodoret*, nous aurions peine à les croire nous-mêmes. L’illustre Syrien, nommé Jacques, était connu trèsparticulièrement de cet évêque de Cyr; il n’habitait qu'à une lieue et demie de cette ville, sur le sommet d'une montagne où il
“vivait à découvert, exposé nuit et jour à toutes les injures des sai-
sons; n'ayant pas même de clôture pour se préserver des bêtes sauvages, pas un antre pour se soustraire, soit aux ardeurs du s0leil, soit aux neiges, qui tombaient quelquefois en telle abondance qu'il y était comme enseveli : il ne vit jamais de feu, n’en usait pas même pour apprèter sa nourriture qui ne consistait qu’en quelques
1 Epist. 78. — ? Thcod. Philoth. c. 21
480 HISTOIRE GÉNÉRALE [An 459] lentilles trempées dans l'eau : cette manière de vivre ne lui paraissant pas encore assez dure, il portait sous son habit de pesantes chaînes de fer. S. Baradat, exposé de mêmé à toutes les intèmpéries des saisons, habitait la pointe d’un rocher : il tenait sans interruption les mains étendues vers le ciel, moins Sembläble à un être animé qu'à un terme informe, tout coUvÉr + d'une Péau qui ne lui laissait de libre que lénez et la boüche'pour réspirer,
De’pareilles atistérités s’attirdient les plus ‘grands res part même des puissans du siècle, dont l'indifférénice’err matière de vertu n’est guère touchée que dééé quiest éxtraordinäire: Mais ces hommes tout céléstés' avaient encore plus d'huilité que d'ardeur’ pour lx pénitènce. Prêts à Jaisser leur genre: dé vie singulier aü premier ordre dés princes de l'Eglise , qui sont les évêques, ils n'avaient point d'autre règle de leur foi que les décisions de ces premiers pasteurs. Îls répondirent à l'Empereur, qu'il devait regarder comme un oracle infaillible de l'Esprit saint, ce qui avait été prononcé par les six cent trente pères, c’est-à-dire, par le concile de Chalcédoine, qui parait ainsi avoir été composé de ce nombre d'évêques; et que cette sainte multitudé devait bien dissiper tuutes ses appréhensions, ‘après que le Sauveur avait promis de se trüüver aù “inilieu d'un biën moindre nombre qui s ’assemblerait en son nom. ‘* ”” etai
On conservé un recueil de diverses réponses faites, sur le même objet,"à l'émpereut Léôn, au nombre de trente-six lettres, dont l'ensemble forma utie “autôrité du plus grand poids", non pas précisémentAräison dé’la sainteté de la plupart de trs auteurs, mais parce quéchacune d'elles fut revêtue de la souscription de plusieurs évêques, aussi bien que la lettre du suuverain pontife qui, en cette occasion, parla pour tout l'Occident. On vit ainsi, dans là totalité dé ces lettres synodales, le sentimént de toute V'Eglise enseignante; et dès là toutes les difficultés furent résolues sans réplique, la collection de ces réponses particulières produi-. sant le même effet qu'un concile œcuménique. On voit clairement par cet exemple, cornme le fait observer Fleury”, après le grand évêque de Meaux ”, que la force des décisions de l'Eglise ne consiste pos dans l'assemblée des évêques, mais dans leuf consentement unanime , de quelque manière qu'il soit déclaré. Le recueil de ces lettres, nommé en grec Encyclia, c'est-à-dire, lettres circulaires, a été traduit en latin par Epiphane le séslastique.
L'Empereur ainsi rassuré ne songea plus qu’à faire exécuter les
1 Tom. 4 Conc. p. 902 et seq. — ? Hist. Fccl. 1. 39 n. 12, — 5 Def. Cler. Gell. part. 2,1. 2%, c. 13.
An 459] lui papesanintémüt sans le à un au qui 'ér,
té de la mâtière ré Mais té d’arngulier ues, ils de ces vait reui avait le conce nomdissiper is de se nblerait
e même s, dont pas prérs, mais de plupontife t ainsi, ute l'E-
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[An 461] DE L'ÉGLISE, — LIV, XVI. 48:
décisions du concile, et commanda au gouverneur d'Alexandrie d'en chasser Timothée dit le Chat, et de faire élire un nouveau patriarche. Cet intrus méprisable fut. en.effet banni, et conduit sous bonne garde dans la Chersonèse.. Après quoi on élut, du commun consentement. du peuple. et du. clergé, un autre Timothée, surnommé Solofaciole oule Blanc, qui donna d'abord avis de son élévation au souverain pontife, avec le clergé d'Alexandrie et dix évêques d'Egypte". S. Léon, dans sa réponse, les exhorte au zèle et à la concorde, et.ilengage le nouveau. patriarche à lui écrire souvent.pour l'instruire de. l'état de sonéglise, Anatolius de Constantinople était mort quelque temps auparavant; prélat très-ambitieux, au jugement de S. Léon, et dont la manière même de penser donna de vives inquiétudes à ce.saint et habile pontife : tant il est vrai qu'on ne peut guère sortir des bornes de la subordination dans l'ordre hiérarchique, sans quelque.péril pour la foi. On éleva sur le siége de Constantinople S. Gennade, patriarche nes, différent d’ Mséliites et, ae. on raconte plusieur miracles.
