LA 484] DB ,L'ÉGLISE. LV. XVII
ï 519 furent, bientôt rougis.de leur, sang": Leurs, vêtemens tombaïent oO) r AUS accrochaient aux'piertes et aux-épinies, Ils eu-
rent même le corps, tout déchiré; l'un :la tête brisée; l'autre le çôté ou le ventre ouvert, presque-tous, les membres disloqués, et pluseue ConsOmner ent FéniRes eur erigre. Ceux qui farent assez robustes pour aftgindre: le désert, n'y trouvèrent'pour leur subsistance que de 1 oxç,+ qu'on. leur donnait par mesuré; comme à'des bêtes de somme : ençore les en priva-t-on bientôt, et on les laissa mourir de faim. Les bêtes .venimeuses les plus: malfaisantes le furent moins que les tyrans;.et.l’on observa que, dans uné contrée qui n'est, pour ainsi dire, qu'un repaire des plus dangereux reptiles, aucun des servitéurs. de Dieu ne périt de leurs morsures , auxquelles ils demeurnient exposés sans:mulle: précaution. Lorsque tant de saints et savans ministres de la-réligionfurent ainsi éloignés, Hunéric fit proposer .à l'évêque-de Carthage une conférence avec les évêques ariens. Eugène:répondit que; tout le monde chrétien étant intéressé à des.questions dans Tbsquelles il s'agissait des premiers principes de la foi, il.en allut écrire au pape, chef de toutes les Eglises afin de convoquer les évêques de tous les pays. Ce n'est pas qu'il n'en restât encore assez in Afrique, pour fire triompher la vérité par leurs lumières jimais comme ils étaient sous le joug des Vandales, ils ‘avaient; beaucoupplus a craindre que des étrangers, soit pour, eux, soit pour-leurs troupeaux. Loin d’avoir égard à la remontrance d'Eugène; Hunéric, au contraire, chercha encore à écarter ceux des Africains qui passaient pour savans. Îl bannit l’évêque Donatien après une rude bastonnade, bannit de même Præsidius-de Suffétule;:et fit tourmenter plusieurs autres en diverses manières. Un miracle éclatant que fit alors le saint évêque Eugène ne servit qu'à remdre Île tyran plus furieux. Un aveugle très-connu, nommé Félix, recouvra subitement la vue par le seul attouchement dela main du prélat, en présence d’un concours extraordinaire de fidèles rassemblés pour la solennité de l'Epiphanie. Il n’y avait guère moyen de äouter d'un fait qui avait eu tant de spectateurs, Le roi ne laissa point que de se faire amener Félix pour entendre de sa bouche la vérité et toutes les circonstances de l'événement, La merveille étant ainsi prouvée jusqu’à la démonstration, on n’osa plus la nier; mais, en convenant. du prodige, on prit le parti de dire qu'Eugène l'avait opéré par maléfice, et l'on persista dans le projet de la conférence *.
Les évêques du continent de l'Afrique et de toutes les îles sou
Re.
‘Vict. Vit.l.u,n.1. - ? Num. 13 etseq.
F20 HISTOIRE GÉNÉRALÉ Tan 4841 mises aux Vandales, se réndirent À' Carthage pour'lé jéur marqué, qu était le premier de février 484. L'ôi en fiténcore mourir tout ce qu'on put, sous différents” prétéxtés, maïs dans’ 1e/sedl Put d'ôter à la”bonne cause les défenseurs tes”plüs'zétés étles” plus éclairés. Ilén restait encore trop. pour pr Dr aiénsosas- ’sént éntrer en lice. La conférence coin tééiihôins: murs ils ‘suscitérent mille chigäniés “pour dr ( Gus qü AUTRE cho “liques demandaient qu'il y eût'dés”#ft tres prédutis, ju'ftimèms Jes plus sages c du peuplé fussent: spectatetis, on ddr dé dEli- \Yrér cent Coups ‘dè Bâton aux laiques Hümodustéhs qui Gsérients y trouvér : C'est ainsi qu'on nommäit par mépris les Loitibäôtes, "’Surler nom de da tholi qués, qu'ils ne Est pas 44 préridre ‘dans leur | Fetes HiAl foi br élevä de gränes-plaïtites; lét'aVec St üe ‘rnédéstié Qu'ils se: missént én'dévoi dy répondre, on ia au “tlriliite 8 à fadéditidn et Pon‘éoürut dire aù roï qué les hohiodüstens 6H MiEnt tôut doté évitét I cénférence: Il paraît que. ce jeu avait été concerté entre le prince et ses évêqués; €ar : AUOT: “HÉIBOREF dans les prôvinicés un détretidressé d'avance, “en vertu ‘duquel , ‘tandis même que les évêques orthodoxes étaient | Ca Canl hage e, On férma en ün sul jour toutes les églises, ét l'on attnibua aux X Ariens”tôus les ‘biens dé ces églises et de‘leurs pas- | teurs, en ap pliquant aux: Catholiques lès peines portées contre l'hérésie par Les lois impériales. On publia en même temps que c'étaient les homoousiens qui, ne pouvant prouver leur doctrine par l'Écrituré, avaient rompu la conférence et Vavaient tournée en sédition par lé moÿen du peuple qu'ils avaient soulevé Afin de donner quelque couleur à cette imputation, par une apparence de modération et d'humanité, on leur fixa un délai pour mériter leur pardon,
Mais sans aucun retard, sitôt que l’édit fut envoyé pour saisir | leurs églises et tout ce qa ils possédaient dans leur pays, Hunéric chassa de Carthage les évêques qui s'y trouvaient rassemblés, après les avoir encore dépouillés du peu qu ‘ils avaient apporté avec eux, sans leur laisser ni cheval ni esclave, pas même d'habit pour changer. Défense fut faite en même temps, sous peine du feu, soit de les loger, soit de leur fournir des vivres. Ainsi on les vit, au nombre dé cinq à six cents, la plupart d'un âge avancé, errer autour des murs de la ville, sans asile, sans abris exposés nuit et jour à toutes les injures de l'air, et ttidiquant de nourriture. Il en mourut en assez peu de temps quatre-vingt-huit. Le roi étant sorti par hasard, tous ceux qui pouvaient se traîner vinrent autour de lui, pour tâcher de l’adoucir; mais sans écouter leur humble demande, à laquelle il ne répondit que par des regards foudroyans,
TAn' 4847 tiarqué, fir tout edl'but jes plus ris" osasmMérs'ils f'cAtRo-
ifrôins dé ‘4ël:fients y odôxes.
