‹ Histoire générale de l'église [microforme]Chapitre 52 sur 77 · À AURA PE À · texte numérisé non relu

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5306 HISTOIRE GÉNÉRALE [An 494] sance séculière, et les droits du pouvoir spirituel; il était impossible de déterminer avec plus de précision que le prince ne saurait, sans crime, empiéter sur le domaine de l'Eglise,

Il est encore plusieurs points dignes de remarque, dans la décrétale de Gélase aux évêques de Sicile, de Lucanie et du pays des Brutiens, Ces provinces, les plus méridionales de l'Italie, étaient si désolées par les calamités publiques, qu'on y manquait de ministres pour les choses saintes. Il fallut se relâcher sur quelques points de la discipline ordinaire concernant l'institution des ecclé.siastiques, et il fut permis d'ordonner prêtres en un an les laïques tirés de la vie monastique, et en dix-huit mois ceux de la vie commune. Nonobstant le peu d'importance de ces adoucissemens, qui aboutissent à abréger les interstices des ordinations, le zélé pontife témoigne, à diverses reprises, qu'il ne cède à la nécessité qu'avec une répugnance extrême; et, redoutant les suites trop ordinaires de ces sortes de condescendances, il recommande instamment qu'on ne se soustraie en rien autre chose aux saintes rigueurs de la discipline ordinaire. 1l.ne craint pas de descendre à ce sujet en des détails qui paraïîtraient minutieux à notre siècle. « Mais pour l'usage des biens ecclésiastiques, réputé de si grande importance dans tous les temps, qu'on ait toujours soin, dit-il, suivant l’ancienne règle, de faire quatre parts des revenus de l'Eglise et des oblations ; on attribuera la première à l'évêque, la seconde aux clercs, la troisième aux pauvres, la quatrième aux bàtimens, c’est-à-dire aux fabriques. » Cette lettre est du onzième de mars 494. Dans une autre, du 15 du mois de mai suivant, aux évêques de Sicile, le pape indique le même partage des biens ecclésiastiques, excepté qu'il charge la part de l’évêque, du soulagement des captifs ?t des hôtes.

On attribue au pape Gélase, avec beaucoup de raison, un ancien sacramentaire de l'Eglise romaine, contenant, avec les formules des sacremens, les inesses de toute l’année, Les règles des ordinations y sont les mêmes que dans celles de ses décrétales, qui précédèrent la dispense que nous venons de rapporter. Selon ces règles, un sujet inscrit dès sa première jeunesse pour le ministère, demeurait iusqu'à l’âge de vingt ans entre les lecteurs. S'il se donnait à l'Eglise dans un âge plus avancé, mais immédiatement après son baptême, il devait être cinq ans entre les lecteurs ou les exorcistes, puis quatre ans acolyte ou sous-diacre; ensuite, s’il le méritait, diacre pendant cinq ans, puis prêtre, et de là promu à l'épiscopat. Les bigames et les pénitens sont absolument exclus des ordres. Dans les messes, on remarque qu’elles avaient chacune en tout temps deux collectes au commencement, une secrète, une

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[An 496] DE L'ÉGLISE.— LIV. XVII. 537 postcommunion, et une oraison sur le peuple. La plupart ont des préfaces propres. Il y a plusieurs bénédictions sur le peuple après la communion; mais le canon est tel que nous le disons encore, Il y a plusieurs messes pour les morts, entre autres pour ceux qui ont désiré la pénitence et n'ont pu la recevoir. Pendant le carême, on ne disait la messe que vers le soir, mais il y en avait deux le jeudi Saint, une le matin, et l’autre le soir. Il est certain que le

. pape Gélase composa aussi des oraisons pour l'administration des pap P

sacremens et pour le saint sacrifice de la messe, plusieurs préfaces et des hymnes, à limitation de S. Ambroise.

Il tint à Rome, l'an 496, un concile de soixante-dix évêques ‘, où il est dit que l’église romaine a été préférée à toutes les autres, non par aucune disposition humaine ou ecclésiastique, mais par ces paroles du Sauveur : Tu es Pierre, etc. « À S. Pierre, dit ce concile, a été associé S. Paul :» mais on voit dans le même endroit ce que veut dire cette association, qui n'est nullement pour le pontificat suprême ou la primauté ecclésiastique, mais pour l’honneur du martyre qu’ils ont souffert l’un et l’autre dans la même ville de Rome et dans le même temps.«La seconde église est celle d'Alexandrie, établie au nom de Pierre par son disciple Marc. Le siége d'Antioche, occupé par Pierre avant qu'il vint à Rome, porte aussi son nom, et il a le-troisième rang, tant pour cela que parce que le nom chrétien y a commencé. » On voit encore ici le peu d'égard qu'on avait en Occident à la prérogative de l’église de Constantinople.