qu ‘on sache Lien sûrement mr jour. ‘Son ponts Bt de 21 ans, durant lesquels la grandeur de son âme et de sa vertu n’a cessé d'éclater. Sa science et son génie n'étaient pas moins. distingués. Sa manière d'écrire est noble, son style pur pour le temps où il écrivait, son éloquence digne des plus beaux siècles, extrêmement touthante et pathétique, comme on le voit dans la plupart de ses sermons. Il nous en reste quatre-vingt-seize sur les principales fétes de l'année, dont il traite les mystères avec une netteté et une onction qui intéresseront à jamais les esprits justes et les âmes pieuses, Nous avons encore de cet illustre pontife cent quaranteune lettres. C’est le premier des papes qui ait laissé un corps d'ouvrage, et à qui l'on ait donné le surnom de Grand : grand en effet et en toute matière, zélé pour la décence et la magnificence du culte divin, pour la fondation et plus encore pour le rétablissement des églises, qu'il ornait avec un goût qui portait l'empreinte de la noblesse de son âme et de l'élévation de son génie, Après les ravages des Vandales,. il renouvela l'argenterie dans toutes les églises de Rome. Il fondit pour cela six grands vases de cent livres Chacun, donnés autrefois par le grand Constantin. Aux sépulcres des saints Apôtres, il établit des gardiens ou des chapelains, qu'en nommait alors chambriers, nom qui fut depuis en usage dans
! Liber, Brev. c. 15 ct 16.
T. IL, 3r
482 HISTOIRE GÉNÉRALE (An 461) l'Église dé Paris et dans quelques autres, parce qu'anciennement on nommait chambre ce que nous appelons chapelle. dé
Entre les lettres de S. Léon il y a quelques décrétales qui méritent une attention particulière. Ge qu'il écrivit à Dorus, évêque de Bénévent, tiontre combién ce pränd’püpe avait &' cœur l’ordre hiérarchique‘. Cét évêque üvait mis un prêtre nouvellement ordonné à la tête de tous lés ancièns: Léon l'etf reprit avec sévérité ; et parce que déux prêtres avaient donné fur consentement à Cette mesüre, il statua que lés autres garderäient le rang de leur ordination, ét que les deux adulateuts ‘en‘seraiert privés"à jamais, pour l'avoir cédé par une lâche complaisance. Encote piétendit:il qu'il leur avait fait grâce, et qu'ils méritaient la déposition canonique; parce qu’un ecclésiastique, dit-il, maître sans doute d’humilier sa personne, doit toujours honorer sa place,
Dans une lettre adressée à Théodose de Fréjus”, au sujet de la pénitence, il dit que, tant que Ja vie dure, nous ne devons point mettre de bornes à la divine miséricorde, mais accorder la réconciliation à tous ceux qui la demandent, même en danger de mort, pourvu que leur conversion soit sincère. « Nous ne devons pas être difficiles, ajoute-t-il, dans la dispensation des dons de Dieu, ni mépriser les‘larmes de ceux qui s’accusent; mais eroire au contraire que c'est Dieu qui-leureinspire l'esprit de componction. Quand ils auraient perdu la parole, il suffit qu’ils donnent des marques d'une raison libre, ou que des personnes dignes de foi certifient qu'ils ont demandé la pénitence. »
Par une décrétale adressée aux évêques de la Campanie et du voisinage ”, il les reprend de ce qu'ils faisaient réitérer publiquement la confession des pénitens : puis, fournissant une preuve bien précise en faveur de [a confession auriculaire, il dit en propres termes, qu'il suffit que les péchés soient confessés, premièrement à Dieu, ensuite au prêtre par une confession secrète.
Touchant le baptême, il décide, en écrivant à Néonas de Ravenne, quant à ceux qui ont été emmenés en captivité avant l'âge de raison, et qui n'ont aucun souvenir d'avoir été baptisés, qu'on doit rechercher avec une grande diligence s’il n'y a pas quelque preuve de leur baptême ; mais que, s’il ne s’en trouve point, il les faut baptiser hardiment, sans craindre le péril de rebaptiser. On infère de là, qu'il n'était pas encore d’usage de baptiser sous condition.
C'est ainsi que l'Eglise, qui avait pris sa forme essentielle sous la main même de son divin {nstituteur et de ses premiers disci-
1 Epist. 5. — ? Epist. 91. — % Epist. 80.
(An 461) nement )111 ii mériévêque l'ordre ient orévérité ; t à Cette ur ordijamais, (endit:il n Canote d'hu-
jet de la ns point a réconle mort, pas être Dieu, ni au cononction.
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lle sous s disci-
[Ao 461] DE L'ÉGLISE. — LIV, XVI. 483 ples, forma insensiblement sa discipline. Elle développa de même différens points de dogme, à mesure que les occasions s'en présentèrent. À la. fin du pontificat de S. Léon, où nous voici parvenus, après.la 1célébration de ces quatre conciles fameux, que le plüs grand de ses successeurs comparait aux quatre Evangiles, et où la plupart des hérésies à venir ainsi que passées trouvent leur condamnation, on put regarder les principaux articles de la foi chrétienne. comme parfaitement éclaircis. Dans tout le cours des siècles suivans, nous allons voir tirer, avec la même infaillibilité et la même précision, les conséquences particulières de ces principes lumineux,
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