préridre s'ét'dVec dré,' on iqué les Ilparait ués* Car avance, s étaient , ét l'on eurs pass contre
ps que doctrine tournée evé, Afin pparence * mériter
ur saisir Hunéric és, après rté avec bit pour du feu, n les vit, é,'errer s nuit et re. Il en ant sorti itour de nble deroyans,
LAn 484] DE L'ÉGLISE. — LIV. XVII, ET il fit, çourix sur eu des cavaliers de sa garde qui en foulèrent plusieurs sous les pieds de leurs chevaux. Tous furent enfin relégués dans l'ile de Gorse; et condamnés.à couper du bois pour la conatruction des navires il 2 deu anal Li
soLifyêque, de; Carthage $, Eugène fut envoyé dans le désert de \'Exipaliseet ais sous la, garde d'un Arien furieux nommé Antoine,
4winxentait chaque jeux de nouvelles manières de le tourmenter,
Hesse, 18 EegasiqnE soie ue Fier AéTauÉS pour son église, ajoutait.ençore de rudes. macérations à ses tourmens. En couchant
sux. la terre. couvert seulement d'un, sac, il, contraëta une para-
lysie. qui .luiemharrassa jusqu'à la langue. Son persécuteur lui fit
ayaler de force.un vinaigre violent, et l'on crut que le saint vieillard
perdrait,la vie, Maisal jen guérit, fut rappelé d'exil par le rei
Gontamond, vécut jusquà, Lan.503 ,.et ne mourut que sous Tra-
samond, dans yn,seçond bannissement, à Albi dans les Gaules,
ok sa mémoire est encose,plus bonorée que :dans le reste de l'E-
glise, 20810 sorrira él ovtété Sirénmos SN SUN ET
Après l'évêque, on bannit ayec une barbarie proportionnée tout le, clergé de Carthage, encore composé de plus de cinq cents personnes : ce, qui. nous donne.une idée de la splendeur de cette église primatiale, de l’Afrique dans, ses beaux jours. Le diacre Muritta, qui était,un vieillard vénérable, se signala par une fermeté extraordinaire. Il avait levé, des fonts l'apostat Elpidifore, qui s'était montré. le plus ardent des persécuteurs avant le départ des catholiques pour l'exil, Alors Muritta tira tout-à-coup les linges dont il avait couvert Elpidifore au sortir des fonts, et qu’il tenait cachés sous ses habits. Les ayant déployés aux yeux de tout le monde, il dit à l'apostat qui était assis comme son juge: « Voilà la robe nuptiale qui t’'accusera au tribunal du juge suprême, et qui te fera précipiter sans ressource dans le puits enflammé de l'abime. Tu regretteras, malheureux, mais il n’en sera plus temps, ce préservatif sacré dont tu t'es dépouillé toi-même pour revêtir la robe d'ignominie et de malédiction. » Elpidifore plit sur son tribunal, et n'osa répondre”. ;
Mais nul objet d’édification ne fut plus touchant que douze enfans de chœur , distingués entre les autres par la beauté de leurs voix, et qui suivaient les confesseurs dans leur, bannissement. Leur talent les fit regretter par les Ariens, qui coururent sur leurs pas afin de les ramener. Mais ces généreux enfans ne voulaient pas quitter leurs saints maîtres ; ils s'attachaient à leurs vêtemens, ils se laissaient frapper à grands coups de bâtons, ils bravaient les
# Vict. Vit. 1. 4, n. 3. — * Ibid, 1. 5, n.9.
5aa MISLOIRE GÉNÉRALE (An 484
nues dont:les: menaçaient des clercs-et des évêques drièns : ministres de sang et: de- terreur; qui marchaient toujours armés, et ressemblaient beaucoup mieux à des soldatsoù à dés'büurténux qu'aux prêtres du Seigneur. Enfin ,\oniles détaéha de forcé! ét ôn les-ramena à Carthage; mais on élen: put jamais séduire lun “seul, por toutes les caresses et les mauvaïs:traitemens qu'ün: éinploÿa tour à tour. Long-temps après la persécutiori, ils fhisatent encore a consolation et la gloire de l'église d'Afrique, demeurant enisémbie à Carthage, mangeant ensemble; Chantant'ensémbleïlés' lôtanges de Dieu. Toute la province patin ces dore real comme:autant di apôtres. »
Entre les évêques qui furent mais ave cette persécutions Vi gile.de Tapse se rendit célèbre par ses écrits. La'crainte d'aigrir les persécuteurs, jointe à l'envie de donner plus dé'corirs das ouvrages ; lui fit cauher son nom et-emprunter:ceux des Pères les plus renommés ; tels que S; Athanase et:S. Augustin : ce qu’il pouvait hasarder parmi des barbares aussi ignorans que les Vandales. On lui attribue. avec raison le symbole qui porte encore le nom de S, Athanase, Quoiqu'il avertisse lui-même en plusieurs endroits de ses écrits, qu'il fait parler les plus grands personnages pour donnei plus de poids à la vérité, cette pieuse fraude n’a pas laïssé que de produire de pernicieux effets. Outre la confusion qu ‘elle a jetée dans les œuvres de. vlusieurs Pères, elle paraît avoir autorisé les novateurs à répandre leurs i inventions, à la faveur des noms les plus respectables. Vigile alla dans la suite à Constantinople, où, se trouvant en liberté, il écrivit sans toutes ces fictions contre l’hérésie d'Eutychès : c'est le seul ouvrage de cet évêque africain, qui porie son nom.
La persécution s'étendit en Afrique, du clergé au peuple. Avant même que les évêques fussent conduits en exil, Hunéric ordonna, dans toute l'étendue de sa domination, de n'épargner aucun de ceux qui résisteraient à ses volontés impies , quels que fussent leur âge, leur sexe ou leur condition. De cette multitude innombrable, envers qui l’on n’ébserva n: le forme judiciaire, on pendit les uns, on brûla les autres, on en assomma une infinité sous le bâton, on dépouilla honteusement les femmes, et par préférence, celles de haut rang pour les tourmenter de la manière qui leur était la plus sensible. Ce n'étaient plus ces obscènes et licencieux Africains dont la corruption faisait horreur aux premiers Vandales qui les subjuguèrent : les châtimens célestes en avaient fait des hommes tout nouveaux , de purs et de parfaits chrétiens.