Nous avons un autre décret fort intéressant de ce concile romain , touchant la distinction des livres authentiques et des apocryphes. Il contient en premier lieu le catalogue des livres saints, tel absolument qu'aujourd'hui, si ce n'est qu'on ne compte qu’un livre des Machabées dans quelques-uns des exemplaires de ce dénombrement, qui ne sont pas tous d'accord. Après les livres canoniques, l'Eglise romaine recoit les conciles de Nicée , de Constantinople, d'Ephèse, de Chalcédoine; et :près ceux-ci, les autres conciles autorisés par les Pères; puis les ouvrages de S. Cyprien, deS. Grégoire de Nazianze, de S. Basile, de S. Athanase, de S. Cyrille d'Alexandrie, 4° S. Jean de Constantinople, qui est S. Jean Chrysostôme; de Théophile d'Alexandrie , de S. Hilaire, de S. Ambroise, de S. Augustin, de S. Jé: me, de S. Prosper , et la lettre de S. Léon à Flavien; enfin les ouvrages de tous :+. Pères qui sont morts dans la communion de l'Eglise romaine, et les décrétales des papes. Quant aux actes des martyrs, la coutume de © ome

! Tom. 4 Conc. p. 1290.

ART: HISTOIRE GÉNÉRALE [An 496] est de ne pas les lire publiquement, pour ne pas donner la moindre occasion à la censure ou aux risées des incrédules, quoiqu'on y: honore avec une sincère dévotion tous les martyrs et leurs exploits héroiques, souvent plus connus de Dieu que des hommes. Il y a toute apparence que ce décret ne regarde que ce. ‘aine collection particulière et peu authentique, quoique fort :épandue. On approuve les poèmes de Sédulius et de Juvencus, l'üistoire d'Orose; mais oour celle d'Eusèbe, on ne {cit que la permettre, ainsi que les ouvrages de Rufin et d'Origéne, et ceux-ci seulavent quant à ce qui n'y a pas été censuré par ©. Jérôsne.

On passe après cela à la censure des livres apocryphes : les plus fameux sont l'Itinéraire de S. Pierre et ses Actes, avec ceux de plusieurs autres Apôtres; le livre de l'Enfance du Sauveur; les Actes de sainte Thècle;.la Leitre ‘le Jésus-Christ au roi Aogar, et celle d'Ahgar à Jésus-Christ; le livre du Pasteur, si révéré de l'antiquité, et même les Canons apostoliques : max comme il y a Leuncoup de variété dans les anciens exempiaires de ce concile, c': craint avee raison qu'il ne se soit glissé dans son dénombrement gueiques noms d'auteurs qu'il n’a pas nommés en «ffet; au moins #3t-il sûr qu'il ne traite pas de la même manière tous ces écrivains, De même, en reprenant ceux qui se sont écartés de la doctrine de l'Eglise, il met une grande différence entre Lactance, Clément d'Alexandrie, Arnobe , Cassien , qui l'ont fait par inadvertance, et les dogmatiseurs décidés, tels que Tertullien, Fauste Je manichéen , et généralement tous les hérétiques de quelque célébrité, dont il rapporte les noms, depuis Simon le magicien jusqu’à Acace de Constantinople,

Nous avons encore d'autres ouvrages du pape Gélase , entre lesquels on prise particulièrement un traité contre Eutychès et Nestorius, que plusieurs critiques ont attribué à Gélasé dé Cyzique. Les mœurs de ce pontife honorèrent son savoir et ses talens. Il était d'une rare piété, donnait à la prière , ou à de’ saints entretiens avec les plus dignes serviteurs de Dieu , tout le temp: qui lui restait de ses fonctions sublimés. Elevé à la dignité la plus éminente, il la regardait comme le plus pesant fardeau, et comme une vraie’servitude qui le rendait comptable envers tout le monde. Il nourrissait tous les pauvres qu'il pouvait découvrir; vivait luimême en pauvre et dans la pratique de: :":siérités les plus rigou reuses. Il mourut aussi saintement qu'ii : ‘4 vécu, le 19 novembre de l'an 496. C'est ie premier nape : it fixé les ordinations aux quatr. ::mps.

