‹ Histoire générale de l'église [microforme]Chapitre 54 sur 77 · T. LU · texte numérisé non relu

T. LU

n'avait plus en le pouvoir de faire aucune fonction depuis qu'il avait été condamné par le pape Félix. Il déclara expressément ' que, l'indignité du ministre n'empêchant pas la vertu des sacremens, il tenait pour valides les baptêmes et les ordinations conférés par Acace. Cette lettre fut portée par deux évêques, qui acrompagnèrent le patrice Festus, envoyé de Rome à Constantinople pour d’autres affaires. Mais l'Empereur avait des vues bien différentes. Par le moyen de Festus, qu'il gagna, il ne prétendit rien moins qu'engager le vicaire de Jésus-Christ à recevoir le funeste Hénotique de Zénon. Cependant le pape Anastase mourut avant le retour du patrice, l'an 498, le 17 novembre; et le 22, on mit en sa place le diacre Symmaque, natif de Sardaigne.

Le patrice Festus, à son retour de Constantinople, vo‘ilant tenir la promesse qu'il avait faite au sujet de l’Hénotique, fit aussitôt élire l'archiprêtre Laurent, du titre de S'° Praxède, qu'il présurvait apparemment plus facile à séduire que Symmaque. Tous deux furent ordonnés le même jour, Symmaque dans la basilique de Constantin, ayant pour lui le plus grand nombre; Laurent dans la basilique de Sainte-Marie, comptant dans son parti, quoique moins nombreux, quelques suffrages d’un grand poids.

Ainsi, le schisme devenant très-sérieux, après qu'il eut duré trois ans, on convint que l'on recourrait de part et d'autre à la médiation du roi Théodoric, quoique arien , et que les deux concurrens iraient pour cela le trouver à Ravenne : ce qui s'exécuta de la manière la plus satisfaisante. Le roi des Goths convoqua un concile d'évêques catholiques, et il fut décidé que celui qui avait été élu le premier, et qui avait pour lui le plus grand nombre; devait conserver le siége*. Symmaque fut par conséquent reconnu pour possesseur légitime de la chaire apostolique, qu’il occupa plus de quinze ans. Un de ses premiers s +ins fut d’obvier pour la suite à de pareilles divisions. Dans un second concile où il se trouva soixante-treize évêques, le pape compris, après de sages réglemens pour prévenir les brigues et les cabales, on ordonns pour toujours que celui-là serait sacré pape, qui aurait le plus grand nombre des suffrages du clergé. Plusieurs prêtres souscrivirent après les évêques, et l’on remarque en tête la souscription de l’archiprètre Laurent, le même qui avait occasionné le schisme, et qui fut depuis évêque de Nocéra.

Mais on ne perd pas sitôt l'espérance, quand on s’est vu si près de la possession. Peu après le concile, Festus, avec plusieurs senateurs et quelques membre: du clergé. suborna des témoins, et

‘ Epist, 1, tom. 4 Conc. p. 1278. — ? Tüeci cet, lib. 2.