Une dame de haut rang et d’une rare beauté, nommée Denyse, à qui la pudeur était beaucoup plus chère que la vie, dit aux per-
[An 484; “drièns :
armés, rent é, ét'ün n ‘seul, smploÿa ‘enñtôre 'eénsems'louanlesseurs
try ?n
ion, Vid'aigrir rs à ses éres Îles ’il poundales.
nom de roits de ur donissé que Île a jeutorise ioms lés , OÙ, se re l’heain, qui
. Avant donna, icun de nt leur ombrandit les bâton, - , celles était la x Afriindales fait des
en yse, ix per-
En: 484] DB L'EGLISE, ++ LIV, XVII, | 5a3 sécuteuns:«Faités-moi souffrir tous les tourmens qu'il vous plaira ; la-seule grâce que je vous demande; c'est de m'épargner la honte dela nudité, » C'en fut asséz pour da traiter avec plus d'indignité que les autres 4,ils l'élevèrent au-dessus d'eux, pour la donner de tous côtés en spectacles Mais Denyse.s'armant de toute la résolution.que peut inspirer la:bonne conscience:« Ministres de d'enfer,
Jeux ditrelle, ce que:vous faites pour ma confusion, dès'que:je l'en-
dure malgré moi, ne-peut tourner qu'à ma-gloire;» et sans faire auention à l'état-où-elle-setrouvait ; ri aux ruisseaux de sang qui jaillissaient de tous ses membres dépouijlés elle exhorta les autres martyrs à mépriser des douleurs auxquelles elle se montrait insensible. Elle ayait un fils encore jeune, nommé Majoric; qui lui parut, aussi épouvanté qu'attendris Elle l’encourageæ si bien par ses discours et. par ses-exemples;, qu'il onsomma fidèlement son martyre. Alors la sainte mère ; à qui des persécuteurs laissèrent une vie moins désirable que:la mort, rendit grâces à Dieu, en embrassant le corps de.son fils avec:plus d'affection que s'il eht été vivant, et elle l'enterra dans:sa maison, pour prier continuellement sur son tombeau. Plusieurs autres-personnes, tant de’sa fumille qu dr ii souffrirent: par ses MA uñie' mort atcompagnée de cruelles tortures.
On a conservé le souvenir d'une autre héroïne nommée Dagyle, femme d'un échanson du roi, et ‘qui avaituléà confessé la foi à plusieurs reprises sous le règne précédent, Elle n'était pas moins délicate que Denyse : cependant, après avoir'enduré la flagellation et les bastonnades, elle fut exilée dans un lieu aride et désert, où elle ne pouvait recevoir ni secours ni consolation de personne. Mais quittant avec joie, pour une si belle causé, enfans, mari, et tout ce qu’elle avait de plus cher, sa foi l’éleva si fort audessus de sa faiblesse naturelle, qu’elle refusa jusqu'à loffre qu'on lui fit de la transférer dans un lieu moins incommode.
Victorien, gouverneur de €arthage, l'homme d'Afrique le plus fortuné et qui avait la plus grande} part à la confiance du roi, sa crifia tous ces avantages à sa religion, « C'est dans l'église catholique, répondit-il à ceux qui le sollicitaient de la part du prince de se faire rebaptiser , c’est dans l'Eglise catholique que j'ai été régénéré pour la vie éternelle; mais quand je ne serais point assuré d'une récompense aussi magnifique que celle que j'attends après cette vie » je ne voudrais pas être ingrat envers le Créateur qui m'a fait connaître tout ce que je dois à sa bonté infinie. » Le roi lui fit souffrir de longs et très-r igoureux tourmens, sans qu’on püt jamais. lui arracher la: moindre partie de sa couronne.
Servant, homme de condition de la ville de Suburbe, après
524 HISTOIRE GÉNÉRALE: Un 484y une rude bastonriade | éprouva’ millé iräffinemens d'uné' Cruduté. inouie, On l'élevait/ en l'air avec des pouliés, puis ôti le lâthait tout-à-coup pour le faire tombér de tout'sôi poids sur lé pavé s'et
Von-réitéra lonig-temps cetté manœuvre, 4 limithtion de Cellé du
bélier, Comme’il réspiraït encore ,'ôn le train pir des éhémins ra-
boteux;'et’on'ls;déchire jusqu'au dertiiér” Soüfflé d'vié uvéc dés piérrés tranéhuntes; en sorte queln peau lui perdait HôWiblemienit des flancs et du ventre. At ROAD. MIOONS. SFA
.r1ArTambaide | deux frères prièrent les bourreaux 'de”/les'tüurmenter'ensemble ::on les suspendit durant toute twne'j0'triiée avec de grosses pierres aux pieds. L'un'dés deüx'#emantla’ quaftier ; mais l'autre lüi'cria : 1 Estice donc: iniün frère, ce que tu viens de jurer'avèc moi:à Jésus-Christ? Oui; je sérai témoin éontre toimême, et dansquelques momens je té’ dénontérai au rédoutalie tribanxl;» Ces paroles lui rendirént son'premier courage; et on se témitivles tourmenter l'an:et. l’autre avec uh nouvel acharnement. On leur'appliqua longtemps les laines 'ardentes ‘et l'on déchira chacun de leurs mémbres avec 'les’ongles de fer. Maïs un instant aprés; on né; véyait/sur eux aucune trace dés tortures. Enfin les bourreüux rebutés les chassèrent, en disant : « À quoi servent nos efforts ?'tout le monde; loin de se convertir à notre religion, envie le ’sôrt de ceux qui la bravent. »" :
»Dans'la Mauritanie Césariénne, le zèle de la vraie foi fut si général, que présquetous les habitans de Typas passèrent én Espagne et s’exilèrent eux-mêmes, plutôt que de rester dans une église où les Ariens venaient d'établir un de leurs évêques. Le peu qui résta, par l'impossibilité de s'embarquer, résista généreusement à toutes les soilicitations. C'est pourquoi le roi envoya un comte, avec ordre de leur couper à tous la langue'et la main droite: Mais, quoiqu'on leur eût coupé la langue Jusqu'à la racine, ils continuèrent à parler: ils rendirent à la vertu du Très-Haut un témoignage d'autant plus gloridix, qu'il ne devait rien à la ‘ nätüre. Plusieurs de ‘ces merveilleux confesseurs se retirérent à Constantinople | où ils reçurent l'accueu qu'ils méritaient ; les autres se répandirent en différentes provinces, portant partout cette preuve” petmanenté dé la puissance divine ‘dé’ Jésus-Christ, en sorté que jamais’ prodige ‘ne fut ‘mieux constaté, « Si quelqu'un fait difficulté de le croire; disait dans le temps même de l’événement l'historien Victor de Vite", qu'il aillé à la nouvelle Rome : il ÿ entendra Réparat le sous-diacre parler d'une manière facile et parfaitement articulée, quoiqu'il ait la langue arrachée. — Il faut
Lib. v, n. 6.