L'annce suivante S. Epiphane, 1 "14e de Pavie, couronna par une sainte mort cinquante-huit ans 4’. vie qui n'avait été qu'un

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{Au 496) DE L'ÉGLISE. — LIV. XVI. 539 tissu continuel de toutes les vertus, et surtout de la plus active charité ‘. Dès l'âge de dix-huit ans, son saint prédécesseur Crispin lui trouva assez de maturité pour lui conférer l'ordre sacré du sous-diaconat. À vingt ans, il le fit diacre et lui confia l’'administration de tous les biens de son église : occupation qui ne l’empêcha point de lire et de méditer assidûment les saintes Ecritures, d'acquérir une tendre piété et d'être d’une pureté angélique , au milieu des distractions extérieures et des relations qu'elles lui donnaient avec toutes sortes de personnes. Il était beau de visage, bien fait de toute sa personne; mais d'une modestie encore plus grande, qui n’inspirait que le respect et la retenue. Il avait la voix belle, et je ne sais quoi de doux et d'insinuant dans le discours et les manières, qui penétrait dans les cœurs les plus durs, et gagnait les esprits les plus difficiles. Son évêque, dont il était la consolation et le soutien dans la vieillesse, avait coutume de l’employer à intercéder pour les malheureux, quand il n’avait pu réussir à leur obtenir du soulagement par lui-même. Cet heureux talent de la médiation, qui rendit la personne d'Epiphane précieuse et infiniment chère à tout le monde dès sa jeunesse , en fit l'intercesseur public et comme le patron de toute l'Italie, quand il fut fait évêque, âgé seulement de 28 ans. T'antôt il rétablissait la bonne intelligence , si nécessaire pour le bien du peuple, entre les grands et les faibles empereurs de son temps; tantôt il réconciliait les princes entre eux; tantôt il obtenait la remise des tributs aux villes éprisées par les exactions; souvent il s'engageait dans de longues et périlleuses ambassades, pour redemander les peuples entiers de captifs qu'on avait emmenés des provinces demeurées désertes et incultes. C'est ainsi qu'il obtint sans rançon, du roi Gondebaud, jusqu'à six mille sujets du roi Théodoric, qui avaient été menés esclaves d'Italie en Bourgogne. Il était également cher eux princesles plus ennemis. Quand le roi des Ostrogoths ou Goths orientaux le vit pour la première fois à son entrée en Italie, il s'écria, comme par inspiration : Voici un homme a qui tout l’Orient n’a point de semblable ! Quelque animosité qu’il y eût entre ce prince et Odoacre, roi des Hérules, le saint évêque eut constamment la confiance de l’un et de l’autre. Il avait l’âme d'une telle boni‘, qu'uniquement attentif à faire du bien, sans considérer à qui il en faisait, on lui vit nourrir dans Pavie ceux qui venaient de jller ses terres au dehors.

Cinq jours après ‘1 mort du pape S. Gélase, Anastase , comme lui romain de naissance et compté au nombre des saints, fut élevé

! Ennod. p. 360 Bolland. ad 21 Jan.

54o HISTOIRE GÉNÉRALE [An 496] sur la chaire de S. Pierre. Il eut la consolation dans le court espace de son pontificat , qui ne fut pas de deux ans, de voir Clovis, roi des Francs, embrasser la religion chrétienne et la communion catholique. Il y avait plus de deux siècles que ce peuple de Germanie était connu, et se rendait de jour en jour plus fameux par son génie martial. Il avait passé le Bas-Rhin et pénétré dans les Gaules dès les commencemens du cinquième siècle, et il n'avait cessé d'y étendre sa domination, sous le gouvernement successif de trois de ses princes. Clovis, le quatrième, poussa beaucoup plus loin ses conquêtes, s'empara de tout ce qui restait aux Romains dans les Gaules, et généralement de tout ce qui n'y appartenait point aux Bourguignons ou aux Visigoths. Après quoi son génie, bien supérieur à celui des coups de main et des invasions barbares, voulut donner à sa maison et à sa nation une forme constante et fixe. Il porta ses vues, pour une alliance, sur la nièce de Gondebaud, roi de Bourgogne, nommée Clotilde, extrêmement vantée, non-seulement pour sa beauté, mais pour l'élévation de son esprit et toutes les qualités estimables.