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An 498) {An 498] DE L'ÉGLISE. — LIV. XVIIT, 547 us qu'il r-devant Théodoric accusa le pape Symmaque de crimes horriément ble: Il appela en même temps l’antipape, qui ne se fit pas prier, die) et qui renouvela vivement le schisme. Le roi bien intentionné, confé- mais peu instruit en pareille matière, envoya Pierre, évêqué d’Alque" tino, pour faire les informations sur les lieux : ce qui scandalisa tinople beaucoup les fidèles, et fit hautement crier à l'abus", C'était à leurs + cr regards un personnage monstrueux, qu'un évêque visiteur à Rome, et ils se disaient les uns aux autres qu’on n'avait pas encore vu ce funeste renversement entier des canons. Les évêques de leur côté ne tévavant moignèrent pas moins de surprise, Ceux de la Ligurie, de l'Emilie ef AM et de la Vénitie, en passant par la ville de Ravenne, qui se trouvait ï sur leur chemin, représentèrent librement à Théodoric, que c’eût slt: été au souverain pontife à les assembler; que ce droit appartenait Ôt élire au Siége apostolique, à raison de sa primauté ; qu'il avait été con- Re ap stamment reconnu par les plus grands conciles, et qu'on ne trouux fu- | verait pas facilement de pareils exemples de la soumission d’un e Con- pape au jugement de ses inférieurs. Le roi répondit que Symmaque lans la avait demandé lui-même ce concile, qu'il voulait être jugé, et il ROlGUe leur fit voir les lettres du pape à ce sujet. Quand ils furent à Rome, ; Symmaque leur confirma tout ce que Théodoric avait avancé, téb duré moigna même beaucoup de reconnaissance envers ce prince, et re à la calma toutes les inquiétudes des évêques touchant la convocation. sc Quand le pape se rendit au lieu indiqué, il fut suivi d’un grand sé ds nombre de personnes de l’un et de l’autre sexe, qui marquèrent par PUR leurs larmes leur affection pour leur pasteur et combien elles étaient FRE édifiées d’untrait d’humilitédont elles ne se rappelaient aucun exem. re; de- ple. Les ennemis du pontife, au contraire, frémissaient de rage et RAR d'envie, surtout en observant le calme et la sécurité que lui inspirait a plus la pureté de sa conscience. Tout-à-coup ils s'emportent, font pleu-

à suite rouva emens jours bmbre ès les brêtre t de-

voir sur lui et sur sa suite une grêle de pierres, blessent plusieurs ecclésiastiques; et la scène eût été beaucoup plus sanglante, sans trois officiers du roi qui suspendirent le tumulte et reconduisirent le pape chez lui. Après quoi il se commit des meurtres et des violences effroyables : il y eut des prêtres massacrés, des vierges tirées de leurs monastères, traînées nues par la ville et battues indignement. Après une preuve si alarmante de ce que les schismatiques avaient dans l'âme, les évêques ne jugèrent pas à propos de rester pius long-temps à Rome : ils écrivirent au roi, pour lui re-

Q A] Kat présenter les périls qu’ils couraient parmi ces furieux , et lui desena- : pe f à ÿ mander de retourner à leurs églises. Théodoric leur répondit de s,e à $ À x Le terminer cette cause de la manière qu’ils trouveraient la plus con-

{ Ennod. Apol. p. 342 et seq.

548 | HISTOIRE GÉNÉRALE [Au 503} venuble, puisqu'il savait parfaitement, quant à lui-même, qu'il ne lui appartenait en aucune façon de décider dans les affaires purement ecclésiastiques, \ Après cette réponse, les pères déclarèrent au sénat qu'il devait à plus forte raison s'imposer la même retenue que le roi, et, comme lui, laisser la cause de Dieu au jugement de Dieu : ce que fit aussitôt cette auguste compagnie. Ainsi, parfaitement libres de toute gêne du côte de la puissance séculière, ils prononcèrent seuls et définitivement, le 6 novembre de cette année 502, qu'ils tenaient le pape Symmaque pour déchargé devant les hommes des accusations intentées contre lui , et laissaient le tout au jugement du Seigneur, Ils accordèrent ensuite le pardon aux clercs qui avaient fait schisme, pourvu qu'ils fissent satisfaction au pontife, et statuèrent | que quiconque ne se soumettrait pas à l'avenir, serait puni cano- | Par niquement comme schismatique. Tout ce qu'on arrêta en vertu hs des ordres du roi, ce fut de restituer au pape ce qui appartenait à H le l'église au dedans et au dehors de Rome, c'est-à-dire, les posses- ne sions temporelles qui avaient été usurpées. Tels sont en substance br les décrets du concile de la Palme, ainsi appelé du nom d'une #e : porte de la basilique de Saint-Pierre. P À Nonobstant les égards de ces évêques pour la dignité ponuifi- és: cale, ceux des Gaules, ignorant sans doute que tout s'était fait Si avec le consentement du pape, furent scandulisés qu’on eût seule- ré ment osé procéder à un pareil jugement. Ils chargèrent S. Avit, 4 k évèque de Vienne et l’un des plus illustres d’entre eux, d'en écrire ess à Rome au nom de tous les autres. Dans cette lettre, qui est adres- bis sée aux premiers du sénat : « Lorsque nous avons reçu, dit-il", le bqu décret porté au sujet du pontife, nous étions dans les plus grandes mil alarmes, persuadés, comme nous le sommes encore, que tout l'or. Lis dre épiscopal est chancelant quand le shef est attaqué. L'on ne is conçoit pas facilement comment et en vertu de juelle loi le supérieur a été jugé par ses inférieurs. Si le pape était accusé par un tribunal laïque, il devait trouver dans les évêques plutôt des défenseurs que des juges. Dans les autres prélats, si quelque chose paraît contre l’ordre, on peut le réformer : mais si l’on révoque en doute l'autorité du pontife romain, ce n’est plus un évêque, c’est l'épiscopat même qui périclite. Vous n'ignorez pas parmi quelles tempêtes nous conduisons le vaisseau : si vous craignez avec nous ces périls, il faut que vous trevailliez comme nous à la sûreté du pilote, Quand les nautonniers se soulèvent contre celui qui tient