tan 44
bien, p ce que après ( ler.»
fait, c impé même; vaien Se quin triom fit ve de pl veur., toute endu remp!
ordre Tout
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An 48%y ‘ruduté.
thait avé s'et Îlé du ins'ràréc'dës letiienit its s'{bur- Ée'avec drtiér ; viens tré toijutalie ot se èment, léchira nstant fin les nt nos n,en-
fut si en Esns tine Le peu reuseya un main acinié, -Haut Là la ‘ent à >s aucette t, en qu'un yéne- ‘me :
ile et faut,
Tan 48]
DE, LÉGIUSE, — LI, XVII, 528 bien plutôt s'étonner, reprend, le, philosophe Enée de Gaze', de ce que Réparat et plusieurs autres que, j'ai connus; vivent encore après cette barbare exécution, .que de; ce-qu'ils continuent à par: ler.» L'historien Procope et Je comte Marcellin” attestent le même fait, comme.témoins oculaires. Justinien, dans une, constitution impériale, adressée, depuis. à l'Afrique *. témoigne, avoir vu..les mêmes merveilles dans, quelques-uns. de. ces. confesseurs, qui, vivaient encore de son temps. 1h40 23
.Sept.moimes, duterritoire; de Capse souffrirent d'une manière qui,nest guère moins remarquable. On regardait comme:un grand triomphe dans, la.secte d'y attirer des moines : c'est pourquoi l'on fit venir ceux-ci à Carthage, et on les tentaipar tout,ce qu'il y avait de plus, éblouissant ,, jusqu'à les assurer du. premier .degré,de faveur auprès, du.monarque.; Ils se,montrènent, inébranlables, et toutes les caresses .se.changèrent.en; fureur. Après leur.avair fait endurer de. longues tortures, jusqu'alors :inouies, Hunérie.:fit remplir de bois sec un, vaisseau où l'on:attacha less martyrs;savec ordre de.les conduire en-pleine.:mer.et.de mettre le feu au navire. Tout fut ponctuellement exéçuté; mais.Je feu ;séteignit aussitôt; et quelque effort:que l'on:fit, on, ne put. jamais le rallumenr. Le roi confus ordonna de leur,casser la tête à.coups d'avirons, et de jeter leurs corps dans les ondes, qui, à l'heure même :et.contre leur cours ordinaire, les portèrent sur le rivage. Le peuple les rapporta respectueusement à la ville, én chantant des cantiques, puis leur décerna une sépulture honorable. :::::,/::: 2 14 4
I! est impossible de peindre tous les genres de tourmens, et de
compter tous les martyrs °t les confesseurs de la, persécution d'Hunéric., On trouvait encore les vestiges de sa cruauté longtemps après toutes les exécutions. De toute part on rencontrait des personnes qui avaient les oreilles ou le nez coupé,iles yeux arrachés ; on en voyait d’autres sans pieds ou sans mains ; un plus grand nombre. encore qui avaient le corps tout contrefait, les épaules disloquées d'une manière monstrueuse, et, plus hautes que la tête : ce qui provenait d’un jeu barbare, qui semble avoir été fort du goût de ces ennemis de l'humanité. Ils suspendaient les confesseurs à des cordes attachées au faite des maisons, et ils se divertissaient. à les pousser dans les airs, quelquefois contre les murailles, où ils se brisaient la tête et les membres. Romains, Africains, Vandales même, quand ils professaient la vraie foi, personne n'était épargné. Le moindre danger qu'on.caurût, c'était l'exil, des amendes exorbitantes, avec incapacité de
3 Dialog. de Resur. — ? Bell Vand.c. 8. --% Lib. 1, cod. d+ Off. PP. Afric.
526 IUSTOIRE GÉNÉRALE (Au 485]
faire ou de recevair aucune donation, la privation des charges,
pour. les officiers mêmes de la, maison du roi, et pour les grands de la nation les plus considérables. En, vain Je pape Félix, écrivit à Zénon afin de l'intéresser au triste.sort des fidèles de l'Afrique;
en vain cet empereur envoya, dans ce, but, une ambassade honorable au.farouche Vandale, Le tyran, pour.braver.à la fois l'Empire
et la religion fit. border de, bourreaux. iles rues où l'ambassadeur
devait passer. Mais, au défaut des princes de la terre, le Ciel vengea les injures de ses serviteurs, rain M 26 pe: Une, longue.et brûlante sécheresse, suivie de Ja famine, puis de
la peste; désola toutes les contrées de l'Afrique. ani obéissaient, à
Hunéric. Enfin l'an 485, après. un règne de sept.ans et. dix, mois, il mourut d'une maladie, de, corruption, son corps fourmillant de
verset tombant, par lambeaux’. Il n'eut pas même la consolation
de.laisser le. trône à sa postérité, lui qui avait répandu dans.ce, dessein tant.de sang illustre :.ce fut son neveu Gantamond qui lui succéda et, fit, cesser la persécution. |
Le. chef de l'Eglise universelle, voulant guérir les plaies de celle d'Afrique, tint pour cela un concile composé de quarante évêques italiens, de quatre africains, et de soixante-seize prêtres que les successeurs des Apôtres,, par une, concession spéciale, associèrent à leur fonction de juges. Malgré le grand nombre de catholiques qui. souffrirent avec tant d'édification et de constance, il y.en avait toutefois plusieurs qui s'étaient laissé rebaptiser, même entre les prêtres, et, les évêques. On leur imposa, pour la réparation de leurs fautes , les règles suivantes” : Les évêques, les prêtres et. les. diacres seront pénitens toute leur vie, et recevront seulement à la mort. la communion laïque. Les autres fidèles, clercs inférieurs, religieux ou séculiers, feront, suivant les canons de Nicée, douze ans de pénitence; mais si avant ce terme ils se trouvent en danger de mort, ils ne laisseront pas que de recevoir l'absolution. Les impubères seront tenus quelque temps sous l'imposition des mams, c'est-à-dire, aans l'humiliation de la pénitence : après quoi on leur rendra la communion, de peur que la fragilité de leur âge ne les fasse tomber en de nouvelles fautes, dans le cours d'une trop longue épreuve. Si cependant ils venaient
à recevoir trop tôt l’absolution, à l'occasion, par exemple, d'une maladie dangereuse, en. récupérant après cela leur santé, ils ne communiqueront avec les fidèles que dans la prière, jusqu'à ce que le temps prescrit en premier lieu à leur pénitence soit expiré. Les clercs inférieurs ou les laïques, rebaptisés par contrainte, ne
Vict. Vit. 1.5, 0.21. — % Tom. 4 Conc. p. 1075
[An 48:
feront cun d' lement tendre et'dan prinéf] que} | aura s Le ; dé l'E; mort dre’ cc clergé des bo à faire but, s nite e cathol monte Mais e triarcl Con un mé lâche mois Euphé éclairé patria plus eut le paste d'An mort le pre L'E remp aute Zéno s'eni disen
sr epi
ArRes, rands Crivit
ique;
noFampire adeur | ven-
is de ieut, à mois, ant. de lation e.desui lui
ies de hrante rêtres e, asde ca-
nce, tiser ; our la es, les vront dèles, anons ils se cevoir s l'impénir que autes, naient d'une ils ne d'à ce xpiré.