Les Bourguignons , sortis de la Germanie comme tant d’autres Barbares, s'étaient d'abord établis, vers l'an 413, dans les provinces voisines du Rhin ; mais ceux-ci n'avaient de barbare que le nom ‘. Ils étaient bien faits, d’une taille extraordinairement avantageuse, et communément hauts de six pieds; doux, modérés, non de cette humeur féroce et vagabonde de la plupart des peuples du Nord; très-laborieux au contraire, amis des arts et de tous les exercices de l’industrie. Avec un naturel si heureux, ils eurent beaucoup moins de peine à goûter les maximes du christianisme, dès qu'ils les connurent. Désolés par les incursions que les Huns faisaient souvent sur leurs terres, ils résolurent, après une délibération publique, de se mettre sous la protection du Dieu des Romains, après avoir observé, dit l'historien Socrate, qu'il est le puissant défenseur de tous ceux qui le craignent. Ils allèrent à une, ville des Gaules, prier l’évêque de les admettre au nombre des serviteurs de Jésus-Christ. Il les prépara par sept jours de jeûne, pen-

dant lesquels il les instruisit des vérités de la foi; après quoi il leur

donna le baptême et les renvoya chez eux, pleins de consolation et de confiance. Leur espèrance ne fut pas trompée : Uptare, roi des Huns, étant mort subitement dans une débauche nocturne, les

Bourguignons attaquèrent ces redoutables ennemis avec des forces

beaucoup moins nombreuses et les défirent néanmoins entièrement.

Leur constance dans la religion et dans les vertus qu’elle enseigne,

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(An 496) DE L'EGLISE, — LiY, XVII, 541 égala leur premiere docilité. Ils menèrent une vie beaucoup plus innocente qu'auparavant, obéirent aux prêtres qu'on leur envoya, comme à leurs pères, et traitèrent les Gaulois plutôt en frères qu'en vaincus. Mais ce peuple liant et facile eut malheureusement trop de rapport avec les Visigoths qui s'établirent dans son voisinage. Les Bourguignons se laissèrent tellement infecter de l'arianisme dans ce funeste commerce; que presque tous leurs princes professaient cette hérésie, quand Clotilde, qui avait su s'en préserver, fut recherchée par le roi des Francs.

La princesse, qui .joignait beaucoup d'esprit à une vraie piété, n'était rien moins qu'attachée à une cour où, avec bien d’autres sujets de douleur, sa foi courait des périls continuels. D'un autre côté, l'époux qu'on lui proposait était encore idolâtre. Une nouvelle difficulté à la conclusion de cette alliance, c'est qu'il s'agissait de tirer Clotilde des mains d'un oncle indigne de sa naissance et de la belle nation qu'il geuvernait : prince dissimulé et perfide, parent cruel et dénaturé, qui, ayant fait mourir le père de la princesse, craignait qu'elle ne fit passer son ressentiment à un époux capable de la venger. On s’assura d’abord des dispositions de Clotilde, par le moyen d’Aurélien, l’un des favoris de Clovis, quoique chrétien et gaulois. Le confident prit la princesse par sa religion, lui représenta que Clovis traitait favorablement les chrétiens en toute rencontre, témoignait de la vénération pour toutes les personnes pieuses et beaucoup de respect pour les églises; que son esprit juste et solide commencait sans doute à sentir la vanité de ses dieux de pierre et de métal; que pour elle, il y avait tout lieu de la croire destinée par le Ciel à convertir, avec 5°" roi, un peuple renommé entre tous les autres pour sa valew, et à menager une protection si puissante à la vraie foi, dans l'extrême besoin qu'elle en avait. Ces grands motifs, joints au désir qu'avait Clotilde de se tirer de la contrainte où elle se trouvait auprès de l'assassin de son père, l’engagèrent à donner son consentement : après quoi, Gondebaud n’osa refuser ouvertement le sien à un jeune conquérant, peu d'humeur à essuyer impunément un affront. Le Bourguignon fit partir la princesse, et remit à ses conducteurs des sommes assez considérables pou: .:.: servir de dot, suivant l'usage. Mais ce prince perfide comptait apparemment faire tout mariquer en route, par quelqu'une de ces atrocités secrètes auxquelles il était exercé. La troupe fut en effet poursuivie dès le lendemain du départ, et l’on ne devait point prévoir de difficulté à l'atteindre, la princesse étant montée sur un char attelé de bœufs. Mais élle connaissait le génie de son oncle : dès le premier jour, se voyant à peine à quatre lieues de Vienne, elleavait pro-

b4a HISTOIRE GÉNÉRALE [An 496) posé à Aurélien de la faire monter à cheval, pour être plus tôt hors des terres des Bourguignons. L'argent resté en arrière fut pillé ; Clotilde échappa et arriva heureusement à Soissons , où le Mariage se célébra magnifiquement. Il fallut même que Gondebaud , malgré tous les palliatifs dont il entreprit de couvrir ses artifices, restituât la dot, de peur d'une guerre qu'il craignait encore plu: ’ il r’aimait l'argent,