le gouvernail, est-il de la prudence de céder à leur emportement ”

* Tom. 4 Conc. 6, p. 130.

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EAu 504] LE W'ÉGLISR, — LIV. XVIII, 549 Quelle condescendance inhumaine, que celle qui les expose euxmêmes à périr! Celui qui est à la tête du troupeau du Seigneur, rendra compte de la manière dont il le conduit : mais c'est à ce souverain Juge, et non au troupeau, de demander ce compte au pasteur. » Cependant S. Avit, en blâmant les évêques de s'être chargés de cette cause, les loue de l'avoir enfin réservée au jugement de Dieu, et d’avoir attesté que ni eux ni le roi Théodoric n'avaient trouvé aucune preuve des crimes dont le pape était accusé.

Avit, dans cette lettre, joint la qualité de sénateur romain à celle d'évèque, pour faire servir à la cause qu'il croyait ne pouvoir trop bien étayer, un éclat qu'il négligeait partout ailleurs. Il était en effet de la première noblesse de Rome, petit-fils de l'empererr Avitus, et non moins distingué par ses qualités personnelles que par la grandeur de ses pères. Le roi Gondebaud, quoique arien, avait pour lui une affection particulière et une grande confiance. H le consultait souvent sur différens points de religion, comme nous le voyons dans les lettres du saint. C’est encore dans ces lettres que nous apprenons l’origine du mot de messe : il y marque qu'on usait de cette formule, Îte, missa est, pour congédier le peuple non-seulement du lieu saint, mais du palais du prince et des tribunaux judiciaires, quand l'assemblée était finie, En reconnaissance de l'amitié dont son roi l’honorait, il fit tous ses efforts pour le retirer de l'hérésie. Il proposa. et obtint une conférence avec les évêques ariens, qui furent confondus et ne répondirent que par des injures aux plus solides raisons. Le roi connut si clairement la vérité, qu’il pria le saint évêque de le réconcilier à l'Eglise catholique, mais en.secret, parce qu’il n’osait se déclarer hautement au milieu d'un peuple fort attaché à l’arianisme'. Avit blâma, avec toute l'éloquence que lui inspira son zèle, cette réserve injurieuse à celui qui a menacé de rougir, devant son Père, de ceux qui auront rougi de lui devant les hommes; mais il ne put jamais faire surmonter au prince ces craintes humaines.