te, ne
[An 485) DE L'ÉGLISE. — LV. XVII, Dan feront que trois ans de pénitence ; tiais un n'admettra jamais ancun d'ewx au ministère ecclésiastique, non plus que ceux généralément qui auront été baptisés hors de l'Eglise. Ce qui doit s'entendredes cas où la contrainte n'exclut pas tout degré de volonté, et'danÿ lesquels il'y a toujours quelque faute libre. Tels sont les prinéipaux réglemens dressés dans ce concile; après quoi il ajoute que, pour les cas extraordinaires qu'il n'avait point prévus, on aura soin de consulter ke saint Siépe.
Le pape Félix eut aussi la consolation de voir enfin les affaires de l'Eglise prendre un meilleur cours à Constantinople, par la mort du patriarche qui, après dix-sept aris d’épiscopat, alla ren: dré compte à Dieu de son penchant funeste à dominer dans le clergé, à étendre sa juridietion impérieuse a-delà des règles ‘et des bornés les plus sacrées; aïsi que de son malhéureux artifice à faire sa cour’ par toutés Les voies qui pouvaient le mener à son but, sans épargner la foi ni constitution fondamentale de l'unité ecclésiastique. Le prètre Flavita, son successeur immédiat, catholique équivoque où très-chancelant, ne voulut pourtant pas monter sur son siége sans la participation du souverain pontife: Mais en même temps il envoya ses lettres synodales au faux patriarche d'Alexandrie, Pierre-Monge.
Comme on était à Rome dans la juste inquiétude qu'y donnait un ménagement si scandaleux, le Seigneur délivra son église de ce lâche dissimulateur. Flavita mourut subitement, après quatre mois seulement d’épiscopat, et il eut pour successeur le prêtre Euphémius, catholique non-seulement très- décidé, mais trèséclairé et très-vertueux. Il se sépara aussitôt de la communion du patriarche hérétique d'Alexandrie; et il aurait poussé lés choses plus loin, si celui-ci ne fût mort peu après. Cette église infortunée eut le malheur, après Pierre-Monge, d'avoir encore un autre pasteur hérétique, nommé Athanase. Il en était de même du siége d'Antioche, qui, ayant vaqué quelque temps auparavant par la mort de Pierre le Foulon, fut rempli par Pallade, hérétique comme le premier.
L'Empire eut le même sort en changeant de maitre. Zenon fut remplacé par Anustase, qui ne valait pas mieux que lui. Différens auteurs rapportent des circonstances effroyables de la mort de Zénon'. Avec tous ses autres vices, il était dans l'habitude de s'enivrer. Un jour qu'on le rapporta sans connaissance, les uns disent dans un excès d'ivrognerie, les autres dans une attaque d'épilepsie, infirmité à laquelle il était pareillement sujet, sa fernme
* Chron. Pasc. Marcel. Victor.
5a8 HISTOIRE GÉNÉRALE [Au 4g1] Ariane, qui ne le pouvait souffrir, prétendit qu'il était mort, et le fit enterrer tout vivant. Il se réveiila dans le tombeau, fit des hurlemens affreux, sans qu'on voulât l'entendrs, et mourut dans une espèce de rage, après s'être mangé les bras. L'Impératrice assembla aussitôt le sénat, et fit proclamer Anastase. Il commandait certains gardes destinés à faire observer le silence dans le palais, et n'était pas même sénateur. C'est ainsi que le silentiaire Anastase parvint, l'an 4g1, à l'Empire, qu'il occupa vingt-sept ans, quoiqu'il en eût déjà soixante lors de son élévation. Aussitôt après, l'Impératrice l'épousa.
H avait tous les dehors d’une haute piété, il faisait de grandes aurmônes, il jeânait souvent, il se rendait habituellement à l'église avant le jour, et il y restait jusqu'à la fin de l'office. Mais il était d'une race fort suspecte en matière de foi, et déjà il passait personnellement pour penser très-mal. Aussi le patriarche Euphémius s'opposa-t-il fortement à son élection, et ne consentit enfin à le couronner qu'après en avoir exigé par écrit une confession de foi claire et nette, avec promesse de ne rien changer dans la religion. Anastase se piquait lui-même de ne point innover et d'aimer la paix sur toute chose, En effet, il laissa les églises comme il les trouva, du moins au ccmmencement de son règne, qui paraissait assez mal affermi : chaque évêque en usait comme il voulait, à l'égard du concile de Chalcédoine; ceux-ci le recevant, ceux-là lui disant anathème, les autres gardant une sorte de neutralité : ce qui remplit l'Eglise de plus de divisions peut-être que n'en eût causé le gouvernement d'un persécuteur.
Dans ce nouveau genre de péril que courut la foi par tout l'Orient , ses plus fermes appuis furent deux saints solitaires, nommés Sabas et Théodose, cappadociens l’un et l’autre. Dès l'âge de huit ans Sabas était entré dans un monastère voisin de Césarée, où , prévenu des grâces les plus abondantes, il surpassa bientôt en vertu, mais surtout en humilité et en obéissance, les vieillards les plus avancés. A dix-huit ans, il fut inspiré de se retirer dans les déserts de la Palestine, et son abbé le lui permit. S. Euthymius, entre les mains de qui il tomba, voulut encore l'exercer, à cause de sa jeunesse, avant de lui laisser mener la vie d’anachorète. Ce ne fut qu'à trente ans qu'il lui permit de demeurer seul dans une
caverne, cinq jours de la semaine, durant lesquels le fervent anachorète ne prenait aucune nourriture. En sortant du monastère le dimanche au soir, pour s'y retrouver le samedi, il n’emportait autre chose que des feuilles de palmier pour en faire des corbeilles,
‘ Monum. græc. p. 222, n. 3 ct seq.