Clotilde ne {at pas long-temps sans parler du christianisme au roi son mari,.avec le succès qu'on pouvait attendre d'une jeune épouse tendrement chérie et pleine de mérite. Le roi fut d'abord ébranlé, et conçut la plus haute estime pour la foi chrétienne : mais il ne parlait pas de changer; ces grands changemens n'étant pas le pur effet de là cou viction lmaine, et ne s’opérant qu'avec les grâces que Dieu donne aussi abondantes qu'il lui plaît. Clovis permit cependant à la reine de faire baptiser ses enfans. Malheureusement le premier, nommé Ingomer, mourut dans la semaine même de son baptême. Le roi éclata en reproches, et ne

‘ manqua pas d'attribuer cette mort à la colère de ses dieux. La sainte reine soutint l'épreuve avec un courage digne de la foi qui l'animait : elle répondit que, loin de regarder cette mort comme un malheur, elle s'estimait heureuse d’avoir enfanté un fils que le Tout-Puissant appelait plutôt à son royaume qu'aux misères cachées sous le plus beau diadème. Dès l'année ‘suivante, elle mi: au monde et fit encore baptiser un second enfant, qu'elle nomraa Clodomer. Il tomba aussitôt malade très-dangereusement, et ü jà le roi meuaçait de chasser tous les chrétiens de son roÿaume. Mais le Ciel, content, pour cette seconde fois, de la préparation du cœur de la vertueuse princesse, rendit la santé à l'enfant, sur les prières de la mére. Les préventions du roi se dissipèrent avec son chagrin , et sa confiance en Clotilde ne souffrit plus d’altération.

Il voulut des-lors lui assuret un douaire digne d'elle et de lui. « Seigneur, lui dit la reine, qui n’avait d'autre ambition que d'étendre le règne de Jésus-Christ, le bonheur d'une chrétienne est dans la vie future : je ne vous demande d'autre faveur que la

liberté de vous entretenir souvent de cette felicité suprême, que je ne désire pas moins pur vous que pour moi.» En conséquence, elle ne cessa plus : l'exhorter à quitter les idoles pour adorer le Dieu véritable ; «14 seul, disait-elle, qui d’une parole a tiré la terre et la mer du néant, qui les remplit de créatures vivantes de toute espèce, et qui orne les cieux de cette multitude innombrable d'astres éclatans.» Un jour surtout qu'il la quittait pour aller faire la guerre aux Allemands, nation redoutable de la Germanie, et dont toutes les autres ont enfin pris le nom : « Seigneur,

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[An 496) DE L'ÉGLISE. — LIV, XVII, 543 lui dit-elle, si vous voulez vous assurer la victoire, invoquez le Dieu des chretiens : c'est le Dieu des armées ; c'est le maître des succès et des revers. ” oubliez pas la parole qu'à ce moment je vous engage en s0n nos : si vous recourez à lui, rien ne pourra vous résister ‘,» Clovis s'en souvint un peu tard : ses troupes pliaient de tous côtés, et il se voyait au moment d'une déroute entière, quand il s'éctia en gémissant et en se prosternant, à la vue de toute son armée : «Dieu de la vertueuse Clotilde, c'est à toi que j'ai recours : fais-moi vaincre, et je n'aurai plus d'autre Dieu que toi. » Tout change à ces mots: un courage imprévu et tout divin anime les Francs; les, Allemands sont frappés d'une terreur panique ; ils lâchent pied de toute part, leur roi tombe entre les morts, et le champ de bataille reste à Clovis, C'était la plaine de Tolbiac, aujourd’hui Zulpich, entre Bonn et Juliers.

Le vainqueur tint parole : dans la route même, en repassant par Toul, il emmena avec lui un saint et savant prêtre, nommé Védast ou Vaast, depuis évêque d'Arras, afin de se faire instruire. S. Remi, évêque de Reims, et l'une des plus grandes lumières de son siècle, joignit ses soins à ceux de S. Vaast, et baptisa le roi dans l’église de S. Martin de Reims, le jour de Noël de l'année 496, avec un grand nombre de Francs du premier rang qui avaient prévenu les vœux du prince.