Le pape Symmaque, en plus grand crédit que jamais depuis lhumiliation de ses calomniateurs et les témoignages de zèle et d’attachement que lui avaient donnés les plus illustres prélats, ne pensa qu’à faire des réglemens utiles à l'Eglise, et surtout à prévenir efficacement tout ce qui pouvait encore donner lieu aux scissionset aux schismes. Dans un concile tenu l'an 504, il fut défendu d'aliéner les terres de l'Eglise, et même de les donner à usufruit à d'autres personnes qu'aux cleres, aux captiis et aux hôtes, c'est-àdire, aux étrangers indigens, Comme les schismatiques voulaient

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550 HISTOIRE GÉNÉRALE [Au 5u4) tirer des conséquences contraires d'un décret porté dès le temps du roi Odoacre, sous prétexte de veiller à la conservation des biens ecclésiastiques, un évêque en plein concile dit qu'un laïque n'avait pas eu le pouvoir d’ordonner ainsi dans l'Eglise, et que les prélats, en consentant au décret, n'avaient pu porter prejudice au pape, vussurtout que le saint Siége était alors vacant. Sous le pontificat de Symmaque, on fit encore en concile un réglement d'une plus grande importance.

Le pape demanda qu'on procuriât l'observation des canons faits à son sujet , et suivant lesquels les ouailles ne peuvent accuser leur pasteur que dans le cas où il pécherait contre la foi, ou qu'il leur causerait quelque dommage personnel ". Le concile confirma ces canons, sous peine de déposition pour les clercs, d’excommunication pour les moines et les laïques, et d’anathème en cas de récidive : ce qui met clairement de la différence entre l’excommunication ou privation de la communion, et l'anathème, qui était une peine beaucoup plus grande. On lut dans le même concile, et l’on combla d’éloges une apologie du pape Symmaque, faite par le diacre Ennodius, qui était en grande réputation pour son éloquence. La dignité pontific.de y est tellement exaltée, que l’auteur semble pretendre, de deux choses l’une, ou que la chaï e apostolique rend impecrables ceux qui y parviennent, ou que Dieu n'y laisse parvenir que ceux qu'il veut sanctifier : mais on ne prenait pas au pied de la lettre des propositions que rendait plausibles en quelque sorte la vie sainte de presque tous les papes. En effet, la sainteté parut comme héréditaire sur le siége de Pierre, non-seulement pendant tout le cours du premier et du plus bel âge de l'Eglise, mais encore dans plusieurs siècles suivans. Le nombre de ses successeurs justement honorés d’un culte public, s’y trouve si grand, que nous nous sommes souvent dispensés de leur donner les qualifications qu'ils méritent en ce geure. Il était plus simple et plus facile de marquer les exceptions de la règle, que d'en citer les exemples. Quant à l'apologie d'Ennodius, on y voit que l'objet de la calommie inventée contre Symmaque, était un adultere ou quelque autre péché honteux : ce qui donna lieu sans doute à l'ordonnance que fit ce pape, pour obliger les évêques, les prêtres et les diacres, d’avoir toujours avec eux un témoin sûr de leur conduite, qu'on appelait syncelle. Les ecclésiastiques qui n'étaient pas assez riches pour en avoir, devaient en servir aux autres.

Symmaque fit une apologie pour lui-même , en réponse à un li-

‘ Greg. Tur. II Hist. p. 1343.

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CA 505] DE L'ÉGLISE, — LIV, XVIII. 55z belle publié par l'empereur Anastase, qui, furieux de voir éventer ses ruses et sa duplicité, alla jusqu'à traiter le pape de manichéen ‘. Le pontife s'inquiéta fort peu d'une imputation qui tombait d'elle-même, sa propre conduite le justifiant assez, puisqu'ayant découvert à Rome quélqu-:-uns de ces odieux hérétiques, il les avait fait bannir honteusement et avait condamne leurs livres au feu. il répondit avec plus d’empressement à la plainte que faisait Anastase, de ce que le pape s'était concerté avec le sénat pour l'excommunier. Symmaque fait entendre que cette excommunication n'était pas un jugement prononcé nommément con-re l'Empereur, muis une-simple cessation de commerce , suivant l'usage du temps. « Ce n’est pas vous, seigneur, lui dit-il, que nous excommunions, c'est Acace. Que m'importe Acace, dites-vous? Abandonnez-le donc, et vous vous tirez dès-lors de son excommunication; autrement ce n'est pas nous, c'est vousmême qui vous excommuniez, » Il se plaint-ensuite de la persécution qu'Anastase faisait souffrir aux catholiques, à qui seuls il interdisait le libre exercice de leur religion, tandis qu'il le permettait aux sectes sans nombre qui infectaient l'Orient.