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Maïs lé saint homme savait parfaitémet nt'allier à ka en dé l'Evangile les réssources dé l'expérience et de la s: sagesse. Rien n'échappait à son intelligence de cé qui regardait : non: :seulement la discipline régulièré, maïs la science dè T4 religion € et es intérêts de la foi. Des Arméniens qui s'étaient verius ran er, sous sa cofiduite chantaient le trisagion dans jeur langue, avec d'addition, de Pierre le Foulon. Sabas les obligea de le chanter en rrec, êt dans les termes usités par les ancieris ‘ Pêrés, I leur | permit cependant, parce qu'ils n'entendaiént pas la langue grecque, de célébrer separément, dans la leur , la première partie de la messe, qui est pour l'instruction ; maïs à charge qu'après la lecture de l'évangile, ils se réuniraient aux autres pour le sacrifice. Comme on l'avait soigneusement éprouvé lui-même avant de le laisser vivre à part, il ne permettait aussi de demeurer dans les cellules dispersées de la laure, qu’ après de grandes épreuves. Pour lès commencans, il avait Urie petite communauté où il les tenait jusqu’ ‘à ce qu ls fussent bien mstrüits de la discipline régulière : après quoi il n ‘admettait pas encore auprès dé lai ceux qui étaïent d'ün âge: téfdre; mais il lés énvoyait à uné lieue ét dénié délà, au fônastère dé l'abbé Théodose. Ces deux saints personnages n'avaiént d'autre prétention que le sérvice de Dieu, sans nul esprit de glôire propre, ni conséquemment de rivalité.
Théodose avait été formé dès sa jeunesse, comme Sabas, par les meilleurs maîtres de la vie solitaire ". Craignant dans la suite
1 Boll. ad 12 Jan.
530 IISTOIRE GÉNÉRALE (An 4g»] d'être établi supérieur, il se retira à deux lieues de Jérusalem, dans une caverne où il vécut trente ans de fruits ou de légumes, sans jamais manger de pain, On sut bien le trouver dans cette humble retraite. Le nombre de ses disciples croissant à proportion de son humilité, il se vit obligé de bâtir un des plus grands monastères qu'on eût encore vus, et qui ressemblait à une ville, où l'on exerçait tous les arts et les métiers nécessaires à la vie,
Il y avait quatre infirmeries, deux pour les religieux, soit malades, soit trop avancés en âge pour suivre les exercices réguliers ; deux pour les séculiers, parce qu'on y voyait un concours étonnant d'hôtes et de malheureux de toute condition, et que la délicate charité de notre saint voulait épargner aux personnes d'un certain état l'humiliation d'être confondues avec la foule. Il y avait aussi quatre églises : une pour les moines grecs de naissance, du nombre desquels était le supérieur; une pour ceux de Thrace; la troisième pour les Arméniens; la quatrième pour certains solitaires, malades d'esprit plutôt que de corps, et qui s'étaient engagés dans la vie d'anachorètes sans avoir la tête assez ferme pour soutenir la solitude. Chaque nation faisait son office à part jusqu'à la fin de l'évangile ; après quoi les frères de chaque langue se réunissaient dans la grande église, qui était celle des Grecs, et com: muniaient tous ensemble, Nous verrons bientôt ces hommes suscités du Ciel signaler leur courage pour la défense de la foi, quand Anastase, croyant son empire bien affermi, pensera ne devoir plüs rien ménager.
Le pape Félix n'eut pas le chagrin de voir ces troubles scandaleux, le Seigneur l'ayant retiré du monde le 25 de février 492, après un pontificat de près de neuf ans. L'Eglise le compte au nombre des saints. Après quatre jours de vacance, on mit Gélase, romain de naissance , sur le Siége apostolique, qu’il occupa quatre ans et huit mois. Le gouvernement temporel de Rome changea vers le même temps, Théodoric, roi des Ostrogoths, ayant Ôté à Odoacre le royaume d'Italie avec la vie. Le prince goth avait été donné en Ôtage et élevé dès l’âge de huit ans à Constantinople, où il se fit tellement aimer, que Zénon l'adopta pour son fils d'armes et le fit consul. IL n’eut pas de peine à obtenir de cet empereur l'agrément de passer avec sa nation, des monts sauvages de l'Illyrie en de plus douces contrées envahies par les Hérules. Apres trois batailles gagnées sur Odoacre, il l’obligea de se renfermer dans Ravenne, et de se rendre enfin, après un siége de trois ans. I] lui avait promis la vie, mais il prétendit ensuite avoir quelque trahison à lui reprocher. Théodoric voulut conserver la paix avec Anastase, qui avait succédé à Zénon, et qui ne demandait pas
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YAn 495] DE L'ÉGLISE, — LIV, XVIL. 53:
mieux que de rester tranquille. Pour cela, il envoya des ambassa- ‘deurs à Constantinople. Ceux-ci, sans se borner à l'objet de leur cominission , firent savoir au pape Gélase, soit de leur chef, soit par l’instigation des Orientaux, que les Grecs formaient de grandes plaintes contre l'Eglise romaine, au sujet de la condamnation d'Acace; qu'ils disaient la sentence du pape insuffisante pour condamner leur patriarche, et prétendaient que pour un jugement il fallait un concile général.