Remi, qui avait les idées grandes, voulut donner à la cérémonie un lustre et un appareil dignes de son objet. On avait tapissé les rues, depuis le palais jusqu’à l’église qui était hors des murs de la ville. L'église même et le baptistère étaient ornés beaucoup plus magnifiquement. Il ÿ avait une quantité prodigieuse de cierges, dont la cire, mêlée des parfums les plus exquis, embaumait les airs en se consumant , et faisait une impression peu ordinaire sur un peuple naturellement vif et accoutumé à une vie toute militaire. Mais ce qui frappa surtout ces Barbares idolâtres, beaucoup plus guerriers encore ou plus négligés dans le culte de leurs dieux que dans tout le reste, ce furent le nombre et la modestie an: gélique des ministres sacrés , et l’appare:l majestueux de nos cérémonies. Le roi, transporté d’admiration et comme hors de lui-même, dit à S. Remi, qui le conduisait par la main : «Mon père, est-ce là le royaume de Dieu que vous m'avez promis? — Non, prince, répondit l'évêque, ce n’en est que l'ombre; » et en lui montrant les fonts sacrés : « Voilà, poursuivit-il, la porte qui nous y conduit *.»

Clovis demanda le baptème avec empressement ; le saint archevêque lui dit : «Courbez la tête, fier Sicambre, sous le joug du Tout-Puissant ; adorez ce que vous avez blasphémé, et foulez aux

! Greg. Tur. 1. 2, c. 3, — ? Hincw. Vit. S. Remig. ap. Duchesne, 1, p. 527,

544 MISTOIRE GÉNÉNALE A ssl [An 496} pen ce que vous avez adoré jusqu'ici,» Lui ayant fait ensuite con esser la foi de la Trinité, il le baptisa. Trois iille Francais ui accompagnaient Clovis, sans compter les #:‘nme: ni les Par +. reçurent en même temps le baptême de la muin des évêques et d ; prêtres, que Remi avait invités en grand nombre, pour rendre la cérémonie plus auguste. Clovis avait deux sœurs avec lui Albofède et Lenthilde, La première fut baptisée, et l'autre qui était d ja chrétienne, mais engagée dans l'arianisme, fut réconciliée j l'onction du saint chrême. Une troisième, nommé Audoflède 6 mariée depuis quelque temps à Théodoric, roi d'Italie, où elle était demeurée , persista dans l'arianisme, et périt, en démmuniant d poison que sa propre fille avait mis dans le talice, de Le roi, voulant que rien ne manquîât à la joie de sa conversion mit en liberté un grand nombre de prisonniers, et fit aux églises des libéralités si prodigieuses, qu’une partie suffit pour établir ‘évée ché de Laou, jusque là du diocèse de Reims. Génebaud, qui avait épousé la nièce de S. Remi et qui s'en était séparé pour ie un vie plus parfaite, fut le premier évêque de ce nouveau siége . Après le baptème de Clovis, S. Remi continua d'instruire l'illustre et fervent néophyte, qui entrait avec l'impétuosité de son tempérament tout de feu dans les pieux sentimens que le saint évéque cherchait à lui inspirer, Un jour qu'il lui faisait la lecture de la passion du Sauveur : 4x ! s'écria le prince, que n'étais-je là avec mes Francais"! I] fit publier une déclaration, pour en , er tous les peuples de son obéissance à se faire chrétiens : dou db. jet de consolation pour l'Eglise, qui voyait le chef de Ja nation la plus belliqueuse et la plus puissante depuis la décadence de l'Empire, se déclarer pour la vraie foi; tandis que tous les souverains qui n'étaient pas idolâtres, ou professaient ou protégeaient l’héss En Orient, l'empereur Anastase était livré aux Eutychiens. Lt oh goths en Espagne et en Italie, le roi des Bourguignons ans les Gaules et celui des Vandales en Afrique, faisaient profession de l'arianisme, pendant que les Anglo-Saxons en Bretagne “ Éu les autres peuples du Nord demeuraient ensevelis dans les nebres de l’idolâtrie. Ainsi Clovis, par une exception unique, se Rs rie s mode entier le seul souverain qui professât la rega A et par une exception pareillement unique et E encore, tous ses SuCCesseurs, pendant plus de ouze cents ans, méritant ou soutenant le titre de rois très-chrétiens et de fils ainés de l'Eglise, ont seuls donné le spectacle d'un empire où l’hérésie ne s'est pas fixée sur le trône durant un seul règne, et n'a jamais dominé dans l'Etat.

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