Ce prince n'était pas proprement eutychien, mais acéphale ou hésitant : c'est ainsi qu'on nommait les inquiets novateurs qui, sans autre caractère que leur indocilité ou leur indifférence, n'admettaient point le concile de Chaicédoine, et ne se déclaraient pas pour les opinions proscrites par ce concile. Il laissa pendant plusieurs années la liberte de recevoir ou de rejeter ces saintes décisions, les guerres qu'il avait à soutenir contre les Isaures et contre les Perses, lui faisant ménager l'affection de tous ses sujets ; mais quand il n'eut plus rien à craindre des étrangers, il se déclara ouvertement contre le saint concile *, et commença à tuurmenter les catholiques, particulièrement Macédonius, patriarche de Constantinople. Celui-ci était dépositaire de l’écrit dans lequel son prédécesseur Euphémius avait fait promettre à l'Empereur, avant de le couronner, qu’il n’innoverait rien dans la religion. Il ne voulait point le rendre, quelque instance qu'on fit pour l'y engager : ce qui lui attira une violente persécution. L'Empereur séduisit d’abord quelques évêques, et fit venir à Constantinople des héretiques décriés qui re #1"daient aucune mesure. Mais le peuple nombreux de cette capitale donna des signes si terribles de son indignation, qu'Anastase, tout puissant qu’il était, fut contraint d'en revenir aux ménagemens et aux supercheries; c'est pourquoi 3 ennemis du patriarche Macédonius engagèrent un nommé

1 Tom. 4 Conc. p. 1266. — * Evagr, 111, C. 90. Thcophan. au. 506.

55a HISTOIRE GÉNÉRALE [An 508$) Acholius à l’assassiner, Acholius l'attaqua l'épée à la main, mais sans succès, Macédonius ayant été secouru. L'évèque , honorant la cause qu'il soutenait, loin de se venger, fit une pus à son assassin.

L'Eglise eut aussi une guerre nouvelle à soutenir en Afrique. Après la mort du roi Gontamond, qui traita les catholiques avec beaucoup de bonté, Trasamond, son frère et son successeur, reconmimença la persécution. Dans es commencemens il n’usait pas de violence, et le péril de la foi n’en fut que plus grand. Ceux qui voulaient embrasser la religion du prince étaient comblés de faveurs, élevés aux premières dignités ou aux charges lucratives selon leur état, et a:surés de l'impunité en cas de malversation. Mais Trasamond s'appliquait surtout à anéantir l’épiscopat, laissant mourir paisiblement les prélats catholiques, et empêchant avec soin qu'on ne leur donnât des successeurs. On condescendit à ses désirs pendant quelques années; mais lorsqu'on vit ce système exécuté avec méthode et persévérance, et qu'on ouvrit les yeux sur les domraages infinis qu’en ressentaient les diverses églises, les évêques qui . sstaient en consacrèrent de nouveaux. La cour en fut avertie, et la persécution s’échauffa au point qu'il y eut une multitude de prélats exilés, surtout de la province Byzacène, où le primat Victor avait eu un soin pe de remplir les siéges vacans.