Le pape Gélase répondit aux ambassadeurs, et confondit en ces termes les murmures des Grecs" : « Quand Acace n'aurait pu être jugé par un séul, ainsi que s'expriment ceux qui murmurent, n'est-ce pas en vertu du concile de Chalcédoine qu'il a été condamné? Mon prédécesseur a-t-il fait autre chose qu'exécuter un ancien décret sans rien prononcer de nouveau? Tout antre évêque aurait pu le faire comme celui du Siége apostolique; mais ne sont-ce pas ceux qui nous opposent les canpns qui les violent eux-mêmes, en refusant d'obéir au premier siége, ( qui n'ex'ze rien d'eux qué de raisonnable et de légitime? C'est par l'autorité des cnons que les appellations de toute l'Eglise doivent être portées à rutre siège ; en sorte qu'il juge de toutes les églises, et qu'il ne soit jugé rar aucune, Ils n'ont jamais ordonné de juger se: juy:emens, mais iis ont statué, qu'au lieu d'y donner atteinte, il fallait religieusement s'y soumettre. En cette même affaire, Timothée d'Alexandrie, Pierre son successeur, Pierre d'Antioche, et les autres qui se prétendaient évêques ont été déposés par la seule autorité du Siége apostolique : Acace fut lui-même l’exécuteur de ce jugement : il est donc condamné aussi légitimement que l'ont été les autres, puisque c’est par le même pouvoir et pour s'être attaché à leur communion. En vertu de quels canons ont-ils déposé Jean d'Alexandrie, Calendion d’Antioche et plusieurs autres évêques orthodoxes ? Quoi! l’on a chassé, av:* tant de prélats innocens, ceux du second et du troisième siége ; «1 {évêque de Constantinople, à qui les anciens et légitimes canons ne donnent aucun rang particulier, n'aura pu être déposé après avoir embrassé la communion des hérétiques! Où ses partisans prétendaient-ils que s'exerçât le jugement qu'ils proposent? chez eux peut-être; en sorte qu'ils soient juges, témoins et parties! Quand il s’agit de la religion, la souveraine autorité de juger n’est due, suivant les canons, qu'au Siége apostolique. Les puissances du siècle, en cette matière, né peuvent se soustraire au jugement des évêques, principalement du successeur de $. Pierre, Personne, quelque puissant qu'il soit;
! Epist. 4, tom. 4 Conc.
539 HISTOIRE GÉNÉRALE [An 493] pourvu qu'il soit chrétien, ne s'arroge le pouvoir de juger des choses divines, à moins qu'il ne se fasse persécuteur. »
Quelque ardens que fussent les vœux du pontife, ils ne purent amener le patriarche Éuphémius, tout orthodoxe qu'il était, à retrancher des dyptiques le nom de son prédécesseur Acace, Il répondit que c'était user de dureté envers lui-même, que de l'obliger à flétrir la mémoire d’un prélat en vénération à Constantinople, où il était à craindre que cette démarche n'occasionât une s“dition. Mais il fut soupçonné de suivre son inclination particulière, de vouloir assurer sa fortune et plaire à l'Empereur : tant il est rare qu'avec de la foi, et même des vertus, un évêque puisse ménager sans inconvénient la faveur d'un prince malintentionné pour la religion. Mais le patriarche déplut aux deux partis en voulant plaire à l’un et à l’autre. Après avoir encouru le blâme du successeur de Pierre, il perdit les bonnes grâces du successeur de Zénon. Anastase, comme bien des grands sans principes , n'était pas d'humeur à se contenter d'une complaisance limitée. Bientôt le patriarche lui devint odieux, ou plutôt, à la première occasiun favorable, on fit éclater les dispositions où l’on était depuis long-temps à son égard. On le soupconna en apparence d'avoir favorisé la révolte des Isaures, qui, par attachement à la mémoire de Zénon, leur compatriote, s'étaient soulevés contre Anastase, Celui-ci rassembla les évêques qui se trouvaient à Constantinople, fit excommunier et déposer Euphémius, puis l'envoya en exil. On mit en sa place le prêtre Macédonius, qui avait été élevé dans la piété et la vie ascétique, et que certains auteurs accusent néanmoins d'avoir signé l'Hénotique de Zénon.
D'un autre côté, les évèques de Dardanie témoignérent Je plus grand éloignement des nouveautés dangereuses et de tous leurs sectateurs sans exception. À l'avertissement que le pape Gélase leur donna d'éviter la communion des hérétiques, ils répondirent avec une affection et un respect qui s annoncent dès l'adresse de la lettre. « Au Maître apostolique, portait-elle, au très-saint Père des Pères, Gélase, évêque de la ville de Rome, Jes humbles évéques de Dardanie, salut. » Ils l'assurent qu'ils ont recu ses avis salutaires avec la soumission convenable; que leur désir est de lui
obéir en toutes choses, de garder inviolablement les ordonnances du Siége apostolique, comme leurs pères leur en ont donné constamment l'exemple; qu'ayant fui de leur propre mouvement la communion d'Eutychès, de Pierre, d'Acace et de leurs sectateurs, ils s'en abstiendront à plus forte raison après l'avertissement du saint Siége, À la fin, ils prient le pontife de leur envoyer quelqu'un de ces excellens hommes qui remplissent son clergé, et de-
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[An 494] DE L'ÉGLISE, — LIV, XVII. . 533 vant qui ils puissent régler, suivant ses intentions, ce qui concerne la foi catholique.
Le pape ne manqua pas de féliciter ces évêques de leur fermeté dans la communion de l'Eglise romaine et universelle; et pour animer leur zèle, il voulut les instruire à fond de ce qui avait trait à l'affaire d'Acace. Les partisans que cet évêque conservait après sa mort donnaient sa condamnation pour illégitime, parce que la sentence n'en avait pas été rendue dans un concile tenu exprès, et qu'il s'agissait de l'évêque de la ville impériale, « Parcourez, dit le pape, ce qui s’est passé depuis les Apôtres, et vous verrez que nos pères les évêques catholiques, ayant une fois prononcé contre une hérésie, ont voulu que leur décision fût irréfragable, sans pouvoir jamais être mise en question; autrement il n’y aurait rien de solide dans ïes jugemens de l'Eglise. Ils ont pensé qu'il suffisait de condamner l’hérésie avec l’hérésiarque, en comprenant dans cette condamnation quiconque communiquerait avec lui ou avec ses fauteurs. Ainsi fat condamné Sabellius; ainsi le furent les Ariens au concile de Nicée; ainsi Eunomius, Macédonius et Nestorius.
» Tout ceci bien considéré, reprend Gélase, nous nous assurons qu'aucune personne solidement chrétienne ne peut ignorer que c'est principalement au premier siége à faire exécuter les décrets des conciles, approuvés par le consentement de l'Eglise universelle, puisqu'il est en possession de les confirmer par son autorité, et de tenir la main à leur observation, en vertu de sa primauté, Or, étant averti qu'Acace s'était écarté de la communion catholique, il a employé durant trois añs toutes les voies de la douceur pour le ramener au devoir, et lui a notifié, par une citation légale, qu'il eût à venir ou à envoyer pour se défendre contre les accusations graves de Jean d'Alexandrie. Comme il n’y avait pas lieu à tenir un nouveau concile, nul évêque n'était en droit de décliner le jugement du premier siége, auquel s'était adressé l'évêque du second, qui ne reconnaît point d'autre juge que S. Pierre, Acace a donc été condamné dans la même forme que Timothée et Pierre- Monge, qui se donnaient pour évêques d'Alexandrie, sans un nouveau concile. Tout le monde chrétien sait que le siége de Pierre a droit d’absoudre des jugemens de tout évêque, et de juger toute l'Eglise, sans qu'il soit permis à aucune personne de juger son ju-
gement, puisque les canons veulent qu'on y recoure de toutes les parties du monde, et qu'il n’y ait plus d'appel de ce tribunal. Or, comme il est constant qu’Acace n’avait aucun pouvoir d’absoudre Pierre d'Alexandrie, sans la participation du saint Siége, qui l'a-
‘ Epist. 2, tom. 4 Conc. p. 1196.