Ce fut en cette occasion queS. F ulgence fut, ordonné pour celui de Ruspe, ville célèbre de la même province". Il était originaire de Carthage, petit-fils du sénateur Gordien, qui en avait été chassé avec les autres catholiques de distinction par le roi Genséric. Né à Télepte dans la Byzacène , en 468, Fulgence perdit son père peu de temps après; pris sa mère fit cultiver avec tant de soin ses heu reuses dispositions, qu’il passa bientôt pour un prodige parmi la jeunesse du pays. La pureté de ses mœurs était encore plus merveilleuse que ses talens : il évita également, et la dissolution dans laquelle tombaient les j jeunes gens de sa naissance, plus encore en Afrique qu'ailleurs, et le piége de l'ambition , d'autant plus séduisant, qu'on avait coutume de faire de cette passion une vertu à ceux qu'une certaine élévation d'âme éloignait des vices grossiers. Pour soulager sa mère, il fut obligé de bonne heure de se mêler de l'administration de ses biens qui étaient considérables : mais bientôt il fut dégoûté de ce genre d'occupation. -

Visitant souvent les solitaires qui habitaient son voisinage, il puisa parmi eux le mépris des choses terrestres, l'amour de la prière

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[An 805] DE L'ÉGLISE. — LIV,. XVIII, 553 etde la pénitence, etil prit enfin larésvlution de renoncer au monde; mais il s’ éprouva quelque temps lui-même, et voulut se façonner à toutes les pratiques de la vie monastique, avant de se déclarer publiquement. Il y avait dans le canton un évêque fort. âgé nommé Fauste , qui avait été exilé du temps de Genséric, et avait bât un monastère où il vivait très-saintement. Fulgence le pria de le recevoir parmi ses disciples : mais l'évêque, considérant sa grande jeunesse et son air extrêmement délicat, craignit qu'un élan passager de dévotion ne lui fit entreprendre au-delà de ses forces, et il lui assigna quelque délai. Cependant la mère de Fulgence, alarmée du dessein de son fils, toute pieuse qu'elle était, accourut au monastère en pleurant et en se lamentant comme s’il eût été mort. Fulgence , qui l'aimait aussi tendrement qu'il en était aimé, mêéla ses larmes aux siennes, sans rien perdre cependant de la fermeté de sa résolution : ce qui engagea Fauste à l'admettre dans sa communauté. Plusieurs de ses amis quittèrent le siècle à son exemple, et se retirèrent en différens monastères. Pour lui, portant aussitôt la ferveur et les austérités au plus haut point, il fit appréhender, tout en commencant , que sa santé n’en fût ruinée à jamais.

Mais le Seigneur , qui voyait de quelle utilité elle serait à l'Eglise, la reudit beaucoup meilleure qu’elle n’avait encore été. Les persécuteurs recherchant de plus en plus les évêques, Fanste fut obligé d'abandonner son monastère, et le disciple, par les conseils du maître, passa dans un monastère voisin, où l'un de ses amis de jeunesse, nommé Félix, était abbé. Celui-ci voulut céder sa place à Fulgence, qu'il en croyait plus digne, et il fit tant d'instances, par lui-même et par tous les frères, que l’humble Fulgence, quelque résistance qu’il pût opposer, fut contraint d'entrer au moins en partage du gouvernement. On le chargea du soin de l'instruction, en considération de son éloquence, qui commencait à se faire connaître. Bientôt il lui fallut encore abandonner cette seconde retraite, à cause des incursions des Barbares, etavec lui toute la communauté se transporta au territoire Ge Sicque, dans un lieu moins exposé, agréable d’ailleurs et fertile, mais voisin d'une paroisse gouvernée par nn prêtre arien. Fulgence et Félix y furent pris pour des évêques déguisés en moines, qu'on s'empressa d'arrêter et de conduire au prêtre arien.

Pour préliminaire et sans nulle information, l'hérétique barbare ordonna de les flageller. « Epargnez mon frère , dit l'abbé Félix : il n’a pas la force de souffrir les tourmens, et il expirerait sous les coups. Déchargez tout le poids de votre colère sur snoi, qui suis son guide et le chef de toute l’entreprise. » On commença au. sitôt par Félix, dont la charité étunna le Vandale sans le ren-

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