534 HISTOIRE GÉNÉRALE [An 494} vait condamné, qu on dise par quel concile il l’a fait, lui qui n’aurait pas même été en droit de le faire en concile sans le Siége apostolique. Qu il se souvienne de quelle église il est évêque. N'est-ce pas d'un siége dépendant de celui d'Héraclée? Souvent même, sans un concile précédent, on a vu le saint Siége absoudre, anlot les canons, des personnes condamnées injustement par un concile. Il a le même pouvoir, pour condamner sans concile ceux qui le méritent, »
Gélase cite ici les exemples de S. Athanase, de S. Feng Chrysostôme, de S. Flavien. Comme ce dernier fait concernait directement l'affaire en question, il s'y arrête davantage, ainsi qu'au faux concile d'Ephèse, « lequel, dit-il, étant contraire à tout ordre, à tous les canons, et ayant été rejeté de toutes les églises, prin-
cipalement du Siége apostolique, a pu et dû être révoqué par un.
concile légitime approuvé de ce Siége et reçu de l'Eglise universelle, Mais un concile légitime, ajoute- t-il, ne peut être infirmé en aucune manière. » Il applique ensuite cette maxime au concile de Chalcédoine ; ; puis il fait sentir les contradictions et la mauvaise foi de ceux qu’on appelait acéphales, c’est-à-dire des Demieutychiens, qui, sans admettre ouvertement la doctrine d’Eutychès, ne recevaient cependant pas le concile qui l'avait condamnée.
Passant de là à ce qui avait servi de motif aux entreprises d'Acace, « Nous avons ri, ajoute le pontife, de la prérogative que s'arrogeait cet ambitieux en sa qualité d’évêque de la ville impériale. Les évêques de Ravenne, de Milan, de Trèves, qui furent long-temps des villes impériales, sont- ils pour cela sortis des bornes que l'antiquité leur avait prescrites? Mais si l'on veut
apprécier sagement la dignité des villes, les évêques du second
et du troisième siége ont plus de dignité que l’évêque d’une ville qui n’a pas même le droit de métropole. Autre est la puissance impériale, autre est la juridiction ecclésiastique. La présence de l'Empereur ne change point l’ordre de la religion. Qu'ils écoutent l'empereur Marcien, lequel, n'ayant pu rien obtenir po
l'élévation de l’évêque de Constantinople, donna de grandes louanges à Léon, mon saint prédécesseur, pour avoir défendu les canons. Qu'ils écoutent l’évêque Anatolius, qui, n'osant avouer
la trame de son ambition, l’attribuait à son peuple et à son
clergé, en reconnaissant que l'évêque du premier siége était lé maître de la décision. L'illustre Léon lui-même, quoiqu'il ait confirmé le concile de Chalcédoine, a cassé tout ce qu'on y avait innové contre les canons de Nicée, et au-delà du pouvoir confié à ses légats. Depuis la mort de ce grand pontife, Probus, légat de
{Au 494] Simplic tention Le p traité d qu'il avi touchar à raisot Grecs, moins ] rapport raison :
entier, de Con difficul foi, po l'avait sans l’:
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{An 44] DE L'ÉGLISE. — LIV. XVII. 535 Simplice, soutint, en présence de l'empereur Léon, que la prétention de l’évêque de Byzance était mal fondée. »
Le pape Gélase revient encoré à ces prétentions, dans son traité de l’'Anathème, qui est une de ces instructions ultérieures qu'il avait promises à la fin de sa lettre aux évêques de Dardanie, touchant les affaires d'Acace. Comme cet objet est fort important à raison de l'influence qu'il eut par la suite sur le schisme des Grecs, nous croyons faire plaisir au lecteur en lui présentant au moins les traits capitaux. Dans cette fermentation des esprits par rapport au concile de Chalcédoïne, on faisait valoir surtout la raison suivante : Si l'on reçoit ce concile, on doit le recevoir tout entier, et par conséquent ce qui concerne la prérogative du siége de Constantinople, Gélase répond que toute l'Eglise admet sans difficulté et sans exception les décrets de ce concile touchant le foi, pour laquelle le saint Siége avait ordonné qu'il fût tenu, et l'avait ensuite confirmé. « Mais ce qui a été résolu, reprend Gélase, sans l'autorité et sans l’ordre de Léon, fut sur-le-champ contredit par ses légats; et le Siége apostolique ne l'a jamais approuvé, quelque instance que fit l'empereur Marcien. »
Parlant ensuite de la distinction entre les deux puissances, celle du prince et celle de l'Eglise : « Quoiqu’avant Jésus-Christ, dit-il, certains personnages , tels que Melchisédech, aient été figurativement rois et prêtres tout ensemble; quand on en est venu à ce Maître incomparable, qui seul est tout à la fois vrai roi et vrai pontife, les empereurs, qui par la suggestion de l'enfer usurpaient auparavant les titres du pontificat, ont cessé de les prendre, et les pontifes ne se sont plus arrogé la dignité de l'empire. Tous les membres de Jésus-Christ sont nommés par honneur une race royale et sacerdotale : mais au fond, Dieu, connaissant le danger d'un pareil assemblage de puissance pour l'orgueil humain, et voulant sauver ses adorateurs non par l'éclat du diadème, mais par l'humilité de la croix , a séparé les fonctions des deux pouvoirs il a voulu que les Emiperéurs chrétiens eussent besoin des pontifes pour la vie éternelle, et que les pontifes dépendissent des empereurs dans les choses temporelles. Le ministre sacré ne doit pas s'arroger l'administration des affaires séculières, et celui qui en a le gouvernement ne peut sans attentat s'ingérer dans les affaires du ciel. Ainsi l’un et l’autre ordre se trouvent appliqués aux emplois qui leur conviennent, et contenus dans la modération qui les sanctifie.»
Nous croyons inutile d’insister sur la sagesse avec laquelle le pontife romain s'exprimé dans ce passage remarquable. Il était im: possible d'établir d’une manière plus positive les bornes de la'puis-